Surprise !
Bien plus tôt que prévu, voilà le chapitre 21.
Vos reviews ont été tellement nombreuses et m'ont tellement motivée que, en écrivant un peu quand j'avais un peu de temps, j'ai réussi à le boucler plus vite que ce que je pensais.
Donc, merci à toutes encore une fois !
Laau : tu devrais mieux comprendre les motivations de Bella avec ce chapitre. Bisous
Sandry : merci à toi ! Ca va finir par s'arranger. Promis.
So06 : Tu as tout bon ! J'adore quand vous arrivez à deviner la suite avant même que je l'écrive. Bisous
Fan de twa :j'explique aussi clairement de possible la réaction de Bella dans le chapitre. Merci à toi !
Flopy69 :Tu peux me malmener autant que tu veux -) ! ET je suis hyper sensible aux yeux de chat potté ! Alors pour te faire plaisir (et à beaucoup d'autres par la même occasion) je te promets que tout finira bien. Je t'embrasse.
Allez zou ! Il faut que je retourne au boulot donc je poste.
Bisous à toutes !
Lily
Disclaimer : les personnages appartiennent à Stephenie Meyer.
Chapitre 21 – Try
Pov Bella
Ça tapait fort dans ma tête.
Dans le brouillard organisé savamment dans mon esprit par l'alcool et les médicaments, j'avais l'impression que ça durait depuis des jours.
« Foutez-moi la paix… »gémis-je en enfonçant encore plus le visage dans mon oreiller.
Car on ne se contentait pas de tenter de faire exploser mon cerveau avec tout ce bruit, quelqu'un essayait aussi vraisemblablement de faire voler la porte de mon appartement en éclats.
« Bella ! »
Angela… Evidemment… Combien de temps espérais-je que mon retour passe inaperçu exactement ?
« Bella je sais que tu es là ! »
Vas-t-en…
Je t'en supplie, vas-t-en…
« Bella, si tu ne m'ouvres pas dans la minute, je vais chercher ma clé et j'ouvre par moi-même ! »
Elle était tout à fait capable de le faire. Elle verrait alors dans quel état désastreux était mon « chez moi ». C'était hors de question.
Je me levai donc, tirai et resserrai les deux pans de mon gilet long pour couvrir mes sous-vêtements et vérifiai que le foulard qui cachait mon cou était toujours en place. Puis je me dirigeai à pas lents et tremblants vers la porte.
Je posai une main à plat sur le bois laqué, cherchant des forces supplémentaires dans une ultime inspiration et le courage nécessaire à laisser ma vie d'avant me sauter au visage.
Je tournai le verrou et tirai la chaine de sécurité avant d'ouvrir la porte.
Quand elle me vit, mon amie porta ses mains à sa bouche en écarquillant ses grands yeux noirs derrière ses lunettes de créateur.
« Mon dieu, Bella… Tu as une mine affreuse. » chuchota-t-elle.
Je haussais les épaules en laissant la porte s'ouvrir un peu plus.
« C'est le décalage horaire. » répondis-je.
Ma voix me sembla caverneuse et éraillée à force de ne pas avoir parlé pendant ces trois derniers jours. Et ma gorge était sèche, serrée d'avoir retenu tant de sanglots.
Je n'osais pas imaginer l'état de mon visage.
Sans un mot, Angela se précipita sur moi et m'étreignit fortement. Nous faisions à peu près la même taille, sa tête vint donc se nicher sur mon épaule, réveillant un élancement dans la plaie qui guérissait lentement. Cela me fit trembler mais mon amie ne le remarqua pas.
« J'ai eu si peur ! » bredouilla-t-elle dans mon cou.
Je sentais que, chez elle aussi, les sanglots n'étaient pas loin.
« Tu ne pars jamais si longtemps ! » continua-t-elle. « Je venais ici presque tous les jours en espérant te trouver installée devant ton ordi ou devant la télé. »
Elle me serra encore plus fort.
« Angie… Tu me fais mal… » gémis-je.
Et elle s'écarta brusquement mais ne lâcha pas mes bras. Elle ne semblait pas remarquer que je ne lui avais pas rendu son éteinte. Mes deux mains étaient crispées sur les pans de mon gilet, croisées sur ma poitrine comme pour empêcher le trou béant que j'y avais creusé de m'avaler toute entière. J'avais l'impression de ne pas avoir quitté cette posture depuis Chicago… depuis cette salle d'embarquement où j'avais pris ma décision…
« Excuse-moi. » se blama-t-elle. « C'est juste que… j'étais tellement inquiète ! Mais enfin, Bell's, où étais-tu ? »
J'affrontai son regard avec tout l'aplomb que j'avais en stock.
« En Europe.
- En Europe ? Mais qu'est-ce que tu fichais en Europe ? »
Sa voix montait dangereusement dans les aigus et je l'attirai un peu plus dans mon entrée pour ne pas alerter mes voisins. Je n'avais pas forcément envie que Miss Lauren-la- commère qui vivait en face vienne fourrer son nez dans mes affaires, même si je me doutais bien qu'elle avait déjà depuis de longues minutes l'œil collé à son œilleton pour observer ce qui se passait de mon côté du couloir.
« Tu sais bien que je ne peux pas te le dire. »
Angela leva les yeux au ciel en poussant un soupir exaspéré.
« Oui, je sais, secret professionnel et toutes ces conneries ! Mais tu n'avais pas le téléphone en Europe ?
- On m'a volé mon sac il y a plusieurs semaines. Je ne voulais pas m'encombrer avec toute la paperasse là-bas. Je me suis débrouillée sans mais tous mes contacts étaient dans mon téléphone. »
Rien qu'à son regard, je savais que mon excuse ne la satisfaisait pas. Après-tout, même dans le coin le plus perdu sur Terre on pouvait trouver une connexion internet pour envoyer un mail à ses proches ou pour retrouver leur numéro de téléphone.
Je ne pouvais simplement pas lui dire qu'il n'y avait pas la WIFI dans ma cellule… ni dans la chambre d'Edw…
Je fermai fort les yeux pour cesser de penser.
« Je n'ai pas vu le temps passer… » fut la seule excuse qui put franchir la barrière de mes lèvres.
Angela me regarda un moment en secouant la tête, pas dupe deux secondes de mon mensonge. C'était comme si je pouvais déjà voir les rouages de son cerveau s'activer pour essayer de me percer à jour. Mais, fidèle à elle-même, elle ravala sa curiosité, sachant que je ne lui dirais rien tant que je ne serais pas décidée.
Son front se plissa quand elle détailla plus précisément ma tenue.
« Tu vas bien ? »
Je resserrai légèrement mes vêtements sur moi en hochant la tête.
Je ne pouvais pas dire ces mots. Le mensonge aurait été trop important.
« Tu as besoin de quelque chose ? Du lait ? Du jus de fruit ? Un hot-dog ? »
J'esquissai un sourire malgré moi. Angela était vraiment une fille en or.
« Non. Je te remercie. Je vais sortir aujourd'hui… Il est temps. »
Je ne sus laquelle de nous deux je cherchais à convaincre le plus.
« Alors prends une bonne douche avant. » se moqua-t-elle gentiment. « Tu es sale à faire peur. »
Je hochais la tête à nouveau et elle fit un pas en arrière vers la sortie.
« On se voit bientôt alors ? » insista-t-elle.
« Je t'appelle demain… promis. Je dois juste… Tu sais… me remettre en phase avec tout ça » dis-je en faisant un vague geste de la main.
Elle me sourit et ouvrit la porte.
« Oh ! » s'exclama-t-elle avant de refermer la porte sur elle. « Et appelle ton père. Ça fait deux semaines qu'il m'appelle tous les jours. Il a menacé de mettre le FBI sur le coup si jamais il n'avait pas de tes nouvelles avant la fin de la semaine… et on est déjà jeudi. »
Je souris à nouveau.
« Il en serait bien capable… Merci Angie.
- De rien. » répondit-elle avec douceur. « Repose toi et on se voit demain. Je suis contente que tu sois rentrée »
Elle sortit en refermant doucement la porte derrière elle et je me retrouvai à nouveau seule face à deux options.
La première m'attendait, éparpillée sur ma table basse, et était celle pour laquelle j'avais opté ces trois derniers jours : avaler deux Xanax et un verre de vodka avant de m'effondrer sur mon lit. C'était le seul moyen que j'avais trouvé pour dormir et oublier. Plus de douleur, plus de peine… juste les cauchemars. Je pouvais faire avec.
La deuxième était plus compliquée car elle nécessitait un courage que je n'étais pas certaine de retrouver un jour : aller prendre une douche, me maquiller, m'habiller et sortir, retrouver le monde extérieur en sachant que plus rien ne serait jamais pareil.
Je considérai la bouteille aux trois-quarts vide sur la table et le petit flacon de pilules renversé. Par la baie vitrée derrière, je voyais les rayons du soleil percer difficilement les nuages gris de cette journée de fin septembre. Je m'approchai jusqu'à poser mes deux mains sur la vitre froide, détaillant le panorama en dessous de moi, les rues, les voitures et les immeubles.
