Voilà!
Je m'excuse si je vous ai fait peur une seconde mais j'ai changé d'avis en cours de route et j'ai préféré écrire cette première rencontre du point de vue de Bella.
Allez savoir pourquoi ;)
Et là, je compte vraiment sur vos avis parce que, franchement, je me suis mis une pression de dingue sur ce chapitre.
Trêve de blabla.
Bonne lecture (j'espère)
Lily
Les personnages appartiennent à Stephenie Meyer
Chapitre 5- Devil's spoke
Pov Bella
Cette journée avait été infernale malgré ma décision ferme et irrévocable de ne pas laisser ces créatures m'atteindre. La seule bonne surprise avait été de trouver à mon réveil mes affaires posées sur mon lit.
J'avais préféré ne pas me demander comment elles étaient arrivées là. Je risquais de devenir dingue si je commençais à penser au fait que n'importe qui pouvait entrer dans ma chambre pendant mon sommeil.
J'étais reposée, j'avais pu me doucher dans la salle de bain de ma chambre (les vampires avaient l'eau courante, quel scoop !) et me changer. Malheureusement pour moi, mes vêtements ayant été réduits en lambeaux à New York, je n'avais eu le temps de me procurer à Rome que des tenues qui me permettraient de poursuivre mon enquête dans les night-clubs. Ils ne cachaient donc pas assez ma peau et ma gorge à mon gout mais, au moins, je ne dépareillerais pas au milieu de ces folles du dernier étage.
J'avais donc passé un pantalon de toile noire ajusté et un haut en soie vert d'eau. J'avais séché et coiffé mes cheveux comme j'avais pu, maquillé mes yeux puis j'avais retrouvé Irina, Victoria et Tanya au crépuscule et nous avions attendu, elles stoïques et blasées, moi fébrile sous mes airs de contrôle parfait.
Je me doutais bien que quelque chose se passerait ce soir. Cela devait se passer ainsi.
Pourtant j'avais évité de justesse la syncope quand la maquerelle vampire avait appelé mon nom.
J'avais tourné les yeux vers la porte et découvert un vampire aux cheveux noirs et au teint curieusement halé. Il se tenait en retrait, vaguement hautain, mais n'esquissa pas un geste ni un regard dans ma direction. J'avais beau chercher dans ma mémoire, je ne me rappelai pas d'avoir croisé ce type où que ce soit.
« Isabella. Il est temps pour toi de rejoindre ton maître. Livio te conduira. »
Merde !
Ainsi ce n'était pas lui mon nouveau supplice.
Les filles autour de moi échangèrent des regards surpris. Apparemment, il n'était pas fréquent que les vampires ne se déplacent pas pour une première rencontre. Elles m'avaient déjà dit que j'avais probablement été choisie par quelqu'un d'important puisque j'avais évité le bordel d'en bas. J'en étais évidemment soulagée mais tous ces mystères me tuaient lentement et mon cœur était à nouveau venu se loger dans ma gorge.
Combien de crises cardiaques étais-je capable de gérer avant de tomber raide morte ?
Je souris à cette idée en me disant que, si je m'écroulais maintenant, je priverai mon nouveau maitre du plaisir de me tuer lui-même.
Bien fait !
Ce sourire parut satisfaire mes camarades qui me lancèrent des œillades d'encouragement tantôt grivoises, tantôt complices.
Pourtant, j'en menais de moins en moins large alors que je suivais mon guide dans les couloirs vers je ne savais quel monstre pervers et sadique. Le vampire devant moi ne se retourna pas une fois ni ne prononça un seul mot de tout le chemin qui nous mena au travers d'escaliers sombres et de salles démesurées jusqu'à une autre aile de ce château puis devant une porte. Encore une.
Il frappa trois coup qui raisonnèrent jusque dans les tréfonds de mon cerveau, réveillant une petite voix qui me hurla de m'enfuir.
Mais il était trop tard.
Déjà Livio ouvrait la porte, suivant un ordre que je n'avais sans doute pas entendu et je découvris une pièce baignée d'une lumière douce et au mobilier clair. Elle était peut être bien quatre fois plus grande que la chambre dans laquelle j'étais enfermée durant la journée. Une fenêtre sans barreaux s'ouvrait sur le mur face à moi, à côté d'une immense bibliothèque remplie de livres et de disques.
Mes pieds refusant obstinément de me porter à l'intérieur de la pièce, j'en faisais un premier inventaire depuis le pas de la porte, cherchant les issus possibles quand une voix trompeusement chaleureuse et douce me parvint de l'intérieur.
« Veuillez enter, je vous en prie, mademoiselle Swan.»
