Bien le bonjour les gens ! Un petit mot rapide pour vous remercier pour tous vos commentaires, et pour vous souhaiter une bonne lecture avec la fin du flash-back d'Emma ! J'espère que ça va vous plaire.
Chapitre 18 (2ème partie)
- Alors petite, dit Lust avec un sourire cruel. On t'avait dit qu'on reviendrait. Maintenant tu vas être une gentille fille et nous dire où est ton père.
Emma recule, terrorisée. Il y a une lueur purement diabolique dans le regard de cette femme, et elle sent qu'elle n'a qu'une envie : qu'elle résiste pour qu'elle puisse enfin mettre ses menaces à exécution. Derrière elle, celle qui s'est présentée comme étant Juliette Douglas, secrétaire du généralissime, regarde derrière elle, l'air blasé. On dirait presque qu'elle s'ennuie. Elle observe un instant la réserve dans laquelle du bruit se fait entendre.
Pierre. Emma pourrait crier, appeler à l'aide, mais quelque chose lui dit que ces deux femmes n'hésiteraient pas un instant à tuer son ami s'il s'interposait. Elle doit éviter ça à tout prix.
- Où est-il ? demande Lust en tendant un doigt vers elle. Dis-le moi sinon…
- Du calme, intervient Juliette Douglas. Ca ne sert à rien de s'énerver, cette jeune fille a bien compris que nous sommes sérieuses et elle va se montrer… raisonnable. Dans son propre intérêt.
C'est définitif, celle-ci est encore plus effrayante que l'autre qui la menace. Il y a quelque chose de visqueux chez elle, comme un serpent qui semble endormi mais qui peut mordre à n'importe quel moment. Emma sent un frisson lui parcourir l'échine.
Elle n'a qu'une envie, les conduire à son père et s'enfuir, les laisser se débrouiller. Elle ne sait pas ce que ces femmes lui veulent mais elle est sûre que ça a un rapport avec l'alchimie. Il n'avait pas tort finalement quand il se disait épié et menacé. L'alchimie. Elle serre les poings. Cette chose qu'elle déteste régit pourtant toute sa vie, malgré elle, et maintenant elle la met en danger. Oui, qu'elles entrent ces deux femmes et qu'elles voient ce que l'alchimie a fait du grand génie, le Wavemaker… Elles vont avoir une surprise.
La secrétaire de Bradley, qui a senti le conflit interne qui agite la jeune fille, pose une main sur le bras de sa compagne pour lui faire signe d'attendre. Elle jette un coup d'œil vers la réserve dans laquelle Pierre chantonne en travaillant.
Emma s'est mise à trembler. Elle en a envie… Abandonner son père. Le laisser à la merci de ces soi-disant militaires. C'est si tentant. Elle pourrait s'enfuir, recommencer une nouvelle vie, loin de l'alchimie, loin du vieillard sénile et impotent qui lui tient lieu de parent. Oui…
Mais elle ne peut pas faire ça, prétendre le contraire serait idiot, comme se mentir à soi-même. Elle a déjà perdu sa mère, elle n'a plus que lui maintenant. Abandonner son père maintenant c'est… inconcevable. Et si elle faisait ça elle s'en voudrait pour le restant de ses jours, elle le sait, elle vaudrait encore moins que lui. Lui au moins ne l'a pas abandonnée à son retour d'Ishbal, même si elle l'aurait parfois préféré.
Emma inspire profondément. Ces femmes vont la tuer, c'est à peu près sûr. Mais elle ne peut pas leur livrer son père.
- Il n'est pas là, ment-elle en les regardant droit dans les yeux, essayant de cacher sa peur.
- Tu mens, explose Lust en frappant du poing contre la porte ouverte. Espèce de petite garce…
- Du calme. Tu es sûre de toi ? demande l'autre femme avec un petit sourire. Réfléchis bien. Tu peux encore faire marche arrière. Je te laisse une dernière chance, saisis-la. Après il sera trop tard pour vous deux.
Saisir sa chance. Emma en a envie, tellement envie. Elle se gifle intérieurement. Cette femme, avec sa douceur apparente, est en train de la manipuler. Elles rejouent la scène éculée du bon et du mauvais flic. Mais le résultat sera le même…
- Je vous assure qu'il n'est pas là, répond la jeune fille avec aplomb. Je lui dirai que vous êtes passées, ajoute-t-elle en voulant refermer la porte.
A ce moment une main gantée de noir l'attrape par le cou et commence à serrer, en la soulevant de terre comme une poupée. Avant que la douleur ne devienne intolérable, Emma a juste le temps de se demander comment une femme en apparence si frêle peut avoir autant de force.
- Ca suffit ! tonne Lust en resserrant un peu plus sa prise. Tu vas nous dire où il est.
- Pou-pourquoi ? réussit à coasser la jeune fille en manque d'oxygène.
- On doit savoir ce qu'il sait !
- Lust !
Mais la brune n'écoute pas sa compagne.
- Tu le caches, je suis sûre que tu sais tout, toi aussi. Sloth, cette fille est au courant.
- Je… ne… comprends… pas…
- Lâche-la, ordonne l'autre femme.
- Qu'est-ce que ton père sait sur les Homonculus ?
Juliette Douglas frappe Lust au bras, juste assez fort pour lui faire lâcher prise et Emma s'écroule sur le sol, portant immédiatement les mains à sa gorge et cherchant à retrouver sa respiration.
- Ne fais plus jamais ça, gronde la brune.
- Et toi évite de divulguer ce genre d'information, répond l'autre, très calme. Il est évident que cette enfant ne sait rien, c'est son père qui est important, pas elle.
Homonculus. Cette brute a prononcé le mot Homonculus. Alors qu'elle respire encore par à-coups, Emma réfléchit à toute vitesse. Les connaissances qu'elle a, malgré elle, lui ont permis de tout de suite comprendre. Elle avait raison. Ces femmes n'ont rien d'humain. Ce sont des monstres… La panique l'étreint.
- Laisse-moi m'occuper de cette gamine, je vais la faire parler.
