cause I couldn't cry
cause I turned away
couldn't see the score
didn't know the pain
of leaving yesterday really far behind
Takasugi est fou.
C'est une bête féroce abandonnée par son maître. Il est calme, cet homme. Il est calme, ce monstre ronronne dans sa poitrine la machine infernal de l'indifférence. Meurt, tue, peu m'importe, dit-elle. Tout doit disparaître.
De temps en temps, Gintoki rêve des beaux jours d'hiver où Takasugi le réveillait silencieusement et le guidait à l'extérieur pour lui montrer la neige qui recouvrait le jardin. C'est Takasugi qui lui apprend les mots pour la décrire, cette neige : vaporeuse, immaculée, étincelante, pure, bleue, argentée… Au printemps il lui apprend les noms des fleurs qui s'épanouissent sur le bord des routes, les différentes couleurs que prend le ciel lorsque le soleil se lève. Il lui apprend aussi à tenir ses baguettes, à ne pas parler la bouche pleine…
Takasugi est un frère pour Gintoki bien avant qu'il apprenne le mot « frère ». C'est un ami, un camarade. Puis, après sensei, c'est un soldat, un commandant. Il reste un ami lorsqu'ils reçoivent une tête dans un tissu sale pourtant quelque chose change ce jour-là. Il y a une bête féroce dans le cœur de chacun des enfants meurtris par la guerre, mais cette fois-ci la bête ne cesse pas de rugir au creux de Takasugi. Gintoki peut l'entendre, hurler, crier, supplier. Mais que dire ? Au fond de sa propre cage thoracique, la bête répond, s'agite aussi au moindre son. Gintoki, Takasugi, Katsura, tous perdent leur raison.
Sur le front, au milieu du chaos, c'est la bête qui lui permet de survivre. Massacre sur massacre, il grogne, il mord, il tue, et à ses côtés bondissent deux autres bêtes, étincelantes de douleur, sourires crispés sur des lèvres qui oublient la vie pour se tourner vers la mort. Lorsque la guerre se termine sur un affreux échec et qu'il voit sous ses pieds tous les hommes qui sont morts, Gintoki peut enfin s'arrêter. C'est perdu qu'il regarde une autre bête, plus douce celle-ci, presque domestiquée (et pourtant libre, plus libre qu'il ne l'a jamais été), s'élancer vers le ciel. Le commerce est quelque chose que Gintoki ne comprendra sûrement jamais.
C'est un hasard qui le sauve. Ou peut-être sa promesse ? Protéger les autres, n'est-ce pas ce qu'avait demandé Sensei ? Et face à son échec, la bête se calme, se dissout, et peut-être même s'apaise, l'espace d'un instant. Au loin il entend toujours celle de Takasugi mugir comme si le monde était le monstre, haïr comme le jour où les yeux vides de Shouyou avaient été tournés une dernière fois vers le ciel. Il ignore la voix, sauve une petite fille d'une mort certaine au coin d'une rue, empêche un homme d'en tuer un autre, et peut-être cherche-t-il une rédemption.
(Peut-être cherche-t-il à ne plus entendre ces mugissements lointains, si lointains, presque dissolus dans la foule.)
Et peut-il se mentir en se disant qu'il ne ressent pas une forme de délivrance lorsque les fers se resserrent sur ses poignets ? Se faire jeter dans un cachot, n'est-ce pas une rémunération pour toute cette guerre ?
Encore une fois, le hasard change de direction. Et c'est libre qu'il s'élance dans la nuit, chancelant, presque mort mais vivant, si vivant qu'il respire, si vivant qu'il espère.
Qu'est-ce qui l'amène dans un cimetière ? Il se retrouve devant une tombe, et soudain toutes les forces qu'il avait pu invoquer s'évaporent il tombe à genoux devant la tombe, et peut-être est-ce finalement ainsi que sa vie se terminera, devant une sépulture dédiée à un inconnu. Ironie. Au travers du brouillard qui voile sa vision, il cherche à lire les kanjis solennels qui illustrent la tombe, mais n'y parvient pas. La guerre est là depuis si longtemps qu'il n'a pas ouvert un livre depuis des années, des siècles, des millénaires. Que dirait Sensei ?
Recommence. Vis. Réapprend.
Il commence à neiger dans les environs de deux heures du matin. Le froid secoue ses membres avec tant de violence qu'il se recroqueville sur lui-même pour les empêcher de se détacher. Au loin, dans la nuit, il entend des chiens hurler.
Fiouuuu. Combien de mois ça m'a pris, cette fois-ci? Merci beaucoup pour toutes vos reviews! J'espère que ce chapitre vous aura plus. J'ai eu une phase "Takasugi/Gintoki" récemment (j'y suis toujours, en fait...), et je ne sachant pas quoi faire de tout un tas de headcanons qui me sont tombés dessus, j'ai écrit ceci...
Merci encore, et à la prochaine! Ah, et si vous voulez me trouver et blablater sur tumblr: da-da-daaa
