You hou! Y a quelqu'un?

Me revoilà comme promis avec un nouveau chapitre!

Vous avez encore été merveilleuses avec toutes vos reviews. Je ne saurais jamais assez vous remercier pour tout le temps que vous me consacrez !

Laau :je sais, j'avais di mi mars et je me confonds à genoux en excuses pour l'attente. J'espère que ce chapitre te plaira et saura me faire pardonner. Mais sache que ta review de ce week-end a grandement participé à la rapidité de mon écriture. Tu m'as redonné une pêche d'enfer !

Sarouh07 :merci à toi et je suis contente que tu aies aimé mon Carlisle !

Flopy69 : En relisant ta review, je me rends compte que je ne tire pas trop sur la corde « Jasper » finalement dans ce chapitre. Mais je pense y aller plus franchement dans le prochain. Donc j'espère que tu ne seras pas déçue. Bisous à toi !

Alex16 : Alors alors alors ? Fille ou garçon ? Félicitations à toi jolie maman. Il n'y a rien de plus beau au monde que ses enfants. Profite pleinement de ces merveilleux moments et, ne t'inquiète pas, un bébé ça dort et ça laisse encore du temps pour soi une fois qu'on a trouvé le rythme de la nouvelle vie. Je t'embrasse tendrement.

So06 : Merci beaucoup miss ! Je me suis effectivement amusée avec les personnages et je suis contente qu'ils te plaisent comme ça. A bientôt.

Cel : Tu vas voir que, dans ce chapitre, niveau instinct de protection, Edward va être mis à mal. Par contre, pour finir de te répondre !attention spoilers ! Il reste entre 6 et 7 chapitres plus un prologue à cette histoire, donc la fin approche. Je n'ai pas (pour l'instant) prévu d'écrire plus que le prologue avec Bella vampire mais il ne faut jamais dire jamais… Les derniers chapitres ne se dérouleront pas à Volterra parce que je veux que Bella confronte ce qu'elle a découvert avec le monde tel qu'elle le connaissait avant et je n'en ai pas fini avec le côté bestial d'Edward donc je veux l'exploiter encore un peu. Bref, tout ça n'est peut-être pas très clair parce que je ne veux pas tout dévoiler maintenant mais c'est très clair dans ma tête, -).En tout cas, j'ai hâte de connaitre ton avis à chaque étape.

J'ai répondu en MP à toutes celles qui ont un compte. Vos boites doivent déborder de ma reconnaissance sans borne !

Et, enfin (après j'arrête), à vous toutes qui m'avez mise en favori ces dernières semaines, je vous souhaite la bienvenue dans cette histoire et espère vous plaire un jour assez pour que vous me laissiez un petit commentaire

Bisous à toutes

Lily

Disclaimer : les personnages appartiennent à Stephenie Meyer.


Chapitre 19 – About farewell

Pov Bella

Jasper?

Le Jasper taciturne, poli et discret qui semblait vouloir se faire oublier autant que possible?

Le Jasper qui ne m'avait pas adressé plus de trois mots d'affilé et encore moins de regards depuis que nous avions été officiellement présentés ?

Ce Jasper était responsable des atrocités commises à Seattle ?

Non.

Je ne pouvais pas y croire, pas une seconde.

Pourtant les regards affolés qu'échangeaient Edward et son père depuis quelques minutes maintenant dans un silence tendu prouvaient qu'il se passait là quelque chose de grave. Et je me sentais de plus en plus proche de la crise de nerfs.

Les évènements de ces derniers jours, la demande d'Edward, la rencontre plus que brutale avec sa famille, surtout son père qui n'avait pas pris de gants pour me présenter les faits, m'avaient mise à rude épreuve.

Edward hochait parfois la tête, comme si lui et Carlisle tenait une sorte de conversation silencieuse et je n'en pouvais plus d'être tenue à l'écart.

« Que quelqu'un m'explique, bon sang ! » m'exclamai-je subitement, attirant l'attention des deux hommes sur moi.

Je me sentais trembler de tous mes membres sous l'effet du stress. Ce n'était pas bon. J'avais bien compris que le pire était à venir donc que je devais être en pleine possession de mes moyens et je n'y arriverais pas si on me mettait à l'écart.

Edward revint prudemment vers moi et je l'implorais du regard pour qu'il me parle et qu'il dissipe la panique grandissante en moi. S'il pouvait encore lire mes pensées, il y verrait ma détresse, mais je n'en avais plus rien à foutre. J'avais peur.

Pinçant les lèvres en une moue presque dégoutée, il caressa doucement ma joue.

« Je suis désolé. » murmura-t-il. « Je ne voulais pas que tu te sentes exclue. C'est juste que… les choses risquent d'être un peu plus compliquées que prévues.

- Explique-moi. » le suppliai-je, plus gentiment cette fois.

Edward se tourna vers Carlisle, prouvant encore une fois que, en la présence du chef du clan, il ne pouvait plus faire tout ce que bon lui semblait. Carlisle avait sorti un téléphone portable et parlait vite. Trop vite et trop bas pour que je comprenne un seul mot.

Quand il raccrocha, il me regarda sans plus la moindre défiance.

« Les autres reviennent immédiatement. » dit-il. « Si Bella doit faire partie bientôt de notre famille, elle a le droit de tout savoir, mais Jasper et Alice doivent être présents. Nous ne pouvons dévoiler leur histoire sans leur accord. »

Je lâchai un soupir de soulagement. J'allais enfin savoir ce qui se tramait. Et il semblait que Carlisle m'ait vraiment acceptée. Il fallait croire que son petit laïus de tout à l'heure n'avait eu pour but que de me tester en me mettant au pied du mur.

Edward tira doucement ma main pour me faire asseoir à côté de lui, sur le lit, et, bizarrement, je me sentis soudain gênée d'être assise là, à l'endroit même où lui et moi avions vécu tant de moments intenses, sensuels et carrément érotiques, devant son père.

Je rougis sans pouvoir le contrôler, déclenchant un haussement de sourcil perplexe de Carlisle et un léger rire d'Edward qui se pencha à mon oreille pour murmurer.

« Ne t'inquiète pas, ça fait longtemps que j'ai passé l'âge d'avoir besoin de cacher quoi que ce soit à Carlisle. »

Loin de me réconforter, cette remarque narquoise et déplacée me fit rougir encore plus furieusement et je dus baisser la tête pour cacher mon trouble.

Evidemment, je savais que monsieur le prétentieux avait derrière lui un lourd passé de séducteur et d'entorses aux règles fixées par son père. Ça n'en rendait pas les choses moins gênantes pour moi.

Fort heureusement, la porte s'ouvrit, laissant la place à Alice, Jasper et Emmett qui investirent l'espace, le regard grave.

« Alice vous a exposé le problème ? » demanda Carlisle, sans préambule.

Emmett et Jasper hochèrent la tête en silence. Carlisle se tourna donc plus spécifiquement vers Jasper.

« Je suis tellement désolé. » murmura ce dernier d'un ton amer.