Et la foule… bruyante… grouillante, de tous ces gens qui couraient après le travail, après un taxi, après le temps.
C'était comme si tout cela n'était pas réel, comme si je n'étais pas revenue à ma vie mais que, au contraire, je l'avais laissée derrière avec …
Je fermai à nouveau les yeux de toutes mes forces.
Non !
J'avais pris ma décision. Je ne pouvais plus revenir en arrière. J'avais choisi la vie, ma vie plutôt que cette inconnue que l'on m'offrait. J'avais réalisé qu'il n'était pas question que de moi, que je ne pouvais pas être si égoïste et tout quitter.
On ne pouvait tout abandonner pour devenir immortel. Ce n'était pas moi
La vraie vie, ce qui était réellement important était là : c'était Angela, c'était mon père, c'était tous les autres qui s'étaient inquiété pour moi et que je ne pouvais pas juste laisser derrière à se torturer des années pour savoir ce que je serais devenue.
Volterra n'était qu'une chimère.
Edw… Il n'était qu'un rêve.
Il m'avait permis de tenir là-bas. Il m'avait sauvée et je l'avais abandonné, lui, mais je n'avais pas pu me résoudre à le choisir. Même si mon corps tout entier le réclamait depuis.
Le voyage de retour de Chicago à Seattle était flou dans mes souvenirs. Je ne voyais plus qu'une brume de larmes et j'avais encore dans la bouche le gout de la rancœur et de la culpabilité. Je n'oublierais jamais son regard, celui qu'il avait eu quand il avait compris… sa colère que j'avais trouvée tant de fois si sensuelle et excitante quand elle était tournée vers les autres avait cette fois été tournée vers moi. Et ça m'avait fait mal.
Mais je ne pouvais pas.
Et j'avais beau me réveiller chaque nuit en hurlant, me tordant dans mon lit depuis mon retour, cela ne changerait rien.
J'avais fait un choix et il était temps de l'assumer. Je devais au moins essayer.
Je me dirigeai donc vers ma douche et me glissai sous le jet brûlant. J'y restai jusqu'à ce que ma peau se flétrisse.
Quand je sortis, de la buée obscurcissait tous les miroirs. Je me plaçais donc face au lavabo et, avec une légère appréhension, essuyai lentement le haut miroir sur le mur pour me regarder pour la première fois depuis mon retour.
J'avais maigri. Beaucoup.
Ce fut la première chose qui me frappa. Je n'étais pas devenu maigre ni rachitique car, avant mon voyage, mon régime alimentaire à base exclusive de pizza et de bagel au fromage ne me laissait pas que la peau sur les os. Mon séjour en Italie m'aurait au moins permis de me débarrasser de ces quelques kilos en trop.
Ensuite, je notai les cernes sous mes yeux.
Rien qu'une bonne couche de fond de teint ne pourrait camoufler facilement.
Par contre, la tristesse dans mes yeux serait bien plus difficile à cacher.
J'inspirai profondément.
Ça aussi j'essaierais. Ce serait difficile, mais j'essaierais.
Mon regard glissa ensuite sur mon cou. J'effleurai d'une main tremblante les trois marques laissées par Edward. Fines et propres, elles avaient presque déjà disparu… Il m'avait dit que c'était l'afflux de venin qui causait une si rapide cicatrisation. Je savais que ça avait été le cas pour la première mais je me doutais qu'il en était de même pour les deux autres.
Une boule se forma dans ma gorge.
J'avais compris à quel point cela avait été instinctif pour lui, irrationnel et involontaire. Son corps avait réagi en dehors de tout contrôle à chaque fois qu'il m'avait mordue. C'était le reflet de son envie de moi, de me faire sienne. Il m'avait voulue, moi…
Mon souffle s'emballa quand je me rappelai à quel point j'avais aimé chacune de ses étreintes et, contre tout mon bon sens, à quel point j'avais désiré être à lui, me donner complètement. Et le manque s'infiltra encore en moi par tous mes pores, me faisant instinctivement me recroqueviller sur moi-même.
Stop, Bella !
Tu as choisi, rappelle-toi !
Jamais plus tu ne ressentiras ce qu'il t'a fait ressentir et tu vivras avec ça ! Sinon à quoi aura servi ce sacrifice ?
Je me redressai.
Sur mon épaule, la plaie laissée par Aro était plus mauvaise. L'eau avait définitivement enlevé les dernières traces de sang séché mais je garderais longtemps la marque, bien reconnaissable, des mâchoires de mon agresseur. Fini les dos nus et les débardeurs pour un bout de temps…
J'espérai simplement que je pourrais faire passer ça pour une morsure de chien. Plus tard. Quand je serai assez forte pour affronter les questions.
Pour l'instant, un col roulé ferait l'affaire.
Je me coiffai, me maquillai et enfilai une paire de jeans et un pull fin à col haut, ignorant les marques qui disparaissaient doucement sur mes hanches. Puis, sans plus réfléchir, je sautai dans une paire de Converses et sortis.
C'était le milieu d'après-midi. La plupart des gens étaient encore au bureau et le temps était gris. Les lourds nuages au-dessus de nos têtes étaient annonciateurs de pluie.
Maintenant que j'étais plongée dedans, la vie à Seattle me semblait encore plus irréelle. Je passai devant des boutiques, me fis bousculer par des passants pressés, marchai plusieurs centaines de mètres sans vraiment réaliser ce que je faisais.
Je me rendis à l'épicerie où j'avais toujours eu l'habitude de me ravitailler depuis que je vivais ici, remplis un panier avec quelques indispensables : lait, céréales, café, œufs, bacon et crackers… assez pour survivre quelques jours. Je payai puis partis, faisant à rebours le chemin qui m'avait conduite ici, comme une automate, serrant contre moi mon volumineux sac en papier brun.
Les bruits m'étaient familiers tout en semblant dissonants à mes oreilles. C'était pourtant ça la réalité, ça la vie à laquelle je devais me réhabituer au plus vite.
Une fois rentrée dans mon appartement, je pris donc mon courage à deux mains pour appeler Charlie. Sa voix me permettrait assurément de reprendre pieds.
Il était presque 19 heures maintenant mais j'espérais presque qu'il ne soit pas encore rentré. Pourtant il décrocha au bout de seulement deux sonneries, me laissant une seconde sans le souffle.
« Allo. » dit-il de sa voix froide et bourrue.
Il me fallut encore quelques secondes pour retrouver ma voix.
« Salut Papa. »
Le silence s'étira au bout du fil.
« Papa ?
- Cinq semaines…Cinq semaines, bon sang, Bella ! »
Il était en colère. J'étais certaine que, si je l'avais eu en face de moi, j'aurais vu son teint virer au rouge puis au violet sous l'effet de la pression sanguine.
« Papa…
- Où étais-tu ? » me coupa-t-il en criant.
« Papa, je ne…
- Ah ,je t'en prie ! Ne me sors pas tes excuses bidons comme quoi tu ne peux pas me dire où tu étais ! Je suis flic, Isabella ! J'ai suivi ta trace jusqu'à New York et puis tu as tout bonnement disparu il y a trois semaines. Où étais-tu ? »
Il m'avait cherchée ?
Evidemment. Il avait les contacts nécessaires pour ça.
« Mon enquête m'a conduite en Europe.
- En Europe ! »
Je pouvais parier qu'il fulminait littéralement à présent.
« En Europe ! Tu m'avais promis que… Bon dieu, Bella tu m'avais dit que… que tu ne quitterais pas le continent sans me prévenir ! »
Il avait du mal à trouver ses mots maintenant. La surprise se disputait surement à la colère dans son esprit.
« Je sais, papa, je suis désolée. Mais je n'ai pas eu le choix… Et… Là-bas, les choses sont devenues… un peu dingues, en quelque sorte. Je n'ai pas pu donner de nouvelles. Je suis rentrée il y a trois jours.
- Trois jours ! »
Merde.
Maintenant il allait falloir que je lui explique pourquoi je ne l'avais pas appelé plus tôt. Lui dire que je m'étais soulée et shootée pour ne pas penser au fait que je venais de quitter un vampire dont j'étais tombée éperdument amoureuse n'était pas une option.
Pourtant, subitement, sa colère sembla se calmer et c'est inquiet cette fois qu'il reprit la parole.
« Tu vas bien ? »
Comme pour Angela, je ne savais pas comment répondre à ça sans mentir. Mais, au téléphone, cela sembla plus facile.
« Oui, ça va… Je suis juste complètement crevée.
- Alors viens te reposer chez moi ce week-end. » dit-il.
Ce n'était ni une proposition ni une question. Il voulait que je vienne et je me rendis compte que, moi aussi, j'en avais besoin.
« D'accord.
- Comme ça tu me raconteras ce qui a failli déclencher une enquête internationale pour te retrouver.
- Papa…
- Oui. » souffla-t-il. « Je sais. Tu ne me diras rien cette fois encore et j'apprendrai dans les journaux ce qui a empêché ma fille de rassurer son vieux père pendant son absence. Viens, c'est tout. »
Je souris tristement.
Il ne trouverait pas non plus de réponse dans le journal cette fois car il était hors de question que j'écrive une seule ligne sur ce que j'avais découvert.
