Coucou tout le monde!

Voici le chapitre 6, j'espère qu'il vous plaira.

Merci pour vos nombreux et fabuleux commentaires! Je suis incroyablement touchée et vous boostez énormément ma motivation.

Flopy69, merci à toi encore une fois. Je ne m'étais pas rendu compte que ma fic était référencée bizarrement. J'ai bidouillé le compte et je pense que le problème est réglé. Redis-moi si c'est bon. C'est bon de pouvoir compter sur toi!

Tiens, d'ailleurs, je sais que je vous ai déjà répondu à toutes en MP mais je tiens pour une fois à remercier tout particulièrement les copines de la première heure qui me suivent depuis "la courtisane". Alors Halay, Kinoum, Marine, Grazie, Nedwige Stew, Flopy69, Puceron52 vous qui êtes toujours là, fidèles au poste, je vous embrasse de toutes mes forces! Vous ne savez pas l'importance que vous avez dans mon écriture!

Les autres aussi, je vous adore. Je voulais juste marquer le coup du retour de Kinoum ;-)!

Allez, je me tais.

Bonne lecture!

Disclaimer: les personnages appartiennent à Stephenie Meyer


Chapitre 6- Get

Pov Bella

Je me réveillai le jour suivant après seulement quelques heures d'un sommeil agité.

Comme les jours de captivité précédents, j'avais été incapable de m'endormir tant que le soleil n'avait pas baigné la chambre d'une lumière chaude et rassurante. Mais cette fois, à la peur insidieuse que réveillaient en moi ces créatures, était venue s'ajouter une tension nerveuse qui ne m'avait pas quittée depuis que je l'avais vu, depuis que je lui avais parlé… à cet homme… ce vampire… ce monstre…

Edward.

Je ne comprenais plus mes propres réactions.

J'aurais dû avoir envie de hurler et de m'enfuir ce soir.

J'aurais dû avoir peur, vraiment peur.

Tous les signes avaient été là : la subite tension visible dans son corps, la rudesse de sa voix… J'avais même perçu le changement dans son regard, la folie sauvage et meurtrière dans ses yeux. Tous ces signaux, mes sens les avaient enregistrés et analysés intuitivement comme autant de caractéristiques de la menace réelle pour ma vie.

L'espace de ces quelques secondes avant qu'il ne me renvoie, j'avais vu le monstre qu'il était réellement, pas ce masque d'humanité et de bonnes manières qu'il m'avait montré avant.

J'avais été tellement conne !

J'étais tombée dans le panneau les deux pieds joints. Je le réalisais maintenant que je n'étais plus sous l'emprise de son regard hypnotique et de sa voix caressante. J'avais été complètement sous le charme dès que j'avais posé les yeux sur lui.

Mon dieu, j'avais même été plus que troublée quand il avait parlé de ce qui se passait en bas… Bon sang, qu'est-ce qui n'allait pas chez moi ?

Cet endroit était une prison, un bordel infâme où des pauvres filles se faisaient violer et drainer de leur sang, rien d'autre !

Je le voyais clairement ça… quand j'étais seule et que j'arrivais à réfléchir rationnellement.

Que m'avait-il fait pour que j'envisage les choses sous un autre angle ?

Objectivement, ce qui se passait ici était dégueulasse et répugnant !

Mais… imaginer que ce soit lui qui…

Stop !

Dégueulasse et répugnant, j'ai dit !

Je ne savais rien des vampires et de leurs capacités. Il se pouvait peut-être qu'ils soient capables d'influencer la volonté pour arriver à leurs fins. Ça expliquerait mes réactions et mon ressenti qui étaient en complète opposition avec ma conscience en la présence d'Edward. C'était forcément ça.

Allongée à même le sol inconfortable malgré l'édredon, cette pensée m'avait suffisamment rassérénée pour que je parvienne à m'assoupir.

A mon réveil, il était à peine midi. Je n'avais dormi que quelques heures mais je me sentais un peu plus maitresse de moi-même.

Je tournais en rond un moment, regardais par la fenêtre pour apercevoir une présence. Maintenant que je savais que ce château était habité par de nombreuses personnes, humains et vampires, je trouvais étrange de n'avoir vu personne aux heures du jour.

Les autres humains étaient-ils enfermés comme moi quelque part ?

Ces filles là-haut, Victoria, Tanya et Irina n'avaient rien de captives. Elles semblaient être ici chez elles et je doutais qu'elles aient envie de s'enfuir. Elles voulaient être transformées, devenir des vampires…

Cette idée m'était complètement incompréhensible !

Qui pouvait avoir envie de ça ?

Il faudrait que je tire ça au clair. Mon instinct de fouineuse reprenait le dessus. On ne se refaisait pas.