La peur la paralyse, Emma sent que cette… chose ne plaisante pas. Elle va mourir, et son père aussi. S'il était lui-même il pourrait se défendre, ces deux femmes ne feraient pas le poids contre lui. Mais dans l'état où il est tout ce qu'il pourrait essayer de faire ce serait de la griffer avec ses ongles trop longs. Et elle…
Elle regarde ses deux mains. Elle n'a jamais essayé de réaliser de transmutation, mais elle sait qu'en claquant des mains, elle pourrait le faire. Toutes les connaissances sont en elle. Elle n'a qu'à se faire confiance, et se décider à utiliser ce pouvoir qu'elle a, malgré son dégout.
- Ca ne sera pas nécessaire, dit Sloth avec un regard fatigué. Souviens-toi des ordres, tout ce qu'on veut c'est son père.
- Au diable les ordres, gronde Lust avant de se retourner vers la jeune fille.
C'est maintenant où jamais. Elle doit le faire. Emma commence son mouvement…
- Qu'est-ce qui se passe ici ?
Les trois femmes sursautent et Emma retient un cri. Pierre. Elle l'avait complètement oublié. Le jeune homme a quitté la réserve et observe maintenant les deux femmes. Il sent que quelque chose ne va pas et qu'Emma est en danger. Il ne sait pas ce qui se passe, mais il est hors de question pour lui de ne pas aider son amie.
- C'est qui ce gêneur ? gronde la brune en commençant à se tourner vers lui.
- Attendez ! intervient Emma, complètement paniquée maintenant. C'est juste Pierre, c'est mon ami. Il…
- Fais-le dégager d'ici.
- Je ne peux pas, ment la jeune fille dont le cerveau fonctionne en pilotage automatique, il doit venir chercher son argent pour la livraison. Et c'est le fils du maire, ajoute-t-elle, s'il ne revenait pas toute la ville se lancerait à sa recherche…
Elle ne sait pas ce qu'elle raconte, tout ce qui compte à ce moment précis c'est de sauver Pierre. Elle a fait tellement d'efforts pour ne pas le mêler à toute cette histoire, il est hors de question que ces deux femmes lui fassent du mal. Et elle est sûre qu'elles le feraient, sans hésiter.
Finalement Sloth soupire et la regarde.
- Tu ne nous facilites pas la tâche, petite. Ca pourrait pourtant être si simple… Nous voulons juste ton père, après tout. Tu ne nous es d'aucun intérêt, toi.
- Je ne sais pas ce que vous lui voulez, je ne comprends rien, tout ce que je sais c'est qu'il n'est pas là, répond Emma en la fixant sans ciller. Je vous le jure.
La femme semble hésiter, regardant alternativement la jeune fille et Pierre qui se rapproche doucement. Finalement elle émet une espèce de claquement de langue, laissant percevoir son énervement pour la première fois, et descend les marches du perron rapidement. La brune serre les dents, frustrée de devoir une fois de plus battre en retraite alors qu'en quelques secondes tout pourrait être réglé. Si seulement « elle » n'avait pas donné ordre de faire profil bas et de ne pas laisser de traces… Mais elle n'a pas le choix, si elle désobéit sa punition sera terrible, elle le sait.
- Tu ne perds rien pour attendre, lance-t-elle à Emma sans la regarder. Nous allons revenir très vite et cette fois, si ton père n'est pas là pour répondre gentiment à nos questions, on obtiendra les réponses par la force. Et crois-moi, ajoute-t-elle, vous ne voulez pas qu'on en arrive là.
Emma s'apprête à répondre quand la femme a un mouvement de la main, très rapide, presque imperceptible. Aussitôt la jeune fille sent une brûlure sur son bras gauche, et en le touchant elle se rend compte qu'elle saigne abondamment. La femme brune descend les marches et rejoint sa compagne, et elles s'éloignent rapidement alors qu'Emma reste sur place, la bouche ouverte et les yeux exorbités.
Des Homonculus. Son instinct lui hurle de fuir, le plus vite possible, quitte à abandonner son père, si elle ne veut pas mourir. Mais elle reste prostrée. Qu'est-ce qu'il a pu faire pour qu'elles soient à sa recherche ? Quel secret inavouable connaît-il ? Elle se rend soudain compte que quelqu'un la tient par les épaules et la secoue, et elle croise le regard de Pierre.
- Emma ? Tu es blessée ? Qui sont ces femmes ? Qu'est-ce qui se passe ? demande Pierre, fou d'inquiétude devant le mutisme de son amie.
Pierre. Malgré sa froideur et la façon dont elle l'a ignoré depuis presque trois ans, il est encore là et c'est à lui qu'elle doit le départ des femmes. Et il l'appelle, il s'inquiète. Son ami… Ses yeux se remplissent de larmes et Emma se jette dans ses bras, sanglotant. Le jeune homme ne comprend pas ce qui lui arrive mais il a lu la détresse dans ses yeux. Elle a besoin d'aide. Il la serre dans ses bras et la laisse pleurer en lui tapotant le dos.
Ils ne savent pas depuis combien de temps ils sont là, quand un bruit sourd venant de l'intérieur de la maison les fait sursauter. Ils se retournent en même temps et voient une porte s'ouvrir sur Arthur, hébété et chancelant, émettant de petits cris plaintifs.
Pierre ouvre de grands yeux. Il reconnaît cet homme, mais c'est comme s'il le voyait pour la première fois. Arthur Silver ressemble à un vieillard, et il n'y a plus trace de l'intelligence qu'on lisait dans son regard, il n'y a pas si longtemps. Là, ses yeux sont vides. Emma, près de lui, ne dit rien. Elle attend sa réaction : va-t-il s'enfuir en courant ? Va-t-il courir raconter ce qu'il a vu ?
Son père appelle, il pousse des gémissements déchirants et elle finit par le rejoindre, énervée. Elle lui avait pourtant ordonné de rester caché dans sa chambre, s'il était arrivé pendant que les femmes étaient là, elles les auraient sûrement tous déjà envoyés ad patres.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demande-t-elle en le prenant brutalement par le bras. Qu'est-ce que tu veux ? Pourquoi tu n'obéis pas ?
