Bonjour à tous ! Un petit tour par ici pour publier ce chapitre avant de retourner m'occuper de ma petite choupinette de nièce adorable « la plus belle petite fille du monde » (nan chuis pas gaga, chuis très objective^^). J'espère qu'il vous plaira ! Bonne lecture.
Chapitre 17
Des coups de feu retentirent et l'homme se plaqua contre le mur de la petite ruelle dans laquelle il s'était réfugié. Le cœur battant à tout rompre, il entendit le bruit de leurs bottes. Les soldats se rapprochaient. S'ils le trouvaient, il était mort. Il ferma les yeux.
- Retrouvez ce fils de pute ! cria quelqu'un.
- Oui sergent !
Le groupe de soldats d'Amestris courait dans la grande rue, à la recherche du fuyard. Aucun ne pensa à regarder dans la minuscule ruelle envahie par les ordures. Heureusement pour lui. Il ne rouvrit les yeux que lorsque le bruit de leurs bottes martelant le pavé eut diminué. Il s'autorisa alors à respirer de nouveau et se détacha du mur avec un gémissement.
La balle logée dans son épaule le faisait souffrir, plus qu'il n'aurait pu l'imaginer. C'était comme avoir un charbon ardent enfoncé dans le corps, il en sentait la brûlure à chaque mouvement, comme il sentait son sang qui coulait et imbibait sa chemise. Il ne tiendrait plus longtemps à ce train-là, les soldats le retrouveraient mort, et ils n'auraient même pas à la conduire sur la place. La place…
Il frémit et s'interdit d'y penser. Il avait une mission. Il devait regagner leur abri, aussi précaire soit-il. Pour Central, et pour Amestris tout entier.
Le couvre-feu était parfaitement respecté, à part lui il n'y avait pas un chat dans les rues. La population se terrait, craintive, terrorisée même. Comme toutes les nuits des enfants devaient se réveiller en hurlant en entendant les coups de feu et le martèlement lugubre des bottes des soldats. Tous savaient ce que signifiaient ces bruits…
Et le lendemain, tous devraient à nouveau se masser sur la grande place de Central et assister aux exécutions, effectuées devant le mur du Musée de l'Histoire impériale. Ces murs avaient tout vu, des massacres des guerres de religion à la prise de pouvoir militaire. S'ils avaient pu parler, ils auraient sûrement des récits d'atrocités à raconter. Mais seraient-ils pires que ce qu'ils vivaient aujourd'hui ?
Tous les jours, à midi pile, le peloton d'exécution se mettait en place devant le mur. Et sous le regard implacable du généralissime, les dissidents étaient amenés un par un. Dissidents réels ou malchanceux frappés par le sort, peu importait en fait. Le résultat était le même. Les soldats armaient leurs fusils. Le bandeau qui couvrait les yeux du prisonnier était enlevé, pour qu'il voit la mort fondre sur lui dans une odeur de poudre. Le mur était maintenant couvert de sang et d'impacts de balles qui rappelaient à tous qu'ils pouvaient eux aussi se retrouver devant le peloton d'exécution, à tout moment.
La population vivait maintenant dans la peur constante : des soldats, de leurs contrôles inopinés, de leurs fouilles nocturnes des maisons, des arrestations arbitraires, des jugements hâtifs, de leurs exactions aussi. L'armée était la même partout, en situation de guerre, certains perdaient tout contrôle et faisaient payer leurs propres frustrations au peuple.
Les gens étaient donc dans un état de terreur et de tension permanent. A cela s'ajoutait une terrible crise économique, qui frappait tout le pays. Le manque d'approvisionnement des pays étrangers créait un grand manque. Creta, le grenier à blé de la région, ne pouvait plus fournir Amestris puisque les frontières étaient fermées. De même pour Xing qui était un grand pourvoyeur de fruits. Les vivres commençaient à manquer, le principal étant réquisitionné pour nourrir l'armée.
Et l'inflation faisait maintenant rage à Central, rendant le quotidien quasi-insupportable. Oui, la situation économique était désastreuse et s'ajoutait au contexte politique difficile. La vie dans la cité du Centre devenait épouvantable.