Il semblait tellement dégouté de lui-même…

Je me sentis instantanément mal pour lui. Edward pressa chaleureusement ma main avec un regard de reconnaissance. Il appréciait que j'éprouve de l'empathie pour les siens et il me le montrait.

« Bella a le droit de connaitre toute l'histoire car il se peut qu'Aro l'utilise contre elle ou Edward. » continua Carlisle en s'adressant à Jasper. « Acceptes-tu qu'elle sache ? »

Jasper me toisa d'un regard désabusé puis fit un pas vers moi.

« Aimes-tu réellement mon frère ? » me demanda-t-il alors abruptement.

Je fus un instant muette face à la première phrase qu'il m'adressait directement. Ce type m'impressionnait vraiment avec ses airs tourmentés et mystérieux, ce fut donc d'une voix timide que je lui répondis.

« Oui. »

Il hocha la tête en signe d'assentiment sans me lâcher du regard pendant quelques secondes puis il se tourna vers Edward.

« Tu peux tout lui dire. Elle est ta compagne, je n'ai donc plus de secret pour elle. »

Edward acquiesça, le visage grave mais attendis que chacun se soit assis avant de prendre la parole, se tournant vers moi pour accrocher mon regard.

Il commença alors à me raconter les secrets de sa famille.

« Jasper et Alice n'ont pas toujours fait partie de notre clan. Après avoir été transformée et abandonnée par son créateur, Alice a eu une vision de ce que serait son avenir. Elle y a vu Jasper et notre famille. C'est ainsi qu'elle l'a trouvé puis qu'ils nous ont rejoints tous les deux, se pliant de bonne grâce aux règles de Carlisle. Ça a été facile pour elle car elle était jeune et tellement têtue qu'elle n'aurait jamais laissé sa soif remettre en question ses visions.

- Hey ! » le coupa sa sœur.

Carlisle l'intima immédiatement au silence, ce qui arracha un sourire en coin à Edward.

Dieu que j'aimais ce sourire !

Evidemment, il entendit mes pensées et sourit encore plus. Je levai donc les yeux au ciel.

« Continue plutôt que de te rengorger. » dis-je. « Tu n'es pas si irrésistible ! »

Il haussa un sourcil amusé.

« J'adore déjà cette fille ! » s'exclama Emmett en riant.

« Poursuit, Edward. » le coupa Carlisle d'un ton sévère, remettant ses fils immédiatement sur les rails.

Edward se racla la gorge, semblant chercher à retrouver le fil de son récit, puis reprit la parole de sa voix suave et douce.

« Ce n'a pas été aussi simple pour Jasper. Il était beaucoup plus vieux et habitué à un style de vie totalement différent.

- Plus vieux ? » l'interrompis-je.

Edward plissa le nez comme s'il hésitait à me donner cette information.

« Jasper a été transformé au début de la guerre de sécession… »

Ahurie, je risquai un regard vers le blond Jasper, si parfait dans ses vêtements sur mesure à la dernière mode, et j'eus vraiment du mal à imaginer qu'il avait… cent quarante ans environ.

Ben voyons !

Accepte Bella… Le monde dans lequel tu vis est dorénavant plein de choses que tu ne comprendras jamais…

J'inspirai un bon coup avant de reporter mon attention sur Edward qui attendait prudemment que je lui fasse signe de poursuivre.

« A cette époque, tuer était facile et les clans de vampires prospéraient, meurtriers et intouchables. Sa créatrice ne lui a jamais appris à brider ses instincts pour ne pas se faire prendre et, même s'il a de lui-même renié cette barbarie au bout de quelques années, il a longtemps été incapable de résister à l'appel du sang… jusqu'à ce qu'Alice soit à ses côtés pour l'aider. Il fait preuve depuis d'un courage dont beaucoup d'entre nous seraient incapables mais il y a régulièrement eu… des rechutes, au cours des dernières décennies.

- C'est ce qui s'est passé à Seattle ? » demandai-je.

Il hocha la tête, l'air contrit.

« Nous venions d'arriver dans la région. Nous avons une résidence près d'Olympia. » précisa-t-il. « Je sentais que quelque chose n'allait pas depuis quelques temps mais je m'efforce la plupart du temps de ne pas lire les pensées de ma famille. Il était trop tard quand nous nous sommes rendu compte que Jasper avait attaqué un SDF… Après ça, les choses sont devenues… incontrôlables. Il y a eu plusieurs morts. Alors, nous avons essayé une nouvelle fois de l'aider en allant dans ce club à Seattle.

- Le Breaking Dawn ?

- Oui. Je pensais que, s'il apprenait à boire sans tuer ses victimes, comme moi, plutôt que de se brider complètement en permanence, mon frère serait capable de ne plus se laisser emporter par ses instincts et que les choses seraient moins difficiles pour lui. Même si cela signifiait renier en partie l'enseignement de Carlisle…

- Mais ça n'a pas marché. » complétai-je de moi-même, revoyant parfaitement le corps exsangue d'Anianka sur la table de la morgue.

« Non. Cette fille est morte. Il nous fallait une aide plus importante. C'est pourquoi Carlisle nous a envoyé ici, vers Eléazar. »

Je détournai les yeux pour observer les Cullen.

Jasper avait les yeux baissés sur ses mains qu'Alice enserrait fermement. Emmett et Carlisle étaient immobiles dans leurs fauteuils, me regardant avec circonspection.

« Pourquoi Eléazar ? » demandai-je directement à Carlisle, souhaitant maintenant inclure le reste du groupe dans la conversation.

« Eléazar peut ressentir les dons particuliers présents chez ceux de notre race. » me répondit-il. « J'ai pensé qu'il pourrait aider Jasper à utiliser le sien pour utiliser les émotions des humains qui l'entourent et se focaliser dessus plutôt que sur sa propre soif. Il est beaucoup moins facile de tuer quelqu'un quand on ressent sa douleur et sa peine. »

Je me tournai donc maintenant vers Jasper.

« Est-ce que ça a marché ? ».

Il parut réellement surprit quand il leva les yeux de constater que je m'adressai directement à lui, sans jugement.

« Oui » répondit-il simplement.

Je n'aurais su expliquer ce qui se passa entre nous dans le regard que nous échangeâmes à cet instant. Mais je le crus.

Il y avait dans ses yeux de la colère, du dégout et de la résignation, mais aussi une pointe de fierté et d'orgueil. Je devinais qu'il avait dû être terriblement pénible pour lui d'être le maillon faible de ce clan, d'être celui qu'il fallait surveiller en permanence et dont il fallait gérer les débordements. Alors il avait fait ce qu'il fallait pour que les choses changent.

« Quoi qu'il en soit, » dit Emmett, interrompant notre échange. « Je ne vois pas où est le problème. Aro sait ce qui s'est passé à Seattle puisque c'est lui qui a donné son autorisation pour qu'Eléazar nous aide.

- Peut-être… Mais les humains devaient croire à des attaques animales. Nous y avions veillé. La présence de Bella ici est la preuve que nous n'avons pas assez bien couvert nos traces. » répondit Carlisle.

