Prêts à rencontrer Edward?
Je vous préviens juste qu'il est un peu (beaucoup) différent de celui de départ mais j'espère qu'il vous plaira quand même.
Et ce sera tout pôur aujourd'hui.
Je vous embrasse
Lily
Les personnages appartiennent à SM
Chapitre 2- Pov Edward
La salle où je pénétrai était comme elle l'était toujours : monumentale et ostentatoire, à l'image de celui qui m'attendait, assis dans un imposant fauteuil tendu de cuir sombre et de velours rouge.
« Tu m'as fait demander, Aro. »
C'était une affirmation, pas une question.
D'une part, on n'entrait pas dans le sanctuaire sans y avoir été invité et, d'autre part, je n'éprouvais pas le moindre plaisir à être là. Je n'avais pas vraiment peur de lui, mais ne pas être ne serait-ce que vaguement inquiet en présence du vampire le plus puissant et le plus ancien du monde connu aurait été d'une bêtise et d'une inconséquence funeste.
Le visage de mon interlocuteur se fendit d'un large sourire.
J'aurais pu le croire sincèrement heureux de ma venue si ses pensées n'avaient été pour moi un livre ouvert. Aro n'était jamais heureux de voir qui que ce soit, il n'était motivé que par son intérêt propre. Aussi, quand il vous souriait, c'est qu'il attendait quelque chose de vous. Vous n'aviez plus alors qu'à souhaiter que lui accorder ce qu'il voulait n'impliquerait pas un sacrifice trop lourd à supporter.
Hors, en cet instant, Aro souriait franchement.
« Edward ! Quel plaisir de te voir ! »
Que disais-je ?
Mensonge.
Par désintérêt autant que pour ne pas m'attirer d'ennui, je fermais volontairement mon esprit quand j'étais en présence du trio chef formé par les trois frères Volturi. Donc, même si Aro me recevait seul cette fois, je ne me permis pas de lire en lui la raison de cet accueil. Mais j'en savais suffisamment pour déduire le réel motif de ma convocation.
Aro se leva pour venir à ma rencontre. Ses longs cheveux noirs encadraient son visage à jamais figé dans l'apogée de son âge d'homme. N'eussent été sa démarche flottante et la finesse de sa peau, il aurait aisément pu passer pour un dandy italien.
Il s'approcha, ne s'arrêtant qu'à quelques pas de moi.
Son ballet était parfaitement orchestré : il me laisserait faire les derniers pas qui me soumettraient à lui.
« On m'a rapporté que nous avions une nouvelle invitée ? » commença-t-il.
Je ne baissai pas les yeux sous son regard inquisiteur.
« J'ai fait ce que tu m'as demandé » répondis-je.
« Me permettras-tu d'en juger par moi-même ? »
Sans plus de préambule, il tendit vers moi sa main crayeuse et je m'avançai pour lui tendre la mienne sans faire preuve de la moindre hésitation.
Il sourit encore une fois avant de saisir ma paume entre ses deux mains serrées. Je ne doutais pas qu'il appréciait autant mon obéissance que le fait qu'il ne m'intimidât pas. Aro aimait les défis et j'en étais un de taille pour lui.
Comme à chaque fois qu'il exerçait sur moi son talent, je sentis le flux de mes pensées quitter mon esprit et, ouvrant ma seconde écoute, je pus entendre mon propre passé se dérouler derrière ses paupières closes, réveillant en moi des souvenirs aussi réels que si le film s'en déroulait à toute vitesse dans ma tête.
Parmi le fouillis des premières images, je captai le visage de ma mère, ou tout du moins de celle que je considérais comme telle, Esmée, et ignorai le pincement que générait la distance.
Enfin, Aro trouva ce qu'il cherchait.
Je revécu la scène durant laquelle il m'avait demandé, quelques jours plus tôt, de me rendre à Florence pour y trouver une fille qui posait des questions. Il voulait savoir qui elle était et ce qu'elle savait exactement.
Je ne faisais pas partie de sa garde rapprochée ni de ses sbires qu'il envoyait de par le monde pour accomplir ses basses besognes mais il avait justifié sa demande en arguant que mon don rendrait mes investigations plus rapides et efficaces. Il avait ajouté que ce serait là une façon agréable de lui retourner la faveur qu'il nous faisait en nous offrant son hospitalité.
Et puis, qui n'aimait pas Florence ?
La vérité était tout autre, évidemment : Aro convoitait mon don de télépathie.
