Auteur : Youyoulita
Disclamer : Tous les personnages sont à Ryan Murphy & Co et l'histoire ne m'appartient pas je ne fais bien que m'inspirait de Stephanie Meyer.
Résumé : « Tu ne me reverras plus. Je ne reviendrais pas. Poursuis ta vie, je ne m'en mêlerais plus. Ce seras comme je n'avais jamais existé. » Rejeté par celui qu'il aime passionnément, Kurt ne s'en relève pas. Fasciné par un vampire, comment pourrait-il retrouver goût à la pâle existence humaine ? Kurt n'a le goût pour rien sinon le danger. Alors il attend la voix de Blaine, et éprouve l'illusion de sa présence. Comme s'il le l'avait pas abandonné. Kurt échappera-t-il à cette obsession amoureuse qui le hante ? A quel prix ?
Rating :T pour être sûre ^^
Note : Hey tout le monde Merci pour vos reviews elles me font toujours autant plaisir voilà le chapitre 2 !
Chapitre 2
Antony fut le seul à garder son calme ; sa voix posée et autoritaire trahissait des siècles d'expérience aux urgences.
- Finn, Santana, faites sortir Brittany.
Pour une fois sérieux, Finn acquiesça.
- Viens, dit-il à sa jeune sœur.
Cette dernière, qui essayait toujours de se libérer, tordit le torse et attaqua, toutes dents dehors. Son regard n'exprimait plus que folie. Pâle comme un linge, Blaine s'accroupit devant moi pour me protéger. De ses lèvres serrées s'échappa un grognement d'avertissement. Il ne respirait plus. Santana, dont le visage magnifique arborait une expression d'étrange satisfaction, se posta devant Brittany et, prenant soin de s'écarter de sa mâchoire, aida Finn à l'entraîner par la baie vitrée que Sarah avait tirée, une main sur la bouche et le nez.
- Je suis vraiment navrée, Kurt, me lança-t-elle, gênée, en suivant vivement les autres à l'extérieur.
- Laisse-moi approcher, Blaine, murmura Antony.
Une seconde s'écoula, puis son fils hocha lentement le menton et se détendit. Son père s'agenouilla pour examiner mon bras. Devinant que je devais avoir l'air ahuri, je tentai de me ressaisir.
- Tiens, dit Rachel en tendant une serviette à Antony.
Il la refusa en secouant la tête.
- Il y a trop d'éclats de verre dans la blessure, constata-t-il.
Déchirant une longue bande étroite dans la nappe blanche, il improvisa un garrot au-dessus de mon coude. L'odeur du sang me tournait le cœur, et j'avais le vertige.
- Veux-tu que je t'emmène à l'hôpital, Kurt ? me demanda Antony, d'une voix douce. Ou préfères-tu que je m'occupe de toi ici ?
- Ici, s'il vous plaît, chuchotai-je.
Un transport aux urgences, et Burt serait au courant de l'incident.
- Je vais chercher ta sacoche, annonça Rachel.
- Installons-nous dans la cuisine, décréta Antony.
Blaine me souleva sans effort, tandis que son père maintenait la pression sur mon bras.
- Comment te sens-tu, Kurt ? s'enquit-il.
- Ça va, répondis-je sur un ton raisonnablement assuré qui me fit plaisir.
Blaine avait un visage de pierre.
Rachel était déjà sur place, la grosse trousse noire d'Antony posée sur la table. Une lampe de bureau, petite mais puissante, avait été branchée au mur. Blaine m'assit doucement sur une chaise, cependant qu'Antony en rapprochait une pour lui-même. Il se mit au travail sans tarder. Blaine se tenait près de moi, sur le qui-vive.
- Je t'en prie, va-t'en, soupirai-je.
- Je suis capable de me contenir, protesta-t-il.
Pourtant, il serrait les mâchoires, et ses prunelles brûlaient sous l'intensité de la soif qui le dévorait. Je représentais une tentation bien plus forte pour lui que pour les autres Anderson... Brittany excepté.
- Inutile de jouer les héros, répliquai-je. Antony n'a pas besoin de ton aide. Va respirer l'air frais.
Les doigts du médecin sur ma plaie m'arrachèrent une grimace de douleur.
- Mieux vaudrait que tu rejoignes Brittany avant qu'il dépasse les bornes, intervint Antony. Je suis sûr qu'il s'en veut terriblement. Toi seul pourras le calmer.
- Oui, renchéris-je, va retrouver ta sœur.
- Comme ça, tu serviras à quelque chose, ajouta Rachel.
Guère ravi par ce complot, Blaine plissa le front. Pourtant, il finit par obtempérer et fila par la porte de la cuisine. J'étais à peu près certain qu'il avait retenu sa respiration depuis que je m'étais coupé.