Fatigués d'être maltraités, ruinés et affamés par l'armée et les dirigeants du pays, quelques personnes avaient décidé de résister. Ils avaient d'abord été désorganisés, chacun agissant de son côté. Les actions allaient du simple tag contestataire au sabotage, voire même à l'empoisonnement des vivres des militaires, pour les plus téméraires. Mais ils n'étaient pas organisés, n'avaient pas de plan ni de but précis. Et ils avaient été dénoncés. Par des voisins, des amis, de la famille même, contre une promesse de sécurité et un peu d'argent. Ils avaient été exécutés en grande pompe, par le généralissime lui-même.
Mais ça n'avait pas suffit. Si la déception, la peur et la colère pouvaient être de bons moteurs pour les hommes, le désespoir en était un autre, bien plus fort. Il créait des combattants qui n'avaient plus peur de rien et qui prenaient tous les risques. Et ceux-là étaient vraiment dangereux. Ils n'avaient plus rien à perdre.
Un médecin, qui agissait dans l'ombre depuis le début des évènements de Central, soignant les blessés au péril de sa vie dans la cave d'un immeuble abandonné depuis longtemps, avait fait se rencontrer les combattants les plus acharnés, les enjoignant à se battre ensemble. Et ainsi, dans l'obscurité et l'humidité de cette cave, était née la Résistance.
- Docteur Knox !
L'homme grogna et se retourna. La lumière tremblotante des lampes à pétrole se refléta dans ses lunettes rectangulaires, cachant un instant son regard las. Brun, avec une mâchoire carrée, un petit bouc habillant son menton, et une cigarette pendant au coin de sa bouche, il ne ressemblait pas à l'idée qu'on se faisait habituellement d'un médecin. Mais dans cet hôpital clandestin humide et insalubre, entouré des résistants blessés par les soldats, il était pour ses patients un sauveur, et un héros, ni plus ni moins.
Il avait été médecin légiste dans l'armée, même si ça semblait être dans une autre vie. Il se souvenait vaguement d'un temps où il avait été jeune et enthousiaste, et heureux aussi, avec sa famille. Avant Ishbal, avant l'horreur. Ce qu'il avait vu là-bas, ça l'avait détruit de l'intérieur. En rentrant, il avait quitté l'armée, quitté sa vie pour sombrer dans la dépression, quitté les siens aussi, même si physiquement il était toujours présent. Mais son esprit, l'homme qu'il avait été, étaient restés dans le désert. Sa famille était partie, et il s'en était à peine aperçu.
Il s'était retiré du monde, le laissant continuer à tourner sans lui, se coupant de tout et de tous. Il refusait de se mêler de ce qui se passait hors des murs de sa petite maison, il ne s'y intéressait même pas. Jusqu'au jour où il avait entendu les bottes des soldats frappant les pavés de sa rue, et fouillant les maisons à la recherche d'un dissident, un journaliste qui refusait de se laisser museler comme les autres. Il les avait vus lui tirer une balle dans la tête devant sa famille, ses enfants. Alors il était sorti de sa retraite.
Il avait laissé l'horreur se produire une fois, il y avait même participé dans un certain sens. IL ne resterait pas les bras croisés pendant que ça recommençait. Il allait se battre, à sa manière.
- Vaughn, dit Knox en se tournant vers l'homme qui venait d'entrer et qui s'appuyait contre le mur pour ne pas s'évanouir. Vous êtes blessé ?
L'homme eut un sourire sans joie et repoussa le col de son manteau, dévoilant sa chemise trempée de sang. Aussitôt le médecin comprit et se précipita vers lui. Aidé d'un volontaire il allongea le blessé sur une table de fortune et l'examina. La balle avait pénétrée dans l'épaule et l'avait traversée. L'homme avait perdu énormément de sang, il devait à tout prix arrêter l'hémorragie.
Autour d'eux, les nombreux blessés le regardaient opérer. Il avait toujours travaillé sur des cadavres et n'avait donc pas la douceur d'un médecin classique. Mais il était animé d'une volonté inébranlable, s'il avait décidé que quelqu'un devait survivre, la mort elle-même ne pourrait lui arracher son patient.