« J'arriverai demain soir. » répondis-je simplement.
« Je t'attendrai. Je t'aime ma puce.
- Je t'aime aussi, papa. » répondis-je avant de raccrocher.
Cette conversation m'avait épuisée. Elle me plaçait face à trop des mensonges que j'allais devoir inventer et soutenir toute ma vie car personne ne devrait jamais découvrir ce que j'avais découvert. Je me doutais déjà que cette découverte raccourcirait nettement mon espérance de vie car il faudrait bien que je paye un jour le prix de ma fuite. Mais je n'entrainerais personne avec moi.
Cette nuit-là, je tentai de m'endormir sans l'aide des opiacés. Le sommeil fut long à venir car j'étais maintenant trop consciente de ce qui se cachait dans l'ombre et des dangers que nous courrions tous, nous humains, dans un monde où des êtres comme Aro ou James pouvaient se promener sans qu'on les remarque.
Chaque bruit dans mon appartement me semblait nouveau et suspect
Et, quand je sombrai finalement, je rêvais que je marchais dans les rues bondées de Seattle, à contre-courant de la foule qui se massait sur les trottoirs. Je fuyais quelque chose, une présence que je sentais dans mon dos et qui se rapprochait car les gens m'empêchaient de courir. Je savais que ça me rattraperait et que ça me ferait du mal mais je continuais à essayer de m'échapper.
Je me réveillai au petit matin en sueur et avec la sensation d'être épuisée.
Le réveil affichait 6h30.
Je me levai donc, me douchai et m'habillai pour me rendre au siège du Seattle Times dans le centre-ville.
Si je voulais essayer de reprendre ma vie en main, il allait falloir que je fasse comme tout le monde et que je la gagne, hors il s'était écoulé plusieurs mois maintenant depuis la vente de mon dernier sujet et la somme qu'il m'avait rapporté arrivait à épuisement. Je revenais sans article cette fois alors il fallait que je trouve une commande. Jacob pouvait me fournir ça.
Cette fois, je pris un taxi pour me rendre jusque sur Denny Way, à plusieurs blocs de mon appartement. Il me déposa sous les arbres qui avaient été plantés dernièrement devant les locaux du journal, même si ça ne rendait pas plus joyeuse la façade en béton de l'imposant immeuble de bureaux.
D'un pas décidé, j'entrai dans le bâtiment, retirai un pass visiteur à l'accueil du rez- de- chaussée et grimpai dans le premier ascenseur, direction le dernier étage.
J'avais fait tout ça en pilote automatique, ne voulant pas réfléchir à ce que je dirais à Jacob avant d'être face à lui.
Arrivée à destination, je traversai l'open space en saluant quelques connaissances d'un signe de tête rapide et me plantai devant le bureau de Jessica, l'assistante personnelle de Jacob. Elle leva le nez de son ordinateur où elle tapait à toute vitesse le contenu d'une lettre manuscrite posée à côté d'elle et son visage s'illumina d'un sourire extra-bright entre ses lèvres couvertes de gloss rose flashy.
« Bella ! » s'exclama-t-elle. « Ça fait une éternité qu'on ne t'avait pas vu dans le coin ! »
Elle se leva pour venir m'étreindre et je ne fis pas un geste pour la repousser. Nous n'étions pas franchement amies mais j'appréciais Jessica et il nous arrivait parfois de sortir boire un verre ensemble, avec Jacob et Angela ou qui d'autre souhaiterait se joindre à nous.
La porte du bureau derrière elle s'ouvrit brusquement.
« Qu'est-ce que j'entends ? » tonna la voix grave de Jacob Black. « Isabella Swan ne serait plus portée disparue finalement ? »
Jessica me relâcha et retourna à toute vitesse s'asseoir à son poste de travail pour continuer à taper sa lettre. Mais, de là où j'étais, je voyais pertinemment son petit sourire en coin alors qu'elle nous observait du coin de l'œil. Ce n'était un secret pour personne que Jacob et moi avions eu par le passé plusieures… nuits agitées, si on pouvait appeler ça comme ça. Même si ça n'avait jamais débouché sur une relation sérieuse.
Jacob était grand et bien bâti. Il portait impeccablement son costume gris clair qui tranchait avec sa peau mate et ses cheveux d'un noir de jais savamment coiffés en un désordre organisé à grand renfort de gel et de cire texturante. Et ses yeux noirs avaient toujours cet éclat rieur qui vous mettait de bonne humeur. Enfin d'habitude…
« Dans mon bureau. Tout de suite. » dit-il avec un sourire en désignant la porte ouverte d'un geste énergique du pouce.
Je passai devant lui pour entrer dans la grande pièce entièrement meublée avec du mobilier moderne et clair. Jacob me suivit en refermant la porte puis, sans prévenir, m'enlaça dans ses bras immenses et me serra de toutes ses forces contre son torse en respirant profondément dans mes cheveux.
Il n'était pas particulièrement coutumier de ce genre de débordement. J'en déduisis donc que, comme la plupart de mes proches, ma disparition avait été un coup dur pour lui et, en même temps que la culpabilité me submergeait à nouveau, elle passa un léger baume sur ma peine en me faisant me dire encore une fois que j'avais fait le bon choix.
Si j'avais simplement disparu, comme ça, du jour au lendemain, sans explication, mes amis auraient été blessés.
Je ne me sentais pas mieux. Mais je ne me sentais pas plus mal, c'était déjà ça.
Il me relâcha aussi brusquement qu'il m'avait saisie et alla s'asseoir nonchalamment derrière son bureau, me laissant pantoise, seule, debout eu milieu de la pièce.
« C'était quoi, ça ? » demandai-je quand je fus remise de ma surprise.
« Tu m'as manqué, c'est tout. » répondit-il en haussant les épaules. « Alors, où est mon article ? »
Voilà Jacob. Il pouvait passer du coq à l'âne en deux secondes et, même s'il montrait quelques fois qu'il n'était pas juste un jeune loup aux dents longues parmi tous les monstres sacrés qui tenaient les rênes de la vie médiatique de Seattle, rien ne passait avant le travail. A à peine trente ans, il était le plus jeune rédacteur en chef que le Times ait connu. Il avait eu cette place grâce à son père qui était un des actionnaires principaux, mais aussi parce qu'il était objectivement le meilleur.
J'avançai vers le bureau et m'assis face à lui.
« Il n'y a pas d'article. » répondis-je simplement.
Il se recula sur son siège en haussant un sourcil surpris.
« Comment ça, pas d'article ? » demanda-t-il.
Je tentai de garder un visage impassible pour lui répondre et qu'il me croit.
« On m'a refilé un faux tuyau au départ. J'ai cru que j'allais pouvoir démanteler un autre réseau de prostitution, mais toutes les pistes que j'ai suivies étaient des impasses. Je n'ai rien trouvé d'intéressant ni d'exploitable. »
Mon cœur battait à tout rompre car, tout en lui disant cela, je me revoyais parfaitement dans ce club, à Florence, et comment cette soirée avait été le début de l'aventure la plus incroyable de toute ma vie. Comment, ce soir-là, Edward était entré dans ma vie.
Un nœud se forma dans ma gorge que j'eus bien du mal à dénouer.
Dans son fauteuil, Jacob semblait totalement incrédule.
« Qu'est-ce qui t'a retenue tout ce temps, alors ? »
Je baissai les yeux, triturant mes mains l'une contre l'autre.
« J'avais besoin de faire un break. » parvins-je à répondre sans que ma voix ne flanche. « J'étais en Italie, je me suis fait piquer mon téléphone et j'ai voulu… je ne sais pas… profiter d'être là-bas. »
Il se pencha brusquement sur son bureau.
« L'Italie ? Vraiment ? Où ça ? » demanda-t-il, réellement intéressé.
« J'ai pas mal bougé. Rome. Florence… Pise. »
J'étais toujours incapable de le regarder dans les yeux alors que j'énumérais ces villes où ma vie avait basculé.
« Wahou ! » s'exclama-t-il « Bella Swan qui prend des vacances ! »
Je relevai les yeux vers lui. Il s'était à nouveau adossé dans son siège et me regardait avec un sourire amusé et presque admiratif.
« Tu en as profité, j'espère ! »
Dans un flash, je revis le visage d'Edward, les muscles tendus de sa nuque et de ses bras quand il me serrait contre lui. Je ressentis presque la fraicheur de sa peau, son souffle sur mon visage et la brûlure de son regard. Mon souffle s'emballa immédiatement. Alors je hochais la tête pour acquiescer et cacher mon trouble.
« Mais toutes les bonnes choses ont une fin. » dis-je après m'être raclé la gorge pour retrouver une voix plus assurée. « Je reviens les mains vides mais j'ai besoin de fric alors je suis prête à jouer les mercenaires. Est-ce que tu as quelque chose pour moi ? »
Il porta une main à son menton en me scrutant, l'air sérieux.
« Ça se pourrait… » répondit-il. « Mais ça n'a rien de bien passionnant. Rien à voir avec ce que tu fais d'habitude.