Il était simplement trop à cheval sur le protocole et les traditions pour me contraindre et, ainsi, me soustraire à mon clan et à Carlisle dont l'amitié lui était, somme toute, précieuse.
Je le savais et il savait que je le savais.
C'était ridicule…
Mais j'avais accédé à sa demande, désireux de tromper mon ennui et d'aller voir par moi-même si les florentines étaient toujours aussi… délicieuses.
Je me revis entrer dans ce night-club, humer l'air saturé de fragrances humaines - sueur et eau de Cologne, alcool et parfum – ouvrir mon esprit à cette cacophonie désuète.
… Cette jupe est trop longue, j'aurais dû mettre la bleue…
… regardez-moi cette petite garce, la façon dont elle se trémousse…
… quinze euros pour un whisky, c'est une honte !...
… pourvu que la baby-sitter soit à la hauteur…
…Mon dieu ! Regardez ce canon ! Ce type est beau comme un dieu !...
J'avais alors réprimé une moue dégouttée. Que cette humaine ne soit pas capable de voir le danger derrière mon physique attrayant prouvait une nouvelle fois l'inconséquence de cette race. Ma haute stature et ma démarche fluide, mes épaules carrées et ma musculature, mon visage et mon regard sombre, jusqu'à ma voix, mon odeur et ma chevelure désordonnée, tout n'était qu'un artifice, un appât irrésistible pour atteindre mon but.
Et ne te fis pas à cette façade, ma jolie. A l'intérieur, je suis ton pire cauchemar.
Indifférent aux regards langoureux que me lançait cette femme puis d'autres sur mon chemin vers l'intérieur de l'établissement, j'avais traqué ma proie.
Et je l'avais trouvée quand une fille, à l'autre bout de la salle, avait pensé à Volterra.
L'onde de peur qui avait traversé sa conscience s'était répercutée jusque dans mon esprit.
C'était une blonde insipide mais, même d'ici, je pouvais voir les marques laissées sur sa peau par un de mes congénères peu discret. Il y avait tellement d'endroits plus intimes et faciles à cacher où mordre nos victimes !
Quoi qu'il en soit, le danger d'exposition était réel puisque c'était une initiée.
Cependant, je doutai que les marques soient visibles pour l'humaine qui lui parlait.
Je me concentrai sur elle.
Elle me tournait le dos mais je pouvais constater qu'elle était menue et gracile. Une cascade de cheveux bruns coulait en ondulant sur ses épaules nues d'une blancheur presque semblable à la mienne. A cela près que la vie imposait encore sa marque à sa peau et lui insufflait cette souplesse et cette fragilité qui faisait des humains des êtres vulnérables et faibles.
Je ne distinguai sous la finesse de ses vêtements nulle autre trace que celles laissées par les formes de son corps, somme toute harmonieuses. Elle ne portait pas de micro dissimulé sous ce jean moulant et ce débardeur en coton léger.
Elle avait une posture détendue et confiante. Sa respiration était régulière.
Cette fille semblait tout à fait dans son élément alors que je l'entendais distinctement demander à la blonde si elle savait où elle pourrait trouver quelqu'un qui lui donnerait des indications sur comment trouver Volterra. La blonde avait repris son verre et s'était levée en lançant une remarque cinglante sur les idées fixes des américains.
Ainsi la brune était américaine.
Que faisait-elle si loin de chez elle ?
Elle se retrouvait seule à sa table donc je ne pouvais plus tirer d'informations de sa conversation.
Je me concentrai un peu plus pour capter ses pensées.
Mais je me heurtai à un mur.
Rien.
Pas un mot, pas une image, pas une pensée cohérente ou décousue.
Passée la surprise face à cette sensation nouvelle pour moi, c'est la colère qui pointa le bout de son nez et m'obligea à chercher des explications à cette anomalie.
Etait-elle sotte ?
Non, impossible, je l'avais entendu poser des questions tout à fait construites et pertinentes à peine quelques instants plus tôt.
Droguée peut-être ?
J'en doutai.
Ma frustration était à son comble. C'était la première fois qu'un humain me faisait barrage et j'avais horreur de cela.
Les souvenirs cessèrent d'affluer quand Aro lâcha ma main un bref instant, ses yeux eux-mêmes écarquillés de surprise.
« Intéressant… » souffla-t-il. « Cette humaine a résisté à ton don ? »
Je grognai en réponse, encore fâché d'avoir été ainsi mis en défaut une première fois par cette fille. Il sourit à ma réaction.
