salut tout le monde!

Je ne m'éternise pas en bla bla aujourd'hui car le but est de vous poster ce chapitre avant ce week-en ^-^ et j'ai tendance à être trop bavarde.

J'ai essayé de faire au mieux avec toutes les idées tordues que j'avais dans la tête et j'espère que je vous aurais embarqué encore une fois.

So06, sm33, isa52, flopy69, alex16 merci énormément pour vos messages

A toutes les autres, mes très chères lectrices qui m'avez laissé un message, je vous ai répondu comme d'habitude en privé.

Vous êtes toutes extraordinaires!

Allez hop, sans plus attendre, la suite!

(Roulement de tambour)


les personnages appartiennnent à Stephenie Meyer

Chapitre 15- Masquerade Waltz

Pov Bella

Je marchai au côté d'Edward dans les couloirs sombres en essayant de me rappeler dans les grandes lignes les conseils qu'il m'avait répétés depuis le matin.

Tout consistait dans l'art du « mais pas trop ».

Je devais être sexy mais pas trop.

Silencieuse mais pas trop.

Souriante mais pas trop.

Proche de lui mais pas trop.

Cette soirée allait être un véritable jeu de yo-yo !

Edward avait essayé de me préparer à ce qui m'attendait. Il avait déjà été convié auparavant à certaines soirées données par les Volturi et le seul mot qui m'était venu à l'esprit face à ces tentatives pour m'en dire le plus tout en m'en disant le moins avait été : inhumain.

Débauche, orgie, sang… et sexe.

C'était en gros les termes qu'il avait employés, me rappelant que cette forteresse était bien le domaine des vampires et ne se limitait pas qu'à l'impression de sécurité de la chambre d'Edward.

J'étais sa favorite, voilà pourquoi j'étais moi aussi officiellement invitée mais nous nous doutions tous les deux que ce n'était pas la véritable raison. Nous devions nous attendre au pire et y parer en jouant nos rôles : lui le maitre vampire, moi l'humaine soumise. Or je ne savais pas comment faire ça.

Alors Edward m'avait expliqué.

Cette nuit, je devrais rester près de lui mais légèrement en retrait, le laisser parler et faire tout ce qu'il me dirait. On attendrait de moi que je sois docile et obéissante. Et je ne devrais pas laisser croire que je ne savais pas ce qui se passait ici. D'autres humains seraient présents et je devrais ne pas réagir, quoi qu'il se passe.

C'était ça qui me faisait peur.

Il m'assurait que je ne risquais rien directement ce soir. Surtout pas si je dégageais mon cou pour montrer à tous sa signature. Mais qu'en serait-il des autres humains présents ?

J'avais vu suffisamment de films d'horreurs pour m'imaginer les pires scénarii possibles.

Edward m'avait rejointe à peine le soleil disparu derrière les collines et m'avait aidée à me préparer. Il avait choisi pour moi la tenue que je porterais : un pantalon de toile enduite noir et un débardeur long en soie gris anthracite. J'avais ensuite relevé mes cheveux et ajouté une longue chaine autour de mon cou terminée par un petit pendentif en forme de crucifix.

Il avait souri, arguant que cela ne me protègerait pas autant que lui le ferait. Mais, malgré ses sarcasmes, je l'avais senti tendu. Alice n'était pas encore revenue et ça l'inquiétait. Nous plongions à l'aveugle dans le bassin des requins.

Quant à moi, je tentais de faire bonne figure autant que possible mais j'aurais voulu aller me cacher dans un trou.

Je n'étais jamais venue dans cette partie de la forteresse. Les murs semblaient plus épais et plus anciens. Les fenêtres étaient étroites et s'ouvraient sur la nuit noire au dehors à peine dissipée dans les couloirs par des appliques murales qui dispensaient une lumière jaune et diffuse, comme des torches dans la pénombre.

Je tentai un regard vers Edward qui marchait un pas devant moi. Il était entièrement vêtu de noir ce soir. Ses épaules étaient tendues et il affichait un air dur et inamical.

Au détour d'un dernier couloir, une porte de bois noir apparue. Edward s'arrêta à quelques mètres, si bien que, perdue dans mes pensées, je faillis le heurter. Son visage était toujours fermé et ses yeux braqués sur la porte, mais il caressa mon épaule nue d'une main douce qui couvrit ma peau de frissons.

Puis il murmura si bas que j'eus presque du mal à l'entendre.

« Quoi qu'il se passe là-dedans, rappelle-toi ce que tu as vu de moi ces derniers jours, Bella. »

Il posa alors un regard lourd sur moi, un regard curieusement différent depuis qu'il avait bu mon sang. Je ne m'habituais pas vraiment à cette nouvelle nuance de rouge sombre dans ses iris.

Je savais ce qu'il faisait : il me prévenait à nouveau qu'il allait être différent ce soir. Et que l'Edward que j'aurais à mes côtés pourrait ne pas me plaire autant que celui dont je ne faisais que me rapprocher de plus en plus depuis une semaine… Cet Edward dont je sentais que je tombais inexorablement et irrationnellement amoureuse…

Les yeux toujours perdus dans les miens, il saisit ma main qu'il porta lentement à ses lèvres pour déposer sur l'intérieur de mon poignet un baiser léger comme une plume.

« Prête ? » demanda-t-il d'une voix rauque.

« Pas le moins du monde » articulai-je silencieusement en hochant la tête.

Il pinça les lèvres en un sourire contrit puis se redressa et lâcha ma main qui retomba, inerte et froide, à mon côté.

Showtime.

Mon masque de favorite était bien en place, j'étais prête pour le bal… enfin presque.

D'un geste magistral, Edward écarta les deux battants de la lourde porte sans même avoir pris la peine de frapper et nous plongea dans un autre monde.

L'épaisseur des panneaux de bois nous avait caché la musique qui montait de partout dans la pièce, des envolées de violon d'un autre âge que je reconnus facilement comme une valse de Khatchatourian. René adorait la musique classique et « mascarade » était un de ses thèmes favoris car il était à la fois sombre et enlevé. Tout à fait adapté à la situation…

Dans la grande pièce que je découvrais, il n'y avait aucune trace de modernité. La lumière était dispensée par un grand feu qui brulait dans une immense cheminée et des candélabres posés un peu partout. Cela rendait encore plus sombres les lourdes tentures qui cachaient les fenêtres et contrastaient avec la blancheur des murs. D'épais tapis de laine beige ou pourpres recouvraient partiellement le parquet ciré au sol. Et un lustre composé de plusieurs dizaines de chandelles éclairait le centre de la pièce occupé par des canapés et des fauteuils. Une grande table était dressée dans un coin, couverte de coupes de fruits et d'assiettes de pâtisseries. Incongru dans un repère de vampires …

Je comptais rapidement une bonne quarantaine de personnes présentes et il me fut facile, quand la plupart des regards se tournèrent vers nous, de constater que plus des deux tiers étaient des vampires.

Parmi les humains, je repérai rapidement Victoria et une autre favorite, qui discutaient toutes les deux de l'autre côté de la pièce, mais je ne reconnus pas les autres. Une blonde était assise sur l'accoudoir d'un fauteuil à côté d'un vampire roux qui regardait Edward en souriant. Et, pour la première fois depuis mon arrivée, je constatai que Volterra comptait aussi des mâles parmi ses prisonniers volontaires car trois jeunes hommes, pâles et aux yeux clairs dénotaient sérieusement par leur état visible de faiblesse à côté des vampires présents.

Chacun retourna rapidement à ses conversations et Edward avança d'un pas décidé dans la pièce. Je le suivis, ne voulant pas m'écarter de lui plus que nécessaire au milieu de cette nasse. Mes talons hauts résonnaient sur le parquet et j'aurais voulu les étouffer pour devenir invisible. Car les regards nous suivaient alors que nous progressions vers la cheminée.

Je gardais les yeux baissés et tentais de respirer le plus calmement possible pour maitriser ma tension nerveuse mais je savais que c'était peine perdue et que les battements frénétiques de mon cœur étaient parfaitement audibles par toutes les oreilles surnaturelles présentes ici et au-delà.

Nous marchions sans ralentir, traversant la pièce, frôlant parfois d'un peu trop près des corps froids qui s'écartaient imperceptiblement à l'approche d'Edward. Mes yeux captaient des images que mon cerveau avait du mal à analyser. Des gestes trop rapides, des postures pas naturelles qui, à peine aperçues, avaient déjà disparues. Les corps se mouvaient à un rythme différent de celui des humains… car les convives n'étaient pas humains. Mais, plus que tout, ce qui me mis vraiment mal à l'aise fut l'ambiance générale qui s'imprégnait dans tout mon être à mesure que je m'enfonçais un peu plus au milieu de ces êtres. L'air était lourd, les sourires lascifs ou ironiques mais dévoilant toujours la blancheur dangereuse des canines, comme si ma présence parmi eux suscitait une sorte de réaction instinctive… une sorte d'envie… de gouter.