Une sensation d'engourdissement se répandit dans mon bras, et les élancements s'apaisèrent. Pour éviter de penser à la blessure et aux soins qu'on lui prodiguait, je me concentrai sur Antony. Il avait penché la tête, et sa chevelure dorée resplendissait sous la lumière. Malgré les spasmes qui secouaient mon estomac - rien que de très habituel -, j'étais déterminé à ne pas me laisser submerger par ma sensiblerie. Je n'avais plus mal, à présent, n'éprouvai plus que de faibles tiraillements que je tâchai d'ignorer. Il était hors de question que je m'évanouisse.
Si elle ne s'était pas tenue dans mon champ de vision, je n'aurais pas remarqué que Rachel finissait par craquer et quittait la pièce à son tour. Un pauvre sourire contrit aux lèvres, elle s'éclipsa.
- Et voilà, soupirai-je, tout le monde est parti. Je suis drôlement doué pour faire le vide autour de moi.
- Ce n'est pas ta faute, me réconforta Antony en riant doucement. Ça aurait pu arriver à n'importe qui.
- En effet, sauf que j'ai quand même une fâcheuse tendance à provoquer de telles situations.
Il rit derechef. Sa sérénité était d'autant plus surprenante au regard de la réaction des autres. Il n'y avait aucune trace d'anxiété sur son visage. Il s'affairait, rapide et sûr de lui. Seuls les tintements des bouts de cristal qui tombaient l'un après l'autre sur la table rompaient le souffle mesuré de nos respirations.
- Comment y arrivez-vous ? demandai-je. Même Rachel et Sarah...
Je m'interrompis. Bien que toute la famille, prenant exemple sur lui, eût renoncé au traditionnel régime alimentaire des vampires, il était le seul à résister sans mal à l'odeur tentatrice de mon sang. L'exploit était sans doute beaucoup plus difficile à accomplir que ce que sa décontraction laissait deviner.
- Les années de pratique, répondit-il. Je ne sens presque plus rien, maintenant.
- Serait-ce plus dur si vous cessiez de fréquenter l'hôpital pendant longtemps ?
Il haussa les épaules, indécis.
- Peut-être. Je n'ai jamais eu besoin de vacances prolongées. J'aime trop travailler.
Gling ! gling ! gling ! Le nombre de morceaux de verre qui s'étaient logés dans ma chair m'étonnait, et je fus tenté de jeter un coup d'œil sur la pile qui s'entassait, histoire d'en vérifier l'importance, mais je savais que cela ne m'aiderait en rien dans ma stratégie anti-vomitive.
- Qu'est-ce qui vous plaît tant, dans ce métier ? repris-je.
J'étais en effet curieux de l'apprendre, car la signification de ses années de lutte et de déni m'échappait. Par ailleurs, la conversation me permettrait d'oublier mes nausées.
- Hum, répondit-il, le regard calme et songeur. Ce que j'apprécie par-dessus tout, c'est quand mes capacités... supérieures, disons, me permettent de sauver une vie qui, sinon, aurait été perdue. J'aime à savoir que, grâce à moi, certaines gens guérissent. Parfois, même mon odorat surdéveloppé est un outil de diagnostic bien pratique.
Il afficha un demi-sourire. Je réfléchis à cela pendant qu'il fouillait la blessure pour s'assurer qu'il en avait ôté tous les débris. Lorsqu'il attrapa de nouveaux instruments dans son sac, je m'interdis d'imaginer une aiguille et du fil. Des tiraillements d'un autre genre chatouillèrent les bords de la plaie.
- Vous vous donnez bien du mal pour expier un état dont vous n'êtes pas responsable, continuai-je. Après tout, vous n'avez pas demandé à devenir celui que vous êtes. Vous n'avez pas choisi cette existence et, pourtant, j'ai l'impression que vous vous sentez obligé de trimer comme un esclave afin de prouver que vous êtes bon.
- Je ne crois pas essayer de réparer quoi que ce soit, me contredit-il sur un ton léger. Comme tout un chacun, j'ai simplement dû opérer des choix de vie en fonction de ce que la nature m'a donné.
- Cette explication me paraît un peu facile.
- Ça y est, éluda-t-il en se penchant sur mon bras puis en coupant un fil, c'est fini.
Il balaya largement le site des opérations à l'aide d'un coton-tige démesuré qu'il avait trempé dans un liquide aux couleurs de sirop qui déteignit sur ma peau. L'arôme en était bizarre, et la tête me tourna. Anotny colla une grande bande de gaze sur la blessure et la fixa à l'aide de sparadrap.
- Mais au début, insistai-je, comment avez-vous eu l'idée de vous détourner de la voie évidente qui s'ouvrait devant vous ?