Ca y est, ses larmes qu'elle pensait taries repartent de plus belle. Mais ce sont des larmes de colère cette fois, et même de rage pure. Qu'est-ce qu'il a fait pour que des monstres pareils soient à sa recherche ? Quelles recherches menait-il en secret ? Il l'a mise en danger, tout ce temps, et maintenant qu'il n'est plus bon à rien tout retombe sur elle, alors qu'elle n'a rien demandé.
- Je te déteste ! lui lance-t-elle en le secouant. Tu gâches tout, je te hais !
Elle continue à le secouer, de plus en plus violemment, en hurlant sa colère. Son père se contente de la regarder en gémissant, il ne comprend pas ce qu'elle dit, ni ce qui la met en colère. Elle voudrait le frapper, vraiment, même si elle sait que c'est mal. Ca fait trois ans qu'elle en meure d'envie et qu'elle se retient.
Soudain des mains se posent sur ses épaules et ce simple contact la calme instantanément. Elle se retourne et Pierre lui fait un sourire rassurant. Il prend ensuite le bras d'Arthur et, avec une immense douceur, il l'entraîne jusqu'à la table et l'aide à s'asseoir. Emma les suit en reniflant, essuyant ses yeux.
Elle s'en veut, maintenant que sa colère est retombée. Elle avait déjà eu des accès de colère, souvent même. Mais dans ces moments-là elle parvenait toujours à se contrôler, attendant que son père soit endormi pour laisser libre cours à ses émotions. Elle sortait de la maison et hurlait sa rage vers la forêt. Mais jamais jusqu'à maintenant elle ne s'en était prise à lui, malgré l'envie qu'elle en avait. Et il avait fallu qu'elle perde pied devant Pierre, qui l'avait vue maltraiter son père impotent et sénile. Après la rage, c'est maintenant la culpabilité qui la submerge.
Mais une fois encore son ami la sidère. Il a calmé son père en quelques instants, avec sa douceur et sa gentillesse, et maintenant il se tourne vers elle.
- Je comprends, murmure-t-il.
Et ces deux mots sont une libération pour Emma. Il ne la juge pas, il ne la regarde pas comme un monstre sans cœur.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? demande-t-il finalement.
- Je… Je ne peux pas te le dire, répond-elle en évitant son regard. Tu serais encore plus en danger que tu ne l'es déjà. Ces deux femmes…
- Qui sont-elles ? J'ai eu une peur terrible en les voyant, explique-t-il, sourcils froncés. J'ai ressenti quelque chose d'étrange, comme si elles n'étaient pas vraiment…
- Humaines ?
- C'est ça. Je suis pas très malin, ajoute-t-il après quelques instants, mais je pense que ça doit être lié à l'alchimie, non ?
- Ne dis plus jamais que tu n'es pas malin, répond simplement Emma avec un léger sourire. Tu es la personne la plus sensible et la plus intelligente que je connaisse.
Ca n'est pas une vraie réponse mais ça suffit pour réchauffer le cœur du jeune homme. Il ne s'est donc pas trompé. Il n'a jamais perdu son amie. Elle a des problèmes qu'elle n'a pas voulu partager avec lui, et il commence à comprendre pourquoi. Mais elle est toujours la même Emma au fond, sa seule amie. Malgré les circonstances terribles et éprouvantes ils se sentent étrangement heureux tous les deux en cet instant, heureux de se retrouver enfin.
- Pierre, dit soudain Emma en redevenant mortellement sérieuse. Je vais te demander quelque chose de très difficile, de dangereux, et je comprendrais si tu…
- C'est d'accord.
- Mais attends, répond-elle. Tu ne sais même pas ce que je vais te demander !
- Je m'en fiche, c'est d'accord.
Elle veut protester mais son sourire éclatant l'en empêche et elle soupire avant d'esquisser elle aussi un léger sourire. Il n'a pas du tout changé.
- Qu'est-ce que je dois faire ?
- Ces deux femmes ont dit qu'elles allaient revenir très rapidement, explique Emma, et je suis sûre qu'elles disent vrai. Elles veulent mon père.
- Pourq…, commence Pierre avant de s'interrompre. C'est même pas la peine que je pose la question, hein ?
- Je préfère pas effectivement… Pierre, ajoute-t-elle en lui prenant la main. Est-ce que tu pourrais le prendre avec toi, dans ta camionnette, et l'emmener en ville pour le cacher quelques temps ? Juste le temps que je comprenne ce que veulent ces femmes, et ensuite je te rejoindrai et je me débrouillerai.
- Je vous emmène tous les deux, répond le jeune homme. Maintenant. Vas chercher vos affaires et de quoi soigner ton bras…
- Non.
Elle recule de quelques pas et le regarde gravement.
- C'est mon père que tu dois emmener. Moi je reste.
- Quoi ? s'écrit-il. Ca va pas ? Tu penses que je vais te laisser seule avec ces deux femmes bizarres qui rôdent dans le coin ? T'es dingue ?
Emma ouvre de grands yeux. Elle le connaît depuis longtemps mais c'est la toute première fois qu'il s'énerve et crie sur elle. Il se rend compte de sa surprise et tâche de se calmer.
- Excuse-moi de m'être énervé, reprend-il plus doucement. Mais il n'est pas question que je te laisse là.
- Mais si, tu vas le faire. S'il-te-plaît, ajoute-t-elle sans lui laisser le temps de protester. Comprends-moi, je dois savoir ce qu'elles veulent. Et je dois aussi veiller sur mon père. Mais je ne peux pas faire tout ça seule, je m'en rends compte maintenant. J'ai besoin de ton aide, Pierre. S'il-te-plaît, répète-t-elle.
Elle a gagné, elle le sait déjà. Il n'a jamais pu résister quand elle lui fait son regard suppliant. Mais elle sent le conflit qui l'agite, l'idée même de la laisser seule dans cette situation le met hors de lui.
Finalement il accepte, pour elle, parce qu'elle le lui demande. Il va l'aider du mieux qu'il pourra, il ne peut rien faire de plus. Mais ça ne l'empêche pas d'avoir un mauvais pressentiment, sans doute parce que ces deux femmes si menaçantes lui ont fait peur alors qu'il ne les a qu'aperçues. Et aussi parce que, pour la première fois depuis qu'il la connaît, il a vu Emma vraiment désemparée et même paniquée. Et c'est sans doute ça le plus effrayant.
