- Bien joué, Severus, très bien joué

- Albus… forcément! Vous êtes revenu pour me surveiller?

- Vous avez ma pleine confiance mon enfant, mais accrocher à Poudlard les tableaux des anciens directeurs est une vieille magie que je n'ai jamais réussi à contrer

- Cela vous arrange bien

- Il est vrai que cela va nous être très utile. Merlin soit remercié que dans sa folie démesurée, Tom a eu le bon sens de vous nommer directeur

- Il s'en est fallu de peu que le rôle échoit à Lucius! S'il n'était pas en disgrâce…

- Ne parlons pas de malheur, il y en a suffisamment autour de nous. On en sommes-nous de nos petits projets?

- Le ministère est totalement infiltré. Le Maître des Ténèbres a nommé son nouveau ministre qui lui obéit au doigt et à l'œil. Pendant que moi, je suis coincé ici!

- Ce n'est pas une si mauvaise place mon ami

- Vous auriez vu le regard que m'a lancé Minerva à l'instant! Si je ne reviens pas dans ce bureau un matin, c'est qu'elle m'aura planté une dague dans le dos dans un couloir. Vous ne vous étonnerez pas de mon absence j'espère?

- Allons allons, Minerva ne ferait jamais cela

- Elle me hait maintenant. Et tous les autres aussi

- Ça ne vous a jamais gêné qu'on vous haïsse, au contraire

- Les gamins de l'école, oui je m'en foutais, et cela m'indiffère encore aujourd'hui. Mais les collègues…l'ordre…je ne suis plus qu'un traître pour eux, un assassin…votre assassin! Vous croyez qu'ils vont me laisser dormir tranquille? Qu'ils ne vont pas empoisonner ma nourriture ou piéger mon bureau? Je savais que cette idée était mauvaise… que votre idée était irréalisable! Je vais les avoir tous à dos, tous!

- C'est en effet la partie la plus délicate, je m'en excuse mon cher Severus, mais vous seul pouviez la faire. Et elle est indispensable à notre réussite

- Oui, comme tout ce que vous m'avez fait faire depuis 15 ans!

- Courage mon ami, vous en êtes capable, je le sais

- Évidemment j'en suis capable! De toute façon, ce ne sont pas vos idiots de l'ordre qui pourraient me remplacer!

- Ne nous fâchons pas et mettons-nous au travail

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Le directeur s'engouffre dans son bureau, et se laisse tomber sur la chaise la plus proche. Il reste immobile un long moment, malgré les regards des tableaux sur lui. Il ne relève la tête que lorsqu'un des occupants lui murmure doucement:

- Severus?... Mon garçon… qu'avez-vous?

Il ne répond pas, il pose ses coudes sur ses genoux, et se cache la tête dans ses mains.

- Severus… il faut me répondre

- Laissez-moi en paix! Juste une fois!

- Mon garçon…

- Je veux la paix! Je veux… tout oublier…arrêter, je veux tout arrêter Albus!

- Arrêter? Arrêter quoi?

- Vous savez bien quoi! Tout! Je veux tout arrêter! Disparaître, oublier tout ça!

- Severus, je vois que vous êtes épuisé, allez vous reposer et ensuite, vous verrez les choses plus clairement

- Ce n'est pas de la fatigue! Je n'en peux plus! Moralement! Je ne peux plus continuer, vous ne vous rendez pas compte! C'est impossible à faire…. Personne ne peut y arriver! Personne!

- Si mon garçon, vous, vous pouvez. Voldemort a confiance en vous, vous êtes le seul qui sachiez le berner, vous avez un grand talent Severus, un très grand talent

- À quoi il me sert ce grand talent, hein? Il me tuera, un jour ou l'autre il me tuera! Vous le savez bien, et vous vous en fichez!

- Non mon ami, je ne m'en fiche pas comme vous dites. Le destin de notre monde se joue là, avec vous, grâce à vous

- Et bien moi, je ne veux plus jouer! J'ai assez donné! Tout le monde me hait! On me tend des pièges, on me moque, on me ment. Tous! Tous autant qu'il sont! Je me ruine la santé et la vie à essayer de les sauver, ces abrutis et eux, ils me crachent dessus! J'échappe à un attentat tous les deux jours, Albus! Et ce ne sont pas que des petits pièges d'étudiants, ça non! C'est encore pire que l'époque des Maraudeurs! Je n'ai aucun répit, aucun lieu de sécurité. Même les elfes me harcèlent: ma nourriture est épouvantable, ils éteignent les feux de mon appartement pour que je meure de froid, je dois tout faire moi-même!