Un sourire énigmatique étira ses lèvres.
- Blaine ne t'a donc pas raconté l'histoire ?
- Si. J'essaie juste de me mettre à votre place...
Soudain, il redevint sérieux, et je me demandai si ses réflexions l'avaient conduit à la même interrogation que moi - comment réagirais-je quand (je refusais de penser si) ce serait mon tour ? Il s'affaira à nettoyer la table avec soin, la frottant plusieurs fois de suite avec du coton imprégné d'alcool dont l'odeur me chatouilla les narines.
- Tu sais que mon père était pasteur, expliqua-t-il. Il avait une conception du monde plutôt abrupte, et j'avais commencé à la remettre en question avant même de me transformer.
Il déposa la gaze et les cotons souillés ainsi que les éclats de verre dans une coupe en cristal. Je ne saisis la manœuvre que lorsqu'il gratta une allumette et la jeta sur les fibres imbibées d'alcool. Le tout s'embrasa, et je sursautai.
- Désolé, s'excusa-t-il. C'est un peu obligé... Bref, j'étais en désaccord avec cette foi si intransigeante. Pourtant, depuis presque quatre cents ans que je suis né, rien, pas même mon reflet dans un miroir, ne m'a incité à douter de l'existence de Dieu, quels que soient le nom ou la forme qu'on lui attribue.
Je fis mine d'inspecter mon pansement afin de dissimuler ma surprise devant le tour qu'avait pris la discussion. Tout bien considéré, la religion était le dernier sujet auquel je m'étais attendue. Ma propre vie était passablement dépourvue de croyances. Burt se considérait comme luthérien parce qu'il suivait l'exemple de ses parents, mais, le dimanche, c'était près de la rivière et une canne à pêche à la main qu'il pratiquait. Quant à Elisabeth, elle testait de temps à autre telle ou telle obédience ; à l'instar de ses brèves passions pour le tennis, la poterie, le yoga et le français, elle en changeait avant même que je fusse avertie de sa dernière lubie.
- J'ai conscience que cela paraît un peu bizarre, venant d'un vampire, reprit Antony en souriant (il savait que l'emploi décontracté de ce terme ne manquait jamais de me choquer), cela ne m'empêche cependant pas de chercher un sens à la vie, y compris la nôtre. Nos chances de rédemption sont certes infimes, ajouta-t-il d'une voix désinvolte, et selon toute probabilité, nous sommes damnés. Néanmoins, je compte, sottement peut-être, qu'avoir essayé sera porté à notre bénéfice.
- Je ne vois rien de sot là-dedans.
Je n'imaginais pas en effet que quiconque, y compris d'essence divine, ne pût être impressionné par Antony. Et puis, à mes yeux, un paradis sans Blaine n'était pas le Paradis.
- Tu es bien le premier à être d'accord avec moi.
- Les autres membres du clan ne partagent pas votre foi ? m'étonnai-je.
Je songeai, bien sûr, à une personne en particulier et, là encore, Antony ne s'y trompa pas.
- Blaine me suit jusqu'à un certain point. Pour lui, Dieu, le ciel existent... l'enfer aussi. Mais il doute de l'existence d'un au-delà pour notre espèce.
Son ton était devenu très doux, et il contemplait l'obscurité, de l'autre côté de la grande fenêtre qui surplombait l'évier.
- Il est persuadé que nous avons perdu notre âme, ajouta-t-il.
Je me rappelai aussitôt les paroles que Blaine avaient prononcées cet après-midi-là. « Sauf à souhaiter mourir... ou, du moins, à subir le sort qui nous est réservé, à nous autres vampires. » Brusquement, une ampoule s'éclaira au-dessus de ma tête.
- C'est tout le problème, n'est-ce pas ? commentai-je. Ça explique ses réticences à me transformer.
- Lorsque je regarde... mon fils... quand je vois sa force, sa bonté, son éclat, je suis d'autant plus certain de la légitimité de mes espérances. Comment admettre qu'un être tel Blaine ne mérite pas plus ? (J'acquiesçai avec ferveur.) Toutefois, si je pensais comme lui... ou plutôt, si toi, tu partageais ses convictions, serais-tu capable de lui voler son âme ?
Ses prunelles insondables me dévisageaient. Posée en ces termes, la question me désarçonna. M'eût-il demandé si j'étais prêt à sacrifier mon âme pour Blaine, ma réponse eût été évidente. Quant à infliger un sort identique à celui que j'aimais... Je fis la grimace. Ces arguties étaient injustes.
- Tu mesures l'ampleur de la difficulté, reprit Antony.
Je secouai le menton, conscient de me comporter comme un enfant têtu. Il soupira.
- C'est mon choix, objectai-je.