« Personne d'autre ne s'intéresse à ces histoires. » répliquai-je. « La police avait bien conclu à des attaques d'animaux sauvages. Personne ne se préoccupe du sort de SDF ou de prostituées. Il n'y avait que moi. Je le dirai à Aro. »

J'avais tenté d'être aussi convaincante que possible malgré l'angoisse qui se déversa en moi à cette idée. Je n'avais pas la moindre envie de me retrouver face à cet homme encore une fois, même si je savais pertinemment que je n'aurais pas le choix.

La main d'Edward serra doucement la mienne.

« C'est effectivement ce dont il va falloir que nous le convainquions. » dit Carlisle.

« Comment comptes-tu t'y prendre ? » lui demanda Edward.

« Nous serons honnêtes. Autant que possible en tout cas. Tenter de lui cacher quoi que ce soit serait une pure folie. Et nous feront les choses dans les règles, à commencer par lui demander l'autorisation d'emmener une humaine avec nous. »

Edward se leva brusquement.

« Bella n'est pas juste une humaine ! » s'offusqua-t-il.

« Je sais. » temporisa son père. « Mais il est important de montrer à Aro que nous respectons autant que faire se peut les lois de son clan, et que nous n'avons pas accordé à ton humaine plus de droits qu'elle n'est supposée en avoir. Je te rappelle qu'elle est dans tes appartements en pleine journée.

- Et que je l'ai sortie par deux fois de la forteresse ! » S'emporta Edward. « Je me fous des règles ! Tout le monde le sait, à commencer par Aro. Il est hors de question que je la renvoie là-bas ! »

Là-bas ?

Où ça là-bas ?

Je ne comprenais plus rien du tour que prenait la conversation et Edward le sentit. Il m'éclaira donc sans pour autant cesser de vriller Carlisle d'un regard assassin.

« Il veut que je te ramène dans le salon… avec les autres favorites. Tu ne sais pas ce qu'elle risque là-bas ! » continua-t-il à l'intention de son père.

Carlisle secoua la tête, visiblement mécontent du ton employé pour s'adresser à lui.

Je ne voulais pas qu'ils se disputent. Pas à cause de moi.

Je me levai donc pour poser mes mains sur le bras d'Edward, enserrant son biceps entre mes doigts.

« Edward… » appelai-je doucement.

Il dut entendre ce que je m'apprêtais à dire car il laissa échapper un fort grondement de rage.

« Non ! » feula-t-il.

« Edward… » répétai-je en commençant à caresser son bras doucement. « J'irai si c'est ainsi que les choses doivent être faites »

Je le sentis trembler contre moi sous l'effet des efforts qu'il faisait pour se contenir. Mon contact n'était pas suffisant cette fois pour le calmer.

« Je resterai avec elle. » intervint alors Emmett, à ma plus grande surprise.

Lui aussi avait senti la tension ambiante.

« Ma présence ne sera pas indispensable avec vous dans le sanctuaire dans un premier temps. Personne ne s'en prendra à Carlisle, surtout pas lors d'une entrevue officielle. » poursuivit-il. « Je resterai avec Bella dans le gynécée. »

Edward se détendit imperceptiblement contre moi.

« Je veillerai sur elle, mon frère. » insista Emmett en se levant. « Il ne lui arrivera rien. »

Mon compagnon resta muet mais relâcha un soupire de résignation. Il abdiquait.

Ceci dit, je ne voyais pas bien qui aurait pu oser s'en prendre en moi s'il avait d'abord fallu en découdre avec Emmett. Ce type était une vraie armoire à glace !

Je me sentais moi-même un peu plus confiante de savoir qu'il veillerait sur moi.

« Nous ferons donc les choses dans l'ordre, » reprit Carlisle. « Emmett conduira Bella pendant que nous irons tous trouver Aro pour l'informer qu'Edward a choisi sa compagne parmi les favorites de Volterra et que je lui ai accordé ce droit. Nous lui dirons tout ce que nous avons appris sur elle et nous ne lui cacherons rien de l'implication de Jasper dans sa traque.

- Mais que ferons-nous s'il décide de punir Jasper ? » s'inquiéta Alice.

« Il ne le fera pas. Pas après nous avoir accordé son aide dans un premier temps et pas si nous arrivons à le convaincre que seule Bella a été intriguée par ces attaques. »

Alice ne sembla qu'à moitié convaincue mais se retint de tout commentaire.

Carlisle se tourna alors à nouveau vers Edward et moi.

« Puis il enverra chercher Bella pour s'assurer de la véracité de nos dires. Ce sera la partie la plus difficile.

- Pourquoi ? » demandai-je, le cœur au bord des lèvres à l'idée de passer en jugement devant un vampire psychopathe.

« Parce qu'il vous mettra à l'épreuve. » répondit Carlisle. « Je connais Aro. S'il cherche toujours à mettre Edward en défaut, il ne reculera devant aucun coup bas. Soyez y préparés et ne laissez à aucun moment votre fierté ou votre cœur prendre le pas sur votre raison. Ne commencez aucune querelle car vous pouvez être certains que c'est lui qui la gagnera. Ne lui donnez pas ce qu'il veut.»

Il vrillait Edward d'un regard sévère tout en disant cela, sachant pertinemment que c'était de lui qu'il fallait le plus craindre les emportements de rage et de colère. Comme pour confirmer mes peurs, Edward recommença à trembler contre moi.

« S'il la touche… » gronda-t-il, presque à bout de souffle tant la rage était palpable dans tout son corps.

S'en était trop pour moi. J'attirai donc son regard vers moi en enserrant son visage entre mes mains. Ses yeux brûlaient d'une flamme de colère pure attisée par le sentiment d'impuissance qui le rongeait de l'intérieur. Je détestais ça.

« Il ne me touchera pas. » murmurai-je. « Et même s'il le fait, tu devras rester calme. »

Il gronda mais je ne relâchai pas ma prise sur lui, me mettant même sur la pointe des pieds pour être encore plus proche de lui tout en ignorant la vague de chaleur qui m'envahit.

« Tu resteras calme. » insistai-je. « Car c'est le seul moyen pour que tu me sortes d'ici. »

Son regard s'adoucit immédiatement.

« Emmène-moi loin d'ici, Edward. Emmène-moi quelque part où tu ne seras pas obligé de me quitter au lever du soleil. Emmène-moi dans un endroit où personne ne pourra se mettre entre nous. »

La chambre commençait à s'effacer de ma perception des choses tant son regard se faisait brûlant et avide dans le mien et ses mains chaudes sur mes hanches, pressant mon bassin contre le sien.

« Emmène-moi là où je pourrai être à toi, complètement. »

Lequel de nous deux ferma la distance entre nous ? Lequel se rua le premier sur l'autre en un baiser furieux et passionné ? Je n'en eus pas la moindre idée tant l'envie qu'il m'embrasse s'était soudain faite urgence, annihilant toutes mes bonnes manières et toute retenue.

Je sus simplement que j'eus l'impression de renaitre sous la douceur de ses lèvres et l'empressement de son baiser. Mes mains trouvèrent naturellement le chemin de ses cheveux pour l'approcher encore plus de moi et le retenir, invitant sa bouche à dévorer plus intensément la mienne, sa langue à me gouter.