J'avais envie de m'accrocher à Edward, de me réfugier dans son étreinte sécurisante, mais je me contentais de le suivre, les yeux braqués sur le bas de son dos qui ondulait au rythme de sa démarche. Et, quand il s'arrêta devant l'âtre dont la chaleur dissipait à peine la chair de poule qui couvrait tout mon corps, je m'immobilisai aussi, un pas derrière lui, comme il me l'avait recommandé.

Il était mon maitre.

Les conversations autour de nous avaient cessé et la pièce entière semblait s'être figée dans l'attente. Edward lui-même était parfaitement immobile, magnifique statue de sel au visage tourné vers l'occupant du fauteuil de cuir qui faisait face au feu. La réaction de tous suffit à me faire comprendre qu'il s'agissait là de quelqu'un d'important.

Il n'y avait pas pléthore de possibilités… Aro Volturi.

Je fus déçue.

Le vampire qui se tenait assis là n'était pas vraiment impressionnant. Ses cheveux longs et noirs encadraient un visage fin et raffiné mais maladivement pâle qui lui donnait un air presque faible. Il était mince et je pouvais parier qu'il était plus petit qu'Edward. Mais, quand il daigna enfin lever les yeux vers mon compagnon puis que ses lèvres s'étirèrent en un fin sourire et qu'il posa son regard sur moi, un frisson de pure frayeur me traversa toute entière.

Le sourire d'Aro s'élargit encore plus.

Ma peur ne lui avait pas échappé et il aimait ça. Je baissai les yeux.

Edward n'avait toujours pas bougé. Aro reporta donc son attention sur lui, se désintéressant tout à fait de moi, à mon plus grand soulagement, et, s'adossant confortablement dans son fauteuil, croisa les jambes pour s'adresser à lui.

« Mon cher Edward ! Ta présence empli mon cœur de joie. »

Sa voix était avenante et douce. Trompeuse.

« Tu m'as invité. » répondit Edward d'une voix pas plus chaleureuse que nécessaire.

Je ne savais pas s'il avait voulu être courtois mais, si ça avait été le cas, il était un acteur épouvantable. Il n'avait pas la moindre envie d'être là et tout en lui le criait haut et fort.

Aro ne s'en formalisa pas et fit un geste de la main pour inviter Edward à prendre place sur le siège en face de lui. Il s'exécuta sans un mot et je me retrouvai seule, debout, face à un des vampires les plus anciens du monde connu.

Génial.

J'aurais préféré mourir sur place à cet instant.

Je ne devais pas m'asseoir sans qu'on m'y ait invitée mais je me sentais plus que nue, ainsi exposée aux regards.

Aro pencha la tête sur le côté en me détaillant de la tête aux pieds et je tentai de soutenir son regard autant que possible.

« Voici donc la célèbre Isabella… » minauda-t-il.

« Célèbre ? » ne pus-je m'empêcher de relever.

Edward se crispa sur son siège. Je devais me surveiller un peu mieux et ne pas laisser les mots franchir mes lèvres avant de les avoir mûrement réfléchi. Autant dire que ce n'était pas un penchant naturel chez moi.

Aro sourit encore jusqu'aux oreilles.

« Ce n'est pas tous les jours qu'une humaine est à l'origine d'une dispute, ici, ma chère. » répondit-il. « Or il m'a été rapporté qu'il s'en est fallu de peu hier soir que la querelle te concernant n'en vienne aux mains. »

Il semblait bien à l'humaine que j'étais que Félix avait mordu la poussière de façon impressionnante la veille au soir. Je frissonnais en pensant à ce que pouvait vouloir dire « en venir aux mains » pour un vampire.

Aro avait l'air franchement amusé. Quant à moi, j'étais muette. Que pouvais-je répondre à cela ?

Edward s'en chargea pour moi.

« Je ne faisais que défendre ce qui m'appartiens. Félix est un jaloux doublé d'un parfait crétin. Tu devrais veiller à mieux t'entourer. »

Un fracas retentit de l'autre côté de la salle et, en une seconde à peine, Félix se matérialisa au côté d'Aro, le regard brûlant d'une colère difficile à contenir mais il suffit à Aro d'un geste de la main pour le stopper net dans son élan.

Il n'avait pas eu besoin de prononcer la moindre parole pour contrer la fureur du colosse qui me regardait maintenant avec dédain, ses yeux s'attardant sur mon cou et la cicatrice que je n'avais même pas essayé de camoufler ce soir. Si je n'avais pas été déjà convaincu de son influence, j'en aurais eu là la preuve ultime.

« Félix est navré de cet incident. » commença-t-il en regardant Edward d'un air contrit, masquant par ces paroles le grognement de son garde du corps. « Il a mal jugé la situation et rien de tel ne se produira plus maintenant. D'autant plus qu'il n'y a plus le moindre doute à avoir quant à l'appartenance de cette humaine. »

Ses yeux glissèrent à son tour sur mon cou.

« Assieds-toi, ma chère. » m'invita-t-il enfin.

J'avais l'impression désagréable d'avoir passé une sorte d'examen de passage. Mais je fus soulagée de pouvoir m'asseoir sur l'accoudoir du fauteuil d'Edward. Je me sentais enfin plus en sécurité aussi près de lui, même s'il n'eut pas un geste envers moi. Il était froid et distant…

rappelle-toi ce que tu as vu de moi ces derniers jours…

Je devais garder en mémoire que tout ceci n'était qu'une mascarade, une façade destinée à duper notre ennemi qui nous scrutait maintenant de son regard de sphinx, le menton appuyé sur ses deux mains jointes.

Autour de nous, le temps avait repris ces droits et la foule s'était remise en mouvement. Je remarquais alors que le mur au-dessus de la porte d'entrée était occupé par une longue balustrade. Le couloir que nous avions emprunté pour venir devait être surplombé d'une mezzanine dont je n'apercevais que le bord, l'espace au-delà se perdant dans l'ombre. Quelques personnes, vampires de ce que je pouvais en juger d'ici, était accoudées à la rambarde et observaient l'espace centrale de la pièce où quelques couples s'étaient mis à danser. La valse avait fait place à une musique plus moderne et plus rythmée, légèrement hypnotique et qui me donnait le tournis.

Aro nous observait toujours comme s'il voulait percer le moindre de nos secrets et quelques secondes passèrent encore dans un silence tendu avant qu'il ne se mette enfin en mouvement, écartant les bras pour embrasser l'espace d'un geste emphatique.

« Mais je manque à tous mes devoir d'hôte ! » s'exclama-t-il soudainement. « Ce ne sont pas les délices qui manquent ce soir ! Que puis-je donc vous offrir ? »

Edward se redressa légèrement et posa une main possessive sur ma nuque.

« Rien, je te remercie. » répondit-il sobrement.

Aro eut un sourire indulgent.

« Voyons, Edward. Je ne doute pas qu'Isabella soit délicieuse… »

Je n'aimai pas du tout la façon dont il passa sa langue sur ces lèvres en disant ces mots.

« Mais cela ne t'empêchera pas de tester quelques nouveautés, n'est-ce pas ? »

Il claqua des doigts une fois et, quelques instants plus tard, une jeune femme brune fut amenée près de lui. Aro leva vers elle un regard adorateur.

« Laissez-moi vous présenter Hélène… » dit-il en se levant pour caresser les cheveux de la jeune fille qui lui sourit timidement. « Hélène est française. Elle est arrivée hier de Paris et, vois-tu ma chère Bella, Edward a soulevé avec toi un point intéressant… »

Il laissa ses mots en suspend le temps qu'il passe derrière la fille qui regardait maintenant Edward avec un regard curieux. Elle semblait interloquée et pas effrayée le moins de monde mais je n'aimais pas ce qui se préparait. L'air se chargea d'une aura malsaine don Aro était le point central, et il semblait s'enrouler autour de sa proie comme un serpent.

Ne le sentait-elle pas ?

Aro poursuivit alors de sa voix langoureuse et caressante, laissant courir ses doigts sur la nuque d'Hélène qui frissonna.

« Avant de parvenir à ce niveau, les humains passent par le salon du bas. C'est ainsi que les choses ont toujours été faites… »

Jusqu'à moi. Je le savais ça, même si je ne savais pas exactement ce que cela impliquait.

« Leur sang y est souillé. Il perd de sa vigueur… de sa saveur. »

Les yeux du vampire couraient avec délectation sur la peau blanche de l'humaine et mon sang se glaça dans mes veines. La main d'Edward se fit plus ferme sur ma nuque, comme s'il voulait me faire passer un message. Ne bouge pas.

