Chapitre V. Fantôme : ce vent qui t'oublie

Quand il est calme et silencieux, les battements de ton coeur résonnent faiblement en toi. Tu en es toujours surpris. La douleur aiguë qui a pris place dans ta poitrine aurait dû détruire ton palpitant depuis de nombreuses années maintenant.

Quand il souffle doucement et amène à toi les rires enfantins de tes élèves, tu ne peux t'empêcher de les détester, eux si innocents et ignorants de cette vie injuste qui n'en finit pas. Tu déverses toute cette nostalgie, toute cette mélancolie, toute cette tristesse sur ces candides gamins. Tu n'en éprouves cependant aucun soulagement. Et ce poids sur tes épaules reste le même.

Quand il murmure contre les vieux pierres du château, ce sont des voix accusatrices qui transpercent les murs épais de ton esprit. La plupart d'entre-elles ne sont que de vagues échos des atrocités que tu as commises. Mais l'une d'elles est claire comme le cristal et t'accable de remords et de regrets. Tu reconnais facilement sa propriétaire. Tu n'essaies pas d'y échapper et apprécies d'être capable de te remémorer aussi fidèlement sa voix envoutante.

Quand il se fait rare, tu contemples les étendues blanches qui entourent l'école de magie. Ton coeur se gèle un peu plus à chaque hiver passé. Tu as appris à vivre avec cette douleur lancinante qui ronronne au plus profond de toi. Tu la chéris silencieusement et ne l'échangerais pour rien au monde. Ce châtiment, tu le mérites amplement.

Quand il est étrangement silencieux, tu souhaiterais pouvoir disparaître à sa suite. Mais de futiles engagements t'empêchent d'en finir et de rejoindre la personne qui t'es si chère. Tu aimerais tellement qu'ils perdent le souvenir de tes promesses d'antan, tous autant qu'ils sont. Etrangement, il n'y a que le vent qui t'oublies.