-oooo-
Emma referme la porte de la maison dans un soupir. La pression est retombée et elle se sent vidée de toute énergie. Son bras la fait souffrir, mais elle n'a même pas l'énergie d'aller le soigner. Elle ne rêve plus que de se glisser dans son lit et de s'endormir, pour des heures, voire des jours. Peut-être qu'en ouvrant les yeux elle se rendra compte que tout ça n'a été qu'un pénible cauchemar ?
Elle se secoue. Elle ne peut pas se reposer maintenant, elle doit profiter que la maison est vide pour trouver les réponses qu'elle cherche. Les femmes peuvent revenir à n'importe quel moment, elle ne peut pas prendre le risque de se faire surprendre.
Les Homonculus. Elles ont dit que son père savait quelque chose à ce sujet. Ca a forcément un rapport avec les recherches qu'il menait avant de… avant cette nuit-là. Emma fouille sa mémoire. Il passait tout son temps enfermé dans son bureau, à consulter des centaines de livres, prenant des notes et menant des expériences dans sa tanière, son antre. Le grenier.
La jeune fille frissonne et tourne la tête pour se regarder dans la glace poussiéreuse accrochée au mur de l'entrée. Elle aperçoit son visage hagard et cette horrible mèche blanche, qu'elle déteste. Elle la touche du bout des doigts et, à nouveau, un long frisson la secoue. Elle n'a plus mis les pieds dans le grenier depuis cette nuit-là, et plus jamais elle n'y retournera, elle en a scellé la trappe avec l'alchimie, en suivant les conseils lus dans l'un des livres d'Arthur. Elle ne peut même pas envisager d'y remonter, c'est au-dessus de ses forces. Il ne lui reste plus qu'à espérer que les réponses qu'elle cherche ne se trouvent pas là-bas.
Elle va dans la salle à manger et regarde autour d'elle. Elle ne sait même pas ce qu'elle cherche… Son père faisait des recherches mais étrangement, quand elle a fouillé ses dossiers pour reprendre ses recherches il y a trois ans, elle n'a trouvé nulle part la mention des Homonculus, ou de quelque chose s'y rapportant. La seule explication c'est qu'il garde ses autres recherches ailleurs.
Tout en déambulant dans la maison vide et silencieuse, Emma replonge dans ses souvenirs. Il lui semble qu'un jour elle a vu son père écrire dans une sorte de carnet en cuir, tout simple… Elle se souvient. C'était peu après son retour d'Ishbal. Elle avait entrouvert la porte du bureau d'Arthur et s'était approchée doucement. C'était le jour anniversaire de la mort de sa mère et elle se sentait triste, à en mourir, elle avait besoin d'être réconfortée. Il lui tournait le dos, assis à son bureau et écrivant avec urgence, en laissant parfois échapper des jurons et des phrases sans queue ni tête pour la petite fille qu'elle était.
Elle s'était approchée jusqu'à se retrouver près de lui et avait regardé ce qu'il faisait. A ce moment il avait pris conscience de sa présence et caché ce qu'il faisait d'un bras avant de l'attraper par l'épaule, serrant et lui faisant mal. Il avait crié sur elle, lui interdisant d'entrer dans son bureau, la faisant pleurer. Finalement, il s'était rendu compte qu'il était allé trop loin mais, au lieu de s'excuser, il s'était juste levé et l'avait tirée par un bras derrière lui avant de l'éjecter du bureau et d'en claquer la porte.
- C'est ça, dit Emma en fonçant vers le bureau de son père.
Elle se souvient que ce jour-là il écrivait dans ce carnet en cuir, et vu sa réaction et la façon dont il l'avait protégé quand elle avait regardé, c'était quelque chose de très important. Elle doit retrouver ce carnet.
Mais elle se rend rapidement à l'évidence. Il n'est nulle part, elle a pourtant fouillé toute la maison. Elle a commencé par explorer le bureau, tranquillement d'abord, puis avec urgence. Elle a fini par mettre la pièce à sac, littéralement, fouillant tous les livres et les jetant au sol, vidant les tiroirs, inspectant tous les coins. Mais il n'y a rien, rien du tout.
Alors elle a fini par faire subir le même sort à toutes les pièces de la maison, excepté le grenier. Maintenant elle est assise sur la seule chaise encore debout dans la salle à manger, au milieu du carnage. Les tiroirs des meubles gisent sur le sol, leur contenu répandu par terre, les livres les ont tous rejoints, la vaisselle aussi. Mais il n'y a toujours aucune trace du carnet. Ca veut sans doute dire qu'il est au grenier…
Finalement, désespérée, elle va dans la chambre de son père. Elle a déjà fouillé cet endroit, de fond en comble, sans rien trouver. Elle observe les vêtements jonchant le sol, les cadres retournés. Elle va jusqu'au lit et se couche dessus. Juste pour quelques instants.
C'est fini. Il n'y plus que le grenier et elle sait qu'elle est incapable d'y remonter, ça ferait rejaillir trop de souvenirs qu'elle ne pourrait pas supporter. Si seulement elle pouvait perdre la mémoire, se débarrasser de ces souvenirs horribles, à cause desquels elle se réveille encore en hurlant la nuit. Si seulement…
Elle sursaute et s'assoit au bord du lit. Elle est vaseuse, a les paupières lourdes et elle comprend qu'elle s'est endormie. Quelle idiote, elle pourrait se gifler. Elle voit par la fenêtre que la nuit commence doucement à tomber. Et elle, sombre crétine, au lieu de s'enfuir et de rejoindre son père et Pierre, elle fait une sieste, tranquille, comme si deux psychopathes n'étaient pas à ses trousses. Elle pose ses mains de chaque côté d'elle et prend appui dessus pour se lever, mais elle arrête son mouvement, sourcils froncés. Elle sent quelque chose de dur sous sa main. Surprise elle tâte le matelas ; il n'y a pas de doute possible, il y a quelque chose dessous.