« Mais quand on est le premier, quand aucun immortel n'a encore bu à son cou, une victime est digne des vins les plus rares. C'est ce que tu as été pour Edward, Isabella. »

Son regard froid croisa le mien. C'était le regard d'un prédateur près à se jeter sur sa proie.

« Personne ne t'a jamais gouté, Hélène. N'est-ce pas ?

- Non mon seigneur… » répondit la jeune femme d'une voix tremblante.

J'avais du mal à respirer.

Que faisait-elle là, bon sang ? N'avait-elle pas une famille, des amis, un but dans la vie autre que de finir ici ?

Je n'eus pas le loisir de me poser plus longtemps la question car, dévoilant ses crocs acérés, Aro enserra d'une main ferme la gorge d'Hélène et, lui penchant la tête en arrière, la mordit profondément.

La jeune femme eut un sursaut et poussa un cri. Un tout petit cri étranglé qui me souleva le cœur.

Pas de « chichi » pour elle.

Elle souffrait.

Comme dans un cauchemar, je vis ses mains battre l'air un instant avant de se refermer sur le bras d'Aro qui la maintenait fermement par les épaules, complètement inattentif à la douleur qu'il lui causait.

Un filet de sang rouge dévala sur la peau de la jeune femme et vint tacher le haut de sa chemise de soie blanche. La tâche s'élargit immédiatement sur la fibre fine et délicate du tissu comme une fleur atroce.

Mes mains s'étaient crispées sur mes genoux et je me retenais de lui hurler de la lâcher.

Mais, au plus profond de moi, je savais qu'il ne le ferait pas.

Il ne fallut pas une minute pour que le corps d'Hélène soit agité de violents soubresauts et que son regard se voile.

Aro se redressa et, comme dans un cauchemar, le corps de la pauvre malheureuse glissa à ses pieds tel un vulgaire tas de chiffon. Morte.

Je fixais le vide du regard et j'avais le souffle court. La main d'Edward sur ma nuque était toujours aussi ferme. Elle était ma seule bouée de sauvetage. Ce contact infime était la seule chose qui me retenait de hurler.

Elle était morte.

Hélène était morte.

Et personne ne faisait rien. Pas même moi.

La vie humaine n'avait aucune importance ici.

La rage me donnait envie de vomir et obscurcissait ma vision.

Aro tira un mouchoir de la pochette de sa veste et essuya au coin de sa bouche une goutte rouge, seul signe du meurtre qu'il venait de commettre.

Puis il reprit sa place dans son fauteuil comme si de rien n'était.

« Délicieuse… » apprécia-t-il, en me vrillant du regard.

Mon cœur battait à tout rompre. Le son était assourdissant, même pour moi. Et toute couleur avait déserté mon visage, je n'avais pas besoin de me voir pour le savoir. Les efforts que je faisais pour ne pas crier étaient parfaitement visibles.

Et Aro avait recommencé à sourire.

C'est probablement ce qui poussa Edward à prendre la parole.

« Où est Mary ? » demanda-t-il.

« Mary ? » questionna Aro comme si ce prénom n'évoquait rien pour lui… ou trop de personnes, justement.

« A t'en croire, elle était hier soir encore l'humaine la plus délicieuse de ce château » répondit Edward d'un ton indifférent.

Comment faisait-il pour être aussi peu touché par ce qui venait de se passer ?

Ah oui, j'oubliais !

Il était lui-même un vampire sanguinaire… J'avais un peu trop tendance à laisser cette variable de côté. Combien de jeunes filles comme Hélène avait-il tuées lui-même ?

Combien de pauvres malheureuses avaient été dupées par sa beauté froide ?

Avait-il seulement eu plus de compassion pour elles ?

Aro coupa encore une fois mes réflexions en éclatant d'un rire joyeux.

« Ah oui, Mary ! Et bien disons que cette pauvre Mary a fini par être… épuisée. Mais c'est de ta faute, mon ami. Après ton départ précipité, je n'avais plus personne pour me servir de garde-fou et dieu sait ce que je peux être difficile à retenir. »

Il accorda un regard d'excuse vers le corps d'Hélène comme si cela servait à quelque chose !

Putain de vampire psychopathe !

« Dommage… » commença Edward. « Je l'aimais bien. »

Quoi ? Qui ? Comment ça il l'aimait bien ?

Rappelle-toi, Bella. Il joue un rôle.

Pourtant, tournant les yeux vers lui et découvrant son visage qui n'exprimait aucune empathie pour ces pauvres filles, je ne pus m'empêcher de me poser à nouveaux ces questions.

Combien étaient mortes à cause de lui ?

Comment avais-je pu oublier cet état de fait ?

Edward était un meurtrier, comme les autres. Il m'avait avouer qu'il ne tuait « généralement » pas ses victimes… ça avait été ses termes : « généralement »…

Aro rit à nouveau.

« Ne t'en fait pas, Edward, te trouver un peu de sang neuf ne devrait pas être difficile ce soir. »

Il claqua à nouveau des doigts et j'observai, incrédule, Edward acquiescer avec un sourire en coin, sans un regard pour moi.

Sa main avait quitté ma peau et j'avais froid. Il n'allait tout de même pas faire ça ?

Il n'allait pas boire le sang d'une fille ici, devant moi… encore une fois !

Je n'allais pas supporter ça. Mon cœur battait un rythme frénétique dans ma poitrine, pulsant dans tout mon corps un sang chargé d'adrénaline.

« Tu devrais aller te chercher à boire, Isabella. » me dit-il d'un ton froid et sérieux.

Quoi ? Pas moyen que je m'éloigne de lui !

« Non, je…

- Va. » me coupa-t-il avec brusquerie.

Je serrai les dents. J'étais la favorite. Je devais lui obéir.

Et, si son ton cassant et dominateur n'avait pas été suffisant, son regard froid aurait suffi à faire se lever mes fesses de ce fauteuil indépendamment de ma volonté. Il était le vampire et il était toujours capable de me terrifier s'il le voulait.

Je me détournais de lui et m'éloignais à contre cœur d'un pas aussi déterminé que possible mais mes pensées étaient un véritable sac de nœud. Je ne voulais pas qu'il morde une fille. Je ne voulais pas que les humains présents ce soir soient à la merci de ces monstres. Je ne voulais pas que quelqu'un d'autre meurt !

Je traversais la foule sans la voir, l'esprit tourné vers une seule image : celle des crocs d'Aro ancrés dans le cou fragile de cette pauvre fille. Et j'imaginais Edward penché à son tour sur une humaine, humant sa peau, faisant courir son nez et ses doigts froids sur son cou pendant qu'il la caresserait doucement. Car il ne pouvait pas être aussi dur et cruel que le seigneur de Volterra. Je ne savais peut-être pas grand-chose sur lui mais je le pensais incapable de tant de cruauté envers une humaine.

Il serait doux et sensuel. Séducteur et irrésistible. Et sa victime n'aurait nullement l'envie de se débattre ou de lui échapper car aucune femme ne repousserait un tel dieu. Elle se laisserait faire.

Elle le laisserait faire.

Je ne voulais pas qu'il approche ses lèvres si près de la peau d'une de ces filles… d'une autre fille.

Les regards curieux me suivaient alors que je progressais à travers les danseurs vers le buffet installé dans un coin et je me dis que chacun devait pouvoir suivre sur mon visage la douloureuse prise de conscience que je vivais à l'instant : ce qui me répugnait n'était plus qu'Edward s'attaque aux humains mais bien qu'il morde quelqu'un qui n'était pas moi.

Parvenue à la table, je m'y appuyais en baissant la tête, le souffle coupé. Comment avais-je pu en arriver là ?

Il y avait deux jours à peine, j'aurais pu me battre sang et ongles pour qu'aucun de ces immortels ne touche à mon sang, pas même Edward et maintenant… après cette connexion incroyable que j'avais sentie entre nous quand il m'avait mordue, je ne supportais pas l'idée qu'il soit aussi proche d'une autre. Car, même si je doutais que ce soit chaque fois aussi puissant, je ne voulais pas qu'une autre fille sente ses mains sur elle, plus jamais.

Je me retournai brusquement mais, à mon grand désespoir, constatai que les danseurs et l'imposant dossier du fauteuil d'Aro me cachait leur cercle. Je ne le voyais plus.

Je vis pourtant parfaitement Livio s'approcher de la cheminée en tenant par le bras une jeune fille noire aux lignes magnifiques que sublimait encore plus une robe rouge moulante.

Merde !

Je me retournai à nouveau vers la table.

