Bijour à tous ! Et oui, encore une publication le vendredi mais ne vous y habituez pas, c'est juste que demain je risque de ne pas pouvoir publier, et si je le fais que dimanche je vais avoir l'impression d'être en retard hors je déteste ça ! Vous vous en fichez ? Je le sais bien et alors ?^^

Un petit mot pour vous remercier pour les reviews, comme toujours, et notamment deux personne : d'abord « heu… peu importe » (c'est pas de ma faute la review anonyme a été enregistrée sous ce nom^^) pour ton com auquel je voulais répondre dans le chapitre précédent (mais j'ai la mémoire d'un poisson rouge neurasthénique alors…) ; en tout cas merci beaucoup d'avoir pris le temps de laisser un commentaire, je suis contente que ça te plaise autant. Ensuite un grand merci à une demoiselle, Nikita-Lann, qui a tout lu en moins de deux jours !! Si, si, je vous jure ! Je sais pas quelle est sa vitesse de lecture (et je préfère pas le savoir, à mon avis je me sentirais nulle après). Merci à toi d'avoir reviewé cette histoire et pour tous les compliments, je te jure je plane encore !

Bon allez, j'arrête de faire durer le plaisir (clin d'œil à Hagarenn elle comprendra^^) et je vous laisse lire le chapitre qui va peut-être vous surprendre, voire vous décevoir, ou peut-être que je me plante et il vous plaira. En tout cas j'ai essayé de rester fidèle aux personnages tout en apportant un regard différent de celui de l'anime. J'espère que c'est réussi. N'hésitez pas à me laisser un tit com et de toute façon : bonne lecture !


Chapitre 16 (2ème partie)

Ed, appuyé contre le mur de sa chambre, regardait dehors. Il avait vu avec colère Al et Hoenheim partir en direction du cimetière. Il avait pourtant été clair, il était hors de question que cet enfoiré aille sur la tombe de leur mère. Mais qu'est-ce qu'il pouvait faire ? Il avait déjà frappé leur père, et il savait qu'Al devait lui en vouloir pour ça. S'il l'empêchait d'aller au cimetière maintenant, son frère risquait de le détester.

Après avoir rendu leur mère malheureuse comme les pierres, voilà que ce bâtard s'immisçait entre son frère et lui, eux qui s'entendaient si bien. Al et lui étaient soudés, unis comme rarement deux frères l'avaient été. Hoenheim risquait de gâcher ça…

Tout à sa colère, Edward n'entendit pas la porte de la chambre s'ouvrir. Il finit par sentir une présence dans son dos, et un regard posé sur lui, et il se retourna.

- Winry ?

- Est-ce que ça va ?

La jeune fille avança de quelques pas, gênée. Elle avait longuement hésité avant de suivre son ami, ne sachant pas vraiment quoi lui dire. Mais elle avait finalement sauté le pas, profitant qu'Emma n'était pas avec lui pour une fois. Si elle voulait avoir une chance de se rapprocher de lui, c'était maintenant ou jamais.

- Pourquoi ça irait pas ? lança-t-il sèchement. Je rêvais de lui foutre mon poing dans la gueule depuis dix ans…

- Ah… Tu es sûr ? Tu n'as pas l'air d'aller bien pourtant.

Elle s'approcha encore, nerveuse et rougissante, alors que le jeune homme lui lançait un regard perplexe, les bras croisés. A quoi jouait-elle ?

- Ce qui me gonfle c'est qu'Al l'ait emmené au cimetière alors que je lui avais interdit !

- Et de quel droit tu lui avais interdit ça ?

Winry se raidit et se retourna. Décidément, se retrouver seule avec Edward tenait maintenant lieu du miracle. Emma venait d'entrer dans la chambre et elle avait l'air furieux.

- Emma ?

- De quel droit tu peux lui interdire de parler avec son père ? lança-t-elle sans tenir compte de la mécanicienne.

- De quoi tu te mêles ? protesta Ed, ulcéré. Ca ne te regarde pas…

- Je m'en fous. Je vais quand même te dire ce que je pense, répondit la jeune fille. Tu es… Tu n'as pas honte ? Tu l'as frappé…

- Et lui ? explosa l'alchimiste. Il nous a abandonnés et il a fait du mal à maman. Il le méritait !

- Ed, calme-toi, dit doucement Winry mais il ne lui prêtait plus aucune attention.

- Et ton frère ? Il méritait la façon dont tu lui as parlé ?

- Mais tu l'as vu ? A lui tourner autour en lui posant plein de questions, à l'admirer. Et t'étais pas mieux espèce de traîtresse, ajouta-t-il sans pouvoir cacher plus longtemps sa déception et sa jalousie.

- T'es grave, tu le sais ça ? répliqua Emma. Il a plein de choses à te faire découvrir et à t'apprendre, si tu faisais l'effort de lui parler.

- Je m'en fous, s'il voulait m'apprendre quelque chose il avait qu'à le faire avant, maintenant il est trop tard.

- Tu es tellement orgueilleux et buté que tu vas priver Al de la compagnie de son père juste parce que tu le détestes ?

- Orgueilleux et buté ? Mais merde ! cria Ed. J'y comprends rien, c'est lui qui nous jette il y a dix ans mais c'est moi le méchant de l'histoire ?

- Mais non Ed personne n'a dit ça, intervint Winry.

- Exactement, la coupa Emma. Tu es égoïste aussi.

- C'est n'importe quoi ! explosa le Fullmetal en s'approchant d'elle. Tu ne connais pas toute l'histoire.

- Tout ce que je vois c'est que tu as la chance d'avoir ton père toi, en vie et capable de s'intéresser à toi. Il a fait des erreurs par le passé qui sont difficilement pardonnables, mais au moins il fait l'effort d'être là, pour vous. Tu ne te rends même pas compte de la chance que tu as !

Le jeune homme accusa le coup et sa colère retomba. Elle avait les larmes aux yeux maintenant, et elle le regardait avec une expression accusatrice, ou même… presqu'avec envie. Winry, elle, soupira en voyant le visage d'Ed. Il s'inquiétait pour elle. Comme toujours. Comment pouvait-elle lutter ? Il ne s'inquiétait jamais pour elle, qu'elle soit triste, fatiguée ou malheureuse. Mais il suffisait qu'Emma apparaisse pour qu'il devienne attentionné et sensible. Elle sortit précipitamment de la chambre, persuadée qu'aucun des deux adolescents ne s'en rendrait compte. Et elle avait raison.

- Pourquoi tu parles comme ça ? demanda Edward à son amie. Ton père est en vie toi aussi.