J'étais coincée ici alors autant tout faire pour obtenir les réponses que j'étais venue chercher. Les favorites de Volterra seraient probablement une mine d'informations intéressantes. Ces filles n'avaient pas l'air de vouloir cacher grand-chose. Elles étaient sûres d'elles et de leur destin.

Mais une favorite était-elle assurée d'être transformée ?

J'en doutai.

Ce n'était pas évident pour Tanya en tout cas.

A cette pensée, mon sang se glaça.

Je ne connaissais pas Tanya mais elle m'avait paru une gentille fille. Folle à lier mais gentille. Qu'est-ce qui allait lui arriver maintenant ?

Je ne connaissais pas encore bien le fonctionnement de la cité mais, d'après ce que j'avais compris, une favorite appartenait à un vampire. Que se passait-il quand ce vampire portait son choix sur une autre fille. La polygamie était-elle de mise ici ? Ces monstres pouvaient-ils avoir un harem privé à leur disposition ou le choix d'une nouvelle favorite entrainait-il la répudiation de la précédente ?

Et, en ce cas, que devenait-elle ?

Une pensée affreuse me traversa l'esprit quand je me souvins des paroles d'Irina .

« Il la répudiera et elle mourra. C'est un risque que nous sommes toutes prêtes à courir. »

Pas de harem ni de polygamie à mon avis…

Tanya allait mourir, à cause de moi.

Je ne pouvais tolérer ça !

Je devais faire quelque chose. Mais quoi ?

Je recommençai à tourner en rond dans ma chambre jusqu'à ce que je réalise que je ne pouvais rien faire pour l'instant.

Mais Edward pouvait peut-être faire quelque chose.

Il voulait obtenir quelque chose de moi, des informations dont je ne comprenais pas bien l'importance qu'elles pouvaient avoir à ses yeux mais je pouvais peut-être jouer là-dessus, faire valoir cela comme une monnaie d'échange pour qu'il reprenne Tanya.

Mais alors, qu'adviendrait-il de moi ?

Putain !

C'était l'histoire du serpent qui se mord la queue et je n'étais pas certaine qu'il existe une solution pour que Tanya et moi restions vivantes toutes les deux. Ok, elle voulait mourir, sinon elle ne serait pas ici… Mais je ne supporterais pas d'en être la responsable.

J'en parlerais à Edward ce soir.

Parce que j'allais le revoir ce soir… J'entendais encore sa voix.

« A demain soir, Bella »

A ce souvenir, des muscles se crispèrent au creux de mon ventre.

Stop, j'ai dit !

J'étais bien trop saine d'esprit pour développer un syndrome de Stockholm !

Je passais pourtant le reste de la journée à me préparer à cette entrevue. Je sortis de mon sac la seconde et dernière tenue propre qui s'y trouvait : un top largement décolleté dans le dos en vaporeuse mousseline de soie pourpre et un jean brut ajusté. Je m'étais vaguement demandé si les vampires avaient ici un service de nettoyage à sec avant de réaliser la bêtise de cette pensée. Il allait pourtant bien falloir à un moment que je nettoie mes vêtements. Il faudrait que je pense à demander aux filles là-haut comment elles faisaient.

Puis je vérifiai que la porte était bien fermée à clé avant de me rendre dans le petit cabinet de toilette de la chambre pour une douche longue et brûlante durant laquelle je m'efforçai de ne pas laisser mon esprit vagabonder dans une direction ou dans une autre.

Je séchai ensuite mon corps et mes cheveux puis passai mes vêtements.

Quand je regagnai la chambre, mon cœur fit une embardée. Un plateau était posé sur la petite table près de la fenêtre, en pleine lumière. Malgré le bond prodigieux que fit mon estomac à la vue de la nourriture qu'il réclamait maintenant à grands cris, je ne pus m'empêcher de frissonner à l'idée que quelqu'un était entré ici pendant que j'étais nue et vulnérable dans la salle de bain.

Ma condition de captive me revint brusquement en pleine figure.

Je n'étais pas à l'hôtel, j'étais dans une cellule tout confort dans laquelle mes geôliers pouvaient entrer quand bon leur semblait. Même en plein jour…

Qui ?

Humain ou vampire ?

S'il s'agissait d'un vampire, j'allais devoir revoir mes stratégies de protection. La boule d'angoisse reprit sa lourde place dans mon estomac et je mangeai lentement ce qu'on m'avait apporté, plus pour avoir la force de me défendre si je le devais que par envie.

Le jour déclinai à peine quand ma porte s'ouvrit sur le même vampire que la nuit dernière, Livio, qui m'invita poliment à le suivre jusqu'au salon des favorites. Je le suivis en silence à travers les couloirs que je commençais à reconnaitre jusqu'à la grande porte de bois ouvragée qu'il ouvrit, découvrant une nouvelle fois à mes yeux la magnificence de la grande pièce.