J'avais envie de vomir et la débauche de victuailles qui s'étalait sous mes yeux n'arrangeait rien. Je saisis donc une coupe de champagne et m'apprêtais à aller… je ne savais pas où exactement, quand je me heurtai à un homme qui se dressa subitement sur mon chemin.

« Isabella… » murmura-t-il langoureusement.

Je reconnus immédiatement ce vampire qui s'était dangereusement approché de moi sur la coursive du salon du bas lors de ma première sortie de ma cellule. Comment s'appelait-il déjà ?

Il était semblable à ce que je me rappelais de lui : beau, souriant et trompeusement jeune. Il ne devait pas avoir beaucoup plus de dix-huit ans quand il avait été créé vampire. Et je me rappelais bien qu'il avait aussi évoqué une future rencontre entre nous deux. Il semblait que nous y étions. Et j'étais seule.

Re-merde !

« C'est un véritable plaisir de te croiser à nouveau. » dit-il en prenant le temps d'inspirer profondément. « Ton odeur est toujours aussi délicieuse, même si elle est un peu différente. »

Je ne savais pas quoi lui répondre. Il était le deuxième, après Jane, à faire ce constat et je ne savais pas trop quoi en penser. Je n'avais de toute façon pas vraiment envie de lui faire la conversation.

Il pencha la tête sur le côté et avisa les marques sur mon cou.

« Je comprends mieux… Tu n'es plus pure… Cela arrive parfois.

- Quoi ? Qu'est-ce qui arrive parfois ? » demandai-je, curieuse malgré moi.

Il sourit ironiquement et s'approcha encore un peu plus près, beaucoup trop près à mon gout, faisant pour la millième fois de la soirée s'emballer mon cœur. Mais je ne devais pas lui montrer que j'avais peur.

« Le premier vampire qui boit ton sang prend ce qu'il y a de meilleur en toi, Isabella. Comme pour une vierge, tu n'es plus pure après son passage. Tu es différente et ça se sent. »

Il inspira à nouveau au plus près de ma peau.

« Mais il y a quelque chose en plus chez toi. Comme si… comme s'il y avait eu un échange…

-Un échange ? »

J'étais dévorée par la curiosité maintenant. Que voulait-il dire ?

Il n'y avait eu aucun échange. Edward avait bu mon sang, une gorgée, pas plus puis il avait entendu mes pensées et il avait été détourné de ses pulsions meurtrières, heureusement pour moi.

Mon interlocuteur semblait beaucoup s'amuser de mes questions et pesa un instant ouvertement le pour et le contre avant de me donner une réponse.

« Un vampire peut prendre mais il peut aussi donner. » répondit-il avec un sourire énigmatique. « C'est ce qui est nécessaire à la transformation. On peut soit simplement vider un humain de son sang et le tuer soit lui injecter le venin qui fera de lui un des nôtres. C'est notre choix.»

C'était donc ainsi que ça fonctionnait ?

« Hollywwod nous ment donc depuis le départ ? » ironisai-je. « Il ne suffit pas de boire votre sang de vampire pour devenir un mort-vivant ? »

Il s'esclaffa d'un rire joyeux d'adolescent qui découvrit ses dents tranchantes et me glaça le sang instantanément.

« Non, Isabella ! Ce n'est pas comme ça que ça marche ! »

Puis il devint soudain plus sérieux et un sourire mauvais tordit ses traits.

« Mais c'est impossible dans ton cas. Car C'est Aro qui est le seul à même ici d'autoriser ou non une transformation et Cullen le sait parfaitement. Et puis tu n'as pas été transformée, à ce que je vois… Alors je dois me tromper. »

Son air machiavélique démentait la politesse de ses paroles. J'avais l'impression qu'il avait mis le doigt sur quelque chose qui lui plaisait tout particulièrement et que ce n'était pas bon pour moi. Nous fûmes alors interrompus par une voix de femme.

« Alec ! »

Alec, voilà le nom qui m'échappait depuis tout à l'heure !

Une tornade blonde lui sauta au cou et j'eus un coup au cœur en reconnaissant immédiatement la jeune femme qui venait d'apparaitre comme une vision d'outre-tombe devant mes yeux.

« J'oubliais, Isabella » dit Alec. « Je ne t'ai pas parlé de ma nouvelle favorite, mais il me semble que vous vous connaissez déjà et que vous ayez pas mal de chose en commun.

- Bonsoir Bella. » dit-elle d'une voix glaciale.

« Tanya… »

Le reste de ce que j'aurais voulu lui dire resta coincé dans ma gorge et j'avalais ma coupe de champagne d'un trait sous les regards tantôt amusé, tantôt haineux du couple devant moi.

Tanya avait l'air malade et fatiguée. Cela faisait plusieurs jours que l'intérêt qu'Edward me portait l'avait reléguée au salon du bas et à ses monstruosités. Je n'osais pas imaginer ce qu'elle avait pu subir là-bas et, même si j'étais vraiment dérangée de la retrouver sur mon chemin, j'étais aussi soulagée de constater qu'elle était toujours vivante.

« Tu ne t'attendais probablement pas à me voir ce soir ? » dit-elle, toujours aussi froide.

« Non, mais j'en suis contente. » parvins-je à répondre quand j'eus retrouvé l'usage de ma voix.

Elle émit une exclamation outrée mais ne commenta pas ma réponse. Il y avait tant de haine dans ses yeux que je me sentais vraiment mal à l'aise. Je n'avais pas la force de tenter une nouvelle fois de m'excuser auprès d'elle. Les règles étaient cruelles à Volterra et nous n'étions que des pions, je n'étais pas vraiment pour quelque chose dans ce qui lui était arrivé. Elle s'était jetée de son plein gré dans ce jeu suicide. Je n'avais rien demandé à personne. Alors je n'avais plus à me défendre. Et je n'en avais plus la force. Pas ce soir en tout cas.

Une main caressa ma taille et la mâchoire de Tanya se crispa.

« Je te cherchai » souffla Edward à mon oreille, sans un regard pour le couple face à moi.

« Edward… » commença Tanya mais ses mots s'étranglèrent dans sa gorge quand il lui répondit d'un regard dur à glacer le sang.

Edward était vraiment implacable. Je n'aimais pas qu'il soit si indifférent envers elle, même si je ne voulais pas non plus qu'il soit agréable avec elle… Bella la girouette !

Edward détourna son regard de la jeune suédoise et salua Alec d'un hochement de la tête.

« Alec. »

Ce dernier enserra la taille de Tanya de son bras.

« C'est vrai… vous vous connaissez déjà vous deux. » dit le jeune homme.

Il sourit en reportant son attention sur moi, ses yeux caressant littéralement chaque partie de peau visible sur mon corps. Ça me dégoutait.

La poigne d'Edward se raffermit sur moi.

« Si jamais tu as envie un de ces soirs de renouer avec le passé » continua-t-il. « Je serais plus que partant pour un échange. »

Je frissonnai de dégout. Un échange ? Pas question !

Outre le fait qu'Alec aurait pu passer pour mon petit frère, il me faisait l'effet d'un vrai détraqué.

Edward me tira imperceptiblement vers l'arrière. Il affirmait ainsi que j'étais à lui. C'était primaire et un peu archaïque mais, à cet instant, je m'en foutais. C'était même exactement ce que je voulais qu'il fasse.

« Je ne reviens jamais en arrière, Alec. Tanya est toute à toi. Tout comme Isabella est à moi, et seulement à moi. » dit-il d'un ton sans équivoque qui fit bouillir mon sang.

Je ne maitrisais plus rien quand il employait ce genre de langage avec moi.

Comment pouvais être si ambivalente à son sujet ?

Qu'est-ce qui n'allait pas chez moi ?

Il dû ressentir le long frisson de volupté qui me parcourut entièrement alors qu'il resserrait encore sa prise sur moi car il me vrilla de son regard ombrageux, se désintéressant complètement des deux autres.

« Danse avec moi. »

Il m'entraina alors au milieu des couples qui ondulaient au rythme de la musique lancinante.

A centre de la pièce, la lumière était plus diffuse. Sous ce nouvel éclairage, les traits d'Edward m'apparaissaient en clair-obscur. Il se tenait bien droit, fier et inflexible… inquiétant, comme il se jouait depuis le début de la soirée.

Cette façade me déstabilisait de plus en plus. Cette image de lui était tellement différente de ce que je pensais avoir découvert de lui ces quelques précieuses dernières nuits. Maintenant il semblait si … froid et insensible.

Pourtant, il m'attira à lui et je me laissai faire, posant mes deux mains à plat sur son torse, en éprouvant une nouvelle fois la dureté. Et, à cet instant, il se passa quelque chose sous mes paumes, un frissonnement, comme une vibration.