Je déglutis avec peine, inspirai un grand coup pour me donner du courage puis fis un pas un l'intérieur.
Mes yeux se posèrent alors sur le visage du vampire qui avait hanté mon sommeil agité de la journée.
De si près, il était encore plus beau si cela fut possible. Ses lèvres pleines esquissaient un demi-sourire qui tranchait sur la blancheur de sa peau. Ses cheveux bronze en désordre lui donnaient un air de jeunesse qu'il n'avait probablement plus depuis longtemps. Je lui donnais à peu près mon âge, peut-être un peu plus, mais qui pouvait savoir. Il portait un jean sombre et une chemise grise dont les manches étaient roulées aux coudes avec désinvolture. J'aurais pu me croire devant un mannequin masculin si son regard n'avait pas été si déstabilisant et profond.
Il me regardait avec intensité. Et je réalisai alors que ses yeux étaient différents de ceux des vampires que j'avais croisés jusqu'à présent.
Ses Iris n'étaient pas d'un rouge écarlate flippant mais ils étaient noirs et bordés d'une couleur ocre rouge virant sur le cuivré… D'où venait cette différence ?
Y avait-il plusieurs races de vampires ?
La porte qui claqua dans mon dos me fit sursauter, ce qui élargit le sourire du vampire et me ramena à ma désespérante situation. Je dus faire un effort surhumain pour ne pas reculer.
Mais il reprit la parole et le ton velouté de sa voix eut un curieux effet sur mes sens et ma volonté.
« Bonsoir, Isabella. Je m'appelle Edward Cullen et je suis ravi de faire votre connaissance. »
Edward…
Edward ?
Je fronçais les sourcils quand l'évidence me frappa : Tanya était la favorite de ce type. Qu'est-ce que je faisais ici alors ?
Nous n'avions encore ni l'un ni l'autre fait le moindre geste depuis mon entrée et le voir bouger me fit l'effet d'un électrochoc. Il me désigna d'un lent mouvement du bras l'intérieur de la pièce, m'invitant à m'avancer un peu plus.
Qu'est-ce qu'il allait attendre de moi exactement ?
Je poursuivis mon état des lieux rapidement en avançant un peu plus dans la gueule du loup. En dehors de la bibliothèque qui occupait pratiquement un mur entier, les murs étaient décorés de tableaux abstraits aux couleurs chaudes. Une méridienne et deux fauteuils occupaient le centre de la pièce autour d'un grand tapis beige aux poils épais. Une armoire imposante en bois sombre complétait ce décor complètement incongru dans cet endroit. Je m'étais attendue à entrer dans une chambre lugubre avec des crochets au plafond et des instruments de torture dans tous les coins mais pas à cette ambiance cosy et presque agréable. Même si la seule porte était celle par laquelle j'étais entrée.
« Je vous en prie, asseyez-vous » dit-il dans mon dos.
Je jetai un coup d'œil pour constater qu'il n'avait pas bougé d'un pouce et me regardait maintenant avec circonspection et un air concentré.
Je pris donc place sur un des fauteuils et me tint droite, les mains posées sur mes genoux.
Il me scrutait toujours d'un air impénétrable et je commençais à ne plus supporter l'attente. Je devais savoir ce qu'il attendait de moi. Plus vite je le saurais, mieux je pourrais m'y préparer.
« Qu'est-ce que je fais ici ? » demandai-je froidement.
Il se redressa un peu plus et sembla se tendre un instant alors qu'il inspirait rapidement. Puis il se détendit et fit quelques pas vers moi. On aurait dit un félin tant sa démarche était fluide et déterminée. Puis il s'assit sur la méridienne, à bonne distance de moi.
« C'est exactement la question que je m'apprêtais à vous poser. » répondit-il avec un sourire narquois.
Qu'est-ce que c'était que cette blague ? Il m'avait fait appeler. Il n'y aurait eu que moi, à l'heure actuelle, je serais en Alaska.
« Je sais qui vous êtes Isabella » continua-t-il. « Mais je suis très curieux de savoir ce qui vous a menée à Volterra. »
Ma mauvaise humeur reprit le dessus.
« Si je ne m'abuse, on m'y a trainée contre mon gré.
- Vous cherchiez pourtant la cité. »
Il avait un air sérieux que démentait la lueur d'amusement dans ses yeux sombres.
Il se moquait de moi.
Je savais que j'avais trop attiré l'attention sur moi lors de mes investigations et je me doutais que c'était pour cela que l'on m'avait menée ici. Il venait simplement de confirmer mes soupçons. Mais, pour l'instant, me fustiger pour ma négligence était bien loin de mes préoccupations. Je supportais mal qu'on se moque de moi.