- Franchement ça m'est égal. » me précipitai-je. « J'ai besoin de travailler. »
Et c'était vrai. Tout plutôt que de continuer à me morfondre dans mon appartement et laisser les souvenirs affluer de manière totalement inappropriée comme ces dernières minutes.
Jacob se leva, contourna son bureau et vint s'asseoir sur le rebord, face à moi. Il était beaucoup plus proche et décontracté tout à coup.
« Le musée d'art asiatique inaugure une nouvelle aile la semaine prochaine. » dit-il. « Il y aura une grande conférence de presse et un cérémonie à laquelle seront présents quelques hauts dignitaires chinois et japonais. Je n'ai personne pour couvrir ce sujet pour l'instant.
- Je peux faire ça. » M'enthousiasmai-je.
« Je sais. » murmura-t-il, sans cesser de me fixer.
Son regard sur moi me mit soudain mal à l'aise. Alors je me levai en le remerciant.
Il saisit ma main pour me retenir.
« Tu sembles déçue… pour l'Italie. » dit-il sans cesser de me dévisager.
Je soutins son regard, même si mon cœur battait trop fort. Oui j'étais déçue, et anéantie par ce que j'avais vécu en Italie. Mais je m'étais promis d'essayer de ne pas le montrer.
« Ce n'est jamais agréable de voir qu'on s'est fait monter un bateau. » répondis-je. « Mais merci pour ton sujet. Je vais te faire du bon boulot, c'est promis.
- Tu pourrais trouver une autre façon de me remercier. »
Son sourire était revenu se plaquer sur ses lèvres et, ma main toujours prisonnière de la sienne, il s'approcha un peu plus.
Il m'avait souvent regardée avec ces yeux-là. Il m'avait souvent touchée comme ça. Mais, cette fois, cela ne me semblait pas… bien.
Je me forçai donc à sourire et à ne pas le repousser trop brusquement mais fis tout de même un pas en arrière.
« Je n'en doute pas une seconde. Mais ce n'est pas ça qui me paiera le loyer. » le contrai-je gentiment en lui renvoyant son sourire.
Bon joueur, il me relâcha et écarta les bras en signe de défaite.
« Passe demander une avance à Jessica. Pour les frais. » me dit-il. « On se voit ce week-end ? »
J'étais déjà à la porte quand je lui répondis.
« Je ne peux pas ce week-end. Je vais voir mon père. La semaine prochaine, peut-être. »
Il me fit un signe amical de la main avant que je ne sorte.
Jessica me regarda avec un sourire gourmand pendant qu'elle me signait un chèque d'un montant conséquent, attendant probablement que je lui raconte ce qui s'était passé dans ce bureau aux stores baissés et espérant surement que ce chèque ne soit pas seulement le paiement de mes bons et loyaux services de journaliste. Mais je fis celle qui ne voyait rien, déjà trop épuisée de la comédie que je venais de jouer à Jacob.
Faire semblant d'être revenue à ma vie allait être un combat harassant.
Heureusement pour moi, le début du week-end fut vraiment reposant. Fidèle à lui-même Charlie fut discret et taciturne, et, une fois qu'il fut assuré que j'étais bien en un seul morceau et que j'avais l'air en bonne santé, il me laissa profiter du calme de Forks et de ses alentours.
J'avais décidé de rester jusqu'au lundi matin, voulant profiter de la fin du week-end pour faire une promenade en forêt, derrière la maison. Adolescente, j'avais adoré, malgré mes deux pieds gauches, grimper les talus et passer par-dessus les troncs pour m'enfoncer dans le silence serein des bois. Le plus souvent, j'emmenais un bon bouquin et pouvait passer des heures seule, assise sur une souche ou contre un arbre jusqu'à ce que les cris de mon père ne me ramènent à la maison.
J'avais toujours été plutôt solitaire, préférant la compagnie de mes livres à celle de mes quelques rares amis. C'est probablement pourquoi j'avais choisi cette voie, ce métier dans lequel je rencontrais un nombre incalculable de gens à qui je ne devais pas m'attacher.
Je ne m'étais jamais attachée vraiment.
Jusqu'à présent.
Voilà pourquoi, ce dimanche après-midi, armée seulement d'une bonne paire de baskets, je m'étais enfoncée dans les bois sans autre but cette fois que de m'épuiser, de marcher jusqu'à ce que mes muscles me fassent mal, tellement mal que je ne pourrais plus penser et que je tomberais endormie comme une souche une fois rentrée à la maison.
Plus j'allais loin, plus il faisait sombre et plus les hautes fougères me faisaient barrage, comme pour m'empêcher d'avancer, mais je m'en foutais, je continuais, concentrée sur où je posais mes pieds pour ne pas me tordre une cheville ou glisser sur de la mousse.
Plus j'allais loin, plus j'avais envie de courir.
Courir comme j'avais couru dans les bois de toscane.
Courir pour fuir.
Là-bas, j'avais fui Edward et les horreurs de Volterra. Ici je fuyais son absence qui me hantait.
Mes pieds foulèrent le sol avec plus de rapidité, mes mains s'éraflèrent en écartant les feuilles, mon souffle s'accéléra et mon cœur battit plus vite alors que je me tordais les pieds sur les pierres affleurant par endroit. Ma gorge me brûlait et mes poumons semblaient prêts à exploser mais je continuais à courir. A courir jusqu'à ce que, brutalement, devant moi, il n'y eut plus rien.
Plus d'arbres, plus de ronces ni de fougères, juste une vaste étendue herbeuse jonchée de feuilles mortes.
C'était dans une clairière qu'il m'avait rattrapée. C'était dans une clairière qu'il m'avait jeté ses péchés au visage. C'était dans une clairière qu'il m'avait dit qu'il m'aimait…
Il ne me rattraperait pas cette fois.
Mon sang battait à mes tempes et je ne parvenais pas à reprendre mon souffle. Je n'y arrivais pas parce que ma poitrine venait de se serrer à cette idée : il n'était plus là.
Tout était ma faute. J'avais voulu ça. J'avais creusé moi-même le vide en moi sans en voir l'ampleur avant.
Il ne serait plus là.
Je m'écroulai au sol et commençai à me balancer d'avant en arrière, les deux mains crispées sur ma poitrine, tentant de contenir le manque horrible qui venait d'exploser en moi mais j'en fus incapable et ne pus retenir un cri déchirant de franchir mes lèvres.
Au loin, une nichée de corbeaux s'envola et un deuxième cri déchira ma gorge. Ça faisait tellement mal.
Tout mon corps réclamait Edward, sa présence, sa voix, son odeur. Je ne pouvais plus respirer depuis que je l'avais quitté. L'air était vicié et me brûlait la gorge.
Comment étais-je supposée survivre à une telle douleur ?
Les larmes coulaient sur mes joues sans que je cherche à les retenir maintenant que j'étais seule, sans aucun spectateur devant qui jouer la comédie. Je ne pouvais plus jouer cette comédie.
J'avais pensé que ce serait tellement plus facile. Retrouver ma vie. Oublier.
Tellement plus facile que de tout abandonner et de mourir, même si c'était pour renaitre à autre chose.
Le monde dans lequel évoluait Edward m'avait fait trop peur.
J'avais repoussé cet homme pour ce qu'il était, pour rester en accord avec mes principes, mais il s'était insinué si profondément en moi que je sus à cet instant que je ne serais plus jamais capable de l'oublier. Il était tout ce que je voulais, tout ce dont j'avais besoin.
Car, vivre sans lui ce n'était pas vivre, c'était survivre. Et je ne savais plus comment en trouver la force.
Comment survivre dans un monde où il existait mais si loin de moi ?
Il ne changerait pas, ne vieillirait pas, m'oublierait avec un millier d'autres femmes plus belles…
Mes sanglots redoublèrent.
Je ne pouvais même pas lui reprocher ça car tout était ma faute : il m'avait offert l'éternité à ses côtés et j'avais refusé. Pourquoi ?
Pourquoi…
Il faisait déjà presque nuit quand les cris de mon père percèrent mes oreilles. Je ne pouvais pas lui répondre, roulée en boule sur le sol, je n'étais qu'à demi consciente. Quelques minutes plus tard, Charlie me trouva et se précipita vers moi en hurlant d'inquiétude. Il s'assura que je n'étais pas blessée mais je ne pouvais pas prononcer un mot.
Il me prit dans ses bras et, comme quand j'étais petite fille, il me porta jusqu'à la maison et me coucha dans mon lit où je m'endormis immédiatement.
Cette nuit-là, dans la foule des passants de Seattle, je vis Edward au loin, mais il se détourna de moi et, j'eus beau courir et hurler, il ne se retourna pas. Comme dans mon rêve précédent, les gens m'empêchaient d'avancer. Je m'écrasais contre des corps lourds et imposants qui me cachaient de plus en plus sa silhouette. De dos, il avançait, les mains dans les poches sans se retourner. Il ne me fuyait même pas, il se détournait de moi simplement. Et je hurlais de toutes mes forces, mon corps tout entier rongé par l'angoisse et le remord. Puis, la foule se faisant toujours plus massive entre lui et moi, je ne vis plus que ses épaules larges et droites. Puis seulement son incomparable chevelure cuivrée. Puis plus rien.