Il extirpait de moi toutes mes craintes et toutes mes peurs, les remplaçant par le feu brûlant et euphorisant du désir. Plus rien n'existait à par lui et cette urgence de le sentir, partout.

Un fort raclement de gorge me fit pourtant subitement retomber sur terre et je relâchai rapidement Edward pour reprendre une posture un peu plus digne.

Mon dieu !

Quelle magie utilisait-il sur moi exactement pour me faire tout oublier de cette façon ?

J'étais mortifiée de m'être ainsi laissée aller devant sa famille et les regards amusés d'Alice, Jasper et Emmett n'arrangèrent rien.

« Bien, hum, je pense qu'il est temps maintenant d'aller présenter nos hommages à notre hôte. » finit par dire Carlisle, brisant le silence gêné qui s'était installé.

Déjà ?

Un regard vers la fenêtre m'apprit que le soleil était effectivement en train de descendre derrière l'horizon et que nous ne pouvions reculer éternellement cette entrevue. Je doutais fort que tout le monde à l'intérieur de cette forteresse ne soit pas déjà au courant de la présence du clan Cullen dans ses murs.

Edward sentit ma panique et m'attira contre lui pour embrasser mes cheveux.

Ses frères et sœurs se levèrent.

Le moment était venu et je n'étais pas prête.

Mon cœur s'emballa et mon souffle s'accéléra dangereusement quand Edward commença à s'éloigner de moi. Mais il ne le fit que pour me faire face et se pencher vers moi.

« Tout va se passer exactement comme Carlisle l'a dit. D'accord ? »

Je hochai piteusement la tête et il inspira un grand coup avant de s'approcher un peu plus pour déposer un baiser chaste contre mes lèvres. Trop chaste.

J'en voulais tellement plus. Je ne voulais pas être séparée de lui. Pas une minute. C'était une vraie torture.

Quand il se redressa, ses yeux était fermés et son visage crispé en une expression douloureuse mais il ne me donna pas ce que j'exigeai.

« La prochaine fois que je t'embrasserai, Bella. Tu seras à moi, complètement. »

Il rouvrit les yeux et j'y lus de la détermination et de l'amour. Je le croyais. Nous y arriverions.

« Je le suis déjà. » murmurai-je.

Il sourit d'un de ces sourires qui me faisait chavirer le cœur, puis se détourna pour rejoindre les autres et sortir, me laissant seule avec Emmett et un sentiment de vide abyssal.

J'inspirai profondément pour me donner du courage.

« Allons-y » dis-je alors que je faisais moi-même mon chemin vers la sortie, retrouvant sans trop bien savoir comment le chemin vers le bordel du haut.

Mes pas résonnaient trop fort sur le marbre des marches et des couloirs, et mon cœur battait si rapidement à mes tempes que ça me faisait mal. Mais il était hors de question de reculer maintenant.

Derrière moi, Emmett resta silencieux jusqu'à ce que nous arrivions devant la lourde porte de bois que je ne connaissais que trop bien. Sa présence aurait pu être rassurante, apaisante… Mais face à cette porte, je sentais mon courage se dégonfler comme une vulgaire baudruche, si tant est que j'en ai eu à un moment donné.

Qu'allais-je trouver là-dedans ?

Qui allait encore chercher à me faire du mal ?

« Je ne te quitterais pas des yeux. » murmura la chaude voix d'Emmett à mon oreille.

Je sursautai à le sentir subitement si près.

« Je sais… je fais souvent cet effet. » se moqua-t-il gentiment.

Je ne pus alors réprimer un sourire. On pouvait au moins accorder à Emmett le fait de savoir détendre l'atmosphère. Je ne comprenais pas bien pourquoi il faisait ça pour moi mais je lui en fus infiniment reconnaissante car il m'avait redonné le courage qui me manquait pour frapper à cette fichue porte.

Trois coups.

Trois coups suivis d'à peine trois secondes avant que le lourd battant ne s'ouvre sur la silhouette d'Heidi, vêtue comme à son habitude d'une robe fourreau rouge sang.

La vampire m'accueillit avec un sourire avenant.

« Isabella ! Il y avait si longtemps ! » s'exclama-t-elle avant de lancer vers mon compagnon un regard surpris. D'autant plus quand celui-ci me suivit à l'intérieur pour se poster sans un mot à droite de la porte, aussi immobile qu'une statue.

Je ne pris pas la peine de répondre et entrai lentement, retrouvant la même atmosphère faussement chaleureuse de la grande pièce… vide.

A chacune de mes venues ici, j'y avais toujours vu au moins une demi-douzaine de jeunes femmes. Mais, ce soir, seul deux fauteuils étaient occupés, l'un par une jeune femme brune que je n'arrivais pas vraiment à resituer bien que je sois certaine de l'avoir déjà vu auparavant, l'autre était occupé par Kate qui se leva immédiatement en me voyant.

Elle s'approcha rapidement et m'agrippa par le bras pour m'entrainer vers le coin opposé de la pièce.

« Bella ! Que je suis contente de te voir ! » chuchota-t-elle, les yeux faisant des allers et retours effrayés vers la porte.

Elle avait peur, mais de quoi ?

« Que se passe-t-il, Kate ? Tu as l'air… angoissée. »

Elle m'attira encore plus à l'écart.

« C'est que j'ai des raisons de l'être. » répondit-elle. « Il se passe des choses étranges depuis deux jours. Des filles ont disparu. Victoria n'est plus là. Sa chambre a été complètement vidée et personne ne sait où elle est. Et… Tanya, cette fille qui a été répudiée le soir de mon arrivée, elle est de retour et… elle me fait flipper ! »

En quelques mots, Kate avait résumé les atrocités dont j'avais été témoin ces dernières nuits. La seule différence entre nous deux c'est que moi je savais ce qui se tramait dans l'ombre.

Je laissai courir mon regard dans la pièce.

« Elle n'est pas là ? » demandai-je, pleine d'espoir.

« Non, elle arrive plus tard généralement, avec Irina qui est elle aussi devenue super flippante depuis le retour de sa sœur. Comme si elles savaient des choses que je ne sais pas. Je n'aime pas ça ! Qu'est-ce qui se passe ici, bon sang ?»

Elle semblait au bord de la crise de nerf. Pourtant, quand elle se rendit compte que je ne paniquais pas comme elle, elle se figea subitement.

« Tu sais ce qui se passe. » affirma-t-elle. « Dis-moi. »

J'ouvris la bouche mais aucun son ne voulut en sortir. Par où commencer ? Et que pouvais-je lui dire sans la mettre plus en danger qu'elle ne l'était déjà ?

Elle tira alors désespérément sur mon bras.

« Dis-moi, Bella. S'il te plait. »

Il y avait un réel désespoir dans sa voix qui me rappela qui elle était et d'où elle venait. Kate n'avait jamais voulu être dans cette situation, elle ne méritait pas d'être là. J'avais donc le devoir de ne pas la laisser dans l'ignorance.

« Victoria… » commençai-je.

Mais ma voix se voila quand je revis dans un flash la chevelure rousse éparpillée sur le sol et le sang… tout ce sang.