- Tu ne comprends rien, rétorqua Emma.

- Explique-moi alors.

- On ne parle pas de moi, là. Il est question de toi et de ton attitude !

Le jeune homme soupira et se passa une main sur le visage, fatigué. Maintenant que sa colère était retombée, il ne restait plus que la honte de son geste et sa culpabilité. Et autre chose. Il fit quelques pas et s'assit sur son lit, la tête dans les mains.

- Que tu ne veuilles pas lui parler, ça se comprend, tu en as le droit, reprit la jeune fille, un peu calmée. Mais avec ton attitude tu empêches Alphonse de profiter de la présence de votre père. Toi tu as des souvenirs de lui, mais pas Al. Il me l'a dit. Il rêvait de retrouver son père un jour pour pouvoir lui poser des questions, faire sa connaissance, voir s'il lui ressemblait. Aujourd'hui il a cette chance. Mais il se retrouve obligé de choisir entre vous deux. C'est horrible ce que tu lui fais…

Ed releva les yeux vers elle et elle vit qu'elle avait touché juste. Elle hésita puis vint s'asseoir près de lui avant de lui prendre la main.

- Pardon d'avoir crié sur toi, dit-elle. Et de t'avoir traité d'égoïste, je sais bien que c'est faux. Al est tout pour toi…

- Non tu as raison. Mais mon père…

Il grimaça et serra sa main un peu plus fort. A l'extérieur, appuyée contre le mur, Winry écoutait, des larmes perlant au coin de ses paupières.

- Ca fait dix ans que je me répète tous les jours que je le déteste, que c'est un lâche et un con. Et puis un jour, il se pointe comme si rien ne s'était passé. Et je m'aperçois que non seulement on se ressemble… La vache ça me fait mal de dire ça, murmura-t-il avec une grimace qui arracha un sourire à Emma. Mais en plus de ça, le pire… C'est que j'ai envie de parler avec lui, de savoir qui il est vraiment. C'est dingue…

- Non, c'est normal. Si j'avais la chance d'avoir mon père près de moi, capable de me répondre, j'aurais tellement de choses à lui demander. Comment il a rencontré ma mère ? Comment était notre vie avant Ishbal ? Pourquoi il a voulu devenir alchimiste ?

Edward la regardait à présent, sourcils froncés.

- Tu te souviens de quoi ? demanda-t-il soudain.

- Quoi ? De rien, protesta Emma, consciente de son erreur.

Elle voulut se lever et retirer sa main mais elle était prise dans un étau et Ed la força à se rasseoir près de lui.

- Emma, tu me mens je le sais bien. Moi je t'ai avoué quelque chose que j'aurais jamais dit à personne d'autre sur mon père. A ton tour, ajouta-t-il sérieusement.

- Mais…

Le regard ambré du jeune alchimiste rivé au sien, elle sut qu'elle allait lui parler. Elle ne pouvait pas résister à ses yeux. Et surtout, elle avait besoin d'enfin partager ce poids.

- Je… J'ai des souvenirs de mon père qui me sont revenus…, avoua-t-elle finalement, les yeux baissés. Il, comment dire ça… il lui est arrivé quelque chose pendant la guerre d'Ishbal. Roy m'a dit que ce qu'ils avaient vécu là-bas était horrible et il avait raison. Quand il est revenu ma mère était déjà morte et il n'y avait plus que moi. Moi, je pensais retrouver un père. En fait, il ne ressemblait plus du tout à la description que ma mère m'en avait faite.

Son regard dériva par la fenêtre, découvrant le coucher du soleil sur la plaine de Resembool. Ed suivit son regard et serra un peu plus sa main dans la sienne pour l'encourager. Au passage il rendit compte que, jusqu'à maintenant, il n'avait jamais fait ça, tenir la main de quelqu'un pour le réconforter. C'était plutôt agréable…

- Ma mère m'avait tellement parlé du jeune homme enthousiaste, rieur, qui croquait la vie à pleines dents que… Quand je l'ai vu revenir, il ne ressemblait plus aux photos, il avait l'air d'avoir vingt ans de plus. Il était couvert de cicatrices et il avait un automail à la jambe gauche. Mais surtout, c'était comme s'il était mort à l'intérieur. Il ne montrait plus d'émotions, il était comme anesthésié en permanence. J'étais transparente, c'est tout juste s'il me voyait. Il passait son temps à regarder sa photo de mariage avec ma mère, ou enfermé dans son bureau. Il s'est lancé à corps perdu dans l'alchimie et moi… Je suis restée toute seule.

Une larme roula sur sa joue qu'Ed essuya du bout des doigts. Emma soupira. Elle ne lui avait pas tout dit, c'était déjà suffisamment difficile de ressasser ces souvenirs.

Si elle lui avait raconté qu'après avoir ouvert la Porte il était devenu un vrai légume qui ne la reconnaissait même plus… Il aurait sûrement encore mieux compris sa colère. Mais il était trop tôt, elle ne voulait pas en parler. Si elle pouvait oublier tout ça…

- Edward, dit-elle en posant sa tête sur son épaule, à la grande surprise du jeune homme. Je sais que tu le hais, et tu as de bonnes raisons. Mais pour Alphonse, tu ne voudrais pas faire l'effort de le supporter ?

Le jeune homme commença à lui caresser doucement les cheveux de sa main de chair, réfléchissant. Il la sentit se détendre contre lui et sourit en effleurant son front de ses lèvres. Emma tressaillait à ce contact et leva les yeux vers lui. Leurs regards se croisèrent et la jeune fille posa doucement la main sur sa nuque avant de l'attirer vers elle.

Le cœur battant, Edward ferma les yeux et il s'apprêtait à l'embrasser quand des aboiements furieux retentirent dans la cour, les faisant sursauter. Winry, qui était toujours adossée au mur, à l'extérieur de la chambre, essuya ses larmes et rentra dans la pièce. Aussitôt les deux jeunes gens se séparèrent, gênés, mais elle ne leur accorda pas un regard.

- Ce sont sûrement Al et ton père qui reviennent pour le dîner. Vous descendez ? demanda-t-elle d'une voix glaciale.

- On arrive Winry, répondit le jeune homme sans se rendre compte de son trouble.

La mécanicienne se retourna vivement et ils l'entendirent dévaler les escaliers. Edward se leva, un peu déçu de cette interruption. Il se dirigea vers la porte avant de se rendre compte qu'Emma ne le suivait pas.

- Tu ne descends pas ?

- Tu n'as pas répondu à ma question tout à l'heure, dit-elle. Est-ce que tu vas faire un effort pour ton frère ?