Le cœur battant, n'osant pas espérer de peur d'être déçue, elle se jette à genoux sur le sol et glisse une main sous le matelas. Rapidement elle rencontre ce qu'elle a senti et le ramène vers elle. C'est le carnet… Elle n'ose même pas y croire. Enfin elle le trouve, il était là depuis tout ce temps.
Elle se relève, les mains tremblantes. Elle a peur de ce qu'elle va trouver là-dedans, mais elle sait qu'elle n'a pas le choix. Elle a les lèvres aussi sèches que si elle venait de traverser le désert, et un goût métallique dans la bouche. C'est une erreur, elle le sent, sa vie ne sera plus la même après avoir lu ça. Mais c'est trop tard, elle l'a déjà ouvert.
« Journal d'étude d'Arthur Silver ». Elle suit du bout de l'index les belles lettres calligraphiées avec soin. Elle reconnaît l'écriture de sa mère. Sur la couverture intérieure, Mary a laissé une petite annotation qui la retourne complètement.
« Emma et moi t'offrons ce petit carnet pour qu'il soit le témoin de tes aventures, de tes succès, de tes faits d'armes bons comme mauvais, de tes joies et de tes peines. Malgré la tristesse de la séparation, nous savons toutes les deux que tu te montreras digne de notre confiance. Mon chéri, ne doute jamais de notre amour pour toi, il est immense, et infini. Et ça ne changera jamais. Mary et Emmanuelle »
Elle essuie ses larmes d'un revers de main. Elle peut presque entendre la voix de sa mère alors qu'elle lit ses phrases. Cette femme n'était que douceur et amour, pour sa famille, pour son prochain. Elle voudrait tellement lui ressembler un peu plus…
Ainsi donc sa mère a offert ce petit carnet à Arthur avant qu'il parte à Ishbal. Si elle le lit, elle va enfin savoir ce qui a pu lui arriver là-bas pour qu'il devienne cet homme amer et aigri, cet homme brisé.
Mais c'est peut-être une erreur. Après tout, c'est une sorte de journal intime, dans lequel il a dû coucher ses doutes, ses espoirs, ses peurs… Ce serait un viol de son intimité, elle ne pense pas en avoir le droit. Et pourtant elle se rend compte avec surprise qu'elle a déjà ouvert le journal, au hasard, et dès que ses yeux se posent sur les premières phrases elle est littéralement happée par le texte.
16 avril : la guerre et ses horreurs. Je pourrais écrire un livre, voire même une encyclopédie sur le sujet. Et encore, pour l'instant, les autres alchimistes d'Etat et moi-même n'avons pas encore eu de vraies opérations sur le terrain. Je me contente de faire du terrassement. Mais mon cœur me dit que le jour approche où, comme les autres soldats, je vais devoir tuer, moi aussi. Et ça me terrifie.
24 juin : heureusement qu'ils sont là. Maes Hugues et Roy Mustang, le Flame Alchemist. Mes amis. Mes remparts contre l'horreur. J'ai tué pour la première fois de ma vie, aujourd'hui. C'était encore pire que tout ce que j'avais imaginé. Quand ça été fini, je me suis enfui comme un lâche pour vider mon estomac. Et là, mes deux amis, mes frères d'armes, ils étaient là, me soutenant et m'aidant.
Emma est plongée dans le récit de son père, totalement immergée. Elle ne peut plus s'arrêter de lire. Une part d'elle lui hurle qu'elle n'a pas le temps de tout lire, qu'elle doit trouver le secret que son père a découvert, mais elle ne peut plus s'en empêcher. Elle tourne les pages et dévore les souvenirs d'Arthur. Et au fil des mots elle comprend. Au début elle retrouve le jeune homme que sa mère lui décrivait, si enthousiaste, honnête, amusant. Et petit-à-petit elle le voit changer, alors que les horreurs se succèdent.
6 aout : l'odeur des corps carbonisés par Roy a envahi le camp, personne ne peut y échapper, comme un rappel au fer rouge de ce qu'on a fait ce matin. Nous ne sommes que des meurtriers. Maes est reparti à Central, lui, quelle chance. Je n'ai même pas pu lui faire mes adieux. Et pourtant je sais que je ne le reverrai pas. Je vais mourir ici.
Le désespoir le gagnait petit-à-petit, au fil des jours. Seule la présence de ces deux amis l'aidait à tenir le coup là-bas. Et ce qui le maintenait en vie, c'était la perspective de les retrouver un jour, elle et sa mère. Emma se sent étrangement émue en lisant cela, elle n'aurait pas cru qu'il était aussi attaché à elles. Il faut dire que son attitude, depuis son retour, démentait cela. Il avait dû se passer quelque chose…
11 aout : Je ne mérite plus de vivre, je ne suis plus un homme. Assassin. Meurtrier. Tueur. Les synonymes ne manquent pas, mais tous me désignent. Ils nous désignent tous. Comment peut-on programmer ainsi l'extinction de tout un peuple, juste parce qu'il a des croyances différentes ? Quel genre de monstre peut décider d'un tel génocide ? Et quel genre de personnes peut suivre de tels ordres sans protester ? Quand je pense que ce matin, on nous a en plus remis des pierres rouges, à nous autres alchimistes au service du peuple ! Tu parles… Elles sont sensées amplifier nos pouvoirs. Mais qu'est-ce qu'ils veulent qu'on fasse de plus ? Ca ne leur suffit pas de voir la douleur, la peur et la haine dans les yeux des rares survivants ? D'entendre les hurlements des victimes ? Moi ça me hante… Je me sens mal, ma gorge se serre et j'ai comme une enclume qui m'écrase la poitrine. Je ne supporte plus cet endroit, je ne supporte plus ces hommes qui m'entourent, même la simple vue de Mustang m'est insupportable. Je dois partir, quitter cet endroit, m'éloigner, m'isoler. Si seulement un sniper pouvait m'abattre, mes souffrances s'arrêteraient enfin. Et ma culpabilité. Et Mary et Emma ? Au moins mes péchés ne rejailliraient pas sur elles. C'est bien ça, je dois mourir…
Emma frissonne. Elle comprend enfin ce changement d'attitude qui l'a tant surprise au départ, cette impression d'avoir un autre homme devant elle. Elle comprend ce regard vide et dénué d'émotions. Ce qu'il a vu là-bas l'a marqué à un point qu'elle n'imaginait pas. L'horreur de la guerre, elle commence enfin à l'envisager.