Il travailla deux heures durant sur la blessure de Vaughn mais réussit à le stabiliser. Ensuite, épuisé, il se laissa choir sur une chaise et se passa une main sur le visage. Son patient était endormi mais tellement affaibli par la perte sanguine que ce serait un miracle s'il n'attrapait pas un microbe en restant ici, dans cet endroit insalubre, humide, pourri, forcément infesté de toutes les cochonneries possibles et imaginables. Comment soigner correctement ces hommes dans de telles conditions ? Soudain, il sentit une main se poser sur son épaule et sursauta.
- Vous faites du bon boulot doc, dit une petite voix qu'il reconnut, se détendant aussitôt.
Il se retourna et croisa le regard confiant d'un petit garçon blond, d'une dizaine d'années. Il lui sourit et ses deux yeux gris semblèrent pétiller, arrachant un petit rire au docteur qui lui ébouriffa les cheveux.
- Merci Fletcher, ça fait du bien d'entendre ça de temps en temps.
- Quand est-ce qu'il va se réveiller ? demanda un jeune homme blond, très grand et mince, l'air tendu.
Russell Tringham, le frère aîné de Fletcher, était inquiet. Vaughn avait été envoyé en mission de reconnaissance pour trouver des informations sur ce qui se passait dans le reste de l'Empire. Ancien journaliste, il avait un réseau d'informateurs important, et il était influent. Lui seul était capable, jusqu'à maintenant, de les tenir au courant de la situation dans le reste du pays. C'était capital pour eux…
- Sois patient, petit, répondit Knox.
- Patient ? Comment voulez-vous que…
Le jeune homme serra les poings. Lui et son frère étaient alchimistes, et doués en plus. Pas aussi bons que les frères Elric, qu'ils avaient rencontrés quelques années auparavant, mais ils travaillaient dur et espéraient bien égaler Edward un jour. Depuis que l'état d'urgence avait été déclaré, ils se cachaient car ils n'avaient pas de papiers, se contentant souvent d'usurper l'identité du Fullmetal Alchemist. Mais désormais c'était impossible et s'ils étaient capturés par l'armée, ils finiraient au mieux en prison, au pire sur la place…
Ils avaient rapidement décidé de mettre leur alchimie au service de la Résistance, et depuis ils prenaient tous les risques, autant pour saboter le matériel militaire que pour détruire les moyens de communication du QG. Leur grand projet était d'établir une ligne de communication sécurisée avec l'extérieur, en utilisant le réseau ferroviaire. C'était ambitieux, sans doute irréalisable, mais pour ça ils avaient absolument besoin des informations de Vaughn.
Un bruit sourd se fit entendre et tout le monde sursauta. Un jeune homme brun à lunettes, qui était à l'origine du vacarme, leur fit un sourire penaud et s'excusa. Près de lui, une antique et monstrueuse presse d'imprimerie lui donnait du fil à retordre.
- Ca avance, Danny ?
- Elle résiste mais j'en viendrai à bout, répondit le jeune homme.
- Tu parles de la presse ou de ta prochaine petite copine ? lança un homme, déclenchant les rires gras de tout le monde.
Knox rit également. C'était stupide mais ce genre de blague, aussi vaseuse soit-elle, leur faisait du bien, leur permettant d'oublier un instant le contexte et le lieu où ils se trouvaient.
Danny rougit en entendant tout le monde rire à ses dépens et se replongea dans son travail pour cacher sa gêne. Ca faisait des jours qu'il tentait de faire fonctionner cette antiquité, la plus vieille rotative de toute la ville, qu'ils avaient trouvée dans cette cave. L'enjeu était de taille. La presse était muselée par le QG, alors ils allaient lui donner un peu d'air.
Il savait qu'ils ne pourraient imprimer que de petits tracts, en quantité limitée, mais c'était le geste qui comptait. Ils ne toucheraient peut-être qu'une poignée de citoyens avec leurs tracts, mais ces personnes sauraient alors que Central avait encore une voix. Et c'était ça le plus important.
- Comment vous croyez que ça se passe dans le nord ? demanda soudain Fletcher, d'une petite voix.