Je restai un instant sur le seuil.

« Bonsoir, Isabella » m'accueillit Heidi d'une voix chaleureuse. « C'est un plaisir de voir que tu es encore parmi nous. »

Qu'est-ce qu'elle sous-entendait celle-là ?

Je la scrutai d'un œil suspicieux alors que son sourire ne la quittait pas. Elle me fit signe d'entrer et j'avançai enfin dans la lumière chaleureuse du salon.

S'attendait-elle à ce que je sois morte hier ? Pourquoi ?

Tous les regards se tournèrent vers moi quand je pénétrai plus avant dans la pièce et, en en faisant un tour rapide des yeux, je compris la remarque de la maquerelle à l'entrée. Tanya était toujours là. Or, Heidi, en bonne maitresse de cérémonie, savait assurément qui m'avait fait appeler la veille. Le fait que Tanya soit toujours ici ne pouvait dire qu'une chose pour la vampire: que je n'étais pas la favorite d'Edward.

Je ressentis un pincement désagréable à cette idée.

Or, si je n'étais pas sa favorite, j'étais quoi ? Son repas ?

Dans ce cas, ses suppositions étaient probablement bonnes : j'aurais dû être morte.

Les favorites, elles, ignorant toujours vraisemblablement en compagnie de qui j'avais passé la nuit, se jetèrent sur moi pour me bombarder de questions et me regarder sous tous les angles.

« Alors ? Alors ? Alors ? » commença Irina, visiblement excitée comme une enfant le matin de Noël.

« Tu as l'air en forme en tout cas.» continua Tanya avec un sourire. « La première fois avec son maître, ça peut être assez intense. »

Je rougis légèrement à son sous-entendu.

« Non, ça va… » répondis-je en restant évasive.

Je ne voulais assurément pas qu'elles se posent trop de questions. Donc si elles pensaient que j'avais passé la nuit à faire des folies de mon corps avec un vampire, je n'allais pas leur ôter leurs illusions même s'il n'y avait pas une once de vérité là-dedans

Je secouai la tête, vaguement dégoutée de moi-même quand le mot « malheureusement » me traversa l'esprit

Cet endroit allait me rendre dingue !

« Irina ne tenait plus debout le lendemain de sa première fois » se moqua Tanya

« Démétri m'avait gardée jusqu'à l'aube et j'étais déjà épuisée de la semaine passée en bas ! » répliqua sa sœur pour sa défense. «Et puis tu peux parler, toi. Tout le monde n'a pas eu ta préparation physique.

- C'est vrai que mes années de fitness et de pilates ont bien aidé à suivre le rythme d'Edward. Ce type est une bête ! »

Tanya éclata de rire et me fit un clin d'œil complice.

Je rougis de plus belle. Avais-je besoin d'entendre à quel point Edward était fougueux ? Comme si je ne l'avais pas deviné à la seconde où je l'avais vu.

Je secouai à nouveau la tête pour en faire sortir ses idées complètement déplacées.

Ces informations n'avaient pas la moindre importance parce qu'il ne poserait jamais les mains sur moi.

Jamais…

« En tout cas, ton maitre a été discret pour une première fois… » dit Victoria de sa voix trainante. « Je ne vois ni bleu ni morsure. »

Aïe. Je n'avais pas pensé à ça. Mais l'idée même qu'une de ses sangsues boive mon sang me révoltait tellement que je ne contins pas ma réponse.

« Il ne m'a pas mordue !

- Il ne t'a pas mordue ? » répéta Irina, visiblement choquée.

Il me serait poussé un troisième œil au milieu du front qu'elles ne m'auraient pas regardé autrement. Je réalisai alors ma grossière erreur. Evidemment qu'il aurait dû me mordre. C'était le fondement de cette relation tordue entre un vampire et sa favorite : lui prodiguait le plaisir physique et elle fournissait la boisson.

Quelle conne ! J'aurais pu dire n'importe quoi, qu'il m'avait mordue à n'importe quel endroit que cachaient mes vêtements, mais non. Il avait fallu que je laisse mon fichu caractère prendre le dessus. Et, maintenant que j'avais ces trois paires d'yeux braquées sur moi, je me demandai comment j'allais me sortir de là.

« Non…Il a dit qu'il voulait apprendre à me connaitre autrement d'abord. »

Bidon, bidon, bidon !

Je me mordis la lèvre en rougissant de ma bêtise mais, contre toute attente, Irina et Tanya hochèrent la tête d'un air entendu comme si elles comprenaient.

« C'est vrai qu'il parait que le sang est bien meilleur quand on est rassasiée sexuellement. » commenta Irina.

Après la chasse ou après l'amour… Edward avait évoqué ça.