Je fixai mes doigts, interloquée avant de finalement comprendre : il grondait.

C'était tellement faible que s'en était inaudible, même pour les vampires qui nous entouraient. Il le faisait pour moi, seulement pour moi, parce que j'étais la seule à pouvoir le percevoir et qu'il savait que j'aimais ces manifestations de son animalité.

Mon cœur s'emballa et je serrai les lèvres sur mon souffle plus rapide tout en levant les yeux vers son visage et je distinguai malgré les ombres un léger sourire se dessiner sur ses lèvres avant qu'il ne m'attire encore plus près de lui.

Je retrouvais mon Edward. Celui qui me faisait complètement oublier ce qu'il était et où nous étions.

Je passai alors mes deux bras autour de son cou et suivis le mouvement qu'il imprima à nos corps enlacés.

C'était un terriblement bon danseur et ses gestes suivaient naturellement la musique, nous évitant tout de même les pirouettes et figures de style qui nous auraient éloignés l'un de l'autre.

Je souris sans pouvoir m'en empêcher.

« Quoi ? » demanda-t-il.

« Tu es un très bon danseur » répondis-je honnêtement.

Il afficha un sourire arrogant et suffisant qui aurait pu me donner envie de le gifler mais qui fut immédiatement démenti par ses paroles.

« Tout dépend de la partenaire. »

Je réprimai un sourire à mon tour tant il parvenait à m'atteindre directement en plein cœur malgré son rôle de connard immortel.

« Tu es très belle ce soir. » dit-il d'une voix rauque. « J'aime ce haut… »

Ses yeux dévalèrent dans mon décolleté.

« … et ce pendentif. » ajouta-t-il avec un clin d'œil.

Il avait choisi cette tenue pour moi, afin que je sois l'image parfaite de la favorite, mais cela faisait partie de notre représentation de prétendre le contraire. Je ne doutais pas que des oreilles curieuses ne ratent rien de notre conversation.

« Je l'ai choisi pour toi… » minaudai-je. « Pour te plaire.

- C'est réussi. Tu es très… appétissante. »

Il caressa ma gorge d'un doigt aussi léger qu'une plume.

Appétissante.

Je me rappelai la beauté noire que Livio avait conduite à lui quelques minutes plus tôt et dû me mordre durement la lèvre pour ne pas le questionner à ce sujet. A la place, j'observai ses yeux pour y repérer le moindre changement mais je n'étais sûre de rien tant la lumière était faible.

« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda-t-il.

J'hésitai à répondre car je ne voyais pas comment tourner ma phrase sans y laisser percer ma jalousie ni dévoiler la vraie nature de ma relation avec lui.

« Réponds-moi, Isabella. »

Son ton était rude mais son regard doux et implorant.

« Tu as soif ? » demandai-je.

« De toi ? Toujours.

- J'aurais cru que l'hospitalité d'Aro aurait suffi. » dis-je en tentant de paraitre détachée alors que les questions se bousculaient dans mon esprit.

Il releva la tête, comprenant immédiatement où je voulais en venir.

« Je n'ai pas bu cette fille. »

Son ton était sans réplique. Mais cela ne me suffit pas.

« Elle était belle pourtant. » insistai-je.

« Très. Là n'est pas la question. »

Je haussai les sourcils en signe d'interrogation alors il poursuivit avec la même détermination froide.

« Je ne me contente pas de substitut, Bella. Tu es la plus belle humaine ici ce soir. Ton sang seul suscite de l'intérêt pour moi. »

Ses yeux s'étaient à nouveau égarés sur ma gorge. Ils étaient plus sombres, presque noirs. Il avait vraiment soif.

Aurais-je pu sérieusement l'en blâmer alors que ses congénères autour de nous ne se privaient pas de s'abreuver au cou des humains présents, voire pire ?

Mais nous n'avions pas évoqué cette éventualité. Et je n'étais pas certaine d'avoir envie qu'il me morde ici… sans toutes les attentions qui avaient accompagné notre première fois.

« Je n'ai rien de si extraordinaire. » haletai-je.

Il releva les yeux pour les plonger dans les miens et ses lèvres s'étirèrent en un sourire sibyllin.

« Tu n'as pas la moindre idée de ta valeur, n'est-ce pas ? » demanda-t-il.

Je secouai lentement la tête.

Je sentis que ses pas nous emmenaient à une extrémité de la pièce et il saisit ma main pour me faire tourner sur moi-même mais me bloqua dos à lui. Un de ses bras me maintenant en barrant mon ventre pour que je reste appuyée contre son torse et il plongea le visage dans mon cou pour embrasser mon épaule.

J'eus d'abord du mal à comprendre la vision que j'avais devant moi. Un couple se tenait sensuellement enlacé. Et ce n'est que quand l'homme releva la tête que je reconnus Edward.

J'étais devant un large miroir en pied et j'avais toute les peines du monde à réaliser que la créature sensuelle et sexy à qui je faisais face… c'était moi.

Je n'avais pas eu l'occasion de me voir entièrement depuis mon arrivée à Volterra car ma salle de bain n'avait qu'un petit miroir. Mais là…

J'avais changé.

J'avais perdu quelques kilos aux bons endroits, la faute au régime alimentaire plus qu'aléatoire que je subissais depuis plusieurs jours, mes yeux soulignés au khôl noir brillaient et paraissaient beaucoup plus grands sur mon visage à la peau pâle. Les vêtements que je portais étaient impeccablement ajustés, soulignant ma silhouette et mes formes.

Mais, plus que tout, ce qui me surpris fut la lueur dans mon regard car elle était le parfait reflet de celle que je lisais dans celui d'Edward.

« Vois comme tu es belle. » murmura-t-il à mon oreille. « Et désirable. »

Mes lèvres s'entrouvrirent sur mon souffle court et mes joues s'empourprèrent légèrement.

« Vois comme je te désire. » souffla-t-il en me serrant encore plus contre lui pour que je le sente parfaitement.

Je fermai les yeux sous la puissance de cette sensation.

Mon dieu.

J'allais me consumer sur place pour lui s'il ne m'emmenait pas au plus vite dans un lieu plus intime. Mais il ne bougeait pas, laissant glisser sa main sur mon ventre alors qu'il saisissait le lobe de mon oreille entre ses dents.

Non… Pas ici.

Je rejetai la tête en arrière sur son épaule.

« Qu'est-ce que tu fais ? » balbutiai-je.

« Je nous mets dans l'ambiance… » gronda-t-il.

Ouvrant les yeux, je les laissai alors courir pour la première fois sur la pièce qui se reflétait dans le miroir devant moi et je compris mieux ce qu'il voulait dire. Les couples ondulant au gré de la musique hypnotisante s'étaient rapprochés et les caresses n'étaient pas dissimulées. Sur un canapé à ma droite, une jeune femme s'était allongée et embrassait sensuellement un homme au-dessus d'elle pendant qu'un autre défaisait lentement les lanières de ses chaussures. A ma gauche, une blonde plaquait durement contre le mur un jeune homme et faisait courir sa langue sur le haut de son torse par l'ouverture de sa chemise.

J'avais très chaud tout à coup et quelque chose explosa dans ma tête quand Edward effleura le galbe d'un de mes seins de son pouce à travers mon débardeur.

Je ne pouvais pas faire ça. C'était mal de se donner ainsi en spectacle, pourtant je n'avais pas la volonté nécessaire à le repousser. Je voulais juste qu'il me touche plus franchement.

« Je t'avais prévenue, Bella » susurra-t-il à mon oreille.

Oui, il m'avait prévenue de ce qui se passait lors de ces soirées mais, ce que je n'avais prévu c'était d'être si facilement corruptible. Or, quand sa main glacée dériva pour la première fois sur la peau de mon ventre, directement sous mon haut, je ne retins pas un gémissement.

« C'est ça, ma belle… Laisse-toi aller. »

Il reprit doucement un mouvement de lent balancement en rythme avec la musique et, ouvrant les yeux, je l'observai pendant qu'il me caressait et embrassait la peau nue de ma nuque. Il gronda et ce roulement sourd se répercuta dans ma poitrine.

Je n'étais pas la seule à m'être imprégnée de la débauche ambiante. Il était à vif, tout comme moi.

A ma gauche, le jeune homme poussa un léger gémissement et je tournai le regard vers lui pour le détourner ensuite aussitôt. Mais trop tard pour ne pas apercevoir les crocs de sa compagne se planter juste sous son aisselle. Ses traits se crispèrent sous la douleur mais il ne repoussa pas la tête de la vampire qui le maintenait fermement contre le mur d'une main, l'autre étant engouffrée dans son pantalon.

C'était à la fois malsain et sensuel.

Je me tendis.

Edward me retint.