- Le sien également, répliqua-t-il en levant la main pour arrêter mes protestations. C'est lui qui endossera ou non cette responsabilité.
- Il n'est pas le seul à pouvoir procéder.
- Je t'arrête tout de suite ! s'écria-t-il, en partant d'un rire qui allégea soudain l'atmosphère. C'est avec lui que tu devras aborder ce sujet. Mais, précisa-t-il aussitôt, de nouveau grave, j'ai été confronté à la situation et je te garantis qu'on ne se débarrasse jamais du doute. La plupart du temps, je pense avoir agi au mieux. Et pourtant, ai-je eu raison de condamner mes compagnons à cette existence ? Je n'ai pas de réponse tranchée à cette question.
Je gardai le silence. En songeant à l'influence que cela aurait eu sur ma propre vie si Antony avait supporté sa solitude, je frissonnai.
- C'est la mère de Blaine qui m'a décidé, chuchota-t-il, le regard perdu au loin.
- Ah bon ?
Chaque fois que j'avais interrogé Blaine sur ses parents, il s'était borné à dire qu'ils étaient morts depuis longtemps, et que ses souvenirs étaient confus. Ceux d'Antony en revanche, malgré la brièveté de ses contacts avec eux, ne s'effaceraient jamais.
- Oui. Elle s'appelait Annick. Annick Masen. Le père, Blaine Senior, n'a pas repris connaissance. Il a été victime de la toute première vague de grippe espagnole. Annick, elle, est restée alerte quasiment jusqu'au bout. Blaine lui ressemble beaucoup. Elle avait les mêmes étranges cheveux bouclés, et leurs yeux étaient d'un vert absolument identique.
- Verts ? murmurai-je en essayant de me le représenter ainsi.
Ceux d'Antony, ocre, étaient maintenant à une centaine d'années de là.
- Oui... Elle s'inquiétait pour son fils de manière obsessive. Elle a gâché ses chances de guérir en voulant le soigner, alors qu'elle était déjà atteinte. Il allait tellement plus mal qu'elle que je m'attendais à ce qu'il disparût le premier. Sa fin à elle a été très rapide. Ça s'est passé juste après le coucher du soleil, je venais d'arriver pour relever les médecins de jour. L'époque ne se prêtait pas aux faux-semblants, il y avait trop de travail. Je n'avais pas besoin de me reposer, et je détestais devoir rentrer chez moi pour me cacher dans le noir et faire croire que je dormais, alors que tant de malheureux mouraient.
« Je me suis tout de suite rendu au chevet d'Annick et de son fils. Je m'étais attaché à eux, ce qui est toujours dangereux quand on connaît la fragilité innée des humains. J'ai immédiatement compris que son état avait gravement empiré. La température qui s'était emparée d'elle ne retombait pas, et elle n'avait plus la force physique de se battre. Pourtant, elle n'avait pas l'air faible lorsqu'elle m'a toisé de son lit.
-Sauvez-le ! m'a-t-elle ordonné d'une voix rauque, la seule que sa gorge réussissait à émettre désormais.
-Je m'y efforcerai, ai-je promis en lui prenant la main. La fièvre qui la dévorait était si brûlante qu'elle ne s'est sans doute pas rendu compte à quel point ma propre peau était anormalement glacée. Pour elle, tout devait paraître froid.
-Je l'exige, a-t-elle insisté en serrant mes doigts avec une telle force que je me suis demandé si elle n'allait pas, finalement, surmonter la crise. Ses iris étaient durs comme des pierres - deux émeraudes.
-Vous devez faire tout ce qui est en votre pouvoir. Vous devez faire pour mon Blaine ce que les autres sont incapables de faire.
J'ai eu peur. Elle me scrutait d'un regard perçant et, l'espace d'un instant, j'ai eu la certitude qu'elle avait deviné mon secret. Puis la température a eu raison d'elle, et elle a sombré dans un coma irréversible. Elle est morte quelques heures après avoir exprimé son souhait. « J'avais passé des décennies à envisager de me créer un compagnon. Rien qu'une deuxième créature qui serait à même de me connaître vraiment, au-delà de l'image que je donnais de moi. Cependant, il me semblait injustifiable d'infliger à autrui ce dont j'avais été victime moi-même. Blaine était à l'agonie. Il était évident qu'il n'en avait plus que pour quelques heures. À côté de lui gisait sa mère ; étrangement, la mort n'avait pas apaisé ses traits. »
Antony revivait la scène - le siècle écoulé entre-temps n'avait pas brouillé sa mémoire. Et moi aussi, je voyais tout ce que ses paroles évoquaient : le désespoir planant sur l'hôpital, la présence oppressante de la mort, Blaine en proie à la fièvre, et que la vie fuyait à chaque nouvelle minute... Je tressaillis et m'obligeai à chasser ces images de mon esprit.