Il n'était plus là.
Je me réveillai en sueur encore une fois, certaine d'avoir hurlé également dans mon sommeil.
Quelques heures plus tard, le nez dans mon café et mon sac bien fermé devant la porte, je m'efforçai d'ignorer le regard insistant de mon père mais, fidèle à lui-même, il ne me posa aucune question. Il avait probablement compris que ce qui me traumatisait était personnel, intime. Et c'était un terrain sur lequel il ne s'engageait jamais.
« Tu es sûre que tu ne veux pas rester quelques jours de plus ? » me demanda-t-il quand il me raccompagna à mon pick-up.
Les yeux braqués sur le volant, je refusai poliment son offre et mis le contact mais il me retint en posant une main sur le volant.
« Bella… Qui est Edward ? »
Je fermais durement les yeux sans répondre tout de suite. Je pris le temps d'une grande inspiration.
« Ce n'est personne, papa. Personne d'important.
- Ce n'est pas l'impression que j'ai étant donné que tu as passé une bonne partie de la nuit à crier ce prénom. » s'énerva-t-il.
Je tournai enfin mon regard vers lui. Il avait l'air réellement inquiet et je me doutai que ça avait dû lui couter de poser cette question pour s'immiscer dans ma vie privée. Je puisais en moi tout ce qu'il me restait de force pour lui sourire.
« Ne t'en fais pas, papa. Je vais aller mieux maintenant. Edward est… »
J'eus besoin de faire une pause car s'était la première fois que je prononçai son nom à haute voix depuis des jours et il m'écorcha littéralement la gorge.
« C'est une histoire qui s'est mal terminée. J'ai juste besoin d'un peu de temps. »
Charlie me scruta avec attention puis finit par relâcher mon volant.
« Appelle-moi plus souvent. » râla-t-il quand je fermai la portière.
C'était sa manière à lui de me demander de lui donner des nouvelles dans les prochains jours. Je hochai la tête.
« Promis »
Puis je mis le contact et partis, regagnant la grande ville.
Je m'obligeai à nouveau à faire bonne figure le début de la semaine. Je vis Jacob le lundi qui me précisa sa demande concernant le Asian Art Museum et me rendit sur les lieux pour faire quelques photos. Je les portai le lendemain à la boutique d'Angela pour qu'elle les développe et nous déjeunâmes ensemble. Ce fut elle qui me persuada de me joindre à mes amis le mercredi soir au White Horse, un pub situé entre Virginia Street et Stewart où nous avions nos habitudes.
Il était presque 20h, Ben et Jacob nous rejoindraient dans quelques minutes. A côté de moi, Angela se perdait dans la contemplation du fond de son large verre de mojito alors que, face à nous, Jessica débitait à toute vitesse les dernières supposées avancées de son histoire avec Mike.
Mike était l'un des serveurs du pub. Grand, blond, un visage un peu rond qui inspirait la confiance et donnait envie de pouponner, ce type avait son petit succès auprès des clientes. Jessica en tête, même si elle ne se rendait pas vraiment compte qu'il se comportait avec elle comme avec toutes celles dont il pouvait tirer un pourboire plus conséquent grâce à ses sourires.
« … et puis la semaine dernière, je lui ai glissé mon numéro dans la poche poitrine de son polo. » jacassait-elle sans même prendre la peine de respirer. « Oh. Mon. Dieu. Les filles vous auriez dû sentir ses muscles ! Ce type est surement bâti comme un dieu ! Il ne m'a toujours pas appelée mais j'ai bien vu la façon dont il m'a fait un clin d'œil quand je suis entrée tout à l'heure… »
Je captai environ une phrase sur deux. Celle-ci me fit penser que, un dieu, j'avais eu la chance d'en serrer un dans mes bras et que Mike Newton était bien loin de lui arriver à la cheville. Cette pensée me crispa subitement et je serrai mes poings sur la table en inspirant profondément.
« Bon. Ok. Cette fois j'en ai marre. Qu'est-ce qui t'arrive ? »
Angela venait de brusquement couper la parole à Jessica en se tournant vers moi avec un regard sévère. Je fus surprise et, une seconde, incapable de remettre bien en place mon masque d'indifférence.
« Rien… Je suis fatiguée, c'est tout.
- Oh je t'en prie ! Ne me prends pas pour une imbécile Bella ! » s'exclama-t-elle. « Tu n'es plus que l'ombre de toi-même depuis ton retour. Qu'est-ce qui t'es arrivé là-bas ? »
Je me mordis les lèvres car je ne savais plus quel mensonge inventer.
« Il ne faut pas chercher bien loin pour voir qu'il y a un mec là-dessous. » dit Jessica.
Angie et moi tournâmes d'un même mouvement la tête vers elle. Innocemment, Jessica sirotait son cocktail avec une paille, ses ongles impeccablement manucurés tapotant négligemment le bois de la table.
Elle lâcha sa paille et nous regarda comme si nous étions deux imbéciles.
« Bein quoi ? » demanda-t-elle. « Bella nous a montré par le passé qu'elle était capable d'encaisser des coups durs bien plus graves que n'importe qui. Le seul domaine dont elle ne parle jamais, c'est celui des relations avec les hommes. Ce qu'elle n'a pas d'ailleurs en dehors d'une bonne baise de temps en temps avec mon boss ou tout autre inconnu qui lui suffira pour un soir. Je ne fais qu'additionner 2 et 2 : Bella a rencontré quelqu'un et ça la bouleverse. »
Je serrai les dents pour ne pas que ma mâchoire se décroche. Angela se retourna vers moi.
« C'est vrai ? »
Je ne pus soutenir son regard.
« Oh mon dieu, c'est vrai ! » s'écria-t-elle. « Je veux tout savoir ! »
Elle s'approcha tout près. En face de nous Jessica en fit de même.
« Je… Il n'y a rien à raconter… » bredouillai-je.
« A d'autre ! » s'exclama Angela. « Jessica a raison, tu ne te mettrais pas dans un état pareil pour un coup d'un soir. Où l'as-tu rencontré ? Comment il s'appelle ? A quoi il ressemble ? Qu'est-ce que vous avez fait ? »
Mon amie était vraiment égale à elle-même, me mitraillant de ses questions maintenant qu'elle avait ouvert les vannes et je savais qu'elle ne me lâcherait pas sans avoir un minimum de réponses. Je ne pourrais jamais m'en sortir par une pirouette cette fois, il allait falloir que je lui donne du grain à moudre.
Je pris donc mon courage à deux mains, ravalant ma rancœur.
« Et bien, j'étais dans ce club à Florence…
- A florence ? » me coupa Jessica. « J'ai toujours rêvé de me rendre en Italie ! Tout ce soleil et ces beaux garçons !
- Shut ! » s'impatienta Angela. « Ne la coupe pas ! »
Puis, se retournant vers moi pour m'inciter à poursuivre.
« Donc il est italien ?
- Non. » répondis-je. « Il était là en… vacances. Il s'appelait… »
Ma gorge se serra et je bus une grande gorgée de mon daïkiri. Angela et Jessica ne me quittaient pas de leur regard gourmand.
« Il s'appelait Edward.
- Hummm… Edward… » minauda Jessica, l'air songeuse.
« Rhoo, mais tais-toi donc Jess, bon sang ! » s'écria à nouveau Angela. « Ça fait plutôt américain comme prénom ?
- Oui. » répondis-je. « Il doit être de Chicago ou quelque chose comme ça…
- Quelque chose comme ça ? Tu ne sais pas d'où est ce gars ? »
Je fuis son regard une nouvelle fois en haussant les épaules.
« Non… Tu sais. Ce n'est pas vraiment ce qu'il y a eu de plus important entre nous. On s'est vus quelques fois pendant que j'étais en Italie et puis… On est simplement parti chacun de son côté. »
Angela se recula dans sa chaise.
Je me surprenais moi-même de la facilité avec laquelle les mensonges sortaient. Déformation professionnelle sans doute.
« Et depuis tu es mal. » constata-t-elle.
Je haussais à nouveau les épaules avec indifférence.
« Ouais… Il faut croire que je m'étais attachée plus que ce que je croyais. »
Jessica se pencha sur la table.
« Tu as une photo ? »
J'esquissai un sourire.
« Non. Ce n'était pas exactement comme ça entre nous. » répondis-je.
« Alors décris-le nous ! Je meurs d'envie de savoir à quoi ressemble celui qui a chaviré la grande Bella Swan ! »
Comment pouvais-je décrire Edward sans le dénaturer. J'avais l'impression qu'aucun mot de la langue ne pourrait lui rendre justice. Mais mes amies m'attendaient avec limite la bave aux lèvres. Je ne pouvais pas y couper. Je me raclai donc la gorge puis tentai l'impossible.
« Il est grand…
- Grand comment ? » s'empressa de demander Jess.
« Un peu plus que Jacob, je pense. » répondis-je. « Ses cheveux… ses cheveux sont bruns avec des reflets cuivrés très prononcés. Toujours en pagaille parce qu'il ne peut pas s'empêcher de passer ses mains dedans quand il est nerveux ou quand il est en colère… Ce qui arrive assez souvent.