« Victoria est morte. Son maitre l'a tuée il y a deux nuits de cela. »

Kate étouffa un cri en portant sa main devant sa bouche.

« Il y a eu… une sorte de… fête. Beaucoup d'humains sont morts ce soir-là… »

Kate avait du mal à respirer. C'était une chose de savoir ce que l'on risquait à Volterra mais je pense que beaucoup des favorites se croyaient sauvées. Il n'en était rien et Kate le réalisait brutalement maintenant.

Il se passa quelques minutes difficiles avant qu'elle ne retrouve suffisamment de contrôle sur elle-même pour être capable de parler à nouveau.

« Mais… Et toi, où étais-tu ? » demanda-t-elle, la voix légèrement rauque. « Je ne t'avais pas revue depuis cette histoire entre Edward et Félix. Je me suis fait un sang d'encre !

- J'étais avec Edward…

- Mais tu n'étais pas dans ta chambre la journée non plus. Je t'ai cru morte !

- Je sais. Je suis restée avec lui quasiment tout le temps. »

Kate plissa les yeux, réalisant que je n'aurais jamais dû être avec mon maitre pendant la journée. Elle m'observa plus intensément puis son regard alla jusqu'à Emmett qui nous regardait sans détour depuis l'entrée.

« Qui est-ce ? » demanda-t-elle en le désignant d'un signe de tête discret.

Je tournai la tête pour le voir sourire. Il semblait aimer être soudain le centre de l'attention. Il apparaissait que c'était un caractère récurant chez les mâles Cullen.

« C'est Emmett… Cullen. » répondis-je sans trop savoir quoi dire d'autre.

« Cullen ? Comme dans Edward Cullen ? » s'étonna mon amie.

« C'est son frère. » confirmai-je.

« Et que fait-il ici ?

- Il veille sur moi.

- Pourquoi ? »insista-t-elle.

Je ne savais pas quoi lui répondre. Avais-je seulement le droit de lui dire que j'allais survivre, en quelque sorte, à tout ça alors que son avenir à elle était encore si incertain ?

Je ne pouvais pas faire ça.

Pourtant je ne voulais pas lui mentir…

Mais je n'en eus même pas l'occasion.

« Tiens Tiens Tiens… Qui avons-nous là ? » dit une voix trainante dans mon dos.

Je me retournai lentement, sachant pertinemment que j'allais bientôt faire face au regard glacial de Tanya.

Je n'étais pourtant pas préparée à la haine pure que j'y trouvai.

« Tu as un sacré culot de te pointer ici. » me lança-t-elle avec plus de fiel dans la voix que je n'en avais jamais entendu.

Irina se tenait à ses côtés, me vrillant avec la même expression haineuse. Elles étaient magnifiques toutes les deux. Magnifiques et effrayantes.

Cependant, j'en avais ma claque de toutes ces histoires. Ce qu'elles avaient vécu était terrible, j'étais d'accord avec ça et je le déplorais de toute mon âme. Mais je n'avais jamais voulu ça ! Alors qu'elles avaient cherché à être ici. Qu'elles me rendent responsable de leurs problèmes commençait à me taper sur les nerfs.

« J'ai tout à fait le droit d'être ici » répliquai-je en me redressant pour leur prouver qu'elles ne me faisaient pas peur.

Irina pinça les lèvres.

« Victoria est morte à cause de toi. » siffla-t-elle.

« James a tué Victoria. » contrai-je, me surprenant moi-même de mon calme.

Puis, m'adressant à Tanya :

« Tu étais là donc tu le sais parfaitement.

- Il l'a tuée sur l'ordre d'Aro pour te faire peur. Tout est ta faute. »

Je levai les yeux au ciel en revenant vers le centre de la pièce car je ne voulais pas rester ainsi acculée dans un coin si jamais la blonde souhaitait ajouter le geste à ses attaques verbales.

« Je n'en ai pas fini avec toi, Bella Swan ! » s'exclama-t-elle en me suivant à grandes enjambées, laissant Irina et Kate confuses derrière elle.

Je me retournai donc brusquement pour lui faire face car il était hors de question qu'elle pense que je la fuyais.

« Tout est ma faute, hein ? » me moquai-je. « Je ne me savais pas si importante au point d'influencer les actions d'Aro.

- Tu n'es rien ! » me cracha-t-elle au visage, ce qui me fit sourire.

« Il faudrait savoir : suis-je importante ou ne suis-je rien ? »

Tanya sembla un moment sur le point de se jeter sur moi et je me sentais plutôt fière de la mettre dans cet état de rage. Mais elle se reprit rapidement et un sourire mauvais étira ses lèvres.

« Tu n'es rien. » répéta-t-elle, plus calmement cette fois. « Et c'est ce qu'Aro a voulu te faire comprendre. »

J'avançai d'un pas vers elle.

« Alors je n'ai pas bien compris son message. Pourquoi ne me l'expliques-tu pas ?» la défiai-je.

« Edward ne te transformera jamais. Il ne l'a jamais fait et ne le fera jamais. Et quand bien même il le voudrait, Aro ne le permettra pas. Tu vas mourir ici. » dit-elle lentement en appuyant sciemment sur chaque mot.

Pourtant elle ne réussit qu'à me faire sourire encore plus.

Je m'écartai à nouveau d'elle et lui tournai le dos.

« C'est donc encore à propos d'Edward tout ça… » m'étonnai-je. « Je croyais pourtant avoir compris que tu avais trouvé un autre… souteneur. Alec, c'est ça ? »

Je me retournai vers elle pour retrouver la suffisance sur son visage.

« Oui, Alec. » répondit-elle avec arrogance. « C'est quelqu'un de très important ici.

- Et tu crois vraiment qu'il est ton ticket d'entrée pour l'immortalité ?

- Il me l'a promis. Je suis sa première favorite. Je le sais, je me suis renseignée. Il va me transformer et je deviendrai moi aussi quelqu'un de très important car il est un des proches d'Aro. Alors que toi tu pourriras en enfer.»

Elle semblait si sûre d'elle et tant de haine coulait de ses paroles que je perdis instantanément le reste de compassion que j'avais pour elle.

« C'est aussi un menteur, un manipulateur et un psychopathe. On te l'a dit ça aussi ? » demandai-je, consciente que j'allais être méchante.

Mais elle m'avait poussée à bout.

Elle émit un petit rire de gorge, signe qu'elle ne me croyait pas du tout.

« Et as-tu déjà fait la connaissance de sa sœur ? Il parait que l'amour fraternel n'a pas de limite entre eux deux, est-ce vrai ? »

Son sourire se fana sur ses lèvres qui se retroussèrent en une moue vexée.

« Ce ne sont que des racontars ! » répliqua-t-elle.

« Peut-être… Je n'aurais probablement pas dû prêter tant d'importance à ce que l'on m'a raconté alors. Laisse-moi donc te présenter toute mes félicitations. Vous formez un si joli couple… »

Elle plissa les yeux car je venais de porter un coup bas. La différence d'âge entre eux deux était frappante car Alec semblait tout juste sorti de l'adolescence alors que Tanya était déjà une femme. On n'aurait pu faire un couple plus mal assorti.