« Chuuutt… regarde-moi. »

Sa voix était du velours qui glissait directement sur ma peau, effaçant mes inhibitions et balayant mes principes. Il m'ensorcelait totalement.

Je détournais donc définitivement le regard pour oublier tout ce qui n'était pas lui. Son regard me brûlait littéralement et ses mains reprirent leur dérive sur mon corps. C'était vraiment troublant d'observer ainsi ses caresses à travers notre reflet. Et de constater l'effet qu'elles avaient sur moi.

C'était… excitant.

« Je te veux. » dit-il d'une voix rauque.

Il y avait un double sens à ses paroles. Ses yeux étaient complètement noirs maintenant. Il ne voulait pas que mon corps, il voulait mon sang aussi et il me demandait là l'autorisation de le prendre.

C'était mal.

Mais mon corps prit lui-même sa décision et mon cœur accéléra dangereusement sa cadence car, malgré tout mon bon sens, j'en avais envie.

Ses mains et ses lèvres sur moi avaient leur propre langage et ne scandaient que deux mots.

Cède Bella.

Rien ne servait de se battre dans un combat que je ne souhaitais pas gagner.

« Alors prends. » répondis-je d'une voix mal assurée.

Il reprit sa danse langoureuse dans mon dos, accentuant la pression entre nos corps, ondulant contre moi et m'entrainant avec lui. Sa langue dérivait sur ma nuque et ses mains enserraient tantôt mes hanches, tantôt mon ventre mais sans jamais porter la caresse au-delà de la décence. Pourtant je chavirai totalement, entrant dans sa transe, hypnotisée par la pulsation de la musique qui avait pris possession de mon corps.

Mes mains partirent toutes seules à la rencontre de ses cheveux pour l'attirer encore plus près de mon cou.

Je voulais cette union puisque c'était la seule possible au milieu de tous ces gens. J'en avais besoin.

« Je te veux. » gémis-je alors que l'attente se faisait insupportable.

J'implorai sa possession, j'appelai sa morsure, et il le comprit car je sentis immédiatement ses dents froides et acérées courir sur ma peau fragile et, avant même que j'ai pu ressentir la moindre appréhension, la percer sans aucune difficulté.

Une douleur cuisante irradia ma nuque pourtant je resserrai ma prise sur ses cheveux alors qu'il maintenait ma taille à m'en faire presque mal.

C'était complètement différent de la première fois. Je ressentais la douleur mais elle passa en une fraction de seconde au second plan dès que je sentis cette connexion incroyable s'installer entre nous.

Il se retira rapidement, ne puisant à mes veines que quelques petites gorgées, je le savais, mais garda son visage enfoui dans mon cou encore quelques temps. J'aurais pu penser que c'était pour donner le change mais j'avais l'impression que c'était autre chose…

Le sang n'était pas tout entre nous.

Je n'étais pas juste sa proie. J'étais plus que cela.

Il releva la tête et me retourna pour que je lui fasse face et, sans prévenir, m'attira dans un baiser profond au curieux gout de fer… mon sang sur ses lèvres.

« Tu as raison… » souffla-t-il en s'écartant doucement. « Tu es plus que ça. »

Evidemment.

Il pouvait à nouveau lire en moi…

Mais, cette fois, dans cette ambiance trouble et hostile, au milieu de tous ces corps qui se laissaient de plus en plus aller au rythme de leurs instincts, je n'étais plus si sûre de vouloir lui cacher quoi que ce soit.

Il sourit. Il avait entendu ça.

Je léchai ma lèvre inférieure, y sentant encore, troublée, le gout de mon propre sang. Pour moi, ça avait un gout de métal. Il aimait vraiment ça ?

Il hocha la tête en signe d'assentiment.

Ah. Et avais-je un gout différent des autres ?

Il plissa les yeux en hochant à nouveau la tête lentement.

Une drôle de chaleur se répandit dans mes membres.

Meilleure ?

Nouveau hochement.

Il fallait que je lui pose la question.

Etait-ce pour ça que je l'attirais autant et qu'il ne voulait pas d'une autre?

Il resta immobile un instant et, cette fois, fit non de la tête.

La chaleur me gagna toute entière.

C'était très perturbant de converser avec lui de la sorte. Sans les mots, la portée de ses réponses était toute autre, beaucoup plus profonde. Il parlait directement à mon âme et j'aimais ce que j'entendais.

Il ne me voulait pas que pour mon sang.

Il sourit à nouveau et m'attira à lui. Très près. Si près que mon corps entier frissonna et il gronda son plaisir contre moi avant de reprendre sa danse. La foule était dense autour de nous mais nous étions comme seuls au monde.

Pourtant, la réalité reprit petit à petit durement ses droits.

Edward m'enveloppait comme une sphère protectrice mais il ne pouvait complètement me couper de ce qui se passait autour de nous. Et la quiétude fit bientôt place au malaise.

Du coin de l'œil, je découvris des scènes que j'espérai pouvoir un jour effacer de ma mémoire, même si j'en doutais sérieusement. La nuit était bien entamée maintenant et les esprits étaient échauffés. Parmi les vampires, cela semblait se manifester de deux façons et, des attouchements aux morsures, je n'auraient su dire lesquelles me dérangeaient le plus. La plupart ne faisait pas dans la délicatesse comme Edward et c'étaient des cris qui surpassaient le plus fréquemment le volume de la musique, mettant mes nerfs à rude épreuve.

Je voulais partir d'ici.

Edward raffermit sa prise sur moi, me serrant encore plus fort contre lui.

« Dès que possible. » chuchota-t-il contre ma joue.

Je fermai les yeux, cachant mon visage contre sa chemise, regrettant de ne pouvoir distraire mon attention en comptant les battements de son cœur.

Il gronda longuement.

Sa manière à lui de combler ce vide ?

Il caressa mes cheveux d'une main tendre.

Je pris ça pour un oui.

Il me fut alors plus facile de faire le vide, de me couper du reste du monde ainsi à l'abri dans l'étau de ses bras. Un diffus sentiment de bien-être m'envahit à nouveau doucement car, comme il me l'avait si souvent prouvé, Edward avait cette capacité de prendre toute la place en moi.

J'avais l'impression de ne presque plus me rappeler ma vie d'avant. Cette vie dans laquelle je pouvais me promener au soleil, cette vie dans laquelle j'étais libre, cette vie dans laquelle j'avais des projets, des amis, une famille… Cette vie dont Edward ne faisait pas partie.

Un pincement fugace me vrilla le cœur. Ce cœur qui ne semblait battre vraiment que depuis qu'un vampire avait creuser à mon insu son chemin à l'intérieur.

Edward s'écarta de moi et me scruta, l'air perplexe.

Il allait dire quelque chose mais se reprit. Deux fois.

Ce n'était pas dans ses habitudes. Je réalisai alors qu'il avait probablement suivi mon échappée intérieure et que, inexorablement, elle avait dû le mener à mes sentiments pour lui. Oui, mes sentiments.

Il écarquilla les yeux et inspira brusquement mais se reprit et, à ma grande surprise, garda le silence et m'attira à nouveau contre son torse pour continuer à danser.

Mais quelque chose avait changé.

Ses mains étaient plus douces, posées dans le creux de mes reins et sa joue reposait maintenant contre mes cheveux.

Il n'y avait plus de façade. Il était tendre. Et cela me chamboula complètement.

Quelques minutes passèrent ainsi pendant lesquelles je me laissais porter dans cette transe bienheureuse mais, trop vite, Edward se tendit à nouveau contre moi et je sus que ce moment, notre moment, avait passé.

Jane se matérialisa à côté de moi, un sourire narquois déformant ses traits de jeune fille.

« Aro veut te parler. » dit-elle en s'adressant directement à moi. « Edward m'accordera peut-être enfin une danse. »

Edward émit un rire sans joie.

« Je laisserai cet honneur à ton frère, Jane, comme à votre habitude. »

Beurk… Je n'aimais pas ce qu'il sous entendais mais la colère qui se dépeignit sur les traits de Jane me suffit à oublier mon indignation.

« Je vais accompagner Bella et voir ce qu'Aro peut bien lui vouloir. » poursuivit-il d'un ton détaché et indifférent en m'entrainant loin de la blonde qui semblait fulminer littéralement.

« Tu l'as énervée. » me moquai-je quand nous nous fûmes éloignés.

Il rit franchement.

« Oui, il faut croire que j'aime jouer avec le feu. » répondit-il.

Pourquoi disait-il ça ? Jane était-elle dangereuse ? Plus dangereuse que lui ? Elle n'en avait pas l'air pourtant.

« Il ne faut pas se fier aux apparence. » dit-il simplement, en réponse à mes questionnements intérieurs.