Je fus agréablement surprise de voir que ma pirouette n'était pas si aventureuse.

« Et ton sang est neuf, qui plus est » ajouta Tanya. « Ton maitre doit saliver d'avance à l'idée du festin que tu seras pour lui.

- Ça n'empêche que je n'ai jamais vu une telle retenue » contra Victoria d'un air mauvais. « Qui est-ce ? »

Pile la question que je redoutais.

J'ouvris la bouche mais aucun son ne sortit alors que je regardais tour à tour chacune de ces jeunes femmes, remarquant pour la première fois ce soir le teint fatigué de l'une, les cernes de l'autre ou les marques de morsure sur une épaule. Elles étaient magnifiques et semblaient fortes et décomplexées, mais que pensaient-elles réellement de moi qui leur revenais visiblement reposée et intacte ?

Mon regard se verrouilla sur Tanya. Je ne pouvais pas lui dire que j'avais été choisie par Edward.

Je ne pouvais pas…

Comme une bienheureuse diversion, une sonnerie nous averties de l'arrivée de l'ascenseur. Cet ascenseur que j'avais pris pour venir du rez-de-chaussée et qui n'avait pas une fois été réutilisé depuis. Cela annonçait forcément une nouvelle arrivée dans nos rangs.

Effectivement, quand les portes s'ouvrirent, une jeune femme blonde en sortit.

Elle avança timidement. Heidi vint à sa rencontre et l'accompagna jusqu'au centre de la pièce.

« Mesdames, je vous présente Kate, qui séjournera parmi vous à compter d'aujourd'hui. »

Je sautai sur l'occasion et me précipitai à la rencontre de la jeune fille. Elle était d'une beauté saisissante mais elle était aussi pâle et semblait anormalement frêle. Des hématomes et des traces rouges marbraient ses bras et ce que je pouvais voir de son cou. Quand je croisai son regard, je reconnu immédiatement la fille dont le visage m'avait hanté ces derniers jours. Celle que j'avais vue en bas alors qu'un vampire se rassasiait d'elle et qu'Alec avait ensuite mordue sous mes yeux.

Ainsi, elle était encore en vie.

Je n'aurais pas parié là-dessus.

« Bonjour, je suis Bella. »

Je l'entourai d'un bras protecteur et la guidai vers le groupe. Elle devint immédiatement le nouveau point de mire de toutes les attentions. Kate venait d'Angleterre, comme Victoria, ce qui ne rendit pas cette dernière plus aimable mais je commençais à penser que ce trait de caractère lui était naturel. Elle était arrivée il y avait un peu plus d'une semaine et semblait bien contente d'être enfin sortie du salon du bas. Je ressentis une peur rétrospective dans ses paroles et compris que je n'avais probablement pas été la seule à penser qu'elle allait mourir en bas.

« Mais c'était compter sans Eléazar » dit-elle avec un franc sourire. « Il ne supportait plus de devoir me partager, même si il a longtemps hésité à me prendre comme favorite parce qu'il avait peur de la réaction de sa compagne.

- Sa compagne ? » m'étonnai-je.

Les vampires avaient des compagnes ?

« J'ai entendu parler d'Eléazar. » me coupa Victoria, visiblement étonnée. « Il est dans la garde rapprochée d'Aro. C'est quelqu'un de très important.

- Ne sois pas jalouse, Victoria. Tu deviens grise. » se moqua Irina.

Victoria se renfrogna et son regard se plissa encore plus de colère quand je retins mal un éclat de rire.

« Mais cela ne nous avance pas plus concernant, Bella. » dit-elle en me scrutant à nouveau. « Nous ne savons toujours pas qui est ton maitre. Pourquoi ces cachotteries ?

- C'est vrai ça, Bella. Qui est-ce alors ? »

Je me retrouvai à nouveau muette devant elles.

« C'est moi » dit une voix dans mon dos.

Je crus bien voir la mâchoire d'Irina tomber sur sa poitrine. Tanya, quant à elle, s'était figée, comme statufiée.

En ce qui me concernait, tout mon sang semblait avoir quitté mon visage alors que, paradoxalement, une chaleur lancinante se répandait le long de ma colonne vertébrale.

Je me retournai lentement pour me retrouver presque nez à nez avec Edward. Les cheveux en bataille, vêtu aujourd'hui d'une chemise blanche au col ouvert et aux manches retroussées, il me scrutait d'un regard perçant.

Ses iris avaient retrouvé leur étrange couleur ambre rouge de la veille. Il n'avait plus rien à voir avec la vision angoissante qui avait hanté mes rêves. Il était simplement magnifique, dangereusement, et je sentais déjà sa magie opérer sur moi, faisant frissonner ma peau et battre mon cœur plus vite.

Ses lèvres se retroussèrent alors dans un demi- sourire.