- Les mots d'Annick résonnaient en moi. Comment avait-elle deviné ce dont j'étais capable ? Comment pouvait-elle désirer un tel sort pour son fils ? J'ai contemplé Blaine. La maladie n'avait rien enlevé à sa beauté, ni à la pureté et à la bonté qu'exprimaient ses traits. Il avait le visage que j'aurais souhaité à mon enfant...
« Après tant d'années d'indécision, j'ai suivi une impulsion, tout bêtement. J'ai d'abord emmené sa mère à la morgue, puis suis revenu le chercher. Personne n'a remarqué qu'il respirait encore. Il n'y avait pas assez de mains ni assez d'yeux pour satisfaire aux besoins de la moitié des patients. La morgue était vide - de vivants en tout cas. J'ai volé Blaine et me suis sauvé par la porte de derrière, empruntant les toits pour regagner ma maison. J'ignorais comment procéder. J'ai choisi d'administrer les mêmes blessures que celles dont j'avais souffert, des siècles auparavant, à Londres. Plus tard, je m'en suis voulu. Cela a été bien plus douloureux et long que nécessaire. Mais je n'ai pas regretté mon geste. Je n'ai jamais déploré d'avoir sauvé Blaine. »
Antony secoua la tête, revint au temps présent.
- Je vais te ramener chez toi, conclut-il en me souriant.
- Je m'en occupe, intervint Blaine qui surgit du salon obscur.
Par rapport à d'habitude, il marchait lentement. Son visage lisse n'exprimait rien, même si ses prunelles trahissaient une sorte de malaise qu'il s'efforçait de cacher. Je frémis.
- J'aime autant que ce soit Antony, objectai-je.
Je baissai les yeux sur ma chemise ; le coton bleu clair était humide et taché de sang. Une épaisse croûte rosâtre recouvrait mon épaule droite.
- Je vais bien, affirma Blaine d'une voix dénuée d'émotion. Il faut que tu te changes. Burt risque d'avoir une crise cardiaque s'il te voit dans cet état. Je préviens Rachel.
Il ressortit de la cuisine.
- Il est bouleversé, remarquai-je en regardant Antony avec anxiété.
- Oui. Il s'est produit ce soir exactement ce qu'il craignait le plus. Tu as couru un danger réel. À cause de ce que nous sommes.
- Il n'y est pour rien.
- Toi non plus.
Je me détournai de ses beaux yeux pleins de sagesse. Je ne pouvais être d'accord avec lui à ce sujet. M'offrant sa main, il m'aida à me lever, et je le suivis dans le salon. Sarah y était revenue et lavait le plancher à l'endroit où j'étais tombé - à grands renforts d'eau de Javel pure, à en juger par l'odeur.
- Laissez-moi faire, Sarah, proposai-je en rougissant.
- J'ai terminé, répondit-elle avec un sourire. Comment te sens-tu ?
- Ça va. Antony coud plus vite que son ombre.
Le couple rigola. À cet instant, Blaine et Rachel franchirent la baie vitrée. Elle se précipita vers moi, mais lui resta en retrait, son expression toujours aussi énigmatique.
- Viens, me lança Rachel, je vais te trouver une tenue moins macabre.
Elle dénicha une chemise appartenant à Blaine dont la couleur était proche de la mienne. Burt ne s'apercevrait de rien, j'en étais sûr. Le pansement blanc sur mon bras parut moins sérieux après une toilette rapide.
- Rachel ? chuchotai-je alors que celle-ci se dirigeait vers la porte.
- Oui ?
Elle prenait soin elle aussi de parler à voix basse et me contempla avec curiosité.
- C'est grave ?
Je ne savais pas trop si nos murmures étaient peine perdue. Bien que nous fussions à l'étage, Blaine nous entendait peut-être.
- Je n'en ai aucune idée pour le moment, répondit-elle.
- Dans quel état est Brittany ?
- Elle se sent super-coupable, soupira-t-elle. Cela représente un tel défi pour elle. Elle déteste montrer ses faiblesses.
- Elle n'est pas responsable. Dis-lui que je ne lui en veux pas. Pas du tout. D'accord ?
- Compte sur moi.
Blaine m'attendait devant l'entrée. Dès qu'il me vit au bas de l'escalier, il ouvrit le battant sans un mot.
- N'oublie pas tes affaires ! s'exclama Rachel alors que je m'approchais avec précaution de son frère.
Elle récupéra les paquets, dont l'un à moitié ouvert, et mon appareil photo sous le piano et les fourra dans mes mains.
- Tu nous remercieras plus tard, quand tu auras fini de le déballer.
Sarah et Antony me saluèrent, et je ne manquai pas de noter que, comme moi, ils jetaient des coups d'œil furtifs à leur fils trop impassible.