- grrr… sexy… » me coupa à nouveau Jess, comme si elle se représentait parfaitement le tableau que je m'efforçais de dépeindre. « Est-ce qu'il est musclé ou c'est un gringalet ? Oh mon dieu, je suis certaine que ce n'est pas un gringalet !
- Non, effectivement. » aprouvai-je, revoyant comme si c'était hier la ligne de ses épaules, les muscles ciselés de son torse ou bien la façon dont ils roulaient dans son dos quand il remettait ses vêtements.
Mon souffle s'emballa instantanément et le regard d'Angela pétilla.
« Il est athlétique, sans être non plus trop musclé. Je n'aime pas ce genre de gars. » ajoutai-je en feignant un air détaché que j'étais bien loin de ressentir. « Ses yeux… »
Merde.
Je réalisai trop tard que je m'avançais sur un terrain miné. Je ne pouvais pas leur dire que les yeux d'Edward viraient du noir au rouge ou au doré en fonction de ce qu'il avait mangé, ou plutôt « de qui » il avait mangé.
« Il des yeux sombres et très… expressifs. » m'empressai-je de poursuivre pour ne pas alerter mes amies. « Il était. Il est l'homme le plus beau que j'ai jamais rencontré, et le plus intense que j'ai jamais connu.
- Intense, hein ? » répéta Angela avec un regard entendu.
« Tu veux dire que c'était un bon coup au lit ? » demanda Jessica en simulant l'innocence tout en reportant sa paille à ses lèvres.
« Ce type était un dieu. » ajoutai-je en rougissant légèrement.
Mes deux amies s'éventèrent avec leur main en un geste théâtral accompagné de petits gémissements. Au moins, elles avaient l'air satisfaites de ce que je venais de leur apprendre.
« Et bien, mesdemoiselles ! Voilà des sons que j'aimerais entendre plus souvent ! » s'exclama Jacob en tirant une chaise pour s'asseoir en face de moi.
Ben le suivait de près. Il déposa un baiser sur la joue d'Angela et alla chercher une autre chaise qu'il plaça près d'elle.
« Qu'est-ce qui justifie de telles démonstrations de plaisir ? » demanda Jacob en faisant signe à Mike pour qu'il apporte deux bières et qu'il refasse le plein de nos verres à moitié vide.
« Bella a rencontré un mec en Italie ! » ne put s'empêcher de cancaner Jessica.
« Ah ouais ? » s'étonna Jacob en levant un sourcil dans ma direction.
« Ouais. » poursuivit sa voisine. « Edward. Bête de sexe et digne de faire des pubs pour sous-vêtements masculins d'après la description que Bella vient de nous en faire. Mais aussi mystérieusement disparu de la vie de notre baroudeuse et c'est ce qui la rend si ronchon depuis son retour parmi nous. »
Et voilà.
Fidèle à elle-même, Jessica venait de faire en deux phrases le compte rendu de mes confidences à tout le monde.
Génial.
« Disparu, hein ? » me demanda directement Jacob.
« Disons que nous avons convenus tous les deux que notre relation ne méritait pas de revenir avec nous aux USA. »répondis-je, gênée et plus que tout désireuse qu'on change de sujet. « Il n'y a rien de plus à raconter. »
Jacob me détailla avec un regard pensif tout en avalant une longue gorgée de bière. Angela sentit mon trouble et orienta immédiatement la discussion dans une autre direction. Je fis de mon mieux pour suivre et m'intéresser mais, au fond de moi, avoir fait revivre Edward dans mon imagination m'avais vraiment secouée.
Deux heures passèrent sans que personne ne reporte attention à ma morosité, preuve que je devais réussir à plutôt bien la cacher.
Au moment de partir, Jacob m'attira à l'écart des autres. Je le suivis, surprise mais pas inquiète. Je pensais qu'il avait peut-être quelques dernières recommandations à me faire pour l'inauguration de samedi.
« Pourrais-tu passer me voir à mon bureau demain dans la journée ? » me demanda-t-il.
« Bien sûr. Pourquoi ?
- Je vais avoir une proposition à te faire. » répondit-il avec un petit sourire énigmatique.
« De quoi s'agit-il ?
- Viens me voir demain et je te le dirai. » ajouta-t-il sans se défaire de son sourire.
Je lui envoyai une petite bourrade dans l'épaule.
« Tu me fais languir exprès, là, Jake. Dis-moi maintenant ou bien je ne prendrai pas la peine de me déplacer. J'ai bien mieux à faire. »
Il s'écarta en riant doucement.
« Ok. Ok. Ne me frappe plus ! » se moqua-t-il en levant les bras pour se défendre. « Banner va prendre sa retraite le mois prochain et je pourrais bien avoir un poste à te proposer. »
J'écarquillai les yeux. William Banner était un des vieux de la vieille au Times. Sa rubrique hebdomadaire sur les actualités importantes de Seattle était toujours très suivie. Son travail était très intéressant et remarquable. Et Jacob pensait à moi pour prendre sa suite.
Il s'approcha en voyant mon air surpris.
« Et voilà, maintenant tu vas cogiter toute la nuit pour trouver une bonne excuse pour me dire non » me réprimanda-t-il. « Voilà pourquoi je ne voulais pas te le dire tout de suite mais tu arrives toujours à obtenir ce que tu veux de moi.
- Jacob… Je ne sais pas quoi dire. »
Et c'était vrai. Je n'avais jamais pensé à me poser quelque part. Mon boulot me satisfaisait tel qu'il était. Mais ce qui s'était passé en Italie était peut-être aussi le signe que je devais changer ça.
« Alors ne dis rien. Penses-y. Ne rejette pas l'idée tout de suite. »
Il y avait un réel espoir dans ses yeux.
« Si tu veux… » poursuivit-il en s'approchant un peu trop près. « Je peux trouver un moyen pour que tu ne cogites pas trop cette nuit. »
Son corps était chaud contre le mien. Trop chaud.
Instinctivement, je me reculai, lui souris et, sans un mot, rejoignis nos amis qui nous attendaient quelques mètres plus loin. Angela me passa le bras autour des épaules sans rien dire. Elle ne m'avait pas souvent vu repousser Jacob.
Lui non plus d'ailleurs, à en juger par l'air renfrogné qu'il afficha jusqu'à la station de taxi. Mais je ne pouvais pas. Pas encore.
Je regagnai mon appartement, vide et silencieux. Et, sans prendre la peine d'allumer la moindre lumière, je gagnai la baie vitrée contre laquelle j'appuyai mon front. Les lumières rendaient le rue en contrebas aussi brillante qu'en plein jour et je voyais tout sans pour autant que les images ne parviennent jusqu'à mon cerveau.
Pour la première fois, je m'autorisais à me demander où il était. Dans quelle ville ? Dans quel Etat ? Sur quel continent ?
La nuit était son terrain de chasse. Il aurait très bien pu être là, en bas, parmi ces gens qui déambulaient encore sur les trottoirs.
Qui croiserait son chemin ce soir ?
Choisirait-il une femme pour se nourrir sur elle ?
En tremblant, je réalisai que cette idée ne me dégoutait plus. Elle me rendait jalouse…
Ma main caressa mon cou, là où il avait plongé ses crocs en moi et je sentis presque son souffle glacé sur ma peau et ses mains sur mes hanches. Je fermai les yeux, me laissant emporter par la sensation.
Je devenais dingue, j'en avais pleinement conscience.
Je le voyais partout, le ressentais en permanence, comme s'il était là.
Derrière mes paupières closes, je pouvais revoir la crispation dans ses bras quand il m'arrachait mes vêtements et revivre la tension dans mon ventre quand il s'approchait tout près… si près qu'il pouvait tout me faire. Tout.
J'ouvris brusquement les yeux.
Un cercle de buée s'était formé sur la vitre froide là où mon souffle erratique était venu se heurter à la parois de verre.
Je devenais dingue.
Cette nuit-là, je me tournai et me retournai dans mon lit, ne trouvant le sommeil qu'au petit jour pour à peine quelques heures. Je ne savais pas combien de temps je serais capable de tenir à ce rythme.
Un peu avant midi, je passai à la boutique d'Angela pour récupérer mes agrandissements. Je préférais travailler sur papier photo que sur l'écran de mon ordinateur.
Mon amie fut heureuse de me voir et elle ferma son magasin pour venir déjeuner avec moi.
Assises à une table haute chez Starbucks avec un sandwich et un café, nous parlâmes de ce qui s'était passé pour elle ces dernières semaines, de sa relation avec Ben qui devenait de plus en plus sérieuse au point qu'il avait demandé qu'elle rencontre ses parents. Elle flippait complètement.
J'étais contente d'être avec elle, me sentant presque normale pour quelques minutes.
Mais Angela finit par briser ma bulle d'inconscience.
« Cet Edward… » commença-t-elle, timidement. « Pourquoi tu ne veux pas le revoir ? »
Ma gorgée de café resta coincée dans ma gorge car je ne m'attendais pas à ce qu'elle revienne sur le sujet.