Le Fullmetal fit la grimace. Elle n'oubliait que ce qu'elle voulait décidément. Devant son regard déterminé il soupira et s'approcha d'elle en lui tendant la main pour l'aider à se relever. Mais elle ne fit pas un mouvement.

- Alors ?

- Je vais essayer, lâcha-t-il finalement. T'es contente ?

Pour toute réponse Emma lui fit un sourire rayonnant avant de prendre sa main et de se lever. Passant près de lui, elle déposa un léger baiser au coin de ses lèvres, provoquant la surprise du jeune homme, avant de l'entraîner à sa suite hors de la chambre.

Dans la cuisine, tout le monde mettait la main à la pâte pour préparer le dîner et mettre la table. Seul Hoenheim, un peu perdu, ne savait pas quoi faire. Winry, très pâle et les yeux un peu gonflés, évitait les regards des autres et tentait d'oublier ce qu'elle avait vu. Ca n'était pas chose facile. Elle l'avait perdu, elle l'avait su dès qu'elle avait vu comment Ed regardait sa protégée. Elle avait essayé de se convaincre qu'elle se faisait des idées, se mentant à elle-même. Mais maintenant elle avait compris. Elle sentit de nouvelles larmes lui brûler les yeux et les retint difficilement.

- Ca ne va pas Winry ? lui demanda doucement Al, inquiet.

- Les oignons, se contenta-t-elle de répondre.

Le jeune garçon ne répondit pas, faisant mine de croire son mensonge alors qu'il avait très bien vu qu'elle ne manipulait pas d'oignons. Il posa doucement une main sur son épaule et la jeune fille, un peu réconfortée par ce contact, lui sourit.

A ce moment la porte de la cuisine s'ouvrit sur Ed et Emma. Le jeune alchimiste, le rouge aux jours, souriait largement en tenant son amie par la main. Quand il vit ça, et en sentant la tension qui émanait soudain de Winry, Alphonse comprit et il serra son épaule un peu plus fort.

Le Fullmetal perdit son sourire dès que ses yeux se posèrent sur son père, assis à la table. Il faillit faire demi-tour et se mordit la lèvre inférieure. Mais Emma, derrière lui, l'encourageait par sa présence. Et le regard qu'Hoenheim posait sur lui l'encouragea. L'alchimiste observait son fils en souriant, amusé de le découvrir sous un autre jour. Il était amoureux de la jolie brune qui le tenait par la main, ça crevait les yeux, et Hoenheim avait l'impression de se revoir à son âge, il y a des siècles de cela.

Edward hésita, mais il sentait posés sur lui les regards de tous ses amis et surtout de son frère. Il se tourna vers lui et finalement, il soupira avant de lâcher la main d'Emma et d'aller s'asseoir près de son père, les mains dans les poches et la mine renfrognée. Pinako sourit en voyant ça, et Al eut du mal à cacher sa joie. Il alla aussitôt s'installer de l'autre côté d'Hoenheim dans un grand fracas métallique. La jeune fille brune s'assit près d'Ed en lui faisant un clin d'œil qui arracha un sourire au Fullmetal, et les trois autres femmes s'installèrent face à eux.

- Qu'est-ce que vous attendez tous pour manger ? lança finalement Pinako après plusieurs minutes de silence. Que ce soit froid ?

L'atmosphère se détendit aussitôt et le dîner se passa dans une ambiance relativement agréable. Ed ne parla pas à son père mais il ne l'agressa pas, il lui passa même le sel sans le lui balancer à la figure, ce qui semblait être un grand effort pour lui.

Soudain, au milieu des rires et des discussions, Al se pencha et attrapa le petit chat roux qui passait par là. Il le tendit à bout de bras vers son père :

- Regarde un peu notre nouvel ami !

Dès que le regard du félin croisa celui d'Hoenheim quelque chose passa entre eux. La peluche adorable se transforma en fauve feulant, toutes griffes dehors, alors que l'alchimiste pâlissait. Le chat se jeta sur son nouvel ennemi et lui laboura le visage de ses griffes. Hoenheim tenta de se défendre, mais la bête était agrippée et bien décidée à ne pas lâcher prise.

Finalement, une poigne de fer s'abattit sur lui. Ed le souleva par la peau du cou, à bout de bras. Le chat tenta bien d'allonger la patte pour lui griffer le visage, mais le Fullmetal s'y attendait et le narguait.

- Mince, dit Hoenheim, le visage couvert de griffures sanguinolentes. Je n'ai jamais compris mais les chats me détestent, dès que j'en croise un ça se termine comme ça.

Ed ouvrit des yeux ronds alors que tout le monde éclatait de rire autour de la table, sous le regard étonné de l'alchimiste.

- J'ai dit quelque chose de drôle ?

- Bah, faut croire que c'est dans le sang, répondit finalement le Fullmetal en se rasseyant près de lui, non sans savoir balancé le chat à l'autre bout de la pièce. Tu me passes le poulet ?

oOo

Hoenheim était assis sur la souche d'arbre, derrière la maison. Il regardait les étoiles. Il avait oublié que le ciel pouvait être si clair dans cette région. Les astres brillaient de mille feux, éclairant la campagne d'une étrange lumière blanchâtre, presque fantomatique.

Il sentit quelqu'un s'approcher lentement de lui en traînant les pieds. L'alchimiste sourit, il reconnaissait ce pas caractéristique.

- C'est magnifique, n'est-ce pas ?

- Hein ? répondit Edward, ne comprenant pas de quoi il parlait.

- Les étoiles… On a tellement l'habitude de les voir qu'on ne prend plus le temps de les admirer.

Le jeune homme haussa les épaules, surpris, avant de lever les yeux. Un léger sourire étira ses lèvres. Il avait raison. Ce ciel étoilé avait quelque chose de féérique. Depuis quand n'avait-il pas pris le temps de les observer ?

- Est-ce que tu te souviens de nos leçons d'astronomie ? lui demanda soudain son père.

- Nos leçons ? Tu veux dire « notre » leçon, rétorqua le jeune homme en s'accroupissant près de lui, les yeux toujours levés vers le ciel.

- C'est vrai… Des fois je pense que j'idéalise un peu mes souvenirs et le père que j'ai été pour toi.

- Il semblerait, répondit Ed en faisant une grimace.

- J'étais si nul ?

Cette fois-ci le Fullmetal retint la réponse cinglante qui s'apprêtait à jaillir et se contenta d'un regard éloquent. Hoenheim se gratta la tête, un peu gêné.

- Est-ce que je ne t'ai rien apporté ? Rien appris ?