Nous trouvâmes Aro installé à la même place, à croire que le temps n'avait aucune importance pour lui. Je ne me rendais de toute façon pas vraiment compte de comment on pouvait percevoir le temps qui passe après plusieurs millénaires d'existence. Assis sur le canapé face à lui, Alec et Tanya nous regardèrent avancer et Félix, adossé au linteau de la cheminée, se rembrunit ostensiblement.

« Bella ! Te revoilà enfin ! » s'exclama Aro.

Je n'aimais pas la façon dont il prononçait mon nom, comme s'il le faisait rouler, durer dans sa bouche pour en éprouver la saveur. Je trouvais ça presque lascif et cela me dérangeait.

Mais qui étais-je pour oser le lui faire remarquer ?

Edward prit place dans un fauteuil sur le côté, me laissant une nouvelle fois seule, debout, face au regard inquisiteur de son chef. Mais, cette fois et depuis notre sensuel échange, je ne me sentais plus abandonnée car je sentais son regard qui ne me quittait pas.

Les peaux étaient pâles et les yeux tournés vers moi étaient rouges sang. A l'exception de ceux de Tanya et de la belle jeune femme noire de tout à l'heure qui, à ma grande surprise, était toujours là, même si elle ne semblait pas au mieux de sa forme. J'aurais eu bien du mal à trouver un soupçon de normalité dans cette assemblée.

« Nous n'avons finalement pas pris le temps de converser tout- à l'heure. » poursuivit Aro de sa voix mielleuse. « Je pense qu'il est grand temps de remédier à cela maintenant que tu as pris parmi nous une place si importante.

- Je ne suis pas importante. » tentai-je de la contrer.

Mais cela n'eut pour effet que d'accentuer son sourire. Il tapota d'un doigt joueur sa lèvre inférieure alors que son regard passait d'Edward à moi.

« Elle est délicieuse, n'est-ce pas ? » demanda-t-il à la cantonade. « Tellement modeste ! »

Personne ne se permit de répondre à cela.

« Donc tu es journaliste ? » dit-il, me prenant par surprise.

Je ne devais pas être surprise que le seigneur de cet asile de fous soit au courant de quelques petites choses sur moi.

« Oui.

- Et américaine ?

- Oui. »

Je restais délibérément laconique, ne voulant pas lui donner par mégarde une information qu'il pourrait ensuite retourner contre moi ou contre Edward.

« Je suis curieux de savoir quel concours de circonstances t'a menée jusqu'à nous… » dit-il en appuyant pensivement son menton sur ses deux mains jointes. « Raconte-moi. »

Je jetai un regard hésitant à Edward qui ne laissa paraitre aucune émotion en retour. On aurait pu croire qu'il me jetait délibérément en pâture aux lions sans aucun état d'âme. Etait-il très bon acteur ou bien était-il vraiment capable d'une telle indifférence ? Là était la question qui revint me tarauder au moment le plus inopportun.

J'étais légèrement perdue quand je tournais à nouveau les yeux vers Aro. Il allait falloir que je sois convaincante. Il voulait savoir ce que je faisais ici et ne se satisferait probablement pas des maigres explications que j'avais fournies à Edward.

« Et bien… je connaissais une fille, à Seattle… Elle est morte. Tuée par un animal sauvage… mais je n'ai pas cru à la version officielle et j'ai mené ma petite enquête… »

Je marquai un silence que personne ne vint interrompre. Je devais donc continuer.

« J'ai découvert qu'elle travaillait comme escort dans un club qui était géré depuis New York par un certain Afton alors… je l'ai approché et j'ai proposé de travailler pour lui. »

Le sourire d'Aro s'élargit.

Je n'avais jamais confié cette partie à Edward et je redoutais maintenant de croiser son regard alors que j'avouais avoir offert mes services en tant que prostituée de luxe… pour vampire, même si je ne le savais pas à l'époque.

« Continue. » m'encouragea Aro.

« Une fille, là-bas, m'a parlé de Volterra.

- Pauvre Gianna… » m'interrompit-il d'un ton faussement affligé.

Il connaissait déjà cette partie de l'histoire. Je ne pus me retenir de lui envoyer un regard horrifié. Gianna était morte, bon sang ! Et je réalisai maintenant qu'il avait même probablement commandité son assassinat.

« Elle ne méritait pas ça… » dis-je entre mes dents serrées.

Aro leva les bras au ciel en signe d'impuissance.

« Elle connaissait les règles. » se plaignit-il. « Volterra doit rester une enclave secrète autant que faire se peut. La chercher est une chose, divulguer des informations à la première venue, aussi ravissante soit-elle, en est une autre. »

C'était ma faute. Ma seule et unique faute.

Je me mordis les lèvres pour ne pas hurler.

« Poursuit. » m'ordonna-t-il.

Un frisson de peur me traversa et c'est la voix tremblante que je repris mon récit.

« J'ai pris un avion pour Rome et j'ai recommencé à chercher, à poser des questions. Mais je ne savais pas ce que je cherchais. Pour autant que je sache à l'époque, Volterra était une chimère que seul un illuminé à Sienne à bien voulu évoquer avec moi et j'étais à la poursuite de malades qui buvaient le sang des jeunes filles.

- Tu ne cherchais pas des vampires ? » s'étonna Aro.

J'étais moi-même maintenant la première surprise de ma stupidité. Tous les indices avaient été là, sous mes yeux, et j'avais pourtant continué ma traque. Comment avais-je pu être aussi aveugle ?

« Non. »

Il parut cette fois réellement incrédule et, après un dernier regard vers moi, se leva pour s'approcher. J'entendis Edward bouger dans son siège, derrière moi.

« J'aimerais essayer quelque chose, Isabella, si tu le veux bien. »

Sa voix était cajoleuse et avenante mais il était clair que je n'avais pas le choix. Je hochais donc la tête, les mots coincés dans ma gorge par la proximité soudaine et malsaine de cette créature.

« Edward t'a fait part de beaucoup de choses le concernant… Tu connais ses aptitudes particulières. Je sais aussi qu'elles lui sont inutiles avec toi. J'ai moi-même un don un peu particulier que j'aimerais tenter d'exercer sur toi. »

Il parlait à demi-mot, comme s'il ne voulait pas que toutes personnes qui nous entouraient soit au courant des facultés de chacun. Pourtant tous ici étaient au courant qu'Edward pouvait lire dans les esprits, ils venaient par contre d'apprendre qu'il ne pouvait pas lire dans le mien et cela sembla réjouir Félix.

A moins que ses cachotteries ne s'adressent aux humains ?

A quoi bon puisqu'aucun ne pourrait sortir d'ici vivant de toute façon ?

J'étais perplexe mais je savais aussi très bien où il voulait en venir. Edward m'avait avertie qu'Aro avait également un don de télépathie mais à la fois plus puissant et moins utilisable que le sien. En effet, Aro pouvait en une fraction de seconde accéder à vos pensées les plus anciennes mais avait besoin pour cela d'établir un contact physique. C'était en cela que le pouvoir d'Edward l'intéressait autant : connaitre les pensées de ses ennemis potentiels à distance serait pour lui un atout précieux.

Aro tendit une main vers moi.

« Voyons si tu ne me caches rien. »

Je n'avais pas le choix. Alors, tremblante, je posai une main dans la sienne.

Sa peau était lisse mais semblait rugueuse comme du vieux parchemin. Et elle était froide, bien plus froide que celle d'Edward malgré la quantité de sang qu'il avait ingurgité ce soir.

Je cessai de respirer, pleinement consciente que toute l'assemblée avait les yeux braqués sur moi. Et la tête commença à me tourner. Je voulais qu'il me lâche parce que, plus que tout, je ne voulais pas qu'il lise en moi !

Aro sembla se concentrer plusieurs longues secondes puis lâcha doucement ma paume qui se réchauffa instantanément.

« Non… je ne vois rien… c'est extrêmement frustrant. »

Je relâchai un long soupire tremblant et reculai malgré moi jusqu'à m'asseoir sur l'accoudoir du fauteuil d'Edward. On ne m'y avait pas autorisée mais je m'en fichais. Je venais de passer un putain de test et j'avais les nerfs en pelote !

Un regard vers Edward m'apprit qu'il se retenait de sourire. Il était le seul, avec moi, que cela semblait réjouir que je puisse déjouer également les talents intrusifs de son maitre.

Aro était toujours debout au centre de notre cercle, les mains jointes et les yeux perdus dans le vague.

« Je comprends mieux l'attrait que tu représentes pour Edward à présent. » commença-t-il. « Nul doute que j'aurais moi-même pris ma mission très à cœur si l'humaine qu'on m'avait chargé de trouver avait représenté un tel mystère. »

Quoi ?