« Je ne sais pas. » parvins-je à répondre quand j'eus fini de m'étouffer. « Probablement que c'est ainsi que les choses devaient se passer. »
Angie me regarda en penchant la tête sur le côté.
« Pourtant tu regrettes. » affirma-t-elle.
« Je ne vois pas pourquoi tu dis ça. » niai-je en émiettant un reste de pain sur la table avec mes doigts.
« Parce que je te connais. Tu ne t'es jamais mise dans un état pareil pour quelqu'un.
- Peut-être… ça ne change rien au fait que c'est trop tard. »
Angela soupira d'agacement.
« Tu es tellement trouillarde ! » s'exclama-t-elle.
J'écarquillai les yeux en croisant les bras.
« Tu as enfin rencontré un gars qui a fait battre ton cœur et tu as eu la frousse ! » continua-t-elle.
Je niai en secouant la tête. Ce qu'elle disait me faisait mal et je ne savais pas pourquoi.
« J'ai déjà commencé à l'oublier. » mentis-je.
« Ah bon. Donc quand tu te coupes complètement du reste du monde et que tu t'enfermes chez toi, tu ne te demandes pas où il est ?
- Non.
- Et les cernes sous tes yeux et tes paupières continuellement gonflées ne sont pas dus au fait que tu passes la nuit à pleurer en te demandant pourquoi tu as laissé partir ce type ?
- Non. »
Angela leva les yeux au ciel, me prouvant ainsi qu'elle ne croyait pas une seule de mes dénégations.
« Donc tu n'es pas tombée amoureuse de cet Edward en Italie ? » insista-t-elle.
Cette fois, je fus incapable de répondre du tac au tac.
« Non…
- Menteuse ! Ne me mens pas à moi, Isabella Swan ! »
Elle avait l'air à la fois déçue et en colère.
« Ce n'est pas si simple… » commençai-je.
« Alors explique-moi. »
Angie s'était subitement radoucie en sentant qu'elle avait réussi à percer ma carapace. Le problème, c'était que si je la laissais s'engouffrer dans cette faille, je n'étais pas certaine d'être capable de la refermer ensuite. Pourtant, s'il y avait une personne sur Terre qui pouvait entendre ce que j'avais à dire, c'était elle.
« Il n'est pas… Edward… Ce n'est pas quelqu'un de bien. » murmurai-je.
Par-dessus la table, Angela saisit mes deux mains dans les siennes pour me forcer à la regarder en face.
« Est-ce qu'il t'a fait du mal ? » demanda-t-elle doucement.
« Non… Enfin pas volontairement… pas vraiment. Mais, si je l'avais laissé m'entrainer avec lui, j'aurais dû changer. »
Angela sourit.
« C'est ce qui se passe quand on tombe amoureux, Bella. On doit parfois faire des sacrifices pour celui qu'on aime, changer de vie peut-être, mais c'est comme ça. Il ne faut pas toujours lutter. »
Elle ne se doutait pas un instant des changements qu'impliquerait une relation avec Edward. Mais ses mots résonnaient en moi d'une bien curieuse façon.
« Tu dis que ce n'est pas quelqu'un de bien. » continua-t-elle. « Mais t'a-t-il semblé être bien pour toi ?
- Oui… » soufflai-je.
« On ne choisit pas de qui on tombe amoureux, ma belle. C'est ton cœur qui décide, même si ce n'est pas bien. Tu l'aimes, n'est-ce pas ?
- Oui…
- Tu l'aimes tellement que ça te ronge de l'intérieur et qu'il te manque à chaque minute.
- Oui… »
Elle relâcha doucement mes mains.
« Alors tu comptes sérieusement rester ici et continuer à faire comme si de rien n'était ? »
Je restai muette. Qu'était-elle en train de me dire exactement ?
« C'est trop tard. » argumentai-je.
Elle se leva en laissant un billet sur la table.
« Je dois y aller. » dit-elle. « Un client passe me prendre une commande dans vingt minutes. Mais réfléchis bien, ma grande. Tu es journaliste. Tu es la personne la plus à même de retrouver cet Edward si c'est ce que tu veux vraiment. Il n'est jamais trop tard. »
Elle déposa un léger baiser sur ma joue, totalement inconsciente du bordel qu'elle venait de semer dans ma tête.
Il n'est jamais trop tard…
« Merde ! »
Je me levai précipitamment pour sortir d'ici et retrouver un peu d'air. Les gaz d'échappement et les odeurs de hot dog, c'était ça ma ville. C'était ça ma vie.
Je m'étais juré d'essayer de la retrouver mais est-ce que je ne m'étais pas fourvoyée ?
Est-ce que je m'étais trompée de voie dès le départ ?
Immobile sur le trottoir, je laissai le flot de passants me bousculer, comme dans mes cauchemars de ces derniers jours. L'impression que j'étais observée était toujours là et je me surpris à scruter la foule de chaque côté de la rue à la recherche de sa silhouette, de ses mèches folles cuivrées qui auraient reflété la lumière du jour. Le soleil était entièrement voilé aujourd'hui, il aurait très bien pu être là, quelque part.
C'était officiel, je devenais dingue.
Je secouai violemment la tête pour me remettre les idées en place.
Non ! Là où je deviendrais vraiment folle ce serait quand je commencerais à sérieusement remettre en doute ma décision. Angela n'avait pas toutes les infos. Elle ne savait pas ce qu'était Edward et que, même si je l'avais cherché, je n'aurais jamais réussi à le retrouver.
Je pris le chemin des bureaux du Times d'un pas décidé. Il fallait que je redonne un sens à ma vie. Un nouveau boulot, de nouvelles opportunités, voilà qui serait un bon début.
Jacob m'accueillit avec le sourire.
« J'ai réfléchi. » lui dis-je d'emblée de jeu en prenant place dans un des fauteuils.
Contrairement à son habitude et plutôt que de s'asseoir dans le fauteuil du boss de l'autre côté du bureau, il s'assit dans le siège près du mien.
« Alors ? » demanda-t-il avec un sourire enjôleur.
Je secouai la tête en souriant face à sa tentative de séduction. Il n'avait pas besoin de ça pour s'acheter mes services.
« Je pense qu'il est temps que je me pose. » déclarai-je. « Et tu sais que le Seattle Times est mon journal préféré. »
Il s'avachit sur son siège en haussant les sourcils.
« Et bein mince lors ! Moi qui avais préparé tout un argumentaire pour te convaincre !
- Ce ne sera pas nécessaire. » répondis-je en haussant les épaules. « Je suis vraiment intéressée par ton offre. Laisse-moi encore une petite semaine pour me faire à l'idée et je signe ton contrat. »
Il se leva pour aller vers la porte. L'ouvrit pour demander à Jessica de lui donner le contrat en question. Elle s'exécuta sur le champ et en profita pour me faire un petit coucou de la main par la porte. Visiblement pour couper court à sa curiosité, Jacob baissa les stores de la porte vitrée, nous isolant par la même du reste de l'étage. Il revint ensuite vers moi et me tendit les papiers.
« Tiens. Lis-le. Le départ de Banner ne sera officiellement annoncé que dans une semaine donc tu peux encore réfléchir un peu. Mais pas trop ! »
Je levais les yeux vers lui. Il me souriait, les mains dans les poches de son pantalon de grand couturier.
« Le timing semble impeccable. » ajoutai-je en commençant à feuilleter le contrat.
« Et il n'y a que dans le travail que tu as l'intention de te poser ? »
Cette question me pris au dépourvu.
« Que veux-tu dire par là ? » demandai-je.
Ses yeux brûlaient soudain d'une nouvelle lueur. Il s'approcha un peu plus, gardant tout de même une distance respectable entre lui et moi.
« Tu m'as manqué pendant ton absence. » murmura-t-il.
« Jacob… »
Je me levai, absolument pas désireuse de continuer sur ce terrain.
« Tu sais qu'il n'y a jamais rien eu de sérieux entre nous. » continuai-je en faisant un pas pour me rapprocher de la porte.
Il attrapa mon bras au passage, m'immobilisant immédiatement.
« Oui, je sais. Mais il pourrait y avoir tellement plus si tu le voulais. »
Son autre main se posa sur ma joue. Ses doigts effleurèrent mes lèvres.
Sa peau douce me brûlait et l'angoisse se déversa dans mon corps. Il était encore une fois trop proche.
« Jacob… » le suppliai-je.
Il approcha son visage du mien.
« Tu sais à quel point ça peut être bon nous deux. » chuchota-t-il.
« C'est vrai, mais…
- Je te désire tellement, Bella. » me coupa-t-il. « Et je sais que je te fais de l'effet aussi. Tu pourrais me laisser une chance. »
Ses lèvres effleurèrent les miennes, d'abord doucement, puis il profita de ma stupeur pour m'encercler dans ses bras et m'embrasser furieusement. Sa langue quémandait la mienne et ses mains pressaient mon corps contre le sien, rendant son désir évident.
Jacob embrassait extraordinairement bien et j'avais toujours apprécié nos quelques rapprochements quand ils étaient survenus. Mais, pas cette fois. Son corps me semblait étranger et son étreinte maladroite. Quant à ses lèvres, elles étaient trop souples, trop chaudes, trop envahissantes.