Il avait entendu ça ?

Mon dieu, tuez-moi maintenant !

« Edward ? »

La voix de Tanya me parut lointaine mais je repris brusquement pied dans la réalité quand Edward détourna les yeux et que je me retrouvais coupée de son regard, comme une marionnette dont on aurait subitement coupé les fils.

« Edward, qu'est-ce qui se passe ? » redemanda Tanya.

Il posa sur elle un regard froid et distant.

« Je suis venu en personne pour t'annoncer que Livio va te reconduire en bas, Tanya. Tu n'as plus ta place ici. Du moins pour l'instant. » dit-il sans la moindre trace d'émotion.

Tanya eut un hoquet de stupeur et Irina lui saisit le bras.

« Quoi ? Pourquoi ? » s'écria-t-elle.

Les yeux des deux sœurs passaient de moi à Edward avec une expression de surprise choquée.

« Non ! » s'exclama Tanya. « C'est une mauvaise blague. Tu n'as pas pu me préférer cette fille, Edward ? »

Il émit un grognement bas et sourd. Tanya sembla ravaler brusquement sa colère et baissa les yeux.

« Bella est ma nouvelle favorite. » dit-il d'une voix où perçait clairement la menace. « Cette décision m'appartient et je te fais déjà l'honneur de t'en informer avant de te renvoyer. »

En une fraction de seconde, Livio apparut à ses côtés et avança vers Tanya. Celle-ci recula en secouant la tête.

« Non, non, je ne me laisserais pas faire comme ça. Pas après tout ce que j'ai fait pour toi et tout ce que je t'ai laissé me faire.

- Je ne t'ai forcée à rien. » répliqua-t-il.

Livio saisit brusquement Tanya par le bras. Elle poussa un faible cri effrayé.

Ce cri me ramena sur terre. Je devais faire quelque chose.

« Edward, je vous en prie… » commençai-je.

Il tourna vers moi un regard brûlant qui coinça les mots dans ma gorge.

« Ne te mêle pas de ça, Isabella. »

Son ton était sans appel mais je ne pouvais regarder Tanya qui se débattait alors qu'on l'entrainait vers l'ascenseur sans rien faire.

« Non, Edward ! Elle n'est pas obligée de retourner là-bas ! Envoyez-moi à sa place ! Cela ne changera rien à notre accord mais elle ne peut pas retourner là-bas ! »

Je m'étais approchée plus près de lui et il me toisait avec ce qui semblait être à la fois de la colère face à mon entêtement et de la surprise face à mon engagement envers cette fille que je connaissais à peine.

« Elle n'a pas ton importance » répondit-il, mystérieusement. « Maintenant suis-moi. »

Je restai figée sur place alors qu'il s'éloignait déjà vers la porte.

Victoria souriait comme si elle trouvait la situation follement amusante tout en soutenant Irina qui sanglotait. Kate semblait ahurie et lançait des regards plein d'incompréhension dans tous les sens.

Et, près de l'ascenseur, Tanya continuait de se débattre. Livio la maintenait par la taille avec une facilité déconcertante au vue des ruades qu'elle lançait en tous sens.

« Tu n'es qu'une salope Isabella Swan ! »hurla-t-elle subitement. « Tu avais manigancé ça depuis le début, hein ? Mais ça ne va pas se passer comme ça, sale pute ! Je me vengerai ! »

Je pris ces insultes comme un coup porté en plein dans l'estomac. Je n'avais jamais voulu ça. Bordel, je venais juste de proposer de prendre sa place !

La bile me monta tout de même aux lèvres au moment où les portes de l'ascenseur se refermèrent sur un dernier cri de colère.

Le silence se fit assourdissant. La voix d'Edward claqua comme un coup de tonnerre dans cette ambiance tendue.

« J'ai dit : suis moi, Isabella. »

Je n'avais d'autre choix que de le suivre. Les regards assassins que me lançait maintenant Irina ne présageaient rien de bon si je décidais de rester ici.

Je dus faire de rapides enjambés pour suivre Edward qui avait recommencé à marcher.

« Que va-t-il lui arriver maintenant ? » insistai-je, incapable de masquer ma colère et mon dégout.

« Elle va retrouver sa place de départ. Je suis certain qu'elle fera bien des heureux. »

Il ne se retourna pas pour me répondre, continuant à marcher à vive allure. Comment pouvait-il être aussi sans cœur et désinvolte ? Tanya avait dû le satisfaire bien mieux que je ne le ferais jamais. Qu'il la jette ainsi me révoltait !

« Comment pouvez-vous laisser faire ça ?

- Je ne laisse rien faire. C'est comme ça que les choses fonctionnent ici. Avance.

- Mais elle va peut-être mourir !

- Ce sont des choses qui arrivent très fréquemment à Volterra.