Je fus soulage de me retrouver dehors et dépassai rapidement les roses et les lanternes qui, à présent, n'évoquaient plus que de mauvais souvenirs. Blaine me suivait en silence. Il m'ouvrit la portière passager, et je grimpai dans la camionnette sans protester.
Un gros ruban rouge était collé au tableau de bord, près du nouvel auto-radio. Je l'arrachai, le jetai par terre et le glissai du pied sous mon siège pendant que Blaine contournait le véhicule. Il s'installa derrière le volant sans me regarder non plus que l'appareil. Ni lui ni moi ne le mîmes en marche, et le soudain grondement du moteur renforça le silence. Nous nous éloignâmes, trop vite, sur le chemin sinueux et sombre. Ce mutisme ne tarda pas à me rendre fou.
- Dis quelque chose, finis-je par lancer lorsqu'il bifurqua sur la grande route.
- Que veux-tu que je te dise ? répliqua-t-il, lointain.
- Que tu me pardonnes, murmurai-je, refroidi par la distance qu'il maintenait entre nous.
Ma réflexion eut le don d'animer ses traits. Un éclat de colère les traversa.
- Te pardonner ? À toi ? De quoi ?
- Si j'avais été plus prudent, rien de tout cela ne se serait passé.
- Kurt ! Tu t'es coupé avec un bout de papier. Tu ne mérites pas d'être fusillé pour ça !
- N'empêche, c'est ma faute.
Ces mots ouvrirent les vannes.
- Ta faute ? Si tu t'étais blessé chez Noah Puckerman, en présence de Quinn, de Tina et de tes autres amis normaux, qu'aurait-il pu arriver de grave ? Qu'ils soient à court de pansements ? Si tu avais trébuché sur une pile d'assiettes, et ce sans que personne ne t'y précipite, aurait-ce été un drame ? Au pire, tu aurais mis du sang sur la banquette de la voiture pendant qu'ils t'emmenaient aux urgences. Noah Puckerman t'aurait tenu la main pendant qu'on te recousait, et il n'aurait pas eu besoin de lutter contre l'envie de te tuer pendant les soins. Ne t'accuse pas, Kurt. Cela ne sert qu'à augmenter le dégoût que j'éprouve à mon encontre.
- Veux-tu bien m'expliquer pourquoi nous en sommes à évoquer Noah Puckerman ? m'emportai-je.
- Parce qu'il serait beaucoup plus sain pour toi de le fréquenter.
- Plutôt mourir ! Toi seul comptes.
- Inutile d'être aussi théâtrale.
- Inutile d'être aussi bête.
Il ne releva pas, fixa le pare-brise d'un air renfrogné. Je me creusai les méninges pour tâcher de trouver une façon de sauver cette soirée, mais lorsque nous nous garâmes devant chez moi, rien ne m'était encore venu à l'esprit. Il coupa le contact sans pour autant ôter ses mains crispées du volant.
- Tu restes, cette nuit ? demandai-je.
- Mieux vaudrait que je rentre.
Si je le laissais faire, il allait se complaire dans le remords. Pas question.
- C'est mon anniversaire, tentai-je d'arguer.
- N'espère pas jouer sur tous les tableaux, riposta-t-il. Soit tu acceptes qu'on te le souhaite, soit tu refuses. Pas les deux en fonction de tes sautes d'humeur.
Son ton était sec, pas aussi grave qu'avant, cependant. J'étouffai un petit soupir de soulagement.
- Alors, va pour les célébrations ! On se voit là-haut.
Je sautai au bas de la Chevrolet, tendis le bras pour m'emparer des cadeaux.
- Tu n'es pas obligé de les accepter, souligna-t-il, les sourcils froncés.
- J'y tiens.
- Je te signale qu'Antony et Sarah ont dépensé de l'argent.
- Je m'en remettrai.
Coinçant maladroitement les paquets sous mon bras valide, je claquai la portière. Il fut à mon côté en moins d'une seconde.
- Laisse-moi les porter, dit-il en me les retirant. Je te retrouve dans ta chambre.
Je souris.
- Merci.
- Bon anniversaire, souffla-t-il.
Il se pencha, et ses lèvres effleurèrent les miennes. Lorsqu'il recula, je me penchai pour que le baiser dure plus longtemps. Il m'adressa sa moue la plus craquante et disparut dans le noir.
Le match n'était pas terminé. Sitôt passé le seuil, j'entendis le commentateur qui s'égosillait au-dessus des cris de la foule.
- Kurt ? me héla Burt.
- Salut, papa.
J'entrai dans le salon en prenant soin de plaquer mon bras contre mon corps. Cette légère pression suffit à me brûler, et je plissai le nez. Les effets des anesthésiants commençaient à se dissiper, apparemment.