- Et bien aux dernières nouvelles Briggs est tombée, mais on comptait justement sur Vaughn pour en savoir plus, répondit Knox en regardant son patient endormi.
- Dites, vous croyez vraiment qu'on peut se battre contre l'armée et le généralissime ? demanda l'enfant après quelques instants de silence.
Au départ, personne ne lui répondit. Cette question, ils se la posaient tous. Ils savaient qu'ils n'avaient quasiment aucune chance de s'en sortir vivants, et encore moins de sauver Central et ses habitants. Mais c'était soit se battre, soit rester sans rien à faire à regarder tous les jours les exécutions sur la place, jusqu'à ce que ce soit leur tour. Alors ils se battaient. C'est ce que Knox répondit à l'enfant qui buvait ses paroles.
- Mais on ne peut rien seuls, intervint l'un des blessés. L'armée de Bradley est bien trop forte. Si les militaires ne se révoltent pas à l'intérieur même de l'armée…
- Doc, vous êtes sûr que vos potes militaires vont se bouger ? le coupa Russel. Parce que les soldats on les connaît…
- Petit, j'en étais un moi-même il n'y a pas si longtemps, répondit Knox. Il y a des hommes et des femmes d'honneur dans l'armée, soyez-en sûr. Laissez-leur juste un peu de temps pour agir…
oOo
- Envoyez le groupe d'intervention numéro 4 contre le mur d'enceinte, expliqua Hakuro à ses subalternes, penché sur une carte de la vallée de Briggs. Pendant ce temps, les groupes 3 et 5 attaqueront sur les flancs et…
- Ca ne marchera pas.
Le général sursauta en entendant cette voix bien connue, froide comme la glace et tranchante comme un sabre. Lui et son état-major se retournèrent brusquement pour poser leurs yeux sur Olivia Armstrong et Roy Mustang, qui venaient de pénétrer dans la tente de commandement.
- Général de brigade ? Colonel ? Que faites-vous ici ?
- Comme je vous l'aie déjà expliqué, mon général, reprit la jeune femme sans lui répondre, ce genre de pitoyables petites attaques ne les inquiéteront jamais. Elles ne feront que causer davantage de pertes dans nos rangs.
- Qui commande ici ? aboya Hakuro, revenu de sa surprise. Vous deviez rester à Ambre, avec le Flame Alchimiste.
- On avait besoin d'air, se contenta de répondre Mustang avec un petit sourire.
- Vous serez puni pour votre insubordination, gronda l'un des subordonnés du général. Tous les deux.
- Je ne pense pas.
Droite comme la justice, Olivia s'approcha d'Hakuro, à pas lents mais décidés. Rien ne pouvait la faire reculer. Alors qu'elle s'approchait de son supérieur, elle posa une main sur la garde de son sabre. Aussitôt les soldats présents voulurent sortir leurs armes mais en quelques claquements de doigts Mustang les en dissuada. La jeune femme sortit enfin son sabre dont la lame sembla briller de milles feux, tel un glaive vengeur, et elle en appliqua la pointe contre la poitrine d'Hakuro.
- Vous êtes folle ? Vous irez en cours martiale pour ça !
- Peut-être que oui, répondit-elle sans manifester la moindre émotion. Peut-être que non. Vous par contre, je sais où vous allez vous retrouver d'ici moins de deux minutes si vous ne faites pas ce que je dis.
Hakuro pâlit. Il y avait une telle détermination dans le regard d'Olivia, et une rage contenue qui devenait encore plus dangereuse. Mustang lui non plus ne tremblait pas, concentré sur son objectif. Le général jeta un regard près de lui, cherchant le soutien de ses hommes, mais ils étaient réduits à l'impuissance par la menace de l'alchimiste. Ils savaient pourtant qu'il ne pourrait pas tous les avoir d'un simple claquement de doigts. Mais aucun de ces lâches ne voulait prendre le risque de devenir la première cible du colonel.
- Que voulez-vous ?
- Pas grand-chose, répondit la jeune femme en s'autorisant enfin un léger sourire. Remettez-moi le commandement.
- Quoi ? Vous êtes cinglée !
- Mauvaise réponse, dit-elle en appuyant un peu plus la pointe de son sabre contre sa poitrine.