Elle se passe une main dans les cheveux. C'est affreux d'imaginer son père dans cette situation. Ces mots qu'elle lit laissent entrevoir son désespoir. Et c'était avant sa blessure et son amputation, avant son retour pour découvrir que sa femme, qu'il aimait plus que tout au monde, était morte. Elle ne se demande même plus pourquoi il s'est autant renfermé mais comment il a pu résister à tout ça ? Comment a-t-il pu trouver la force de continuer à vivre ? Elle ne sait pas si elle aurait eu cette force à sa place.
Elle tourne la page et fronce les sourcils. Quelque chose à changé. Les belles lettres rondes, écrites avec application, laissent la place à des caractères tracés à la va-vite, avec urgence. En les regardant de plus près Emma voit au tracé que les mains de son père tremblaient. Oui il a dû se passer quelque chose le 11 aout, car l'attitude de son père a changé.
12 aout : c'est horrible. Jamais je n'aurais crû. C'est horrible. Homonculus.
Ca y est. Elle a trouvé. Elle se concentre sur le texte, le cœur battant.
Ce que j'ai vu jamais je ne l'oublierai. Homonculus. L'être humain artificiel. C'est un tabou, un interdit. Comment peut-on créer de tels êtres ? Qui les a créés ? Et comment peuvent-ils survivre ? Et quels sont ces pouvoirs, cette faculté qu'avait l'un d'eux de se transformer ? Ces questions tournent dans ma tête, en permanence. Homonculus. Et cette chose que j'ai vue, l'horreur a l'état pur, mon estomac proteste rien que d'y repenser. Et l'autre qui lui donnait des pierres rouges. Je ne comprends pas, la pierre de Marcos. Je sais comment elle est créée, c'est pour cette raison que je refusais de l'utiliser. C'est horrible. Ces choses s'en nourrissent. C'est horrible. Et il a dit… Il a dit… Je ne peux le croire. Il dit que le généralissime serait l'un d'eux ? Comment est-ce possible ? Je veux comprendre… Je veux comprendre. Je veux comprendre !
Elle arrive presque à l'entendre crier ces mots. Comprendre. Est-ce que c'est ce qu'il cherchait avec tant d'acharnement dans ses livres, dans ses recherches ? Elle se replonge dans sa lecture et un passage l'arrête.
14 aout : je pense que je commence à comprendre ce qui se passe ici. Cette guerre, ce massacre, tout est organisé par les Homonculus. Je ne sais pas encore pourquoi ils le font mais j'ai cette certitude au fond de moi. Ils ont un plan et ces choses qui ne devraient même pas vivre, ce sont elles qui sont derrière tout ça.
Ces choses sont responsables, c'est à cause d'elle que je suis devenu un meurtrier. Je me fais horreur. Comment est-ce que je pourrais continuer cette guerre ? J'avais déjà des doutes, mais maintenant c'est clair, je ne peux plus continuer à tuer pour eux. Pas question. Ils ont fait de moi un monstre. Ils doivent payer.
Payer ? Est-ce que son père s'en est pris à ces Homonculus ? Emma saute une page mais se rend compte qu'il y a un écart de dates important. Elle réfléchit puis comprend. En fouillant dans ses affaires elle a trouvé un rapport de l'armée retraçant l'attaque dont il a été victime. Elle ne se rappelle pas de la date exacte, mais elle se souvient que c'était en aout. Il a dû être blessé peu après. A priori son groupe est tombé dans une embuscade, et il a été le seul survivant, même s'il a été mutilé.
Le paragraphe suivant date de plus d'un mois après sa blessure. Et il lui fait froid dans le dos.
21 septembre : le médecin m'a dit que je pouvais sortir demain, que j'allais retrouver ma famille. C'est bien. Mais je n'arrive pas à être heureux. Le soleil se reflète sur le métal de ma prothèse. Amputé. Je ne suis plus qu'un handicapé. Cette guerre m'a tout pris, mon honneur, ma fierté, ma jambe, mes illusions et mon innocence. Mais j'ai gagné quelque chose de bien plus fort que tout ça. La rage. La haine. Je vais me venger, en mon nom mais aussi pour tous ceux qui sont devenus des assassins comme moi. Et pour les morts qui sont ensevelis dans le sable, là-bas. Je vais me venger. Je vais comprendre ce qu'ils sont, et je vais les tuer. Je chercherai le temps qu'il faudra mais je trouverai. Et je leur ferai payer le prix du sang.
Comment le jeune homme doux du début de ce journal a pu se transformer ainsi ? C'est incroyable, c'est un changement radical. Elle comprend mieux son attitude maintenant. Tout ce temps qu'il passait dans son bureau, à étudier, à chercher, avec frénésie… Et cette peur constante, cette impression d'être en danger. Oh oui elle comprend maintenant le but qu'il s'était fixé.
Les pages suivantes sont consacrées à ses recherches. Les dates s'espacent et les paragraphes ne contiennent plus rien de personnel. Il ne fait même pas mention d'elle, ni de la mort de sa femme, et la colère et la rancune de la jeune fille se réveillent. Il n'y plus que formules d'alchimie, gribouillages, notes décousues. Il cherchait apparemment comment détruire les Homonculus. Les informations sont rares, et ça explique les centaines de livres qu'il a commandés pendant ces quelques années, certains très anciens. Il était à la recherche de la moindre bribe d'information.
Et a priori il a compris. Son dernier paragraphe a été rédigé d'une main tremblante, non pas de peur mais d'excitation, comprend-elle.