- Comment c'était ? s'enquit Burt, affalé sur le canapé, ses pieds nus pendant par-dessus l'accoudoir, les rares cheveux qui lui restaient aplatis sur le côté de son crâne.
- Rachel a exagéré. Fleurs, gâteau, bougies, cadeaux - tout le toutim.
- Que t'ont-ils offert ?
- Une stéréo pour ma camionnette.
Et divers objets encore inconnus.
- Super !
- Oui. Bon, je monte me coucher.
- À demain.
- C'est ça.
Et j'agitai la main.
- Qu'est-il arrivé à ton bras ?
Je m'empourprai, jurai en silence.
- J'ai trébuché. Rien de grave.
- Kurt, soupira-t-il en secouant le menton d'un air résigné.
- Bonne nuit, papa.
Je me dépêchai de monter à la salle de bains, où je gardais un pyjama pour les nuits comme celle-ci. Je me glissai dans le pantalon et le débardeur assortis qui avaient remplacé le survêtement troué d'autrefois. Ce faisant, les points de suture se rappelèrent à mon bon souvenir et m'arrachèrent une grimace. Je me lavai le visage et me brossai les dents, puis gagnai ma chambre d'un bond.
Assis au milieu de mon lit, Blaine jouait avec l'un des paquets argentés.
- Salut !
Sa voix était triste. Comme prévu, il se vautrait dans le remords. Je m'approchai, repoussai les cadeaux et m'installai sur ses genoux.
- Salut ! murmurai-je en me blottissant contre son torse de pierre. Puis-je ouvrir mes présents, maintenant ?
- D'où te vient ce brusque enthousiasme ?
- Tu as éveillé ma curiosité.
Je me saisis du long rectangle plat qui devait représenter la participation d'Antony et de Sarah aux festivités.
- Si tu permets, suggéra Blaine.
Il me le prit, déchira l'emballage argenté en quelques gestes fluides et me rendit une boîte blanche.
- Tu me crois capable d'ouvrir le couvercle ? bougonnai-je.
Il ignora le sarcasme. À l'intérieur, je découvris un bout de papier cartonné surchargé de petites inscriptions. Il me fallut un moment pour saisir.
- Nous allons à Jacksonville ?
Malgré moi, j'étais ravi. Deux billets d'avion, un pour lui, un pour moi.
- C'est l'idée.
- Je n'en reviens pas. Elisabeth ne va plus se tenir. Tu es sûr que ça ne t'embête pas ? Il fait grand soleil, là-bas, tu devras rester à l'intérieur toute la journée.
- Ne t'inquiète pas, j'y arriverai. Si j'avais deviné que tu réagirais aussi bien, je t'aurais obligé à l'ouvrir devant Antony et Sarah. J'avais peur que tu protestes.
- Naturellement, c'est beaucoup trop. Mais comme tu seras avec moi...
- Tu me donnes des regrets de ne pas avoir dépensé d'argent. Je ne savais pas qu'il t'arrivait de te montrer raisonnable.
Écartant les billets, je voulus m'emparer de son présent, soudain très désireux de voir ce qu'il m'avait offert. Une fois encore, il le déballa à ma place, puis me passa un boîtier en plastique transparent qui contenait un disque dénué de titre.
- Qu'est-ce que c'est ? demandai-je, perplexe.
Sans répondre, il sortit le CD et le glissa dans l'appareil posé sur la table de nuit. Il appuya sur la touche Play, et nous attendîmes en silence que la musique commence. Éberlué, j'entendis résonner les premiers accords. Lui guettait ma réaction. J'étais bouche bée. Les larmes me montèrent aux yeux, et je les essuyai avant qu'elles débordent.
- Tu as mal au bras ? s'inquiéta-t-il.
- Non, ce n'est pas ça. Oh, Blaine, c'est si beau ! Tu n'aurais pu trouver mieux. C'est merveilleux.
Je me tus pour jouir de la mélodie. La sienne. Celle qu'il avait composée. Ma berceuse.
- Je me suis dit que tu n'accepterais pas que j'achète un piano pour te la jouer ici, expliqua-t-il.
- Et tu as eu raison.
- Comment te sens-tu ? ajouta-t-il en désignant le pansement.
- Très bien.
En vérité, la blessure commençait à me brûler férocement. De la glace aurait été idéale. J'aurais bien posé la main de Blaine dessus, mais je me serais trahie.
- Je vais te chercher un calmant, annonça-t-il.
- Je n'ai besoin de rien, protestai-je.
Il m'avait cependant déposé sur le lit et se dirigeait déjà vers la porte.
- Burt ! soufflai-je.