« Appelez ça une curiosité morbide, si vous voulez, mais je trouve votre espèce fascinante. » répondis-je, acide.
Il sourit.
Oh mon dieu…
Je fus éblouie l'espace d'un instant.
« Et vous souhaitiez en faire un article ? » demanda-t-il, curieux.
Quoi ?
Il savait que j'étais journaliste…
Evidemment espèce d'idiote ! Il connait ton nom, même les vampires doivent savoir se servir d'internet.
Merde…
Mon plan tombait à l'eau. Ce ne serait plus aussi simple de me faire passer pour une de ces nombreuses filles qui avaient cherché Volterra pour se faire mordre.
Il me scrutait avec un air concentré comme s'il cherchait à lire en moi alors que je cherchais à toute allure comment me sortir de ce pétrin.
« Comment savez-vous cela ? » demandai-je.
« Je vous l'ai déjà dit, Isabella : je sais qui vous êtes…
- Et bien moi aussi je sais qui vous êtes, Edward. »
Nous pouvions être deux à jouer à ce petit jeu. Il afficha un air surpris.
« Vous êtes quelqu'un d'important ici, suffisamment important pour pouvoir faire vos course dans le bordel du dernier étage. Et Tanya est votre favorite en titre. Je ne comprends donc pas ce que je fais ici. »
Il sourit à nouveau en se penchant vers moi, posant ses coudes sur ses genoux et plongeant son regard dans le mien.
Seigneur…
« Disons que je vous trouve bien plus intéressante et que Tanya a fait son temps. »
J'en avais la gorge sèche.
Intéressante ?
Pourquoi ?
« Comment pouvez-vous me trouver intéressante ? Nous ne nous sommes jamais vus avant.
- Vous vous trompez, Isabella. Nous nous sommes déjà vus.
- Quand ? Où ?
- A Florence, il y a quelques jours. »
J'en restai bouche bée. Il se recula sur son siège et se raidit à nouveau alors qu'il plissait le nez imperceptiblement.
« C'est vous qui m'avez amenée ici ? » murmurai-je, sonnée.
Il acquiesça de la tête.
« Pourquoi ?
- Vous cherchiez des vampires. Or, il n'y a pas de meilleur endroit qu'ici pour en trouver. »
Il accompagna sa réplique d'un geste emphatique. La chair de poule recouvrit mes bras et je suis certaine qu'il le perçu quand ses yeux se posèrent sur ma peau. Bon sang, que pouvait-il voir de moi malgré la distance ? Son regard sur moi me faisait me sentir bizarre, apeurée, frémissante et … troublée.
J'étais effrayée mais aussi tellement curieuse. J'avais tellement de questions.
Il semblait d'humeur à discuter plutôt qu'à me sauter dessus, je décidai donc d'en profiter malgré mon trouble.
« Qu'est-ce que c'est exactement que cet endroit ?
- C'est ma chambre. » répondit-il avec le même sourire ironique à faire fondre.
Je levais les yeux au ciel, ce qui sembla l'amuser encore plus.
« Vous êtes à Volterra. » rectifia-t-il avec plus de sérieux, comme s'il voulait vraiment éclairer ma lanterne.
« Je sais ça. Mais où est-ce ? Vous m'avez enlevée à Florence et je n'ai pas la moindre idée de la distance que vous êtes capable de parcourir en portant une femme inconsciente.
- Une longue distance, et rapidement. » répondit-il, évasif.
« Vous ne répondrez pas à ma question ?
- Non. »
Je pris un air buté qui sembla l'amuser à nouveau. Je posai donc la question à un million de dollars.
« Et qu'attendez-vous de moi ? »
Il se pencha vers moi une nouvelle fois et me regarda intensément de son regard noir. J'étais complètement paralysée dans l'attente de sa réponse, prête à tout faire pour rester calme quand il me dirait quel traitement il comptait me faire subir.
Je revis le visage de la femme dans le salon du bas la veille et ressentis alors un mélange de peur et d'envie malsaine. Je ne comprenais pas cette sensation. C'était l'horreur qui devrait primer sur n'importe quel sentiment dans cette situation. Mais assise dans cette pièce confortable avec cet homme magnifique et troublant, je ne pouvais empêcher une part de moi de se demander ce que ça ferait de le sentir près de moi à ce point-là.
Stop, Bella !
Ce n'est pas un homme, c'est un monstre. Et si il s'approche autant que ça, ce sera pour te blesser.
Pendant ce temps, Edward avait penché la tête sur le côté et semblait encore une fois chercher à suivre mon monologue intérieur.