9 janvier : c'est le grand jour. J'ai enfin compris. Je n'y arriverai pas seul, je n'ai pas assez de connaissances, et les livres ne m'aideront plus. Mais je sais où chercher maintenant. C'est pour ce soir. Je vais l'ouvrir, la Porte, je vais voir le grand œil. J'ai trouvé la première mention de la Porte dans le journal d'un des premiers alchimistes, devenu fou paraît-il. Peu importe. Il m'a donné la clé. Je vais ouvrir la Porte et voir la Vérité. Et après je saurai enfin comme les détruire, comment les sceller une bonne fois pour toutes. Oui, sceller les Homonculus, c'est le but que je me suis fixé et je ne reculerai pas. Je sais qu'il y a des risques, et que je devrais sacrifier quelque chose. Mais je suis prêt. J'espère juste ne pas mourir en tentant de l'ouvrir, je ne voudrais pas qu'Emma se retrouve seule. Mais c'est un risque à courir. J'ai rédigé un testament que j'ai fait parvenir à un notaire à Central. S'il m'arrive quelque chose, c'est Maes qui en aura la garde. Je sais qu'il s'est marié peu après être rentré du front, et qu'il a eu un enfant. C'est bien, je suis heureux pour lui. Maes et Roy… Leur présence m'a sauvée là-bas, mais moi je les ai laissés tomber. J'espère qu'ils vont bien et qu'ils ne m'en veulent pas. Mais je connais bien Hugues, il ne me refusera pas son aide. Et il prendra soin de ma fille.
C'est le moment. Elle dort. Je dois monter au grenier, dans mon antre, comme elle dit quand elle pense que je ne l'écoute pas. Ma fille. Pour elle et pour tous les enfants, pour qu'ils n'aient jamais à vivre ce genre d'horreur, je dois réussir. Je vais ouvrir la Porte.
Les larmes d'Emma ruissellent sur ces joues. Les souvenir de cette nuit-là hantent ces souvenirs depuis trois ans, et elle les voit maintenant sous un nouveau jour. Alors il a pensé à elle ? Mais qu'est-ce qui lui a pris de courir un tel risque ? Ouvrir le Porte… Et ce Maes Hugues a qui il voulait la confier si ça tournait mal ? Ca devait vraiment être quelqu'un de bien, si elle l'avait su plus tôt elle aurait pu lui demander de l'aide… Pourquoi fallait-il qu'il soit si secret ? Elle lui en voulait tellement pour ça…
Elle s'apprête à tourner la page mais elle s'arrête. Est-ce qu'il a eu la réponse à sa question ? Est-ce qu'il sait comment sceller les Homonculus ? Imaginer qu'il ait sacrifié autant, qu'ils aient tous les deux payé un tel prix, pour rien… C'est insupportable. Elle tourne finalement la page et pâlit.
Il n'y a plus rien. Plus que des gribouillis, des mots jetés sur le papier sans aucun sens, sans cohérence aucune. Des dessins parfois, mais toujours inachevés. Ca n'a aucun sens, et comment pourrait-il en être autrement ? Elle est même étonnée qu'il ait réussi à tenir un crayon et à écrire dans l'état où il est. C'est d'ailleurs étrange… Elle est pourtant sûre qu'il n'en est pas capable, il n'arrive même pas à manger seul. Et quand a-t-il eu le temps d'écrire tout ça ? Elle pensait qu'il s'endormait à peine tombé dans son lit ? C'est en tout cas l'impression qu'il lui donnait…
Est-ce qu'il jouait la comédie ? Emma sait que, parfois, un éclair de lucidité passe dans son regard, et elle est persuadée que quelque part au fond de lui, il reste quelque chose d'Arthur Silver. La Vérité n'a pas tout pris, elle en mettrait sa main à couper. Et si ces lignes apparemment décousues et sans le moindre sens étaient en fait le moyen que trouvait Arthur pour communiquer ?
Elle se rend à peine compte qu'elle s'est levée et qu'elle marche de long en large. Peut-être que ces mots et ces dessins sont une sorte de code ? Peut-être qu'ils sont la clé pour comprendre ? Mais elle n'y entend rien, elle n'a pas assez d'expérience, seul un alchimiste pourrait éventuellement y comprendre quelque chose.
- Réfléchis Emma, réfléchis…
Elle s'exhorte en faisant les cent pas et soudain elle a une illumination. L'alchimiste avec qui son père était à Ishbal, Roy Mustang. C'est le célèbre Flame Alchemist, même elle en a entendu parler. Un scientifique d'une telle renommée pourrait peut-être comprendre quelque chose à ce charabia ? Et son père avait confiance en lui et en ce Hugues…
Mais comment lui faire passer le journal ? Comment le rencontrer ? Sans compter qu'elle doit retrouver son père chez Pierre, et échapper aux deux femmes. Si jamais elles mettent la main dessus, c'en sera fini d'eux et de leurs chances de se débarrasser d'elles. Mais comment faire ?
Elle serre le journal dans ses mains tremblantes et soudain quelque chose en tombe. C'est une photo d'un homme brun, avec des lunettes et un sourire réjoui, près d'une jeune femme aux cheveux châtain et à l'air fatigué, qui serre un petit bébé dans ses bras. Derrière la photo, quelques mots. « Elysia. Maes ». Et une adresse. Emma regarde à nouveau la photo. Ce serait le fameux Maes Hugues ? Il a l'air… joyeux, heureux, gentil. Ce bonheur la rend nostalgique et son cœur se serre dans sa poitrine. Elle n'a jamais vu son père comme ça mais imagine qu'il était aussi heureux à sa naissance. Pourquoi ce n'est pas ce Maes qui a compris pour les Homonculus ? Pourquoi son père n'est pas rentré en gardant ses illusions ? Ils auraient peut-être réussi à être heureux… Elle comprend qu'elle est jalouse de cette petite fille qu'elle voit sur la photo et se secoue intérieurement. Elle n'a pas le temps pour ça.
Soudain elle a une idée et court jusqu'à sa chambre. Elle sait enfin comment transmettre le journal à ces hommes. Elle se jette sur son armoire dont elle ouvre la porte à la volée et, sous une pile de vêtements, elle trouve ce qu'elle cherchait. La poupée que lui offert Pierre, celle qui lui ressemble étrangement. Elle a enfouie au fond du meuble car la simple vue du jouet lui rappelait à quel point son ami lui manquait.