Ressentant la pression de l'arme, il grimaça. Que voulait faire cette folle ? Devenir calife à la place du calife ? Mustang le voulait aussi, alors pourquoi s'allier à elle ? Jamais ils ne prendraient le risque de tout perdre uniquement pour prendre le commandement des troupes du Nord. A moins de fomenter un coup d'Etat…
- C'est un putsch ? demanda Hakuro, perplexe.
- En quelque sorte. Mais nous préférons appeler ça une libération, répondit Mustang.
- Nous souhaitons gagner cette guerre, reprendre Briggs, sauver le pays et le débarrasser de la vermine qui le tue de l'intérieur.
- Rien que ça ?
- La première étape, continua le général de brigade, c'est de se débarrasser de vous. Mais je n'ai pas encore décidé si je vous laissais en vie ou pas. Ca dépendra de votre coopération…
Elle avait relâché la pression juste un instant, mais c'était déjà trop. Hakuro la frappa durement à l'épaule, faisant dévier la lame de son sabre. Ses hommes en profitèrent et voulurent attaquer mais Mustang veillait. Le général entendit les cris de ses subordonnés et l'odeur de la chair brûlée mais il ne s'arrêta pas.
Comment avaient-ils pu entrer dans le camp, et dans sa tente ? Mais surtout comment avaient-ils pu croire que ce serait si simple ? Ces jeunes imbéciles allaient avoir la pire désillusion de leur vie. Vie qui allait s'arrêter aujourd'hui. Il sortit précipitamment de la tente et s'apprêta à appeler à l'aide, mais il s'arrêta, livide.
Devant lui, encerclant le camp, ses soldats le regardaient durement, avec colère pour certains, avec lassitude pour d'autres. Les blessés étaient tous là, certains tenant à peine debout. Ils se mêlaient aux autres militaires. Tous le fixaient avec animosité. Devant eux, les hommes de Mustang et ceux d'Armstrong souriaient légèrement.
Ils avaient effectué un vrai travail de sape de l'autorité d'Hakuro dans les rangs des soldats, les convaincant que le général les envoyait tous à la mort. Les soldats n'avaient pas été difficiles à persuader, même les bleus comprenaient qu'ils n'avaient aucune chance de reprendre la forteresse en multipliant les assauts désespérés, et surtout sans le général de brigade qui connaissait Briggs par cœur, et sans l'alchimie de Mustang. Oui, ils n'étaient que la piétaille, la chair à canon facile à sacrifier.
Mais c'était terminé. Tous avaient décidé que le général Hakuro ne leur donnerait plus d'ordres, leur commandant c'était Olivia Armstrong. Ils avaient tous confiance en elle pour reprendre la forteresse et les sauver. Ils la suivraient jusqu'en enfer s'il le fallait, quitte à se mutiner.
- Ce ne sont plus vos hommes désormais, dit Olivia en sortant de la tente, Mustang sur ses talons.
- Nous ne supporterons pas plus longtemps des ordres insensés et dangereux, ajouta le Flame Alchimiste.
- Cédez-moi le commandement, insista la jeune femme. Sinon vous ne verrez pas la fin de cette journée.
- Bien…
Bien. Ils se retournaient tous contre lui. Il n'avait pourtant fait qu'obéir aux ordres lui aussi. Des ordres calamiteux, il le savait, mais qu'importait quelques milliers de vie sacrifiées. Le généralissime le lui avait ordonné, récompense à l'appui. Alors il avait obéi. Et maintenant il allait le payer de sa vie.
- Bien, répéta Hakuro.
- Vous êtes d'accord ?
- Je…
C'était fini pour lui, il le savait, il n'avait plus rien à perdre. Il pourrait peut-être se rendre et être épargné, mais ça signifiait perdre toute fierté, et ça c'était hors de question. Non, il allait montrer à cette arrogante qui il était vraiment. Quitte à mourir, il allait l'emmener avec lui.
- Général ? demanda-t-elle en approchant. Il est temps de vous décider.