Une mission ?

Que voulait-il dire par là ?

Je sentis Edward se crisper à côté de moi et Aro plissa les yeux, encore plus intéressé par sa réaction.

« Si l'on ajoute à cela l'effet que ton sang a eu sur lui depuis le début » continua-t-il avec un sourire mauvais. « Je peux m'estimer heureux qu'il t'ait gardée en vie suffisamment longtemps pour t'amener à moi comme je le lui avais demandé. »

Aro m'avait demandée.

J'étais une mission.

Edward m'avait amenée ici pour Aro.

Ces trois phrases tournèrent dans ma tête et ma vision se troubla.

J'étais une mission.

Une mission.

Comment avais-je pu être aussi conne ?

J'avais basé mon acceptation de ma situation sur le lien que je voulais voir exister entre Edward et moi.

J'avais voulu croire que tout cela avait un sens, qu'une sorte de destin, funeste soit, m'avait placée sur sa route et, parce qu'une mystérieuse force nous poussaient l'un vers l'autre depuis le départ, j'avais pardonné à la mauvaise fortune ma condition si périlleuse.

J'avais pardonné à Edward.

Mais, si j'étais réaliste deux secondes. Il était évident qu'une humaine parmi tant d'autres ne pouvait pas avoir attiré l'attention d'Edward Cullen. Même si je lui interdisais d'entrer dans ma tête et que mon sang l'enivrait plus que n'importe quel autre. Au mieux, j'avais dû être une distraction.

J'étais une mission.

Rien qu'une mission…

J'avais du mal à respirer et le sol semblait tanguer sous mes pieds.

Les regards étaient à nouveau tous braqués sur moi et je n'avais qu'une envie, me lever et m'enfuir. Pourtant j'étais clouée sur place, incapable du moindre mouvement, obligée de remarquer les sourires narquois qui se dessinaient sur chaque visage. Même Tanya semblait se réjouir énormément des révélations d'Aro.

Elle avait là l'explication de sa répudiation. Et ce n'était pas le désintérêt d'Edward qui en était la cause mais un ordre d'Aro.

J'étais là sur l'ordre d'Aro.

Edward était aussi immobile qu'une statue, nullement affligé par ce qui se passait.

Comment avait-il pu me faire ça ? Me mentir de la sorte ?

Me faire croire que…

Me laisser tomber petit à petit…

Je retenais difficilement des larmes de rage. Je ne voulais pas me laisser aller devant ces monstres. Ils ne le méritaient pas.

Et le pire de tous était assis à côté de moi et il pouvait lire dans ma tête… Et bien qu'il y lise quel salaud il était !

J'avais mal, plus mal que jamais dans toute ma vie, et c'était sa faute.

Je l'en tenais pour seul responsable car, s'il n'avait pas joué ainsi avec moi, je ne me serais jamais laissée faire et je serais morte depuis longtemps. Mais au moins aurais-je conservé ma dignité.

Il m'avait volé cela.

Tout comme il me prenait aussi mon dernier espoir car, sans lui de mon côté, je n'avais plus aucun doute quant à comment cette histoire finirait pour moi.

Face à moi, Aro semblait ravi de lire sur mon visage ma peine et ma désillusion. Son don lui était inutile dans cette situation. Il n'en avait pas besoin.

« Edward est un ami tellement fidèle. » s'extasia-t-il faussement. « Avec toi, il a lutté contre ses instincts plus fortement qu'aucun de nous n'aurait su le faire. Je regrette encore plus de ne pas l'avoir perpétuellement à mes côtés. »

Le cœur au bord des lèvres je me demandai s'il était encore temps de pousser Edward à me tuer, s'il serait obligé de rendre des comptes à son maitre après cela. Rien ne m'aurait fait plus plaisir que de l'entrainer avec moi dans ma chute.

Mais qui étais-je pour espérer faire payer à ce traitre sa duperie ?

« Pourtant, malgré toutes les difficultés que cela représente pour lui, il semble qu'il ait pris gout à ta compagnie, ma chère Isabella. Au point de franchir quelques limites.»

Ses mots étaient du vitriol. Je ne voulais plus l'écouter.

Je me moquais maintenant qu'Edward se soit attaché à moi comme à un animal de compagnie. Tout ce que j'avais cru était un mensonge !

Pourtant Aro continuait à parler, se rengorgeant d'être le seul maitre de la situation.

« L'éternité est longue si on ne trouve pas de distraction» dit-il en regagnant nonchalamment son fauteuil.

J'étais une distraction.

Un nouveau coup de poignard me vrilla le cœur.

« En ce qui me concerne, » poursuivit-il. « Je ne me lasse pas de lire dans les âmes. Et ce don m'est fort utile, que ce soit avec mes congénères ou avec les humains. Même si tu déroges curieusement à cette règle… Mais… Prenons ton amie anglaise par exemple… »

Hein ?

Quelle amie anglaise ?

Kate ? Je ne voyais qu'elle que j'aurais éventuellement pu qualifier ainsi.

Aro fit un geste désinvolte vers la piste de danse et je découvris Victoria, étroitement enlacée à son vampire. James.

« L'esprit humain est une chose curieuse et particulièrement changeante, n'est-ce pas Edward ? »

Silence à mon côté.

Je fixai, hypnotisée, la danse lascive de James et Victoria, sentant dans tout mon être que quelque chose allait se produire.

La voix d'Aro s'insinua en moi comme si elle était partout.

« Mais l'âme est immuable. Chez certains, elle est pure et fidèle. C'est un véritable plaisir alors de la corrompre puis d'y distiller notre venin. Par contre, chez d'autres, la noirceur et la vanité y sont si profondément ancrées que l'immortalité ne ferait qu'empirer les choses. »

James embrassait langoureusement sa cavalière, lui caressant ostensiblement les reins et pressant fermement leurs deux corps l'un contre l'autre.

« S'il n'est pas doué d'une aptitude particulière de son vivant, un tel immortel ne me sera d'aucune utilité… »

Victoria crispa une main sur l'épaule de son partenaire quand il tira ses cheveux en arrière brutalement.

« Or, moi seul ait ici le droit de décider qui doit vivre ou mourir. »

Les lèvres de la belle rousse s'ouvrirent sur un cri de douleur déchirant quand James enfonça ses dents dans son cou.

« J'ai besoin d'envoyer James en Roumanie dans quelques jours. »

Tout le corps de Victoria trembla dans la mortelle étreinte de son amant.

« Il était donc temps pour sa favorite de passer devant mon jugement »

Les bras de la jeune femme retombèrent, inertes, contre son corps alors que James se repaissait encore à sa gorge.

Mais tout était déjà fini.

Je le savais.

Une nausée me tordit le ventre alors que j'assistai, impuissante à une autre mise à mort.

« C'est ma décision. »

Aro avait détaché chaque mot, appuyant un argument que j'étais incapable de comprendre car je n'étais plus capable de penser.

Victoria était morte.

Morte.

Comme Anianka, comme Gianna, comme Hélène…

Trop de victimes…

Trop…

La crise de nerfs était proche.

Je me levais, titubante, dévisageant sans vraiment comprendre les personnes autour de moi, notant tout de même l'expression horrifiée de Tanya… et la satisfaction d'Aro.

Il avait réussi sa mise en scène.

Cette exécution m'était destinée.

Pourquoi ?

La tête me tournait et je n'arrivais plus à respirer. Je fis un pas pour m'écarter et Edward fut près de moi en une seconde.

Non !

Pas lui !

Laisse-moi !

« Je vais raccompagner Bella » dit-il.

Et, même dans mon état, je perçus la tension dans sa voix.

Qu'il aille se faire foutre !

Il saisit mon bras et j'eus envie de le repousser mais il usa d'une telle force que je dus me retenir de ne pas crier.

Aro se leva et vint vers nous avec un geste d'apaisement.

« Bien sûr. Qu'elle prenne un repos bien mérité. Elle en aura besoin. »

Il me donnait envie de vomir.

Edward se figea comme s'il venait de percevoir quelque chose de particulièrement désagréable et c'est alors que, pour la première fois ce soir, Aro le toucha doucement sur le poignet de sa main qui me maintenait toujours.

Edward se crispa complètement, et amorça un geste de recul mais il était trop tard.

Les yeux d'Aro s'écarquillèrent et ses lèvres s'étirèrent en une expression d'extase.

« Son sang est ta clé ! » s'émerveilla-t-il en relâchant son étreinte.

Mes jambes eurent du mal à suivre le rythme des foulées d'Edward alors qu'il nous menait vers la sortie, laissant derrière nous un vampire millénaire et diabolique qui nous regardait partir avec un sourire victorieux.


Alors, Alors, Alors?

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A très bientôt

Lily