En la sortant, elle ressent une vague de tristesse et de nostalgie qui manque la submerger mais réussit cette fois à se contrôler. Ca n'est pas le moment, elle n'a pas le temps de se laisser aller à pleurer sur son sort. Elle a une mission et pas une seconde à perdre.
Elle a découvert, peu après que Pierre la lui ait offerte, que cette poupée était un don du ciel. Elle a un secret. Dans son dos, sous la robe en dentelle, il y a une ouverture qui permet de glisser quelque chose à l'intérieur du corps de la « demoiselle ». Elle introduit la main à l'intérieur et récupère ce qu'elle y a caché il y a de cela plusieurs années. Son secret.
C'est une médaille, accrochée à une chaine en or. Elle est simple, ovale, sans autre inscription qu'un léger dessin représentant un lys. Mais pour elle c'est un trésor. Cette médaille était à sa mère, et à sa grand-mère avant elle. Elle se transmet de femme en femme dans sa famille depuis des générations. Elle la serre dans sa main droite et se mord les lèvres pour ne pas pleurer. C'est tout ce qu'elle a voulu garder des affaires de sa mère, son bien le plus précieux. Mais il y a plus important.
Elle prend le journal qu'elle déleste de sa couverture, pour qu'il soit moins épais, et tente de le glisser par l'ouverture. C'est difficile, le carnet est presque trop grand, mais en forçant elle y arrive. Elle replace ensuite la robe et tente de camoufler la déformation du corps de la poupée.
Elle prend ensuite une feuille de papier, et y écrit quelques mots, envoyant la poupée pour la petite Elysia de la part de son père. Elle y réfléchit longuement, tentant d'y glisser des allusions à des choses qu'ils ont partagées à Ishbal. Une sorte de code, qui permettrait au militaire de comprendre qu'il ne s'agit pas d'un cadeau anodin. Emma a un coup au cœur au moment de cacheter l'enveloppe. De quel droit met-elle ces gens en danger ? Ces femmes pourraient très bien s'en prendre à eux ? Mais d'un autre côté, est-ce que ce que contient ce journal ne mérite pas un tel risque ?
Finalement elle prend sa décision et emballe le cadeau. Soudain un bruit à l'extérieur la fait sursauter et elle attend, le cœur battant. Mais il ne se passe rien, pas de coups violents à la porte, pas de cris. Mais ça n'est que partie remise, elles peuvent arriver à tout instant.
Il faut maintenant qu'elle emmène le paquet en ville, pour qu'il parte par le premier train pour Central. Mais elle sait que les femmes doivent guetter sa maison.
- Est-ce que j'ai le choix ?
Entendre sa voix, qui casse le silence pesant qui règne dans la grande maison, lui fait du bien. Elle hésite un instant à garder la médaille mais, à l'idée qu'une de ces psychopathes mette la main dessus s'il lui arrivait quelque chose, c'est insupportable. Il y a une plinthe un peu abimée, dans un coin de sa chambre. Un coup dedans suffit à la desceller, et la jeune fille glisse la médaille derrière, non sans l'avoir embrassée une dernière fois. Ensuite elle attache ses longs cheveux, s'habille en noir, de vêtements chauds adaptés à une course dans les bois. Elle prend le temps de poser un pansement sur son bras. Elle a perdu du sang dans toute la maison, elle voit les goutes sur le sol, il doit même y en avoir sur le journal, mais ça n'a plus d'importance. Elle se regarde une dernière fois dans la glace. Elle est prête. Si elle tarde trop, elle sait que sa peur va la rattraper et qu'elle n'aura plus le courage d'agir. Mais pour son père, et pour elle aussi, elle doit réussir.
Elle sort de la maison par la cave, profitant de la nuit tombée maintenant. Il fait juste assez clair pour qu'elle y voit à quelques mètres devant elle et, dès que ses yeux se sont habitués à l'obscurité, elle se lance dans la forêt. A ce moment elle se félicite d'avoir régulièrement parcouru les bois pendant ces longues années d'ennui. Elle les connaît parfaitement, d'autant plus que Pierre lui a montré des pistes cachées et des raccourcis pour arriver jusqu'en ville.
Elle court le plus vite possible, son paquet caché sous un gilet un peu trop large. Elle ne perd pas de temps. Les bruits de la forêt, qu'elle aime d'habitude, la terrorisent maintenant. A chaque craquement, à chaque oiseau qui s'envole, elle imagine la femme brune se jetant sur elle. Elle se sent suivie, épiée, et commence à comprendre ce que ressentait son père. Dire qu'elle ne voyait en lui qu'un paranoïaque insupportable… Elle accélère encore l'allure, sans prêter attention à la douleur qui lui laboure le côté, sans tenir compte de la brûlure de ses poumons. Et quand elle voit enfin les lumières de la ville, elle y croit. Elle va pouvoir envoyer la poupée et retrouver son père. Et tout recommencer.
Mais rien ne se passe comme prévu.
oOo
- Emma ? Emma ?
Edward la secouait sans ménagement, et l'inquiétude s'entendait dans sa voix. Assis au-dessus de la jeune femme allongée sur le sol, il ne comprenait pas ce qui se passait.
Ils étaient en train de s'entraîner, peut-être un peu brutalement, quand elle avait changé d'attitude tout à coup. Ses yeux s'étaient agrandis, son souffle s'était accéléré et elle avait pâli avant de tomber en arrière. Edward, emporté par son élan, était lui aussi tombé sur elle. Il avait d'abord crû être responsable de son état mais il s'était rapidement rendu compte que ce n'était pas le cas. Elle était ailleurs, prononçant quelques mots sans aucun sens pour lui, comme évanouie mais le regard étrangement fixe.
- Emma !
- …
Elle reprit soudain vie sous ses yeux en poussant un cri. Ses yeux se remplirent de larmes et elle se redressa avant de se jeter à son cou, tremblante.
- Ed… Je sais… J'ai compris. J'ai tout compris. Les Homonculus. Mon père. Pierre… Ed…
Elle s'écarta de lui et le regarda, alors que l'incompréhension se lisait sur le visage de l'alchimiste.
- Je dois retourner chez moi. Vite.