Je souris malgré moi.

« Après tout, tu pourras le faire passer pour ton petit frère. Qui se remarquera votre différence dans dix ans ? Oh… attends… Vous ne changerez plus jamais donc elle se verra pour l'éternité.»

Elle poussa un cri en se jetant sur moi.

Je me protégeai en ramenant mes bras devant mon visage mais rien ne vint et, quand je rouvris les yeux, le bras imposant d'Emmett s'étendait entre moi et mon assaillante, la maintenant à distance.

« Qui êtes-vous ? » s'écria-t-elle à la fois apeurée et en colère à ce que je pouvais en juger.

« Je suis Emmett Cullen. » répondit-il calmement.

« Cullen… » s'étrangla Tanya en faisant un pas en arrière.

Emmett laissa retomber son bras le long de son corps mais ne fit pas un geste pour retourner près de la porte. Tanya nous dévisagea l'un et l'autre à tour de rôle, perdue.

« Tu es… Vous êtes venu rendre visite à Edward ? » demanda-t-elle, semblant chercher son souffle en même temps qu'un moyen de garder une posture aussi digne que possible.

« Je suis venue chercher mon frère. Et sa compagne. » répondit Emmett froidement.

Tanya secoua la tête, ses lèvres se crispant dans le déni de l'évidence.

« Bella n'est pas… » commença-t-elle, la colère parfaitement perceptible dans sa voix.

Mais Emmett ne la laissa pas poursuivre.

« Mon père lui-même vient de l'accepter dans notre famille. Il présente en ce moment ses adieux à Aro avant notre départ. »

Tanya recula comme si elle venait de recevoir un coup.

« Non… » gronda-t-elle. « Cela ne se peut pas ! Pas elle ! »

Malgré toute la colère que je venais d'emmagasiner contre elle, son cri me prit au cœur. C'était le cri d'une femme bafouée et j'avais contribué à cela en détournant d'elle sans le vouloir l'homme dont elle s'était éprise. Je n'en voulais pas à Edward pour ça et je ne me considérais pas comme responsable, mais je ne pouvais rester insensible à sa douleur.

Elle aurait ce qu'elle était venue chercher ici si Alec la transformait vraiment, mais elle n'aurait pas l'éternité avec celui qu'elle avait choisi.

Elle n'aurait pas ma chance.

Remporter la victoire dans notre dispute me parut bien amer après cela.

Je n'eus pourtant pas le temps de m'apitoyer plus sur son sort car la grande porte s'ouvrit avec un fracas et Jane s'avança vers nous.

« Aro vous demande. Maintenant. »

Mon cœur se remit à battre férocement dans ma poitrine.

Nous y étions.

Sous le regard assassin de Tanya, et celui effaré d'Irina et Kate, nous sortîmes du grand salon à la suite de Jane. Mais, cette fois, Emmett ne marchait plus deux pas derrière moi. Il était à mon côté et je lui en fus encore une fois reconnaissante.

« Je croyais que nous devions faire les choses dans l'ordre. » chuchotai-je à son intention, faisant allusion au fait qu'il avait largement éventé notre secret tout à l'heure en prenant ma défense.

« Elle m'a énervé. » répondit-il en me souriant nonchalamment.

Il n'avait pas l'air le moins du monde stressé ou angoissé par l'entrevue qui s'annonçait. Pouvais-je me permettre de me fier à ça ? Croire que tout se passerait exactement comme Carlisle l'avait décrit, sans heurt ni scandale ?

J'en avais vraiment envie mais, au plus profond de moi, alors que Jane semblait nous conduire au cœur même de la forteresse, là où aucune lumière ne venait dissiper les ténèbres, j'étais terrifiée.

Et je le fus encore plus quand nous pénétrâmes dans une immense pièce circulaire, sans autre porte ni fenêtre que celle qui nous permit d'entrer. Les murs étaient noirs tant la luminosité était faible et le bruit de nos pas s'y répercutait à l'infini.

Seul espoir dans cet enfer : les yeux d'Edward qui ne me quittèrent pas jusqu'à ce que je sois à ses côtés. Il était debout à la droite de Carlisle, fier et droit, implacable. Alice et Jasper se tenaient derrière eux et Emmett vint se placer à côté d'eux. Je me demandais un instant si cela reflétait une sorte de hiérarchie dans le clan Cullen… Après tout, Edward m'avait dit qu'il avait été le premier que Carlisle avait engendré…

Tous affichaient un air sérieux mais calme.

Beaucoup plus calme que moi en tout cas. Car, face à eux, sur une sorte d'estrade en pierre et assis dans un imposant fauteuil de bois noir sculpté, se tenait Aro. Ses yeux écarlates et cruels ne me quittaient pas alors qu'un sourire narquois tordait sa bouche.

De chaque côté de son trône, deux fauteuils identiques, vides, occupaient l'espace. Je me rappelais qu'Edward m'avait parlé des trois frères Volturi et je fus soulagée de n'être encore une fois confrontée qu'à Aro, même si, derrière lui, postés en retrait comme des ombres menaçantes, se tenaient Félix, Jane et Alec.

Le silence était assourdissant, seulement perturbé par le rythme saccadé de mon cœur que je n'arrivais pas à maitriser.

Edward s'approcha doucement et, sans un mot, saisit ma main dans la sienne, scellant ainsi notre choix en l'affichant devant le seigneur de Volterra.

Aro suivit ce geste d'un regard avide et un sourire encore plus malsain tordit ses lèvres qu'il cacha en joignant ses mains devant son visage en un geste théâtrale.

« Très chère Isabella ! C'est encore une fois un plaisir de te revoir. Surtout en de telles circonstances ! »

Mensonge.

A quoi bon faire tant de simagrées ?

J'inclinai donc simplement la tête en un salut poli, incapable de prononcer un mot.

Aro plissa les yeux en me scrutant avidement.

« Mon cher ami Carlisle est venu ce soir m'informer qu'il comptait faire de toi une nouvelle… recrue. Je ne voulais donc pas te laisser partir sans avoir eu une dernière fois la chance de profiter de ta compagnie. » dit-il avec condescendance.

Je restais toujours silencieuse car je ne pensais pas que ces minauderies attendaient une réponse.

« J'avoue que j'ai été particulièrement surpris de cette nouvelle. Etant donné la raison de ta présence parmi nous, je n'aurais pas pensé que l'immortalité était une option pour toi. » continua-t-il et, cette fois, je dus me retenir de lui cracher au visage que j'avais bien compris le message quand il me l'avait fait passer la première fois.

L'exécution de Victoria avait été assez parlante.

Mais, à ma plus grande surprise, je parvins à garder un visage serein et inexpressif. Ce qui le poussa à continuer.

« Il faut avouer que … le timing est impeccable, n'est-ce pas ? Sans la visite inopinée de Carlisle, et sans les informations qu'Edward a lu en toi, j'aurais eu des réserves à lui accorder ta vie. »

Je tournai la tête vers mon amant. Ainsi il avait déjà laissé Aro lire en lui et lui tirer toutes les informations qu'il avait. C'était une bonne chose, ainsi il saurait que je n'étais pas une menace. Mais qu'en était-il de Jasper, alors ?