« Je devine qu'il y a mieux… Puis-je poursuivre, Edward ?
- Je t'en prie » répondis-je.
Comme si j'avais le choix.
Aro se replongea avec délectation dans mes souvenirs de cette nuit-là.
Malgré mes efforts, je n'avais pas réussi à percer cette barrière mentale.
Je me revis alors que je commençai à tourner autour d'elle, cherchant à capter son regard, pour établir la connexion qui me manquait peut-être pour accéder à son esprit. Je me déplaçai en évitant le contact avec les danseurs ou avec les piliers de bar. J'étais certain que les personnes que je frôlais à peine ne sentaient pas ma présence. N'eussent été les regards chargés de convoitise que m'adressaient certaines femmes sur mon passage, je savais me rendre aussi discret qu'un félin.
La brunette, penchée sur sa table, n'avait pas levé la tête quand je m'étais appuyé contre le mur à peine quelques mètres en face d'elle.
Je pus alors détailler à loisir son visage.
Sa peau était fine et pâle, presque translucide. Jamais je n'avais vu un grain de peau aussi fin. Je pouvais en percevoir le velouté malgré la pénombre.
Ses lèvres carmines et charnues étaient retroussées en une moue songeuse et frustrée, presque boudeuse.
Cette fille n'avait pas obtenu ce qu'elle cherchait, il n'y avait pas besoin d'être télépathe pour se rendre compte de cela.
Elle était penchée sur son téléphone sur lequel elle pianotait frénétiquement et une lourde mèche de cheveux me cachait le haut son visage, me barrant le chemin de ses yeux. Peut-être ma seule porte sur ses pensées.
C'était pourtant le cadet de mes soucis.
J'étais hypnotisé par ses lèvres. De là où j'étais, j'en devinai parfaitement la soie et la chaleur. Leur couleur profonde, que n'était pas venu dénaturer une couche immonde de rouge à lèvres comme c'était le cas de toutes les autres femmes présentes ce soir-là, m'appelait littéralement et faisait naître en moi un sentiment de fourmillement et d'envie.
Qu'est-ce que c'était que ça ?
Je brûlai déjà d'aller caresser la douceur de la peau diaphane de ses joues alors que je ne me tenais là que depuis quelques secondes.
Il ne s'était pas passé longtemps depuis la dernière fois où j'avais touché une femme mais, en cet instant, ces quelques heures me paraissaient des siècles. Cette fille éveillait en moi un besoin charnel simplement à la vue de ses lèvres et des courbes de son corps que j'imaginais déjà souple et agile entre mes mains.
Cette expédition devenait de plus en plus intéressante.
Peut-être pourrais-je joindre l'utile à l'agréable ?
Ses pensées m'étaient toujours hermétiques mais qu'en serait-il si je m'approchais et engageais la conversation ? Si je la charmais ? Si je la touchais ? Son esprit me serait-il toujours fermé si je lui procurais le plaisir le plus intense qu'elle aurait connu de toute sa courte vie ?
Je souris à cette idée. Aro m'avait demandé d''obtenir des informations et je n'étais pas opposé à l'idée de donner de ma personne pour cela. Les putains et les favorites de Volterra commençaient à me paraitre bien fades et je n'étais pas contre un peu de sang neuf.
Elle se redressa et balaya la mèche de devant son visage d'un geste gracieux de la main.
C'est alors que je découvris ses yeux : deux abysses d'un brun profond, sérieux et brillants d'intelligence.
Ce visage en forme de cœur, cette bouche pulpeuse, ce regard intense…
Qui était cette fille pour me troubler autant?
C'est alors que tout bascula.
Pensive, elle humecta légèrement se lèvre inférieure avec sa langue avant de la saisir entre ses dents et de la mordiller doucement.
Si j'avais eu un cœur, je pense qu'il se serait enflammé sur le champ car la pulsion qui me broya le ventre à cette vision était du désir à l'état brut. Surpris par l'intensité de mes propres sensations, je pris une profonde inspiration, laissant m'envahir les effluves environnantes que je bloquais depuis mon entrée pour ne focaliser toute mon attention que sur cette fille et son esprit si mystérieux. Et ce qui me frappa à cet instant aurait pu s'apparenter à un tisonnier chauffé au rouge qu'on m'aurait brusquement enfoncé dans la gorge.
La soif.