Soudainement, avec un cri de rage, il sortit une dague de la ceinture de son uniforme et, se retournant vers Olivia, il la plongea dans son bras. La jeune femme pâlit légèrement et sortit son sabre mais Hakuro se jeta sur elle et, tendant ses mains, enserra son cou délicat avec toute la force dont il disposait. Aussitôt la jeune femme sentit l'air lui manquer. Mais elle n'était pas femme à appeler à l'aide et à se laisser faire. Malgré la douleur elle agrippa la poignée de son sabre et le plongea dans le corps du général. Celui-ci ouvrit de grands yeux et émit un gargouillis, alors que du sang commençait à couler au coin de ses lèvres, mais avec un rictus il accentua encore la pression de ses mains et la jeune femme tomba à genoux.
Tout s'était passé en un instant et les hommes n'avaient d'abord pas eu le temps de réagir. Ils se reprirent rapidement et voulurent se précipiter sur Hakuro mais un claquement de doigts retentit. Olivia, sur le point de perdre connaissance, sentit l'air s'embraser autour d'elle et vit le visage d'Hakuro se déformer sous le coup de la douleur. Il la lâcha juste avant de se transformer en torche humaine devant elle. L'odeur de la chair carbonisée lui emplit soudainement les narines et elle dut utiliser toute sa volonté pour ne pas vider son estomac sur le champ. Les hurlements du général lui vrillaient les tympans alors qu'il se consumait.
- Achevez-le, ordonna-t-elle à l'un de ses hommes qui s'exécuta sur le champ, au grand soulagement de tous.
Les cris s'arrêtèrent aussitôt mais l'odeur, elle, resterait longtemps présente dans le camp, même après qu'ils aient enterré le corps. Les hommes d'Hakuro, qui avaient tous vus la fin de leur supérieur, laissèrent tomber leurs armes à leurs pieds, résignés.
Reprenant rapidement ses esprits, Olivia s'aperçut qu'elle était à genoux. Elle ne s'en était pas rendu compte. Elle ne pouvait pas rester comme ça, les hommes la regardaient et elle devait leur montrer qu'elle était forte, invulnérable, intouchable. Mais elle savait que si elle tentait de se relever, elle n'y arriverait pas et se couvrirait de ridicule. Soudain, elle vit une main se tendre vers elle et elle releva les yeux.
Mustang lui tendait la main pour l'aider à se relever. Elle faillit l'envoyer promener, ce coureur ne pouvait décidément pas s'empêcher de faire son numéro, malgré les circonstances. Mais elle croisa son regard et accepta finalement sa main. Dans ses yeux, nulle trace d'arrogance, de suffisance. Ce n'était pas un geste de galanterie, de séduction. Il avait juste compris son problème et l'avait aidée. Pas parce qu'il en avait envie. Mais parce qu'ils devaient s'entraider pour atteindre le but qu'ils s'étaient fixé.
- Alors ? lança-t-elle à la cantonade en reprenant une contenance, s'appuyant discrètement sur le bras du colonel. Vous êtes prêts ? Vous avez bien compris l'enjeu de ce qui vient de se passer ? Nous sommes tous des traîtres désormais. Si vous voulez partir c'est maintenant.
Personne ne bougea, on n'entendait que le souffle du vent glacé dans le camp. Olivia eut un sourire satisfait et leva son poing serré.
- Pour Briggs ! cria-t-elle, sa clameur aussitôt repris par tous. Et pour Amestris !
oOo
Emma esquiva de justesse l'attaque et lança un violent coup de pied à son adversaire. Elle manqua sa cible d'un cheveu. Il profita de son déséquilibre pour l'attraper par la cheville et la faire tomber. Mais au lieu de chuter lourdement, elle posa ses mains sur le sol et réussit à retrouver son équilibre in-extremis. Elle roula au sol et se redressa avant de se mettre en garde. Essoufflée, elle lança un regard de défi à son adversaire et Edward sourit.
Alphonse, Winry et Sciezka observaient le duel, étonnés des progrès accomplis par la jeune fille.