- Et bah… Tu m'as donné envie de devenir alchimiste, répondit finalement Edward, de mauvaise grâce. Et puis tu m'as appris à reconnaître les constellations.

- Tu t'en souviens ?

- Evidemment.

Ed soupira en se replongeant dans ses souvenirs. Al était encore un bébé, inintéressant et accaparant toute l'attention de leur mère. L'aîné se montrait jaloux depuis la naissance de son petit frère, et Trisha avait convaincu Hoenheim de passer un peu de temps avec lui. L'alchimiste s'était fait un peu prier mais, finalement, un soir, il avait réveillé Edward en pleine nuit avant de l'emmener en haut de la plus haute colline de Resembool.

Le petit garçon encore à moitié endormi avait eu beau grogner et protester, son père n'avait pas cédé. Il avait installé une couverture sur le sol, puis une autre sur les épaules de son fils, avant de lui demander de regarder les étoiles. Et là le petit garçon avait eu un vrai choc, une révélation. Il n'avait jamais vu, et il ne reverrait sans doute jamais quelque chose de plus beau que ces astres miroitant dans la nuit si claire qu'on voyait la voie lactée.

- Là, c'est la Croix du Sud, dit soudain Edward en tendant un doigt vers le ciel. C'est la plus petite des constellations. Et là ce sont les trois étoiles d'Andromède.

- Et celle-là ? demanda son père en en montrant une autre.

- C'est l'Hydre, la plus grande des constellations.

- Tu te souviens alors…, dit-il avec un sourire ému en observant son fils.

Il était beau. Quand il voyait son profil fin et élégant et ses yeux dorés, il avait l'impression de se regarder dans une glace le montrant tel qu'il avait été il y avait des siècles de cela.

- Dis-moi, lança-t-il soudain, c'est qui cette Stéphanie ?

Edward piqua un fard terrible et émit un gargouillis étrange, arrachant un éclat de rire à son père.

- C'était… personne, répondit-il de mauvaise grâce. Juste… une fille.

- Juste une fille ?

- Bah disons que c'était… Rien, laisse tomber, lança soudain Ed en massacrant les brins d'herbe autour de lui.

- Tu as dû l'embrasser pour cette pièce ? insista Hoenheim. Comment ça c'est passé ?

- Mal, répondit le jeune homme un peu honteux, mais replongé dans ses souvenirs. J'avais jamais embrassé une fille, et j'avais personne à qui demander de conseils.

Hoenheim grimaça en entendant cela. C'était le genre de conseils qu'on demandait à son père, et lui n'était pas là. Encore une chose pas très glorieuse à mettre à son actif de père calamiteux.

- J'ai fini par demander conseil à un grand de l'école, et il s'est foutu de moi… Et le jour de la représentation, quand j'ai embrassé Stéphanie, elle a fait la grimace et m'a mis une claque devant tout le monde.

- Dur…

- T'as pas idée.

- J'aurais payé cher pour voir ça, marmonna Hoenheim en retenant un sourire.

- Tu dis ?

Edward secoua la tête et lui aussi sourit. Il avait eu honte très longtemps après cet incident, et il avait interdit à Al et Winry de seulement l'évoquer en sa présence. Mais finalement, en y repensant, c'était assez drôle. Et il éprouvait une sensation étrange à partager ça avec son père…

- Et la jolie brune, tu l'as déjà embrassée ?

- Quoi ? Que, je…, balbutia le Fullmetal en tentant de trouver un moyen de couper court à cette conversation.

- C'est ta petite amie, non ?

- Mais… Non… C'est… Je la protège parce que Mustang il… Enfin…

Le regard de son père était éloquent et le jeune homme se calma. Il ne trompait personne. Il finit par relever la tête vers le ciel, espérant que l'obscurité cacherait sa rougeur.

- C'est pas exactement ma petite amie, répondit-il finalement. C'est compliqué…

- Mais tu es amoureux d'elle.

- …, répondit Edward en soupirant.

- Mais tu ne l'as pas encore embrassée… Hum… Je me souviens quand j'ai rencontré ta mère, dit soudain Hoenheim. Elle était plus jeune que moi, de beaucoup. J'avais de l'expérience, j'avais connu des femmes avant elle. Et pourtant, à chaque fois qu'elle posait les yeux sur moi ou qu'elle me regardait, j'avais à nouveau quinze ans, j'étais gauche, incapable d'aligner trois mots sans être ridicule, ou de prendre la moindre initiative.

Le jeune homme l'écoutait avec intention, buvant ses paroles. Jamais il n'avait su comme ses parents s'étaient rencontrés.

- Je passais quelques jours à Resembool, en passant. Et finalement je suis resté. Le jour de mon départ elle s'est avancée sur le quai de la gare, alors que j'allais monter dans mon wagon. Elle m'a pris la main et m'a retenue. Moi j'étais paralysé. Elle était si jeune pourtant, ajouta Hoenheim, les yeux dans le vague. Mais elle m'a dit plus tard qu'elle n'avait pas eu peur parce qu'elle savait que c'était moi, et pas un autre. Là, sur le quai de gare, devant tout le monde, elle m'a embrassé. Et c'était… parfait. Ce souvenir est inoubliable, il est gravé dans mon esprit, dans les moindres détails. Il faut chérir ce genre de souvenirs Edward, dit-il soudain en regardant son fils. Alors prends ton temps, et quand tu embrasseras enfin cette jeune fille, ce sera un moment inoubliable pour vous deux, crois-moi.

Les deux hommes se sentaient étrangement bien à ce moment précis, et tous les deux comprirent pourquoi au même moment. Ils partageaient une discussion père-fils, un vrai moment de complicité comme ils n'en avaient plus eu depuis cette nuit où ils avaient regardé les étoiles. Ils se parlaient à cœur ouvert, sans rancune ni gêne. Et c'était bien.

- Après le baiser il y aura l'étape suivante qui est encore meilleure, lança soudain Hoenhein. D'ailleurs il faut peut-être qu'on en parle est-ce que tu as déjà…

- Oh regarde une étoile filante ! s'écria Edward en montrant le ciel, à la limite de la panique de voir que son père voulait aborder « ce » sujet.

Hoenheim, pas dupe, secoua la tête en riant avant de lever une main pour ébouriffer les cheveux de son fils. Mais il arrêta son geste au dernier moment en sentant le jeune homme se tendre près de lui. Il ne pouvait pas faire ça, ils n'étaient pas juste un père et son fils regardant les étoiles et parlant des femmes. Ils l'avaient crû quelques instants, l'illusion était parfaite et ils s'étaient tous les deux pris au jeu. Mais il y avait trop de choses entre eux, dites ou encore tues, mais qu'ils ne pouvaient mettre de côté. L'homme soupira. Leur bon moment était passé, mais ça resterait un souvenir qu'il chérirait. Mais c'était terminé, c'était le moment…

- Edward, je suis désolé de ne pas avoir été là pour vous empêcher de faire ça.