Cette brûlure que je parvenais si bien à maîtriser en temps normal m'assaillit avec une brutalité jusqu'alors jamais égalée.
Immédiatement, mon corps s'était raidi et mon regard s'était crocheté à ma proie.
Elle.
Cette fille si troublante était en plus le réceptacle du sang le plus attirant que je n'ai jamais senti.
A mon désir physique s'opposait maintenant mon instinct de prédateur.
Je revis parfaitement tous les plans qui me traversèrent l'esprit pour l'attirer dehors, voir la trainer dans la ruelle pour assouvir mes instincts. La seule inconnue pour moi était de savoir si j'aurais le temps de me repaître de son corps avant de la vider entièrement de son sang.
Car elle mourrait. Cela ne faisait aucun doute.
Je n'aurais ni l'envie ni la maîtrise suffisante pour épargner sa vie. Son sang, cet élixir divin, ne satisferait jamais personne d'autre. Je n'en perdrais pas une goutte.
Je me délectai par avance du festin que ce serait. Nul doute qu'un plaisir pareil m'aiderait à tenir le temps que nous resterions encore à Volterra.
Volterra.
Aro.
Je ne pouvais revenir les mains vides. Cela aurait équivalu à lui fournir sur un plateau le meilleur prétexte pour me punir et m'imposer de détourner ma loyauté envers Carlisle à son profit…
Au diable Carlisle ! Cette fille et son sang valait tous les sacrifices !
J'avais déjà fait un pas vers elle, inspirant avec avidité son odeur tentatrice et délicieuse.
Mon téléphone vibra dans ma poche arrière. Une fois. Je fis un autre pas.
Mon portable vibra une deuxième fois et je l'ignorai toujours.
A cette distance, le parfum de la fille était comme une aura qui flottait autour d'elle. Je pouvais déjà en sentir la saveur sur ma langue. J'allais prendre un pied d'enfer.
Cette fois, mon portable sonna vraiment. Avec un grognement, je l'arrachai de ma poche pour ne pas que la sonnerie attire sur moi l'attention de la fille. Je voulais voir la surprise dans ses yeux quand je m'assiérais en face d'elle.
« Quoi ? » feulai-je dans le combiné.
« Edward, ne fais pas ça. »
Alice.
Evidemment, qui d'autre ?
« Ce que je fais ne te regarde pas, Alice.
- Bien sûr que si. Et tu le sais » répondit-elle d'une voix calme
Je fis un nouveau pas
« Edward, pense à la douleur que tu causeras à Esmée si tu ne rentres pas »
C'était un coup bas. Mais ma sœur savait pertinemment sur quelle corde tirer pour me faire plier. Esmée. Je ne pouvais pas faire ça à Esmée.
J'avais broyé mon téléphone dans ma main dans l'effort que j'avais dû faire pour reculer.
Les humains sur mon passage ne durent ressentir qu'un léger courant d'air quand je sortis à toute vitesse, la rage au ventre et la soif me lacérant toujours littéralement la gorge.
Il ne me fallut pas longtemps pour retrouver la blonde.
Et, cette nuit-là, contrairement à mes habitudes, je tuai ma victime. Elle ne souffrit pas vraiment, je le sais, elle ne vit pas venir la mort, perdue dans les sensations que je lui procurais et persuadée que je n'étais qu'un client ordinaire qui la rendrait à sa vie une fois que je me serais désaltéré à sa gorge. Mais c'est ce qu'il me fallut pour reprendre mes esprits: me repaître jusqu'à satiété complète et entendre son cœur ralentir puis s'éteindre, sentir son corps devenir froid et flasque entre mes mains.
Debout devant cette enveloppe vide une fois mon méfait accompli, je réalisai les risques que j'avais couru ce soir et que j'avais fait courir à mon clan.
Pourtant, Aro ne me laisserait pas rentrer sans réponse. Je devais donc retourner auprès de l'humaine pour faire ce qu'on attendait de moi et apprendre ce qu'elle cherchait et ce qu'elle savait.
Je me rendis à nouveau à Il Crepusculo le lendemain soir mais, cette fois, j'avais pris mes précautions : les forêts toscanes recelaient bien des surprises et, alors que je m'apprêtais à chasser le cerf, j'avais eu la chance de débusquer un loup. Un mâle adulte qui m'avait fourni le sang et la compétition dont j'avais besoin pour apaiser mes nerfs.