« Je vais vous accorder un interview. »
Quoi ?
Alors, force était de constater que je m'attendais à tout sauf à ça…
Ce fut à mon tour de le scruter avec perplexité. Il voulait que je l'interviewe ? Moi ? Pourquoi ?
Il ne cherchait donc pas à assouvir avec moi quelque pulsion vampirique tordue ?
Ah…
Et qu'est-ce que c'était que cette nouvelle sensation au creux de mon ventre alors que j'étais toujours plongée dans son regard en quête d'un signe que tout cela était une nouvelle mauvaise blague ? De la déception ?
Stop, j'ai dit !
Pourtant, c'était là et réaliser cela me fit haleter brusquement.
Il se leva alors subitement et s'éloigna de quelques mètres vers la bibliothèque, comme si il ne supportait plus ma proximité.
Coupée de son regard si troublant, je repris rapidement mes esprits.
« Comment-ça ? » demandai-je d'une voix qui me parut bien rauque.
Les mains dans les poches, il se retourna à nouveau vers moi.
« Vous êtes venue chercher des réponses. Je vais vous les donner, Isabella.
- Pourquoi feriez-vous ça ? »
Il sembla réfléchir une seconde.
« Disons que l'éternité est longue et que j'ai désespérément besoin de distraction. Mais j'attends quelque chose de vous en échange. »
Nous y étions. C'était probablement le moment où il allait m'annoncer que je devrais payer chacune de ses réponses d'une gorgée bue directement à ma gorge comme un de ces stupides jeux à boire. Je me raidis sur mon siège.
« Je souhaite que vous répondiez vous aussi aux questions que je vous poserai. »
J'écarquillai les yeux de surprise.
« Ne soyez pas surprise, Isabella. La nature humaine est pour moi un mystère que j'aimerais simplement que vous m'aidiez à éclaircir. »
Le ton enjôleur qu'il prit pour prononcer ces mots me déconnecta immédiatement de la réalité et je m'entendis à peine répondre.
« D'accord. »
Il sourit de satisfaction et le sol tanga sous mes pieds.
« Vous m'en voyez ravi » dit-il en venant reprendre sa place sur la méridienne et en s'asseyant souplement.
Il croisa les jambes et étendit un bras sur le dossier en un geste de nonchalance extrêmement virile.
Je crois que j'oubliai de respirer un instant.
« Que diriez-vous de commencer maintenant » demanda-t-il avec un sourire lascif. « Vous d'abord. »
Je secouai la tête pour remettre mes idées en place. Bon sang, par où commencer ?
Je n'étais absolument pas préparée à cela. Alors autant commencer par le début.
« Comment se fait-il que le monde ne soit pas au courant que les vampires existent ?
- Nous sommes plutôt du genre discret.
- Pourtant il arrive que des humains découvrent votre existence…
- Oui, mais qu'ils nous aient cherchés ou non, nous nous assurons qu'aucun d'eux n'ébruite ce qu'il sait. »
La menace était lourde sous ses propos.
Je compris alors dans une illumination que, quelles que soient les informations que j'obtiendrais de lui, je ne pourrais jamais les partager. On ne me laisserait pas faire. Quel était le but de tout ceci alors ?
Ma curiosité repris pourtant le dessus.
« Et vous vous nourrissez de sang humain ?
- La plupart d'entre nous, oui.
- Comment se fait-il alors qu'il n'y ait pas plus de victimes suspectes. » demandai-je en repensant aux corps mutilés de Seattle.
Il sembla peser sa réponse.
« Nous obéissons à des règles très strictes. » commença-t-il. « Il n'est pas nécessaire de tuer un humain pour s'en nourrir. Mais ça, vous le saviez déjà… »
Je me sentis rougir sous son regard perçant. Oui, effectivement, je le savais déjà.
« Quelles sont ces règles ? » poursuivis-je pour masquer mon trouble.
« Ne pas tuer ostensiblement et être aussi discret que possible parmi les humains. Il n'y a pas beaucoup de lois dans notre monde mais toute infraction signifie la mort pour le vampire qui la commet. »
Il avait l'air grave. Je supposai donc que ce n'était pas un sujet sur lequel on pouvait plaisanter.
« Qui édicte ces règles ?
- Les Volturi représentent à la fois la loi et les bourreaux dans notre univers.
- Les volturi ?
- Trois vampires. Trois frères qui sillonnent le monde depuis une époque si reculée que peu d'entre nous sont assez anciens pour s'en souvenir. Ils sont ce qui s'apparenterait le plus pour vous à une famille royale. Et nous sommes ici chez eux. »
Ainsi les vampires avaient une hiérarchie…
Et Volterra était le siège de leurs chefs.
