Chapitre IV. Adulte : ce vent qui te blesse

Quand il siffle à tes oreilles sa fureur automnale, tu ne l'entendes presque pas. Il couvre ta voix chancelante et tes suppliques maladroites. Le regard perdu vers le sol, tu pries l'ennemi de ton Maître de protéger la seule personne que tu n'as jamais aimé. Le puissant sorcier te regarde froidement. Sa robe bleu nuit parsemée d'étoiles dorées claque rageusement sous les assauts furieux du blizzard.

Quand il conduit à toi l'odeur âpre d'une maison calcinée, ton monde s'écroule lentement. Tu sais ce qu'il t'attend à l'intérieur des ruines fumantes et ton traitre corps tremble comme lorsque tu étais enfant.

Quand une de ses rafales frappe ton dos, il ne t'en faut pas davantage pour tomber à genou. La violence du choc se répercute dans toute ta personne mais la douleur n'est rien. Les battements de ton coeur sont désordonnés et tu te demandes vaguement comment cette hérésie est possible. Tu n'as plus de coeur.

Quand il fait grincer le petit portail en fer forgé, tu émerges difficilement. Ton corps te porte vers elle, comme guidé par un fil invisible que lui seul reconnait. Tu ne te précipites pas car tu connais la fin. Ce n'est pas celle que tu t'étais maintes fois imaginé et tu regrettes ces années perdues à courir après une illusion chimérique.

Quand il mugit à l'extérieur, tu confonds ce son à celui de ton gémissement désespéré. Le corps de ton rival gît dans les escaliers de bois sombre. Ce n'est pas pour lui que ta gorge se serre, mais pour cette jeune femme qui t'attend à l'étage au dessus, immobile à jamais.

Quand il se tait enfin, c'est une tempête qui s'anime en toi. Cette fois, tu gravis les marches en courant. Sur le palier de la chambre, tu n'entends pas les pleurs d'un enfant orphelin. Tu n'entends d'ailleurs plus rien, pas même tes prières inutiles. Personne n'y répond et tu berces douloureusement le corps sans vie d'une mère sacrifiée.

Quand il accompagne ton départ précipité de ce lieu maudit, tu aimerais ne plus rien ressentir. Mais le vide douloureux qui a pris place dans ta poitrine ne te quitte pas un instant. Tu comprends alors qu'il t'habitera pour le reste de ta vie. Debout au milieu d'une rue désertique, tu réalises avoir transplanner au coeur de tes cauchemars d'enfance. L'impasse est la même que dans tes souvenirs, l'ironie ne t'échappe pas. Ton compagnon de toujours est également présent, et chacune de ces bourrasques te blessent davantage.