Un fois à l'intérieur, j'avais cessé de respirer. Ce qui ne serait pas un problème puisque je n'avais pas l'intention de parler à qui que ce soit ce soir. J'étais là pour regarder et pour écouter. J'allais découvrir ce que l'humaine cachait. J'allais enfin percer sa carapace puis je repartirais d'où j'étais venu et oublierais cette pulsion passagère et agaçante.
Mes muscles se tendirent pourtant quand elle entra dans mon champ de vision. Cela n'avait plus rien à voir avec la soif puisque j'étais plein comme une outre et que je me coupais de son odeur entêtante. Mais cette attirance irraisonnée était de retour.
Elle s'assit au bar et j'observai la façon dont elle croisait les jambes. Elle laissa trainer son regard sur la salle et j'espérai idiotement qu'elle les pose sur moi, juste pour savoir quel effet cela me ferait de plonger directement dans ses yeux. Elle releva ses cheveux d'un geste souple et je suivis le chemin humide que traçait une goutte de sueur perlant jusqu'entre ses seins.
La température n'était pour moi qu'une information mais je savais que, malgré l'heure tardive, la chaleur était encore étouffante dehors. Je notai alors que le contraste avec l'air climatisé à l'intérieur produisait son effet sur elle, dessinant en relief la pointe de ses seins au travers de son haut en soie fine.
Je crois que j'aurais pu me jeter sur elle à cet instant, poussé cette fois par un désir irrationnel de faire réagir son corps encore plus, d'en tester l'endurance.
Puis j'écoutais, fasciné par le silence qui émanait d'elle, horripilé par sa résistance à mon aptitude.
Cette humaine était insignifiante.
Le fait qu'elle m'empêche d'entrer dans sa tête était une insulte, aussi belle soit-elle !
Et l'impact qu'elle avait sur mes réactions alors que j'avais l'habitude d'être toujours en parfait contrôle de moi-même était aussi insupportable que déroutant. Je valais mieux que ça.
Tapis dans l'ombre, je rongeais mon frein en silence, sentant ma colère croître au fil des minutes qui s'égrenaient sans que rien ne se passe. Je ne supporterais pas une autre soirée comme celle-ci.
Si je n'apprenais rien ce soir, je la tuerais moi-même.
Je me justifierais auprès des Volturi en expliquant que j'avais été incapable d'en découvrir suffisamment sur elle et que j'avais préféré éradiquer la menace. Quoi qu'elle ait appris, cette fille ne pourrait en parler à personne une fois morte.
Ma tension était palpable, mon corps tendu à l'extrême. Je crois même qu'un grognement de frustration m'échappa à un moment.
C'est à cet instant que je perçus un changement chez elle.
La brune avec laquelle elle parlait continuait à tenter de la joindre à son business mais la fille sembla paniquer subitement. Son cœur au rythme si régulier jusque-là s'était soudain emballé. Elle commença à balayer la salle d'un regard presque inquiet et se leva précipitamment pour sortir.
Qu'avait-elle vu ou entendu ?
Moi ?
Impossible. La plupart des humains n'avaient pas conscience de nous quand nous étions en chasse.
Je la suivis hors du club.
Je les entendis avant de les voir. Cinq ivrognes l'avaient repérée et commençaient déjà à formuler tout haut ce qu'ils avaient imaginé lui faire subir.
Je vis la scène se dérouler dans ma tête telle qu'ils se la fantasmaient : elle crierait, elle supplierait, elle souffrirait.
Il aurait mieux valu pour elle que je me laisse aller à mes envies la veille. La mort serait venue plus vite.
La fille se mit à courir. Même dans ce moment où la terreur devait complètement dominer ses pensées, je ne percevais rien.
Son mystère resterait donc complet jusqu'au bout.
Elle trébucha et sa tête produisit un son sourd quand elle heurta l'asphalte.
Ce bruit se répercuta en moi jusqu'au plus profond de mes os, hérissant chaque parcelle de ma peau.
Les types s'approchaient en riant et c'est un grognement rauque, primaire qui fit vibrer ma poitrine.
A cet instant, j'aurais pu me détourner et laisser ses criminels jouir de leur chance. Ils abattraient eux-mêmes la besogne que je m'étais assignée. Pourtant, tout bascula définitivement quand je portai un dernier regard à la frêle silhouette allongée sur le sol. Quand je réalisai que la fréquence des battements de son cœur ralentissait au point de n'être plus qu'un souffle en parfaite dissonance avec la colère brute qui pulsait dans mes veines.