- Comment pouvez-vous être aussi insensible ? »

Ma voix avait grimpé plusieurs octaves sous le coup de mon indignation.

« Elle a été votre maîtresse ! Vous vous êtes nourri sur elle ! Cela n'a donc aucune importance ? »

Je faillis le heurter de plein fouet quand il s'arrêta subitement et fit volte-face.

Le sentir si proche tout à coup me coupa le souffle. Ma colère et mon courage laissèrent la place à une sensation brûlante qui se répandit dans mon corps comme une trainée de poudre.

Il s'approcha encore plus, lentement, en me regardant de haut et je haletai brusquement.

Et je crois bien que, quand il se pencha vers moi, toute pensée cohérente déserta mon cerveau.

« Ecoute-moi bien Isabella parce que je ne me répéterai pas » murmura-t-il à à peine quelques centimètres de mon visage. « Je te l'ai déjà dit : Tanya a fait son temps. Je l'ai renvoyée parce que j'en ai le pouvoir et que je te voulais. Toi. »

Ce dernier mot raisonna dans ma poitrine, faisant s'emballer mon cœur.

Moi.

Perdue dans la profondeur de ses yeux qui paraissaient subitement plus sombres, son souffle froid caressant ma peau, j'eus l'impression que le temps s'arrêtait.

Il me voulait. Moi.

« Maintenant, tu vas aller t'asseoir et nous allons reprendre là où nous nous étions arrêtés la nuit dernière… à une petite différence près… »

Mon dieu…

La nuit dernière, la conversation avait pris un tour plus que troublant avant qu'il n'y mette brusquement un terme. Je ne pouvais pas me retrouver à nouveau seule avec lui à évoquer les rapports entre humains et vampires. Sa présence m'intoxiquait totalement. Je n'y résisterais pas…

Il se redressa lentement avec un sourire énigmatique.

« Ce soir, c'est moi qui poserait les questions. »

Il ouvrit la porte devant laquelle nous nous étions arrêtés et je réalisai alors que nous étions arrivés à destination.

« Entre. »

Je repris doucement mes esprits et pénétrai dans la pièce, retrouvant la même ambiance sereine et confortable que la veille.

« Assieds-toi. » dit-il en me désignant un des fauteuils.

Allait-il cesser de me donner des ordres !

Plus je m'éloignais de lui et plus je semblais retrouver de mon libre arbitre, réalisant, alors que je m'asseyais, une autre différence comparé à la veille.

« Alors on ne se vouvoie plus ? » demandai-je.

Il s'immobilisa près de l'imposante bibliothèque et me regarda d'un air amusé.

« Il semblerait que le naturel me soit revenu au galop. » répondit-il. « Il est vrai que je ne suis pas habitué à faire autant de manières.

- Parce que vous vous considérez à ce point supérieur aux humains que vous ne vous abaissez pas à leur niveau ? » contrai-je, acide et ravie de ma répartie cinglante.

« Non. Je n'ai simplement pas l'habitude de nouer avec une femme ce genre de rapport qui nécessite une conversation polie.

- Oh. »

Voilà.

Belle répartie, Bella !

« Alors pourquoi moi ? »

Mince, la question avait franchi mes lèvres avant que je n'ai eu le temps de la stopper. Je ne voulais pas savoir…si…non ! Je ne voulais pas savoir, je m'en fichais totalement !

Je fis de mon mieux pour garder une expression détachée et désinvolte alors qu'Edward approchait en me fixant pour reprendre la même place que la veille, très loin de moi, sur la méridienne.

Le silence était pesant.

Je ne résistai pas longtemps avant de baisser les yeux en me mordillant la lèvre sous l'effet de son regard qui semblait une nouvelle fois vouloir lire en moi et je ne relevai pas la tête quand je l'entendis pousser un soupir qui ressemblait à de la frustration.

« Il me semble que nous avions convenu que je poserai les questions cette nuit… »

Sa voix était rauque mais avenante, comme si il cherchait à m'amadouer. Et je fus troublée de constater qu'il me souriait chaleureusement quand j'osai enfin le regarder à nouveau.

N'eusse été son étrange regard, il avait l'air tellement humain à cet instant qu'un peu de ma tension s'envola. Ce type était lunatique et imprévisible. Il allait falloir que j'apprenne à faire avec si je ne voulais pas écourter dangereusement ma vie.

« Je vois que vous n'avez pas prévu de quoi prendre des notes. » dis-je, ironique. « Ceci dit, je vois mal ce que ma petite vie peut avoir d'intéressant pour quelqu'un comme vous.

- J'en doute fort. Et, quand bien même, j'ai une mémoire excellente. »

Une lueur d'amusement s'était allumée dans ses yeux. Ainsi, il semblait apprécier que je le défie. Et bien il allait être servi !