Tout avait commencé quelques jours plus tôt, après le départ d'Hoenheim. Quand Al s'était levé, il avait cherché son père, en vain, comprenant qu'il était reparti, encore une fois sans prévenir. Il s'était senti un peu triste, mais moins que ce qu'il aurait cru. Il avait vécu si longtemps sans lui… Ces quelques jours n'avaient été qu'une parenthèse dans sa vie, rien de plus. Il en garderait un bon souvenir. Mais sa famille, c'était Edward, Winry et Pinako, et son maître et son mari.
Etonnamment, Edward avait plus mal pris le départ de son père. Le jeune homme s'y attendait pourtant, il avait senti que leur dernière conversation était un adieu. Mais… Même s'il n'avait pas voulu se l'avouer, la présence d'Hoenheim lui avait fait du bien. Et il aurait aimé qu'il reste plus longtemps, qu'ils apprennent à se connaître. Mais il était reparti…
Alphonse sursauta en entendant Emma pousser un cri de rage alors qu'Ed esquivait son attaque, une fois encore. Elle lui lança un coup de pied très violent qu'il para avec son automail. Dans le même temps il s'accroupit sur sa jambe mécanique avant de lui faire un croche-pied de sa jambe droite. Emma s'en rendit compte et sauta pour l'éviter.
Ca faisait presqu'une semaine. Une semaine qu'elle ne parvenait plus à dormir, une semaine que ces mots résonnaient dans son esprit, que des flashes parasitaient sa concentration.
Sceller les Homonculus.
Depuis qu'Edward avait prononcé ces mots, au cimetière, ils tournaient dans sa tête. Sceller les Homonculus.
Emma fouille le bureau de son père, avec urgence, faisant tomber les livres des étagères des bibliothèques. Où est-il ? Elle doit le trouver. Vite.
Sceller les Homonculus.
Avec un cri elle se précipita vers lui et Edward dut se jeter en arrière pour éviter son poing. Il fronça les sourcils. Il y avait une telle rage en elle, qu'est-ce qui avait changé ? Il y avait encore quelques jours, elle voulait juste apprendre à se défendre, avec Alphonse, et avec lui pendant leurs cours d'alchimie. Elle faisait ça presque contrainte, pour ne pas être une victime comme elle le lui avait expliqué.
Mais depuis cette nuit, au cimetière et dans les ruines de sa maison, elle avait changé. Ils s'étaient pourtant rapprochés, il lui avait ouvert son cœur, il avait pleuré devant elle. Et elle l'avait serré dans ses bras et embrassé. Quand il fermait les yeux, il sentait encore le goût de ses lèvres, la caresse de sa langue sur la sienne. Il chérissait ce souvenir, d'autant plus que depuis, elle était différente.
Deux pas en avant, trois en arrière. Ca résumait bien leur relation. Il ne la comprenait pas. Depuis cette nuit, elle se montrait à nouveau froide et distante avec lui, comme au début. Comme si elle avait quelque chose à cacher, quelque chose qui la rongeait. C'était ça, il le savait. Les cernes qui s'étendaient sous ses yeux comme sa soudaine passion pour l'alchimie et le combat, tout ça montrait qu'elle avait un problème. Mais elle refusait de lui en parler, elle le fuyait.
Elle s'était lancée à corps perdu dans l'étude de l'alchimie, presqu'avec boulimie, ingurgitant purement et simplement tout ce qu'elle pouvait trouver sur le sujet. Elle avait réalisé ses premières transmutations, sans rechigner, recommençant encore et encore jusqu'à ce qu'elle y arrive.
Et elle s'était entraînée des heures durant avec Alphonse, jusqu'à la tombée de la nuit, voire plus tard, malgré la fatigue et les courbatures. Avec rage. Comme si elle avait une mission.
Perdu dans ses pensées, il ne réussit pas à esquiver son attaque et le pied d'Emma le faucha, le faisant tomber au sol. Il se releva aussitôt, et eut un sourire sans joie. Elle apprenait vite mais elle était loin d'être capable de le battre. Il se remit en garde.
Sceller les Homonclus.
C'était la clé de tout, elle le sentait. Mais elle n'arrivait pas à mettre le doigt dessus, ce souvenir restait caché pour elle, pourtant elle y était presque.
Sceller.