Une seule et unique pensée fulgurante me traversa l'esprit avant que je ne m'élance.
« Pas elle ! »
J'avais broyé la main du salopard le plus proche avant même qu'il n'ait pu profaner la peau de la fille de son toucher abjecte et sa nuque fut brisée sans qu'il ait eu l'occasion de pousser un seul cri. Son corps tomba au sol avec un bruit mou.
Les quatre autres semblèrent un instant déboussolés et ahuris. Leur congénère était tombé sans prévenir et mon ombre se dressait au-dessus de son cadavre là où il n'y avait rien à peine une seconde plus tôt.
J'eus la clémence de ne pas laisser à la panique le temps de se frayer un chemin dans leurs pensées embrumées par l'alcool. Trois furent tombés avant d'avoir réalisé que c'était la mort qu'ils touchaient en récompense de cette nuit de débauche plutôt que le corps torturé et violenté d'une belle jeune femme.
Mais, quand j'agrippai le dernier par la gorge pour le plaquer contre le mur de pierres de la ruelle avec tant de force que sa chevelure accrocha les débris qui en tombèrent, j'avais déjà décidé que celui-ci prendrait le temps de voir la mort venir.
J'étais peut-être un monstre mais il en était un autre.
Ces compagnons n'avaient été qu'influencés, facilement certes, mais c'était lui l'instigateur de cette équipée violente. Et il n'en était pas à son coup d'essai. J'avais pu entendre les réminiscences des cris et des pleurs de toutes les femmes qu'il avait violées puis battues à mort avant ce soir alors qu'il s'approchait de la fille quelques minutes plus tôt, jouissant par avance du plaisir qu'il prendrait à la souiller. Et même maintenant, alors que ses pieds battaient désespérément le vide , il ne pouvait faire taire totalement sa frustration de ne pas pouvoir assouvir cette envie.
Je serrai un peu plus fort sa gorge et il cessa de se débattre. Ses deux mains tirant sur la mienne n'auraient jamais pu en défaire l'étau alors, pour la première et la dernière fois, il croisa mon regard.
Je savais parfaitement à quoi je devais ressembler à cet instant : les pupilles noires dilatées par l'envie de meurtre, le fin liseré ocre rouge de mes iris à peine perceptible, le visage pâle et dur, les lèvres retroussées sur ma meilleure arme enfin découverte même si je n'en userais pas sur lui, mes canines.
Et, enfin, c'est la panique qui prit le pas sur toutes ses autres pensées. La peur glaciale et paralysante. La certitude absolue de sa fin.
Le sourire carnassier qui étira mes lèvres à ce constat l'effraya encore plus car il recommença à se débattre. Alors, d'un seule et rapide geste, je broyai sa colonne vertébrale et le laisser retomber à mes pieds, insignifiant tas de chairs et de vêtements que je toisai un instant, cherchant dans cette contemplation un apaisement à ma colère.
Ce furent des claquements de mains qui me tirèrent de ma concentration.
« Alors là, je te tire mon chapeau, Edward ! »
Démétri.
Comment avais-je pu ne pas le sentir approcher ?
Je pris alors conscience que je ne respirais toujours pas. J'avais maintenu mon souffle durant toute l'attaque, pourquoi ?
Un regard furtif vers la fille toujours inconsciente et la réponse me vint immédiatement, irréfléchie et ahurissante. Je l'avais instinctivement protégée de moi, de la pulsion qu'aurais immanquablement causée l'odeur de son sang alors que j'étais passé en mode attaque.
Cela n'avait aucun sens…
J'avais pourtant plus urgent à débrouiller. Le meilleur traqueur de Volterra ne s'éloignait jamais d'Aro sans un ordre précis.
« Que fais-tu là, Démétri ?
- Aro m'a envoyé voir ce qui te prenait si longtemps. Il pensait que tu t'acquitterais de ta mission en quelques minutes à peine étant donné tes… talents. »
Il embrassa la scène du regard.
« Mais je constate que les choses ont pris une tournure surprenante »
Il jubilait à l'intérieur de l'inconséquence de mes actes. Ainsi, Edward Cullen aussi était capable de faire des écarts. Même si l'épisode de cette soirée ne me causerait pas d'ennuis majeurs, il était de ravi de voir là un signe de faiblesse.
Puis il désigna la fille d'un mouvement de menton.