« Très bien. Quel détail sordide de ma vie souhaitez-vous connaitre pour commencer ?

- Où avez-vous grandi ? »

Je fus autant surprise par sa question si anodine que par le retour au vouvoiement. Il voulait donc, selon ses propres termes, avoir une conversation polie. Avec moi. Pourquoi ?

Qu'est-ce que ça pouvait bien lui foutre de savoir où j'avais grandi ?

Il plissa les yeux face à mon silence.

« Rappelez-vous que nous avons passé un accord, Bella… »

Sa voix était douce et enjôleuse. Et, malgré la menace à peine voilée, une sensation de chaleur courut dans mes veines. Bon sang, qu'est-ce qui n'allait pas chez moi ?

Ce type était une créature dangereuse sortie de mes pires cauchemars. Je ne pouvais pas baisser ma garde comme ça !

Pourtant, et contre tout bon sens, je commençai à lui raconter ma vie.

Mon enfance entre le chaud soleil de Phœnix et la grisaille de Forks. Ma mère, Renée, fantasque et écervelée dont je devais prendre soin en permanence et m'assurer qu'elle ne commette pas une énième folie. Mon père, Charlie, solide et taciturne.

Il se montra particulièrement curieux de mes parents, cherchant à connaitre leurs traits de caractères particuliers. Puis je parlais de l'université de Seattle et de mes débuts dans le métier.

A ce moment, alors que je pensais qu'il allait m'interroger sur les raisons qui m'avaient conduite en Italie, il opéra un brusque changement de direction en commençant à me questionner sur mes gouts. Je continuais à répondre, vaguement consciente des heures qui défilaient alors que j'étais bercée par sa voix et le rythme soutenu de ses questions.

Il semblait vouloir tout savoir, ma couleur préférée, mon plat favori, la musique que j'écoutais et les livres qui m'avaient marquée, le nom de mon chat et si je parlais à mes plantes vertes, tout.

Et je répondais à chaque question, oubliant un peu plus à chaque réponse à qui je m'adressais alors que je lui confiais inexplicablement chacun de mes secrets.

« Décrivez-moi l'endroit où vous vivez. »

Je laissai courir mon regard sur la pièce, rêveusement.

« Et bien… ça n'a rien à voir avec cet endroit même si j'avoue que j'adore la déco. » répondis-je en souriant.

Je souriais ?

N'importe quoi !

Cet endroit était la chambre d'un monstre sanguinaire qui m'avait kidnappée pour me soutirer tous les détails insignifiants de ma misérable vie d'humaine et je le félicitais de son gout en matière de décoration ?

Alors que mon regard divaguait encore sur les étagères et les tapis luxueux, je réalisai soudain quelque chose.

« Vous m'avez dit que cette pièce était votre chambre ? » demandai-je abruptement.

« Oui… » répondit-il, apparemment surpris de mon revirement.

« Il n'y a pas de lit » constatai-je.

Cette pièce n'était qu'un décor de cinéma visant à me mettre à l'aise. Ce n'était pas sa chambre. J'eus soudain l'impression qu'on s'était à nouveau joué de moi et je sentis une colère sourde battre à mes tempes. Je venais de confier ma vie à ce type !

« Non, il n'y a pas de lit. » se contenta-t-il de répéter d'un ton amusé.

Et il se moquait de moi en plus !

« Il n'y a pas de lit parce que je ne dors pas. »

Ma colère se dégonfla comme un ballon de baudruche et fut remplacée par ce qui ressemblait à une surprise choquée.

« Vous ne dormez pas ?

- Non.

- Jamais ?

- Non, jamais.

- Jamais comme dans jamais de la vie ? » insistai-je.

Il éclata d'un rire qui dissipa définitivement le reste de ma colère. Il était tellement beau en cet instant, tellement humain que mon cœur s'emballa brusquement.

Il cessa immédiatement de rire mais me répondit avec un regard encore amusé.

« Techniquement, je ne suis plus en vie depuis un certain temps, Bella. »

Je déglutis difficilement.

« Depuis combien de temps ? » soufflai-je.

Je crevais d'envie de savoir et je réalisai que je désirais plus que tout en savoir plus sur lui. Il me fascinait.

Son regard s'assombrit brusquement.

« Longtemps. »

Visiblement, je n'obtiendrais rien de plus. Mais son regard sombre braqué sur moi et son expression soudain concentrée, presque douloureuse, m'empêcha de poursuivre dans cette voie. J'avais du mal à contenir ma respiration et le tremblement de mes mains. Toute cette tension subite était trop lourde à supporter pour moi, il fallait que je désamorce ça tout de suite ou bien il allait se passer quelque chose d'irréparable.

« Pas de cercueil non plus alors ? »

Il se recula brusquement contre le dossier de la méridienne en relâchant un souffle prudent puis répondit avec un sourire.