Je n'avais pas envie de ça.
J'avais envie d'Edward. Seulement d'Edward.
De toutes mes forces, je repoussai mon ami en prenant appuis de mes deux mains sur son torse mais il était fort et il mit du temps à comprendre le message.
Quand enfin il s'écarta, tenant toujours mon visage dans ses mains, son regard était brûlant de désir.
« Ne me repousse pas. » plaida-t-il en essayant de sourire.
« Excuse-moi Jacob, mais tu sais que je ne veux pas de ça avec toi. »
Il laissa ses bras retomber le long de son corps, le visage fermé et le regard dur.
« Mais tu voulais ça avec ce type que tu as rencontré pendant tes vacances. » affirma-t-il.
Je reculai d'un pas, comme s'il m'avait giflée.
« Ça n'a rien à voir ! » m'écriai-je. « Je suis libre et je ne t'ai jamais laissé espérer quoi que ce soit. »
Blessée et perdue, je me précipitai vers la porte que j'ouvris à la volée et traversai l'open space en courant presque. Mon sang battait fort à mes tempes mais je pus tout de même attendre Jacob m'appeler en tentant de s'excuser avant que les portes de l'ascenseur ne se referment sur moi.
Je parvins dans la rue essoufflée et dus prendre appuis sur mes genoux pour reprendre mes esprits.
Rien ne se passait comme je l'avais prévu. Mon retour, mes amis, mon travail… et maintenant Jacob.
Je lançai des regards apeurés de chaque côté de moi, sentant encore une fois cette présence oppressante planer au-dessus de ma tête. Toute cette angoisse me tuait lentement. Il fallait que je rentre chez moi.
Je hélai un taxi et m'engouffrai à l'intérieur.
Une fois dans mon appartement, je me roulai en boule sur mon canapé.
Je n'y arriverais pas.
J'avais cru que je pourrais si j'essayais très fort mais rien n'y faisait. Je ne pouvais pas l'oublier, même dans les bras de Jacob qui me connaissait comme personne. J'avais l'intime conviction que jamais plus personne ne pourrait me toucher comme Edward l'avait fait.
Rien n'était simple.
Je ne pouvais pas retrouver ma vie telle que je l'avais laissée en partant.
J'avais peur. Tout le temps. Car je savais les dangers que je courais en étant seule maintenant.
Je ne pouvais pas accepter l'offre professionnelle de Jacob, à cause de celle, intime qu'il venait de me faire. Je ne pouvais plus travailler avec lui.
Et même Angela, mon amie de toujours, me mettait face à mes contradictions et remettait en cause, sans le savoir la décision la plus difficile qu'il m'eut été donné de prendre. Alors que c'était sur elle que j'avais compté le plus pour me remettre sur pied.
Mon téléphone sonna plusieurs fois mais je laissai à chaque fois mon répondeur répondre à ma place, écoutant au fur et à mesure les voix inquiètes de mes amis. La nouvelle de mon départ précipité du bureau de Jacob avait dû se répandre comme une trainée de poudre. On vint même toquer à ma porte mais la personne qui était là n'insista pas face à mon silence.
Je ne voulais voir personne.
Plus personne.
J'étais toujours hagarde, le regard perdu dans le vide par la fenêtre quand le téléphone sonna une dernière fois à minuit passé. Comme les fois précédentes, je laissai sonner.
Le répondeur se déclencha.
« Bella. C'est Laurent. Heu… Ecoute… on m'a dit que tu étais revenue dans le coin alors je me suis dit que tu aurais peut-être envie de venir faire un tour par ici ce soir. Il y a eu une autre attaque et on vient de m'amener un corps… Heu… C'est… Ecoute. Il vaudrait mieux que tu viennes vite. Je suis de garde toute la nuit. »
Une autre attaque ?
Ce fut ce dernier mot qui me tira définitivement de ma torpeur.
S'il y avait une autre attaque, ça ne pouvait signifier qu'une chose : il y avait un nouveau vampire à Seattle.
Mon cœur s'accéléra dangereusement sous l'effet de la panique. Mais je me précipitai immédiatement hors de mon appartement pour me rendre à la morgue.
J'eus du mal à trouver un taxi et le trajet fut long car la circulation était déviée à cause d'un accident sur le périphérique. Donc, quand je parvins à l'hôpital, il était près d'une heure du matin. C'était mieux si je souhaitais ne croiser personne et, effectivement, nulle ne me fit barrage quand je pris l'ascenseur vers les sous-sols.
Je retrouvai la détestable lumière crue et artificielle qui baignait les locaux mais, derrière le bureau qu'occupait ordinairement Laurent, il n'y avait personne. Je ne voulais pas attendre. J'avais besoin de savoir au plus vite si mes craintes les plus profondes étaient fondées.
Les portes battantes qui donnaient sur la salle où on stockait les corps étaient sur ma droite. Il me suffit d'un pas pour les pousser et les franchir. Par réflexe, je couvris mon nez et ma bouche avec ma manche. Si un corps avait été amené ce soir, il ne serait probablement pas encore rangé dans un des frigos. Et, effectivement, la silhouette fantomatique recouverte d'un drap bleu était allongée sur un chariot au centre de la pièce.
J'avais le souffle court et mes mains tremblaient à mesure que je m'en approchais.
Je pris une grande inspiration avant de soulever doucement le drap pour découvrir le visage.
Je ne compris pas tout de suite ce que je voyais, comme si mon cerveau refusait d'analyser l'image immonde que j'avais sous les yeux. Mais quand je compris enfin, j'eus du mal à respirer et un gémissement franchit mes lèvres.
Maria.
C'était Maria qui était étendue là, pâle et exsangue, le visage lisse et figé dans la mort.
Non !
Pas Maria !
Mes doigts relâchèrent le drap qui glissa un peu plus, révélant la gorge de mon ancienne amie, atrocement mutilée, comme si un animal s'était acharné sur sa peau, déchirant ses chairs et ses muscles.
Les médecins ne se préoccuperaient pas du décès d'une des reines de la nuit de Seattle. On conclurait probablement à une autre attaque d'animal. Mais moi… je savais déjà pertinemment ce qui avait fait ça car j'avais vu déjà trop de ces blessures, y compris sur moi.
Il y avait un vampire à Seattle.
Des frissons me parcoururent toute entière. La panique n'était pas loin. Il fallait que je sorte d'ici.
Je fis donc volte-face mais me figeai automatiquement en poussant un hurlement.
Contre le mur du fond de la pièce, le corps de Laurent était avachit dans une position improbable. Ses yeux étaient révulsés en arrière et sa blouse blanche était tachée de sang. A travers le col arraché de son tee-shirt, je distinguai parfaitement la blessure, ignoble.
Il avait été derrière moi tout ce temps et je ne l'avais pas vu. Même l'odeur de fer et de rouille du sang qui me frappait maintenant m'était passée inaperçue. Mais au-delà de l'atrocité de la vision du corps brisé de cet homme, ce qui se tenait au-dessus de lui matérialisait mes pires cauchemars.
Dégoulinantes de sang, on avait tracé de grandes lettres sur le mur.
C'est lettres formaient un message.
Pour moi.
Prigioniera
oOoOo
Rappel (prologue) :
Prigioniera… prisonnière…
Les murs n'ont plus aucune importance, ma prison est dans ma tête.
J'avais cru que revoir le ciel apaiserait la peur et rendrait les choses plus faciles mais il n'en est rien.
L'air suturé de gaz d'échappement et les gratte-ciel qui m'entourent ne sont qu'une illusion de liberté.
Je suis épiée, surveillée.
Cette présence sombre et obscure plane sur moi depuis plusieurs jours.
Ils viennent pour moi, je le sais, et je n'ai pas l'intention de fuir.
La mort semble douce comparée au prix que je paye déjà pour ma folie.
Ayé !
Je vous avoue que je suis plutôt fière de moi pour ce raccord parce que, quand j'ai écrit ce prologue, je savais à peu près où j'allais mais je me suis si souvent éloignée de ma ligne de départ que je suis contente que tout se passe comme je l'avais prévu.
Bravo à Sochic88 qui a fait le lien entre le prologue et la fin du chapitre 20 !
Prochain chapitre en POV Edward et là… c'est le drame. Je sais quelle tonalité je veux donner à ce chapitre mais, pour être sûre de ne pas me planter, je vais avoir besoin de vous. Alors, à vos claviers chères amies !
Edward va déconner, ça je vous le garantis. Mais jusqu'où ?
Vous voulez du bien dark (je peux faire ça, gnark gnark gnark !) ou vous préférez tout de même qu'il ne sombre pas trop ? Car je rappelle que le but est que lui et Bella se retrouvent.
J'attends vos envies et attentes avec impatience.
Je vous embrasse fort
Lily
PS : ce coup ci c'est certain, il n'y aura pas de chapitre la semaine prochaine. J'ai un planning trop chargé.
PS2 : un grand merci à Karima qui a signé la 400ème review ! A qui la 500ème ?
Biz