Le jeune homme ne répondit pas mais serra son poing métallique en le regardant.

- Oui. Moi aussi je le regrette, répondit-il finalement.

- Mais pourquoi est-ce que vous avez tenté une telle folie ?

- On était seuls. Malheureux. Perdus. Et puis on pensait que l'alchimie pouvait tout faire. On n'était que des enfants stupides. On payera toute notre vie pour cette erreur.

- Oui. Le prix est immense. Encore plus élevé que ce que tu crois, sans doute.

Edward fronça les sourcils et se leva en se postant face à son père. Celui-ci regarda ses mains croisées.

- Edward, Al m'a dit que tu protégeais cette jeune fille des Homonculus. C'est vrai ?

- Oui. Ils ont essayé de la tuer à Central, plusieurs fois.

Il ne demanda pas à son père comment il connaissait l'existence des Homonculus. Il se doutait depuis longtemps que le grand Hoenheim le Lumineux n'était pas un alchimiste ordinaire.

- Mais on a brouillé nos traces avant de venir ici, et ça a marché on dirait.

- Ne te méprends pas, le coupa son père. Ils n'abandonnent jamais. S'ils ne vous poursuivent plus pour l'instant c'est parce qu'ils ont quelque chose de plus urgent en cours.

- De quoi tu parles ?

- Cette guerre qui vient de se déclarer, ces massacres… Ce sont eux. Comme Ishbal. Et comme la guerre de religion il y a 150 ans. Et avant cela, il y a eu d'autres conflits comme celui-ci, des massacres, des génocides.

- Attends, tu dis que ce sont les Homonculus qui sont à l'origine des guerres qu'à connu le pays depuis des siècles ? Mais pourquoi ? Qu'est-ce que ça leur rapporterait ?

- Sais-tu comment naissent les Homonculus, Edward ?

Le Fullmetal referma la bouche et fit quelques pas en se passant une main dans les cheveux. Sa conversation avec Greed, juste avant sa mort, lui revint en mémoire.

- Ils… Ils naissent des transmutations ratées… Des transmutations humaines ratées…

Le jeune homme s'interrompit, la voix tremblante. Ca impliquait tellement de choses pour lui…

- Je suis étonné que tu le saches, lui dit son père. Mais tu as raison. Tu as vu la… chose, qui naît de la transmutation. Elle n'a rien d'humain, et elle ne peut pas survivre. Du moins, elle ne le peut pas normalement. Sauf si quelqu'un lui donne la nourriture dont elle a besoin pour grandir et se transformer.

- La nourriture ?

- Pour devenir des Homonculus, il leur faut avaler une pierre philosophale incomplète, matérialisée dans une pierre rouge.

- La pierre rouge sert de nourriture aux Homonculus ? s'écria Edward, franchement horrifié. Mais elle est fabriquée… Elle… Ca veut dire qu'ils se nourrissent de vies humaines ? comprit-il.

- Je vois que tu sais déjà beaucoup de choses… Tu as bien compris. C'est ce qui leur donne ces étranges pouvoirs, et surtout la capacité de se régénérer. Ca les rend presqu'invincibles.

- C'est horrible, murmura le jeune homme. C'est encore pire que ce que je croyais… Mais quel est le rapport avec la guerre ?

- Le plus grand désir d'un Homonculus c'est de devenir humain, expliqua Hoenheim. Et le seul moyen pour eux d'y parvenir, c'est d'avoir la pierre philosophale.

- Mais ils ne peuvent pas utiliser l'alchimie. Donc… Le seul moyen pour eux d'y parvenir, c'est que quelqu'un la fabrique pour eux, dit Ed en réfléchissant à haute voix.

- Ils provoquent des guerres et des massacres, ils poussent les humains au désespoir…

- Pour qu'ils se lancent dans la recherche de la pierre philosophale. Je comprends mieux maintenant.

Il lança un regard en coin à son père.

- Mais qui leur donne la pierre rouge qui les nourrit ?

- La question que tu devrais te poser c'est plutôt, comment les battre ? dit son père en éludant le sujet.

- Greed m'a dit que lorsqu'ils sont en contact avec les ossements du corps dont ils sont issus, ils deviennent faibles et meurent.

- Greed ? L'avide ? Tu l'as rencontré ? demanda Hoenheim, franchement surpris.

- Nous nous sommes battus, expliqua Edward. Il avait enlevé Al, et il a attaqué une vieille femme à Dublith, Dante.

Perdu dans ses souvenirs, il ne vit pas le malaise de son père. Le cœur d'Hoenheim avait manqué un battement au nom de « Dante ».

- Mais c'est étrange, ce n'était pas trop le style de Greed de tuer sans raison. Et il faut voir dans quel état était la vieille femme…

- Tu t'es battu contre lui ?

- Nous nous sommes battus, oui, répondit Ed en regardant ses pieds. Et… Je l'ai… Je l'ai tué.

- Tu as vaincu un Homonculus ? s'exclama Hoenheim, incrédule.

Son fils, qui n'assumait toujours pas d'avoir dû tuer, même un ennemi, ne répondit pas alors que son père le regardait d'un œil nouveau. Il était étonnant… Il n'était plus un enfant, ça ne faisait plus aucun doute. Il était plus fort et plus intelligent qu'il l'avait imaginé. Et plus déterminé aussi. Un doux sourire joua sur son visage, il se sentait fier de lui. Et d'Alphonse aussi.

Ils avaient vécu le pire mais au lieu de se laisser aller, de devenir des victimes, des assistés, ils avaient décidé de prendre leur destin en main, et de quelle façon ! Oui, il était fier de ses enfants. Il n'avait peut-être pas tout raté finalement.

- Edward, dit-il enfin. Les ossements peuvent bloquer un Homonculus, ils ne peuvent pas s'en approcher, ça les rend très vulnérables. C'est leur principal point faible. S'ils sont mis en contact avec l'os de la personne dont ils sont issus, ça peut te permettre de les vaincre. Mais il y a un autre moyen de se débarrasser d'un Homonculus. Il faut le sceller.

- Le quoi ?

- Le sceller avec l'alchimie, avec un cercle de transmutation qui les force à recracher la pierre rouge qu'ils ont ingérée.