Edward me regarda intensément mais ne me fit pas un signe.

« Qui aurait cru, n'est-ce pas, » continua Aro. « que boire ton sang suffirait à lever pour lui les barrière de ton mental ? Il y a tant de mystères en ce monde ! Vous formerez assurément un couple exceptionnel»

Il semblait exalté, presque joyeux. J'avais envie de croire que le pire était passé et qu'Aro nous laisserait partir. C'est ce que laissaient sous-entendre ses paroles. Mais la main d'Edward toujours crispée sur la mienne me faisait comprendre que ce n'était qu'une façade.

« Cependant… »

Nous y étions.

Aro cessa de s'agiter et redevint soudain plus sérieux.

«Il y a encore quelques questions auxquelles j'aurais aimé que tu répondes, ma chère. »

Je déglutis péniblement.

« Alors demandez-moi et je répondrai. » réussis-je à répondre, péniblement.

Aro secoua la tête en haussant les épaules.

« Tu as affirmé que toi seule avait été alertée par les meurtres commis par Jasper. Tu as assuré Carlisle que tu n'avais partagé tes informations avec personne. J'aimerais entendre tes réponses par moi-même mais comment pourrais-je être certain que tu ne me mens pas, charmante Isabella ?

- Je n'ai aucune raison de vous mentir. » assurai-je avec autant de conviction que possible.

« Je n'accorde pas aussi facilement ma confiance qu'Edward l'a fait avec toi. » contra-t-il, le regard dur et cruel. « J'ai vu tout ce qu'il a lu en toi mais je ne peux me satisfaire de cela. Tu es une mystificatrice. Cela t'es indispensable dans la voie que tu t'es choisie. Tu as très bien pu lui mentir.

- Je ne lui ai jamais menti ! » m'exclamai-je, offusquée qu'on remette en compte ma bonne foi alors que c'était moi qui était prête à renier tout ce que j'étais.

Aro sourit, visiblement satisfait de m'avoir touchée.

Edward resserra sa prise sur ma main pour m'inciter au calme et ce fut lui qui prit la parole.

« Tu peux me faire confiance, à moi, Aro. Bella ne m'a rien caché. J'ai appris sur elle des choses que je ne souhaitais pas savoir seulement pour te contenter, t'apporter ce que tu m'avais demandé et que tu la laisses me suivre sans aucune crainte. Elle n'est pas une menace. Elle n'a parlé de nous à personne et ne le fera jamais.

- C'est exact. » acquiesça Aro. « Elle ne le fera jamais car, si je décide de ne pas vous accorder ce que vous me demandez, elle ne quittera jamais ma cité. »

Mon sang se glaça dans mes veines.

Carlisle s'avança.

« Mon ami, j'ai déjà donné mon accord à Edward et je suis responsable à compter de maintenant des faits et gestes de Bella. Je veillerai personnellement à ce qu'elle soit transformée dès notre arrivée chez nous. Je te l'ai dit. Fais-moi confiance. »

Aro se tourna vers lui avec un air faussement ennuyé.

« Je suis parfaitement convaincu de ta loyauté envers moi et de celle de ta famille, mon ami. C'est en l'humaine que je n'ai pas confiance… et je ne peux me permettre de mettre mon espèce en danger juste sur les allégations d'une journaliste. »

Ce fut alors que ça me frappa de plein fouet : il ne me laisserait pas partir.

Cette ordure retournerait tous nos arguments à son avantage, arguant de la sacrosainte sécurité des siens pour justifier mon meurtre. Il n'y avait pas d'autre issue.

A moins que…

« Alors buvez mon sang. » murmurai-je, parfaitement consciente que chacun dans cette pièce entendrait parfaitement mes paroles.

Edward se raidit à mes côtés, se plaçant instantanément entre moi et le danger : Aro, qui me regardait maintenant avec un sourire victorieux plaqué sur le visage.

« Ai-je bien entendu ? » demanda-t-il par simple plaisir de m'entendre répéter ma soumission.

Je me redressai et contournai Edward pour faire face à mon bourreau.

« Buvez mon sang. » répétai-je. « Si vous ne me faites pas confiance, lisez en moi tout ce que bon vous semble. Je n'ai plus rien à cacher. »

Il lécha ses lèvres avec une mine gourmande et je frissonnai. Mais son visage fut rapidement soustrait à ma vue quand Edward se plaça à nouveau entre nous deux.

« Il n'en est pas question ! » gronda-t-il.

A travers te tissu de sa chemise, je pouvais voir les muscles de son dos se contracter furieusement. Je tentai de le contourner encore une fois mais il se repositionna devant moi, me barrant le passage.

« Edward. » appela calmement Carlisle.

« Non ! » Hurla-t-il en réponse, irradiant littéralement de fureur.

Je posai une main sur son bras et le sentit nettement trembler de rage.

De son côté, Aro semblait plus que satisfait. Je repensai aux paroles de Carlisle plus tôt dans sa chambre : « Ne commencez pas une querelle car vous pouvez être certains que c'est lui qui la gagnera. »

Nous ne devions pas le laisser nous diviser comme ça. Je ne voulais pas m'offrir à lui. L'idée même me révulsait, mais je ne voyais pas d'autre solution pour qu'il cède, pour qu'il n'ait plus aucun prétexte à faire croire qu'il n'avait pas confiance en moi.

« Ceci est ma décision, Edward. » dis-je doucement.

« Non ! » gronda-t-il à nouveau. « Tu es à moi. Il n'a aucun droit de te toucher si je ne l'y autorise pas ! »

Il était incapable de me regarder, ses yeux fixés sur Aro qui approchait doucement en souriant, glissant vers moi comme dans un mauvais film d'épouvante.

« Alors autorise-le. »

Cette fois, il baissa sur moi un regard plein d'incompréhension et d'angoisse.

« Tu ne peux pas me demander ça. » grogna-t-il entre ses dents. « Tu ne peux pas vouloir ça.

-Non, je ne le veux pas. Je suis à toi, Edward. Mais, si Aro ne me croit pas sincère, c'est le seul moyen pour qu'il n'ait plus aucun doute. »

Carlisle s'approcha également.

« Ecoute-la, mon fils. Elle a raison. » dit-il d'une voix posée en saisissant doucement son bras.

Mais la réaction d'Edward fut fulgurante. Il se dégagea d'un geste et repoussa violemment son père qui dut reculer d'au moins un mètre. J'étouffai un cri.

« Calme toi. Maintenant. » ordonna Carlisle d'une voix froide et dure, bien loin de la bienveillance que j'avais entendue jusqu'à présent.

« C'est hors de question ! » s'énerva Edward.

« Alors elle ne partira pas d'ici. » intervint Aro, bien trop proche maintenant qu'Edward s'était éloigné de moi.

Ce dernier gronda bassement et, en une fraction de seconde, Félix fut au côté de son maitre, posté en une position de défense et affichant un sourire qui me faisait penser qu'il attendait l'occasion de s'en prendre à Edward depuis longtemps.