« Non, pas de cercueil.

- Quel dommage. En ce qui me concerne, j'adore dormir.

- Je sais ça. Et vous avez l'air si paisible dans ces moments-là que j'en regretterais presque de ne pouvoir le faire. »

Il avait lâché cette phrase avec naturel mais je me figeai instantanément.

Quoi ?

« Comment savez-vous ça ? » demandai-je d'une voix blanche.

Il sembla se rendre compte que le vent avait tourné et réfléchit un instant avant de répondre très calmement et sérieusement, comme s'il voulait jauger ma réaction.

« Parce que je vous ai rendu visite chaque jour depuis votre arrivée ici. »

J'en restai sans voix, clouée dans mon fauteuil. Il m'avait rendu visite. Dans ma chambre. Pendant que je dormais. De quel droit ?

« Pourquoi avez-vous fait ça ? »

Ma voix était froide et empreinte de la colère qui recommençait à bouillir en moi.

« Parce que j'en ai le pouvoir. »

Je me relevai subitement comme piquée au vif, la réalité de nos rapports me revenant brutalement en pleine figure.

« En avoir le pouvoir ne signifie pas que vous en ayez le droit ! »

Je serrai les poings durement pour ne pas hurler.

Il se releva à son tour, lentement, et me toisa de toute sa hauteur.

« Personne d'autre que moi n'est autorisé à pénétrer dans votre chambre si cela peut vous rassurer. »

Je lâchai un hoquet d'indignation.

« Personne d'autre que vous ? La belle affaire ! » m'écriai-je. « Il ne me semble pas vous avoir autorisé à venir me reluquer pendant que je dors ! »

Ma voix était à nouveau partie dans les aigus. Je ne supportais pas l'idée d'être ainsi vulnérable. Tout en moi se révoltait à cette pensée.

Le regard d'Edward se fit soudain dur et froid, comme si je l'avais insulté. Et sa voix était basse quand il reprit la parole.

« Je n'ai pas à attendre d'autorisation, Bella.

-Pourquoi ?

- Parce que tu es à moi. »

Nouveau hoquet de stupeur.

« Je ne suis à personne » sifflai-je entre mes dents serrée.

« Oh si. Et si il me prend l'envie de venir te voir à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit ou bien de te faire ce que bon me semblera, rien ne m'en empêchera. »

Je ne retins pas ma main qui s'éleva pour le gifler mais il fut plus rapide que moi. Sa main enserra mon poignet avec force à à peine quelques centimètres de son visage qui était maintenant fermé et dur. Les muscles de ses joues étaient contractés à l'extrême.

Sa peau était glacée.

Pourtant, ce premier contact peau à peau me brûla littéralement.

Me tenant toujours fermement, il approcha lentement son visage du mien. Son corps était trop proche. Je suffoquai.

« Ne refais jamais ça. » dit-il en détachant chaque mot.

Nous restâmes ainsi ce qui me sembla une éternité, ses yeux embrasés de colère et d'une autre émotion difficile à définir plongés dans les miens. Je n'entendais plus rien d'autre que mon cœur qui battait frénétiquement à mes tempes. Nous avions tous les deux cessé de respirer.

Lentement, il me relâcha et je fus incapable de bouger encore quelques instants.

« Je veux retourner dans ma chambre. » réussis-je enfin à murmurer quand j'eus retrouvé l'usage de ma voix.

Il fit un pas en arrière tout en ne me quittant toujours pas des yeux et je me précipitai vers la porte. De l'autre côté, Livio attendait patiemment et me raccompagna sans un mot. Je prenais la fuite plus que je ne marchais en massant mon poignet douloureux.

Une fois dans ma chambre, je constatai que ses doigts avaient laissé sur ma peau des trainées rouges. Les premiers stigmates de ma relation avec mon maitre…

Il avait été clair, il avait tous les pouvoirs sur moi et j'avais été stupide de penser qu'il n'était finalement pas le monstre que j'avais imaginé au départ.

Mon cœur battant à tout rompre, je me ruai sur la chaise et la table que j'allai caler contre la porte. Même si cela n'empêcherait probablement pas un vampire d'entrer, au moins j'en serais avertie. Cela ne ma rassura cependant pas le moins du monde et je me laissai tomber sur le lit, à bout de souffle.

Je n'étais pas en sécurité ici malgré tout ce qu'il m'avait fait croire et ressentir. J'étais la prisonnière et lui le bourreau.

Et il n'était plus question que je le laisse me faire voir les choses autrement. Je serais forte et il pouvait penser ce qu'il voulait : je ne serais jamais à lui.

Jamais !


Alors? Alors?

Satisfaites? Déçues?

J'ai hâte de savoir.

Bisous

Lily