- Et donc ça les affaiblit…

- Ca bloque leurs capacités de régénération. Donc si tu les frappes suffisamment longtemps, tu dois pouvoir les tuer.

Edward réfléchit à toutes ces informations qu'il venait de recevoir en si peu de temps, tout se mélangeait un peu dans sa tête. Il vit son père se lever et se diriger vers la maison en s'étirant.

- Si je te demande comment tu sais tout ça, demanda soudain le Fullmetal, le visage sombre, tu me répondras ?

Son père se contenta de sourire en rentrant dans la maison. Mais dès qu'il eut refermé la porte, son visage s'assombrit. Dante… Qu'est-ce qu'elle avait en tête ? Elle avait déclenché une opération de grande envergure, elle mettait le pays à feu et à sang. Et pourquoi en avait-elle après cette jeune fille, Emma ? Il soupira en montant dans sa chambre. Il y avait trop de questions, et une seule façon d'avoir des réponses.

oOo

Dante serra les dents, contenant sa colère devant l'entêtement de son interlocuteur au téléphone.

- C'est sûr ? cria Envy, à l'autre bout du fil.

- Les informations de Pride sont toujours sûres, tu le sais bien.

- Alors ce con est de retour ? Pas croyable. Je vais enfin pouvoir lui faire la peau, exulta l'Homonculus.

- Non Envy, on s'en tient au plan.

- Je vais le retrouver et l'écharper de mes mains, en prenant le visage de ses chers fils, ou de sa femme. Oui, je vais le faire pleurer…

- Envy tu suis le plan !

- Alors comme ça il est reparti à Resembool, dans son trou paumé ? Bien… Je vais aller lui rendre une petite visite, et en même temps je me ferai le nabot blond.

- Je te l'interdis ! cria Dante, hors d'elle. Obéis-moi !

- Mais…

- Ca ne sert à rien d'aller à Resembool, reprit-elle, un peu calmée. Je connais Hoenheim. Par cœur, même. Il saura me trouver, d'ici peu il viendra ici. Crois-moi.

- Et je fais quoi moi en attendant ? s'écria Envy. Du tricot ? Si j'allais là-bas je pourrais me débarrasser du vieux et de ses gamins, et je ramènerais la fille.

- Tu t'en tiens au plan, insista Dante en faisant des efforts surhumains pour ne pas hurler. Envy ? Tu m'entends ? Envy ?

Mais l'Homonculus avait déjà raccroché violemment le téléphone. Pas question d'attendre que ce salopard rentre tout seul au bercail, il allait le retrouver lui-même et lui faire payer le prix fort. Le prix du sang. Un sourire cruel étira ses lèvres.

oOo

L'Homoculus androgyne sourit cruellement en la plaquant contre le mur de la ruelle. Il prend son menton d'une main et lui relève brutalement le visage, dévoilant sa gorge. Il va la tuer, elle le sent. Mais elle ne peut pas se laisser faire, son père a besoin d'elle. Elle est venue chercher du secours, elle ne doit pas abandonner. Elle se débat, tente d'échapper à la prise de son agresseur mais il se contente de ricaner en serrant sa gorge d'une main.

L'air commence déjà à lui manquer. Il a approché son visage du sien et elle voit son expression de plaisir alors qu'il la tue. Sa vue se fait moins claire, et ses oreilles bourdonnent. Elle va mourir. Soudain il la lâche et elle s'écroule le long du mur. Sa vue s'éclaircit. L'Homonculus se bat contre quelqu'un. Elle ne le voit pas très bien. Des vêtements noirs, un éclat argenté, des éclairs alchimiques… Des cheveux blonds.

- Ed, coasse-t-elle, mais il ne l'entend pas.

Elle veut se lever pour l'aider mais elle n'a plus de forces. Elle ne peut rien faire et elle doit assister à ce combat, impuissante. Ed a transmuté son automail et s'apprête à frapper son adversaire mais l'Homonculus change de forme, prenant l'aspect d'Hoenheim. Ed est surpris et hésite un instant de trop. Son ennemi empoigne le sabre qu'il n'avait pas lâché et le plonge dans le ventre du jeune homme.

Emma plongea son visage dans son oreiller pour y étouffer son hurlement. Son visage était ruisselant de larmes alors qu'elle était secouée de violents tremblements. Encore ce rêve. Ce cauchemar. Son pire cauchemar. Toutes les nuits elle se réveillait ainsi désormais, assistant encore et encore à la mort d'Edward.

La jeune fille se calma au bout de quelques minutes qui lui parurent une éternité, et s'assit sur le bord du lit, passant une main sur son visage pour essuyer ses larmes. Elle savait qu'elle ne pourrait plus se rendormir, dès qu'elle fermait les yeux l'image d'Edward baignant dans son sang s'imposait à son esprit. L'expression de douleur qui s'imprimait sur son beau visage… Et ses yeux ambrés posés sur elle qui se voilaient alors qu'il s'écroulait aux pieds de l'Homonculus. Elle tremblait encore lorsqu'elle se leva pour se diriger vers la fenêtre. Et là elle oublia son cauchemar.

Il y avait quelqu'un dehors, devant la maison. Alors qu'Emma se penchait pour mieux voir, elle reconnut la silhouette du visiteur nocturne et fronça les sourcils. Elle le vit s'éloigner d'un pas traînant, la tête basse. La jeune fille n'hésita qu'un instant avant d'enfiler quelques vêtements et de sortir à sa suite.

Edward s'accroupit devant la tombe de sa mère et laissa tomber sa pelle sur le sol. Il regarda la stèle quelques instants avant de suivre du bout de ses doigts de chair le tracé des lettres gravées dans la pierre : Trisha Elric. Elle lui manquait cruellement, à chaque instant de sa vie. Parfois il sursautait en entendant le rire d'une femme, croyant reconnaître celui de sa mère. A d'autres moments c'était son parfum qu'il sentait, et qui faisait battre son cœur un peu plus vite. Oui elle lui manquait, comme si une partie de son être était morte avec elle ce jour-là.

Les paroles de Greed et de son père n'avaient pas cessé de tourner dans son esprit. Les homonculus naissaient de transmutations humaines ratées. Dès que le Bouclier ultime avait prononcé ces paroles il avait compris ce que ça impliquait. Mais il l'avait d'abord refusé de tout son être, les implications étaient trop importantes. Ce qu'ils avaient fait cette nuit là, en tentant de ramener leur mère, c'était déjà le crime suprême, le pire des péchés. C'était en soi tellement horrible, il ne pouvait pas imaginer que ce qu'ils avaient créé cette nuit-là soit devenu…

- Un Homonculus, murmura-t-il. Maman, ajouta-t-il dans un gémissement, pardonne-moi.