Une main devant la bouche, livide, elle tourne les pages rapidement. L'écriture fine de son père couvre les pages de pattes de mouche qu'elle déchiffre avec peine. Il raconte tout. Elle comprend. Les Homonculus…
Plongée dans son souvenir, elle ne vit pas le coup arriver et ne l'esquiva pas. Le poing d'Ed percuta sa pommette et elle cria en lui lançant un regard furieux. L'alchimiste n'avait pas frappé fort, mais il culpabilisa quand même et tendit la main vers elle pour s'excuser. Il n'en eut pas le temps, elle serra le poing et le frappa elle aussi, au menton, avec toute sa force.
Winry et Sciezka grimacèrent en voyant ça.
- Il faudrait peut-être les séparer ? dit la mécanicienne, un peu inquiète.
- Ne te gêne pas, lui répondit Al, moi je ne m'en mêle pas…
Essoufflée, Emma réfléchit. Elle n'avait aucune chance de le battre, elle le savait, mais elle était déjà contente d'avoir pu le toucher. Mais ça ne serait pas suffisant contre un ennemi… Elle devait devenir plus forte, encore plus forte. Pour les battre…
Sceller. Les Homonculus.
Elle reprit sa position de combat, aussitôt imitée par Edward qui comprit qu'elle n'en avait pas encore assez. Il allait finir par lui faire mal, mais s'il interrompait le combat elle lui en voudrait à mort. Il la vit lever les bras et se prépara à parer des coups, mais elle le surprit.
Elle s'entraînait depuis des jours pour ce moment. Elle claqua des mains et s'accroupit, les plaquant au sol. Alphonse émit un sifflement appréciateur alors que ses deux amies ouvraient de grands yeux en voyant ce qui se passa. Emma se releva et, de sa transmutation naquit une lance. Edward sourit. Elle avait utilisé les pierres du sous-sol pour créer une pointe en silex, redoutablement pointue et effilée, et des branches mortes recouvrant le sol à cet endroit elle avait fait une longue hampe, qu'elle avait consolidée avec la terre. Elle apprenait vite et bien, et il se sentait plutôt fier de son élève à cet instant. Mais pas suffisamment pour la laisser gagner.
Elle voulait jouer, ils allaient jouer. Il transmuta son automail en lame, émoussée afin de ne pas risquer de la blesser. Et il se prépara à subir son attaque, qui ne tarda pas. Les deux armes s'entrechoquèrent et Emma fut repoussée à quelques pas par la violence du coup. Mais elle se reprit et se jeta sur lui avec un cri.
Les Homonculus… Pourquoi n'arrivait-elle pas à se souvenir ? Elle sentait que c'était vital. Dire qu'elle luttait contre sa mémoire depuis des semaines, tentant de la bloquer, d'endiguer le cours de ses souvenirs dont elle ne voulait pas. Et finalement, c'étaient eux qui pouvaient la sauver. Qui pouvaient tous les sauver. Quelle ironie…
Elle court dans les bois, un paquet sous le bras. Elle voit les lumières de la ville, au loin. Elle doit y arriver. Mais elle a peur, si peur. Les deux femmes doivent déjà être à sa poursuite maintenant…
Elle y était presque. Sceller les Homonculus…
- Papa tu dois manger, dit Emma en mettant la cuillère dans sa main.
Arthur, une expression débile sur le visage, ne la regarde même pas. La bouche ouverte, il attend la nourriture. Elle prend sur elle pour ne pas hurler, prend sa main qui tient la cuillère et la porte à sa bouche. Elle le fait manger comme un petit enfant, ou un vieillard sénile. La déchéance du génial Wavemaker... S'ils savaient, tous ces admirateurs à Central.
Elle soupire et constate qu'une fois encore, elle ne mangera pas. Elle a tellement maigri que ses vêtements flottent sur elle. Mais elle ne peut pas le laisser se débrouiller pour s'occuper d'elle, elle sait bien qu'il en est incapable. C'est à elle de prendre soin de son père désormais, elle n'a plus que lui. Tant pis pour elle.
Elle s'apprête à recommencer la manœuvre quand des coups frappés violemment à la porte l'interrompent. Aussitôt, sa gorge se serre, et elle sent un grand poids sur sa poitrine. Ce sont elles. Elle le sent.
