Chapitre VI. Espion : ce vent qui t'épuise
Quand une petite brise se lève et que son souffle amène jusqu'à toi les chuchotements excités des premières années, ton regard ténébreux s'arrête sur le corps fétiche de l'enfant. C'est le parfait sosie de son père, l'arrogance avec. Mais assis à la table des rouges et or, il lève les yeux vers toi, et ce sont deux émeraudes brillantes qui te transpercent le coeur.
Quand il accompagne les années qui défilent, le poids de ces dernières pèse de plus en plus sur tes épaules voutés. Tu déteste croiser les yeux du garçon. Tu te fais un plaisir de le rabaisser autant que possible. Et pourtant, tu le protèges dans l'ombre, lui l'enfant de ton ennemi, l'enfant de la seule femme que tu n'as jamais aimé.
Quand il caresse ton bras dénudé, il n'apaise aucunement la brulure de la marque. Tu comprends alors que le Seigneur des Ténèbres est de retour. Tes yeux se ferment de dépit. Tu n'as plus la force de te battre et pourtant tu réponds à chacun de ses appels. Tu te battes pour une unique raison, que son fils ne tombe pas au combat.
Quand il est vif et violent, il emmêle la longue barbe argentée du vieil homme debout devant toi. Sa supplique est un ordre, et tu t'exécutes, tu l'exécutes douloureusement. Et quand son corps bascule du haut de la tour, sous tes yeux secs et interdits, tu réalises, avec ce scepticisme qui est tien, que ton coeur gelé peut encore souffrir.
Quand il est sur le point de devenir tempête, tu attends la fin du monde. Tu guettes les nouvelles. Tu surveilles chaque rumeur. Mais l'Elu reste introuvable. Tu l'imagines loin d'ici, loin de cette guerre qu'il n'a pas demandé. Tu ne lui en voudrais même pas. Il serait en sécurité et vivant. Le fils de Lily ne mérite pas de mourir.
Quand il fait trembler les vitraux de la Grande Salle, tu réalises que l'enfant est devenu un jeune homme. Il se tient debout devant toi. La colère, la peine et la détermination brillent dans ses yeux verts. Il t'accuse et t'attaque. Tu te défends faiblement mais n'attaques pas. Tu en es incapable. Si l'Elu est ici, c'est qu'il va se battre. Et s'il se bat, il va mourir. C'est ainsi qu'en a décidé Albus Dumbledore. Vaincu, tu t'enfuis en transplannant. Impitoyable, un vent froid, annonciateur de peines et de morts, t'épuise inexorablement.