- Ed ?

Il sursauta et se retourna vivement, comme pris en faute. Emma se tenait derrière lui, les cheveux défaits et ondulant légèrement dans le vent. Elle avait les traits tirés et les yeux gonflés, comme si elle avait pleuré.

- Qu'est-ce que tu fais là ? demandèrent-ils en même temps.

- Je t'ai vu sortir de la maison comme un voleur alors je t'ai suivi, expliqua-t-elle. J'avais l'impression que quelque chose n'allait pas.

- Qu'est-ce qui t'a fait penser ça ?

- Je ne sais pas trop. Une intuition. J'avais tort ? demanda-t-elle en posant les yeux sur la pelle qu'il avait amenée avec lui.

Il retint une grimace. Elle commençait à trop bien le connaître, c'était assez énervant cette faculté qu'elle avait de toujours deviner ce qu'il pensait et ressentait, parfois même avant qu'il en ait lui-même conscience. Et en même temps, il n'aurait jamais crû partager une telle complicité avec quelqu'un. C'était aussi étrangement grisant…

- Emma, dit-il finalement en reportant son regard sur la tombe de Trisha. C'est ma mère.

Elle ne répondit pas mais s'accroupit tout près de lui.

- Je sais que c'est pas trop l'heure pour une leçon d'alchimie, mais tant pis. Est-ce que tu te souviens de ce que je t'ai dit sur la naissance des Homonculus ?

- Oui.

Elle n'ajouta rien de plus mais lui prit la main et la serra. Elle avait compris dès qu'il le lui avait dit. Ca impliquait que la… chose qu'Al et lui avaient créée en voulant ramener leur mère, cette chose était peut-être devenue un Homonculus. Elle frémit en repensant à son rêve.

- Je voulais pas le croire, reprit le Fullmetal à voix basse. Et ça n'est pas certain, Hoenheim m'a expliqué qu'il fallait en quelque sorte nourrir la chose créée pour qu'elle devienne un Homonculus. Oui, il n'y a quasiment aucune chance que…

- Mais même s'il n'y a qu'une chance sur un million pour qu'elle soit devenue un de ces êtes, continua Emma, tu ne peux pas l'occulter.

- Je sais. Et puis quand j'ai vu le dessin que tu as fait des deux femmes qui te harcelaient, j'ai compris. Il n'y a plus vraiment de doute maintenant.

- Est-ce qu'Al est au courant ?

- Non. Ne lui dis pas je t'en prie, lui demanda-t-il en la regardant. Il a assez payé. C'est mon crime, mon erreur, c'est à moi de l'assumer.

La jeune fille fronça les sourcils mais ne répondit pas. Toujours cette culpabilité, elle avait l'impression qu'il portait tout le poids du monde sur ses frêles épaules. Mais c'était aussi quelque chose qu'elle aimait chez lui, cette façon de s'inquiéter pour les autres sous ses airs indifférents, sa volonté d'assumer ses erreurs quel qu'en soit le prix. Si seulement il pouvait être moins malheureux.

- Qu'est-ce que tu vas faire ? lui demanda-t-elle finalement.

- Il n'y a pas cinquante moyens pour se débarrasser d'un Homonculus, expliqua-t-il d'un air las. Le sceller par l'alchimie, avec un cercle particulier que je ne connais pas…

Il ne s'aperçut pas que son amie s'était tendue en entendant ça, sans qu'elle sache elle-même pourquoi. Ce mot, « Sceller ». Ca évoquait quelque chose en elle…

- Ou alors, l'autre moyen c'est de les mettre en présence des ossements de l'humain qu'on a voulu ramener, termina Ed.

- Les ossements ? s'écria-t-elle en reprenant ses esprits. Tu veux dire que tu vas…

- Ouvrir sa tombe. Oui.

- Mais Edward tu ne peux pas faire ça ! s'exclama Emma en se remettant debout et en lâchant sa main. Surtout sans en parler avec Al. C'est…

- C'est horrible, et irrespectueux. Je sais tout ça. Mais tu l'as dit toi-même. Même s'il n'y a qu'une chance sur un million pour que j'ai créé un Homonculus, alors je ne peux pas l'occulter.

Il ne la regardait pas mais ses épaules tremblaient en disant ces mots. Elle devait le prendre pour un monstre. Quel fils pourrait profaner la tombe de sa mère adorée pour récupérer ses ossements ?

- Tu dois penser que je suis un monstre sans cœur, et tu as sûrement raison. Je ne sais pas trop si je crois à un paradis, ou à un truc dans le genre, ajouta-t-il la voix tremblante. Mais si ça existe et qu'elle me voit, elle doit avoir honte de moi.

Il ne savait pas qu'elle réaction il attendait d'Emma, mais ça n'était assurément pas celle-là. Il sentit soudain les bras de la jeune fille se refermer autour de lui alors qu'elle se mettait à genoux près de lui. Il ne se posa pas plus de questions, appréciant de sentir son étreinte réconfortante dans ce moment.

- Tu n'es pas un monstre Ed, excuse-moi d'avoir réagi comme ça. Tu as raison. C'est horrible, mais tu n'as pas le choix. Ecoute-moi, reprit-elle en s'écartant un peu de lui pour le regarder. Tu n'as rien d'un monstre. Il faut un courage immense pour faire quelque chose comme ça. Ed, je suis fière de toi. Et je vais t'aider.

Hoenheim, appuyé contre un arbre un peu plus loin, sourit en entendant ça. Il n'était pas sûr qu'Ed ait le cran de le faire, il s'était préparé à récupérer lui-même des ossements de Trisha. Mais son fils était courageux, son amie avait raison. Bien plus que lui ne le serait jamais. Une nouvelle vague de fierté et même d'amour pour ses fils menaça de le submerger.

Malgré toutes ses erreurs et ce qu'il avait perdu en faisant le choix d'épouser Trisha, il était heureux d'avoir contribué à la naissance de ces deux garçons exceptionnels. Sa vie n'aurait pas été vaine finalement. Il avait manqué à tous ses devoirs, et il continuait en sachant qu'ils seraient tous les deux peinés et en colère demain, en se rendant compte qu'il s'était enfui une fois de plus. Mais cette fois, il n'allait pas fuir loin de ses responsabilités. Au lieu de ça, une fois dans sa vie, il allait faire quelque chose pour eux. Il allait les protéger.