« Est-ce elle ? »
Je hochai la tête pour économiser mon souffle. Les questions ne cesseraient pas là.
« Pourquoi est-elle encore en vie ?
- Je n'ai pas obtenu les informations que voulait Aro… »
Il éclata d'un rire sonore.
De mieux en mieux ! Le petit géni a échoué !
Je grognai et il eut au moins l'intelligence d'effacer le sourire ironique de sa figure. Même si pensées restaient toujours aussi ouvertement moqueuses et outrageuses.
« Aro ne va pas être content » commença-t-il.
« Je la ramène à Volterra. » le coupai-je.
D'où est-ce que ça sortait ça ?
Démétri avait l'air aussi surpris que moi.
Pourtant, j'avais mis un tel aplomb dans mes paroles qu'il était hors de question de revenir dessus.
« Aro m'a confié une mission et je compte bien m'en acquitter. »
Je m'avançai d'un pas décidé vers la silhouette toujours inerte de l'humaine et me penchai pour la soulever dans mes bras. Elle était à peine plus légère qu'une plume et je m'efforçai de ne pas laisser paraître le trouble que causait en moi le fait de sentir pour la première fois contre mon torse la chaleur que j'imaginais depuis des heures.
Je tournai le dos à Démétri.
« Je te laisse nettoyer tout ça, comme ça tu ne seras pas venu pour rien.»
Je ne pris pas le temps de répondre aux injures que me criait son esprit avant de me mettre à courir. Il savait très bien que je les avais entendues et mon indifférence était une bien meilleure réponse. De toute façon, si je prononçai encore un mot, il me faudrait reprendre mon souffle et je ne pouvais me le permettre alors que la fille était déjà à ma merci.
Arrivé à Volterra, je l'avais installée dans une des chambres des favorites puis m'étais enfui comme un voleur en emportant son portefeuille et en fermant la porte à clé.
Isabella Swan.
Voilà ce que m'avaient appris ses papiers. Une rapide recherche m'avait informé qu'elle était reporter, auteur de nombreux articles qui avaient déclenché de véritables scandales aux Etats-Unis.
Elle venait de Seattle.
Si près de chez nous que s'en était troublant.
Que faisait-elle si loin de chez elle ?
Il fallait que je résolve ce mystère et un plan s'était petit à petit dessiné dans ma tête. Mais, pour le mettre à bien, je devais tester ma propre résistance.
J'avais donc fait de fréquents allers et venues devant sa porte, m'habituant à son odeur, fermant les yeux pour me concentrer sur le bruit rassurant et tentateur de son cœur, apprivoisant cette soif, m'habituant à la brûlure.
Les images s'effacèrent tout à fait.
« Tu veux l'interroger ? » s'amusa Aro.
« Tu avais raison de t'intéresser à elle » répondis-je. « Cette humaine nous cherchait.
- Cela arrive plus souvent qu'on ne le croit. C'est ainsi que se remplissent nos salons et que mon clan peut survivre en ne tuant pas plus d'humains que nécessaires.
- Celle-ci est différente » contrai-je. « Ce n'est pas une initiée.
- Comment le sais-tu ? » demanda-t-il avec un sourire gourmand. « As-tu inspecté son corps dans ses moindres recoins pour faire ce constat irrévocable ? Aurais-je manqué cet épisode de ton passé ? J'en serais le premier déçu ! »
Je m'efforçai de repousser cette idée de mon esprit. La fille serait déjà morte si cela avait été le cas.
« Non. Mais elle est pure. Je peux te l'assurer. »
Aro plissa les yeux comme s'il cherchait à lire en moi quelque chose que mon inconscient lui avait tu.
« Elle posait des questions sur Volterra, pas sur les vampires. » continuai-je pour le détourner. « Elle est journaliste. Nous devons savoir ce qu'elle cherchait exactement, ce qu'elle sait déjà et à qui elle en a parlé.
- Je ne peux qu'être d'accord avec cela mais comment comptes-tu t'y prendre si elle te bloque ses pensées ?
- En lui demandant. » répondis-je en haussant les épaules.
Aro partit d'un grand rire et me tourna le dos pour aller s'appuyer contre son fauteuil.
« Tu t'ennuis donc tellement ici que tu envisages de torturer une humaine ? Mon cher Edward, je donnerais cher pour voir ça !
- Je n'ai pas l'intention de la torturer. »
Il me scruta à nouveau de son regard perçant, attendant que je précise mon propos. Je ne doutais pourtant pas qu'il avait déjà lu en moi la teneur de mon plan.