Ça dégénérait.

Tout ça ne pourrait pas bien finir si Edward ne se calmait pas maintenant.

Je me plaçai donc face à lui, les mains sur son torse, ressentant toute sa tension et toute sa colère dans mon propre corps. C'était l'amour et la peur qui était la source de tout ça. Il fallait que la peur passe. Vite

« Il ne me fera pas de mal. C'est la seule solution et tu le sais. »

Son regard se baissa sur moi, plongea dans le mien, ocre sur brun, vampire et humaine, colère et passion, détermination et confiance…

Je me levai sur la pointe des pieds pour baiser ses lèvres, doucement.

« Laisse-le faire… »

Il serra les mâchoires et ferma les yeux pour ne pas me voir reculer. Et, alors que j'avais encore peur que sa colère ne l'emporte sur tout le reste, c'est lui qui capitula le premier.

« Emmett. » gronda-t-il en une supplique féroce.

Son frère fut immédiatement derrière lui, enserrant fortement chacun de ses biceps dans une poigne de fer.

J'avais mal de le voir ainsi, à se battre contre sa nature qui le poussait à me protéger, à affronter son amour et sa jalousie afin d'avoir la force de laisser un autre me prendre ce qui n'était qu'à lui, ce que je lui avais offert.

Le cœur au bord des lèvres je me retournai vers Aro.

Il avait beau sourire et penser être le grand vainqueur de cette bataille, je le méprisai de toutes mes forces. Je ne lui donnai rien, il ne me prendrait rien. Je faisais ça pour obtenir ce que je voulais : Edward. Pour toujours.

J'étais forte.

Je ne tremblai pas en allant à lui.

« Tu peux encore dire non. » tenta-t-il de me faire croire, alors que ces yeux ne reflétaient que l'avidité et l'envie de pouvoir.

« Je ne reculerai pas. » répondis-je. « Buvez puis laissez-nous partir.

- Ton sacrifice t'honore. » ajouta-t-il d'un voix mielleuse.

Carlisle fut près de moi en une seconde.

« Bella te fait là un grand honneur, Aro. » dit-il. « Sois en conscient. Et garde en mémoire que cette humaine ne t'appartient pas. Si tu la tue ce soir, s'en sera finit de notre entente. »

Aro retroussa les lèvres et la terreur se répandit dans mes veines, glaciale et amère.

Il ne te tuera pas. Accroche-toi à ça, Bella.

« Ton amitié m'est bien trop précieuse, Carlisle. » murmura Aro sans me quitter des yeux. « Approche. »

Je fis un pas, mon cœur battant à tout rompre, hypnotisée par le regard sombre maintenant du seigneur de Volterra.

« Encore. »

Et je m'exécutai, jusqu'à être si près que je sentis son souffle sur mon visage. Je fermai les yeux. Je ne voulais pas le voir. Je pensai à Edward et à toutes les fois où lui s'était tenu si près de moi, la façon dont mon corps ressentait toujours sa présence et l'appelait de toutes ses forces.

Aro ne serait pas doux comme lui. Aro ne serait pas tendre.

Il allait me faire souffrir.

Je le savais. Mais je devais ne pas le montrer.

Edward ne le supporterait pas et j'étais certaine qu'Emmett ne serait jamais assez fort pour le retenir.

Je frissonnai de dégout quand une main rêche et glacée effleura ma joue, essuyant une larme que je n'avais pas senti couler.

« Tu ne veux pas me regarder ? » souffla la voix sournoise de mon bourreau à mon oreille.

Je ne répondis pas. Il ne le méritait pas.

« Alors soit. »

En un geste, il me fit faire volte-face et je ne pus retenir un cri sous la violence du choc quand il me plaqua, le dos contre son torse. La peur me fit ouvrir les yeux alors que je cherchais frénétiquement l'air qui me manquait subitement.

« Tu apprécieras plus cette vue, certainement. »

Devant moi, à quelques pas à peine, Edward semblait sur le point de s'effondrer. Emmett le retenait tant bien que mal, ses bras tremblant sous l'effort.

Derrière eux, Alice et Jasper baissaient les yeux, tout comme Carlisle, dans une attitude respectueuse et affligée. Mais ils ne prouvaient pas leur respect à Aro, c'était à moi qu'ils le montraient, me faisant comprendre qu'ils ne souhaitaient pas être spectateurs de cette scène, même s'ils n'en avaient pas le choix.

Seul Edward ne me quittait pas des yeux et la douleur que j'y vis alors que les doigts d'Aro couraient sur ma gorge tandis qu'il me retenait douloureusement de son autre main me fit à nouveau monter les larmes aux yeux.

« Ne regarde pas… » murmurai-je.

Il secoua la tête, incapable de détourner les yeux, incapable de ne pas vivre ce supplice avec moi. Sa mâchoire crispée à l'extrême, il se retenait de ne pas hurler. Je le savais et je n'osai imaginer les efforts qu'il faisait pour ne pas se débattre.

Le nez d'Aro frôla ma peau et je ne pus en supporter d'avantage.

Je n'aurais pas le courage d'aller jusqu'au bout si je voyais la souffrance d'Edward plus longtemps. Honteuse, je fermai donc les yeux et me mordis les lèvres durement, attendant que la douleur vienne.

Il prit son temps, humant mon épaule et ma nuque avidement, déclenchant en moi des spasmes de dégout.

Quand je sentis ses dents frôler ma peau, juste au-dessus de mon épaule, je ne pus me retenir de me rappeler à quel point ce contact avait été sensuel avec Edward, désiré. Là, c'était simplement abject et détestable.

Et quand il planta ses crocs en moi, il ne le fit avec aucune douceur. Ce fut violent et brutal et tout mon corps se mit à trembler en même temps que je m'affaissai dans ses bras sous le coup de la souffrance alors qu'il déchirait mes muscles sans ménagement et tirant mes cheveux vers l'arrière pour avoir un meilleur accès à ma gorge.

Je ne voulais pas crier mais une plainte franchit tout de même mes lèvres quand je sentis qu'il aspirait durement le sang hors de mon corps, trop fort, trop vite, engourdissant déjà mes membres. Il fallait qu'il s'arrête !

Ma tête tournait et pulsait douloureusement.

J'avais tellement mal… tellement…

« Bella ! » hurla la voix d'Edward, déjà si loin.

Si loin.


Aïe!

Je vous entends d'ici ;-)

Ne me jetez rien, je vous en prie! Je trouvais juste ça impeccable de couper ce chapitre ici...

Ne voyez rien de sadique là-dedans.

Ce chapitre, et les suivants, sont assez difficiles que ce soit dans ce qui arrive aux personnages ou dans l'écriture, donc je vous demande d'être indulgentes si je mets deux semaines au lieu d'une à poster. Mon travail est de plus en plus prenant en ce moment donc me laisse moins de temps et je ne veux pas bâcler la fin de cette histoire.

Quoi qu'il en soit, j'espère que ce chapitre vous a plu. Je suis impatiente de lire vos commentaire.

Une petite review est toujours la meilleure façon de me faire plaisir!

Je vous embrasse.

Lily