- Je… je ne savais pas tout cela, je vais faire changer ces choses, à mon pauvre niveau

- Et les élèves…les Carrow leur enseignent les doloris! Et je ne peux rien y faire! Ils les punissent à longueur de temps, ils ont commencé sur les sangs-mêlés, puis les têtes brûlées, comme cet idiot de Longdubat! Je pensais qu'il se tiendrait à carreau ce cornichon, mais non! Il me monte une révolution avec la gamine Weasley! Vous croyez que j'ai besoin de ça!

- Calmez-vous, ce ne sont que des adolescents! Ils font ce qu'ils croient être juste

- Je les ai tout le temps sur le dos, je dois calmer les Carrow, qui sont chaque jour plus avides de sang que la veille! Où cela va-t-il s'arrêter?

- Dès que Harry aura réussi sa mission

- Mais arrêtez avec ça! Votre petit protégé a disparu! Il a tous les mangemorts et rafleurs du pays aux trousses! Que voulez-vous qu'il réussisse dans ses conditions! Si tant est qu'il ait compris votre jolie mission! Vu son niveau intellectuel, cela m'étonnerait fortement

- Vous l'avez toujours sous-estimé Severus. Harry réussira, il n'a pas d'autres choix de toute façon. Et il a ses amis pour le soutenir

- Ses deux abrutis d'amis? Incapables de tout? Ne me faites pas rire, Albus, vous savez que cela me donne de l'urticaire

- Je suis enchanté de retrouver vos sarcasmes, mon garçon, ils sont signes de bonne humeur chez vous

- Mrff! Ça ne change pas le fond du problème. Quand je vous dis que je suis à bout Albus, ce ne sont pas des paroles en l'air! Vous croyez qu'avec un petit sourire et quelques bonbons au citron, cela va disparaître? Que nenni! C'est moi qui vais disparaître! Et vous vous trouverez un autre espion à manipuler! Moi je m'en vais! À l'autre bout du monde s'il le faut!

- Severus, oubliez-vous vos promesses?

- Laissez-moi partir! Ça fait plus de quinze ans! Je n'en peux plus! Regardez ce qui se passe, bon sang! Regardez ce que nous devenons! Ce que je suis devenu! Je me dégoûte, vous comprenez ça? Je me dégoûte! Plus que je dégoûte les autres! Oh ils ont raison de me cracher dessus, de me critiquer et insulter, oui ils ont raison!

- Non Severus, ils ignorent votre rôle, ils ignorent vos sacrifices, parce qu'il le fallait, parce que ce sont ces secrets qui nous donneront la victoire

- La victoire! Parce que vous y croyez encore?

- Si je n'y croyais pas, je serais en train de jouer avec les autres portraits au concours d'échecs des ancêtres, c'est la finale contre les fantômes aujourd'hui. Vous avez eu un petit moment de découragement, c'est humain, oublions cette petite faiblesse et concentrons-nous

- Non! Puisque vous ne voulez pas comprendre, puisque m'échapper de vos griffes, à vous ou à ce monstre sanguinaire n'est possible que par un seul moyen, je le ferai

- Que dites-vous? Mes griffes, allons allons, vous étiez heureux de vous cacher sous mes ailes quand le ministère pourchassait les mangemorts. Vous étiez satisfait que je vous donne un asile, un travail, une respectabilité que vous n'auriez jamais retrouvée seul, n'est-ce pas? Ce ne sont pas vos "amis" serpentards qui vous auraient couvert devant le magenmagot, trop occupés à sauver leurs propres peaux, n'était-il pas?

- Arrêtez, arrêtez… vous êtes parfois pire que lui…

- Severus, votre chance de vous amender, votre dernière chance d'obtenir son pardon est là. Tout se joue maintenant, ne fléchissez pas maintenant que nous sommes prêts du but

- Je veux mourir, j'en ai assez fait, je préfère me tuer…je veux que ça s'arrête

- Cela s'arrêtera bientôt Severus, bientôt. Maintenant, vous devez continuer d'espionner, retrouver Harry avant eux et lui fournir l'épée. Quand il reviendra à Poudlard pour la dernière partie, vous devrez tout lui révéler

- Pourquoi moi? Pourquoi vous ne demandez pas cela à Minerva! Elle sera ravie de le rejoindre, elle! Elle ne me crachera plus sa haine au visage!

- Ne vous préoccupez pas de Minerva, elle ne peut rien vous faire. Continuez de donner le change à Voldemort, surveillez ses adeptes. Contentez-vous de croire en moi, de m'obéir et nous gagnerons cette guerre, je vous en fais le serment Severus. Nous gagnerons

- Vous croyez qu'elle m'attendra?... de l'autre côté… vous croyez?

- Oui Severus, je suis persuadé que si vous nous permettez de détruire son assassin, elle vous pardonnera, bien sûr