Je réprimai un frisson à l'idée que ces murs étaient hantés par des créatures séculaires qui régissaient à elles seules un monde entier et secret d'abominations sanguinaires.
Pourtant, quand je reportai mon regard sur Edward, aucun mot ne me parut plus mal choisi. Abomination…
« Volterra est donc une sorte de capitale ?
- En quelque sorte.
- Mais toujours en Italie ? »
Il rit de ma question qui tentait de lui soutirer l'information qu'il m'avait refusée plus tôt.
« Oui, Isabella. Vous êtes toujours en Italie. Je suis rapide, mais pas à ce point. » répondit-il, visiblement très amusé.
Je me rembrunis sous sa moquerie.
Mais je voulais en savoir plus sur Volterra. J'étais déterminée à savoir ce qui se passait vraiment ici, même si ce sujet me faisait peur. Il dut le sentir car il redevint lui-même plus sérieux subitement.
« Qu'advient-il des humains qui viennent ici ? »
Sa mâchoire se crispa un moment, les muscles de ses joues se contractant sous l'effort. Mon dieu c'était…
« Vous en avez eu un aperçu il me semble… » commença-t-il.
Qu'est-ce qui le troublait à ce point ?
Je hochai la tête.
« J'ai vu le salon du bas et j'ai discuté avec ces filles là-haut, mais je veux un point de vue non biaisé de groupie droguée à l'espoir d'immortalité. »
Il plissa les yeux. Surpris par ma franchise ?
« Peu d'entre eux obtiennent ce qu'ils veulent, Isabella.
- Je m'en doutais un peu.
- Perspicace avec ça… » murmura-t-il comme pour lui-même. « Ces hommes et ces femmes viennent ici de leur plein gré.
- Mais sont-ils vraiment conscients de ce qu'ils risquent ?
- Ne sous-estimez pas la puissance de l'ego chez l'être humain, Isabella. Tous ceux qui arrivent ici pensent sincèrement qu'ils méritent d'être transformés. Et ils sont prêts à payer le prix pour ça.
- Le prix de leur sang.
- Entre autre… »
Son regard se fit brulant sur moi et je dus baisser les yeux, incapable de soutenir cette intensité.
« Quoi d'autre ? » demandai-je d'une voix rauque.
« Vous connaissez déjà la réponse à votre question, Isabella… »
Mon sang recommença à battre frénétiquement à mes tempes et l'atmosphère se chargea d'une électricité qu'il n'y avait pas jusqu'à présent.
« Vous avez vu ce qui se passe en bas.» poursuivit-il. « Pour un vampire, le sang n'est jamais aussi savoureux qu'après la chasse ou après l'amour. Les humains y consentent ici librement. »
Je me sentis rougir jusqu'à la racine des cheveux et je ne pouvais toujours pas quitter mes mains des yeux. Ses mots dans sa bouche… C'était juste trop à supporter pour ma tension nerveuse.
« Je ne comprends pas… » murmurai-je.
« Comment le pourriez-vous ? On ne peut comprendre le besoin d'une chose à laquelle on a jamais gouté…»
Il avait prononcé ces mots d'une voix rauque et presque inaudible qui me fit relever la tête.
Le liseré ocre de ses yeux avait disparu et il me fixait maintenant de ses yeux d'un noir profond et avide. Les mâchoires contractées, j'aurais pu jurer qu'il avait cessé de respirer. Mon propre souffle s'emballa alors. Les émotions que le fait de le voir me regarder ainsi déclenchait dans mon corps me portaient proche de la suffocation.
« Je crois que nous avons fini pour cette nuit » dit-il d'une voix tendue.
Il se leva brusquement et me fit un signe pour me désigner la porte.
Il me congédiait.
J'aurais pu en être offensée mais quelque chose en moi me faisait ressentir qu'il fallait que je parte. Il en allait de ma survie.
Je le vis alors pour la première fois comme ce qu'il était : une créature mortellement dangereuse malgré ce physique et ces manières parfaites.
Je me levai donc rapidement et me dirigeai vers la sortie.
Quand j'ouvris la porte, je constatai que Livio se tenait toujours derrière, prêt à me raccompagner.
« A demain soir, Bella… »
Je me retournai pour jeter un dernier regard surpris à cet homme avec qui je venais de passer le moment le plus intense et déconcertant de toute mon existence, ce vampire qui m'avait appelé par mon diminutif.
Et, loin de m'offenser, le fait qu'il m'appelle ainsi semblait signer un accord trouble que nous venions de passer ensemble mais dont je ne savais pas encore quel serait le prix que je devrais payer.
Alors?