« Elle me donnera ces informations, j'en fais mon affaire. Peu importe la manière. » dis-je.
Aro s'assis, posa ses coudes sur les accoudoirs et croisa ses mains devant sa bouche avec un air pensif. Je savais que ce n'étais là qu'une autre mise en scène. Il allait me tester à nouveau.
« Je pourrais fort bien m'occuper de cela moi-même » commença-t-il. « Tu ne t'es pas montré à la hauteur des espoirs que j'avais placés en toi jusqu'à présent. »
Tout mon corps se rebella instinctivement contre cette idée.
Nous y étions.
Il voulait savoir jusqu'à quel point j'étais impliqué.
Manque de chance, je ne le savais pas moi-même.
Je me redressai et inspirai pour reprendre mon calme.
« Tu m'as confié une mission, Aro. Je compte la mener jusqu'au bout. »
Il sourit mais il n'était pas dupe.
« Et comment comptes-tu t'y prendre exactement ?
- J'ai une faveur à te demander.
- Tiens donc… et laquelle je te prie ?
-Je voudrais que cette humaine soit transféré directement dans le salon du haut. »
Au moins, il ne semblait pas avoir vu ce coup venir car il parut vraiment surpris.
« Tu veux en faire une favorite ? » s'étonna-t-il.
L'usage voulait à Volterra que les humains initiés qui trouvaient la cité soient accueillis dans le salon du bas où ils seraient livrés au bon vouloir de ceux de ma race. Avec beaucoup de chance, certains susciteraient suffisamment d'intérêt pour obtenir ce qu'ils étaient venus chercher et être transformés, les autres n'étaient que du bétail. Cependant, les hauts dignitaires et quelques personnages importants dont les Cullen faisaient partie avaient le privilège de choisir une favorite, une humaine parmi les autres qui ne serait pas partagée. Une favorite n'était pas plus en sécurité pour autant ni plus certaine de devenir vampire au bout du compte mais les conditions dans lesquelles elle vivrait ce qui lui restait à vivre étaient probablement plus agréables. Du moins si elle n'était pas répudiée. Ma race n'était pas réputée pour sa constance.
« Oui. La mienne. »
Aro joignit les mains et éclata d'un nouveau rire enfantin et joyeux.
« Et que crois-tu que Tanya pensera de tout cela ? » demanda-t-il.
« Tanya est le cadet de mes soucis », répondis-je sérieusement.
Que disais-je.
Inconstant.
Il se leva et fis quelques pas vers moi. Ses yeux vrillèrent les miens, démentant le sourire toujours cordiale plaqué sur son visage.
« Ne me déçois pas, Edward. »
La menace était lourde sous ses propos.
Je ne cillais pas en lui donnant ma réponse.
« Je sais ce que je fais.
- Peut-être bien… Il semble pourtant que ce défi ne soit pas des plus faciles à relever. »
Il faisait évidemment allusion au silence des pensées de la fille et aux réactions incontrôlées que j'avais eu en sa présence : cette soif, ce désir…
J'allais devoir être très prudent, me surveiller à chaque instant, gagner sa confiance pour qu'elle me parle et obtenir d'elle les informations qu'Aro ne tolèrerait pas que je l'empêche d'avoir.
Pourtant, là n'était pas ma réelle motivation.
Je devais savoir qui elle était. Vraiment. Découvrir le secret de son emprise sur moi.
Et j'étais prêt à endurer l'envie et le manque pour percer ce mystère.
« J'y arriverai. »
Il inclina la tête avec cet air de fausse affection paternelle qu'il avait très souvent avec moi.
« Je n'en doute pas, mon très cher Edward. J'ai vraiment hâte d'en apprendre plus sur cette humaine qui semble si… fascinante. »
Fascinante…
C'était le mot juste pour désigner mon état : la fascination.
Je ne savais juste pas encore si c'était là une bonne ou une mauvaise chose.
Je hochai la tête pour saluer mon hôte et me détournai pour prendre congé. J'avais à peine fait quelques pas quand il m'interpela à nouveau.
« Essaye tout de même de ne pas tuer cette fille avant que je la rencontre. »
Je ne m'arrêtai pas de marcher vers la sortie, sachant qu'il entendrait parfaitement mes paroles.
« Quelle importance… Elle est déjà morte de toute façon. »
Allez, une petite review pour le plaisir!