Mon père n'était pas exactement au courant que Blaine restait souvent, la nuit. L'aurait-il su, qu'il aurait succombé à une attaque. Certes, je n'avais pas trop de vergogne à lui mentir. Après tout, ce n'était pas comme si nous nous adonnions à des pratiques répréhensibles. Vu les règles que m'imposait Blaine...
- Il ne m'entendra pas, promit ce dernier en disparaissant sans bruit dans le couloir.
Il revint aussitôt, avant même que la porte ait eu le temps de se refermer. Il tenait le verre à dents et un flacon de cachets. J'avalai ceux-ci sans objecter - à quoi bon ? j'étais sûr de perdre cette bataille. De plus, j'avais vraiment mal, maintenant.
À l'arrière-plan, la berceuse se poursuivait, tendre, somptueuse.
- Il est tard, souligna Blaine.
Il me souleva d'un bras tout en tirant la couverture de l'autre, puis il me borda. Ensuite, il s'allongea près de moi, sur la couette, de façon à ce que je ne gèle pas, et m'enlaça. J'appuyai ma tête contre son épaule et lâchai un soupir de contentement.
- Merci encore, murmurai-je.
- De rien.
Un long moment, j'écoutai mon morceau sans rien dire. Un deuxième le remplaça, et je reconnus la musique préférée de Sarah.
- À quoi penses-tu ? chuchotai-je.
- Au bien et au mal, répondit-il après une brève hésitation.
Je me raidis.
- Tu te souviens que je t'avais ordonné d'oublier mon anniversaire ? m'empressai-je de lancer, en espérant que ma tentative de diversion ne serait pas trop évidente.
- Oui, admit-il, circonspect.
- Eh bien, j'ai changé d'avis et je crois que, vu l'occasion, j'aimerais que tu m'embrasses de nouveau.
- Tu es bien exigeant, ce soir.
- C'est vrai. Mais bon, ne te force surtout pas.
Il s'esclaffa.
- Dieu me garde de jamais rien faire contre mon gré, marmonna-t-il sur un ton étrangement désespéré.
Sur ce, il me prit par le menton et attira mon visage contre le sien. Le baiser débuta à peu près comme d'ordinaire - Blaine toujours aussi prudent, et mon cœur s'emballant, comme d'habitude. Puis quelque chose changea. Brusquement, ses lèvres se firent plus pressantes, sa main libre fourragea dans ma chevelure en maintenant ma tête fermement en place. Et, alors que, de mon côté, j'ébouriffais également ses cheveux et franchissais sans doute aucun les limites imposées par la sagesse, pour une fois, il ne m'en empêcha pas. Son corps avait beau être glacé, je me pressais contre lui avec avidité.
Lorsqu'il interrompit le baiser, ce fut abrupt. Il me repoussa, doucement mais fermement. Je retombai sur l'oreiller, haletant, en proie au vertige. Quelque chose titillait ma mémoire, fugitif, flou.
- Désolé, murmura-t-il, hors d'haleine lui aussi. C'était déraisonnable.
- Ça m'est complètement égal ! affirmai-je, essoufflé.
- Tâche de dormir, Kurt.
- Non, je veux que tu m'embrasses encore.
- Tu surestimes mes capacités à me contrôler.
- Qu'est-ce qui t'attire le plus, mon sang ou mon corps ? le défiai-je.
- C'est du pareil au même, répondit-il en souriant malgré lui. Et maintenant, ajouta-t-il en redevenant sérieux, si tu cessais de jouer avec le feu et dormais, hein ?
- D'accord, cédai-je en me nichant près de lui.
J'étais épuisé. De bien des façons, la journée avait été longue. Pourtant, je n'étais nullement soulagé qu'elle se terminât. Presque comme si je pressentais que le lendemain serait pire, prémonition idiote - il ne pouvait y avoir plus horrible que les heures qui venaient de s'écouler. Ce devait juste être le contrecoup des événements, songeai-je.
Mine de rien, je glissai mon bras blessé contre son épaule, comptant que sa peau fraîche apaiserait la brûlure de la mienne. J'en fus tout de suite soulagé.
Je sommeillais à moitié lorsque le souvenir que le baiser avait éveillé s'imposa à moi : au printemps dernier, lorsqu'il m'avait laissé pour tenter d'arrêter Sébastian, Blaine m'avait quitté en m'embrassant, ni lui ni moi ne sachant quand ou si nous nous reverrions. Ce baiser avait eu la même saveur, presque douloureuse, que celui que nous venions d'échanger. C'est en grelottant que je perdis conscience, comme si, déjà, je sombrais dans un cauchemar.
Pour ceux qui se le demander le prénom de la mère à Blaine et celui de ma mère car je l'adore et elle me pousse à continuer donc voilà ! Une petite review ?