Hoenheim jeta un dernier regard aux deux adolescents qui s'étaient mis au travail, puis il s'éloigna en jetant son sac sur son épaule. Il devait faire vite, la route allait être longue jusqu'à Central. Et jusqu'à elle.

oOo

Couverts de poussière et assez honteux, Ed et Emma reprirent le chemin de la maison des Rockbell, silencieux. De quoi pouvait-on parler après avoir profané une tombe ? Mais ils se tenaient par la main, se réconfortant mutuellement par ce simple contact. Le jeune homme sentait dans la poche de son pantalon la boîte dans laquelle il avait glissé un fragment d'os de sa mère. Etrangement, ce poids était réconfortant, comme une sorte de talisman.

Ils empruntèrent le même chemin que lors de leur arrivée, repassant devant la maison en ruines. Emma vit des pans de murs, qui tenaient à peine debout, au milieu des herbes folles et des fleurs sauvages. Ce lieu était à l'abandon, et à la lumière de la lune il aurait pu être effrayant. Mais bizarrement, elle ne ressentait que de l'apaisement, de la tranquillité ici.

- Là c'était l'entrée de la maison, dit soudain Ed en s'arrêtant.

Emma l'imita, étonnée. Lors de leur arrivée, il s'était renfermé en passant ici, comme si des souvenirs particulièrement difficiles étaient liés à cet endroit.

- Là maman étendait le linge entre deux pruniers, continua-t-il en tendant la main pour lui désigner l'endroit. Ici, il y avait une cabane de jardin toute miteuse continua-t-il en souriant. C'est mon père qui nous l'avait faite, peu de temps avant de partir. Il avait voulu utiliser l'alchimie mais maman l'avait forcé à se débrouiller tout seul. Je me souviens qu'il s'était enfoncé des échardes dans les doigts, et que le marteau avait pas frappé que les clous. Ouais, il était nul en bricolage… Et elle était moche cette cabane, des planches de travers, des trous dans le toit, des clous qui dépassaient… Mais on l'adorait, parce que c'était lui qui l'avait faite.

La jeune fille sourit en l'observant. Il était nostalgique, perdu dans ses souvenirs. Apaisé. Elle avait raison, cet endroit avait quelque chose de spécial, une force particulière.

- Là c'était le bureau de papa, continua-t-il en lâchant sa main et en avançant au milieu de ruines. On n'avait pas le droit d'y entrer, il pouvait y passer des journées entières. Là la cuisine. Et là, c'était notre chambre à Al et moi. Ce qu'on a pu s'y bagarrer…

Il était reparti en arrière et avait à nouveau cinq ans. Il tournait sur lui-même, se souvenant de la position de chaque objet, revoyant la moindre lézarde dans les lambris, ou l'encadrement de porte où sa mère faisait des marques pour suivre leur croissance. Finalement il se tourna vers Emma et, pour la première fois, elle vit qu'il avait les yeux brillants de larmes longtemps contenues.

- C'était ma maison Emma, et je l'ai brûlée. Avec Al, avant de partir pour Central, on l'a fait. On a pensé que si on n'avait plus d'attaches, on serait plus libres dans notre quête, et que faire ça, ça ferait de nous des adultes. On pensait qu'avoir un chez nous ça nous empêcherait d'être libres. On s'est trompés, ajouta-t-il en se laissant tomber à genoux dans l'herbe. Pourquoi on a fait ça ? C'était notre maison…

Il y avait une telle détresse dans sa voix et dans son regard qu'Emma se précipita vers lui et s'agenouilla avant de le serrer contre elle. La tête sur son épaule il laissa enfin couler ses larmes trop longtemps retenues. Dans sa poche, il sentait encore plus vivement le poids de la boîte, comme si sa mère elle-même était là avec eux. Il finit par rendre son étreinte à son amie, la serrant encore plus fort alors qu'elle lui murmurait des paroles réconfortantes à l'oreille. Il ne les comprenait pas mais le son de sa voix lui-même était apaisant, et petit à petit, il commença à se sentir mieux.

Il s'écarta un peu d'elle, mais sans la lâcher. Sortant sa montre d'alchimiste d'Etat de sa poche, il la lui tendit après l'avoir entrouverte.

- C'est mon plus grand secret, murmura-t-il.

Surprise et intriguée, Emma ouvrit la montre et, gravée dans le couvercle, elle vit inscrit « N'oublie pas le 3 octobre 1910 ».

- C'est le jour où on a brûlé la maison, Al et moi. Ce souvenir c'est ce qui me pousse à continuer à chercher malgré les doutes, et les désillusions. Pour ne pas oublier tout ce qu'on a laissé derrière nous. C'est ma carotte en fait, ajouta-t-il d'un air gêné. Même Al n'a jamais vu ça. C'est mon secret.

- Tu ne l'as jamais montré à personne ?

- Winry l'a vu parce ce qu'elle a forcé ma montré, répondit-il avec une grimace. Cette sale curieuse… Mais non, à part elle, tu es la première.

Elle resta muette quelques instants et il crut qu'elle trouvait ça puéril, ou idiot. Le rouge commença à lui monter aux joues et il se traita de tous les noms. Il avait pensé qu'en partageant quelque chose d'aussi personnel avec elle ça les rapprocherait, il avait le sentiment qu'elle pouvait comprendre sa démarche et ce qu'il ressentait. Mais il s'était peut-être trompé…

Emma, elle, n'en revenait pas. Il lui faisait une telle confiance… Il lui avait montré sa maison, et son plus grand secret, il avait pleuré dans ses bras pour la première fois depuis très longtemps. Il avait une confiance absolue en elle. Elle ressentait une étrange sensation de bien-être, de plénitude même. Elle n'aurait jamais crû que cette complicité entre eux puisse lui apporter autant de joie. Elle se sentait un peu coupable de ne pas partager ses propres secrets avec lui, mais surtout elle avait peur.

Elle ne s'était plus sentie si heureuse depuis tellement longtemps, et si tout s'arrêtait ? Si ses rêves prenaient vie et qu'elle le perdait ? Est-ce qu'elle supporterait de retrouver sa solitude ? Est-ce qu'elle supporterait de ne plus l'avoir à ses côtés ?

- Emma, je sais que c'est bête, j'aurais pas dû te montrer ça, commença-t-il en voulant récupérer sa montre. Je…

Elle scella ses lèvres d'un baiser. Les yeux fermés elle s'abandonna complètement dans ses bras, caressant sa nuque d'une main et s'accrochant à sa montre de l'autre. Elle avait peur de l'avenir et de ce qui risquait de lui arriver mais, à ce moment, tout ce qu'elle voulait c'était sentir ses bras autour d'elle, et ses lèvres sur les siennes. La suite viendrait bien assez vite…