Salut tout le monde !

Pfiou ! J'ai cru que je n'y arriverais jamais et que j'allais devoir vous demander d'attendre encore un peu pour ce chapitre.

Pas facile à écrire celui-là !

Mais vous avez encore une fois été tellement géniales avec vos review que je ne voulais pas vous faire faux bond.

Sandry : merci à toi ! Et oui, les problèmes ressurgissent vite mais, d'un autre côté, je me voyais mal faire trainer cette histoire en longueur. Il faut bien qu'il se passe des choses -)

Line :Ravie de faire ta connaissance ! Merci pour ta review et de trouver mon histoire originale. Ça me fait un plaisir énorme !

Unuggets : Moi, j'ai hâte d'avoir ton avis sur celui-là -)

Iiz :j'espère répondre à certaines de tes questions dans ce chapitre. Merci d'avoir reviewer ! J'ai hâte d'avoir à nouveau de tes nouvelles

Fan de twa : Si si, je suis humaine, rassure-toi. Balance ascendant tortionnaire pour être plus précise -) J'adore toujours autant tes reviews ! J'ai hâte d'avoir ton commentaire sur la suite !

Guest 1 : magique ? Wahou ! tu me flattes énormément ! Moi ce sont vos messages de soutien que je trouve magique alors continuez ! A très vite.

Guest2 : j'espère que tu ne vas pas trouver qu'Edward est allé trop loin. Dis-moi vite !

So06 : Je pense qu'Edward va effectivement vouloir arracher la tête de Jacob dans un avenir proche. Tu me diras si son comportement n'a pas été trop choquant ? Biz

Flopy69 : Salut miss ! Toutes les réponses à tes questions dans ce chapitre. C'est vrai que, pour le coup, j'ai fait une Jessica plutôt perspicace mais je l'aimais bien comme ça… J'ai hâte d'avoir ton avis sur ce chapitre ! Bisous

Et vous, les copines qui ont un compte, je vous renouvelle mes bises et câlins et remerciement !

Donc nous y voilà : la rupture version Edward. Vous avez été très nombreuses à me demander de ne pas aller trop loin. Je me suis donc un peu freinée même si, en me relisant, je me suis dit que certaine vont le trouver vraiment odieux, arrogant et détestable. Mais je voulais qu'il en passe par là.

J'espère que personne ne sera déçue ou choquée. Je vous fait confiance !

Biz

Lily

Disclaimer: les personnages appartiennent à Stephenie Meyer


Chapitre 22 – Be yourself

Pov Edward

Prends-la.

Mon regard avide ne la quittait pas. Sa peau pâle. Ses longs cheveux bruns. La chair de poule sur ses épaules, parfaitement visible pour moi, même en pleine nuit et à cette distance.

Elle est à toi. Prends-la.

Cela faisait maintenant de longues minutes que je l'observais, appuyé dans l'ombre contre un tronc d'arbre et sa peau si douce m'appelait littéralement, tellement plus tentante que celle de ses deux amies.

Elle balaya de son visage une mèche rebelle, me dévoilant plus ouvertement sa gorge et la mienne pris feu.

J'étais un junky en constante recherche de sa dose. Rien ne semblait pouvoir apaiser cette soif qui me dévorait tout entier depuis des jours.

Ne résiste pas… Prends-là !

Je retins mal un grondement contre cette voix dans ma tête qui se faisait de plus en plus insistante. Tellement insistante que j'étais de plus en plus souvent tenté de la laisser me dicter ma conduite.

C'était la voix du monstre en moi, celui que j'avais repoussé toutes ces années et qui s'avérait finalement un compagnon de route réjouissant ces derniers temps et là, maintenant, c'était elle qu'il réclamait.

Une des filles qui l'accompagnait remarqua ma présence et l'informa d'un coup de coude.

Pour la première fois, elle tourna la tête vers moi et croisa mon regard posé sans honte sur elle. Je ne me détournais même pas quand je rencontrai avec déception le bleu de ses yeux.

Va pour le bleu.

Aucune couleur ne serait plus jamais la bonne de toute façon.

Elle baissa aussitôt le regard en laissant une nouvelle mèche tomber et me cacher son visage.

Mais, dans les minutes qui suivirent, elle se tourna de plus en plus souvent vers moi, rougissant de moins en moins et souriant ou se mordant la lèvre en trouvant toujours mon regard noir et avide braqué sur elle.

Tu vois. Elle n'attend que ça. Elle est comme les autres. Prends-la.

Les gloussements surexcités de ses compagnes me vrillaient les oreilles malgré le volume de la musique.

Dieu bénisse, s'il existe, la musique moderne et les festivals qui se multipliaient un peu partout, même en plein centre-ville comme ici, au milieu de Grant Park. Transe et alcool. On ne pouvait imaginer meilleur terrain de chasse.

Cela faisait deux nuits que j'arpentais les foules ondulantes attirées à Chicago pour participer aux festivités. Deux nuits que je laissais la voix dans ma tête choisir pour moi qui serait la prochaine. Blonde, rousse, brune… peu importait car seul comptait la seconde de béatitude que je ressentais quand leur sang touchait mes lèvres juste avant que le gouffre ne se referme sur moi à nouveau et ne relance ma traque.

Peut-être que je devenais fou.

Ou peut-être que j'étais enfin prêt à admettre ce que j'étais et que tous les efforts que j'avais faits pour être celui que l'on attendait de moi avaient été une pure perte de temps.

C'était ce que j'avais clairement lu dans les yeux de Carlisle à l'aéroport quand il m'avait rattrapé dans les toilettes juste avant que je ne tue la blonde. C'était ce qu'il m'avait fait comprendre avant de m'abandonner là car il avait bien compris que, cette fois, il ne pourrait pas me sauver et que, de toute façon, j'étais une cause perdue. L'incompréhension puis la déception sur les visages et dans les pensées de ma famille n'avait même pas traversé la brume de ma colère suffisamment pour atteindre ma conscience et m'affecter.

Car, ça, c'était moi. Et la voix dans ma tête n'était pas seulement celle du vampire qui s 'opposait à celle de l'homme dans une perpétuelle bataille schizophrène. C'était la mienne. J'étais les deux : homme et vampire. Cesser de me battre contre ça était la seule chose à faire.

Il allait falloir que mes proches fassent avec car, à partir de cet instant, dans le grand hall de l'aéroport de Chicago, où avait disparu la seule chose qui aurait pu me rendre meilleur. J'avais décidé de cesser de me battre et de laisser ma nature rependre le dessus.

Et j'étais sacrément bon à ce que je faisais.

Aucune de mes victimes ne me voyait venir ou ne me repoussait. Aucune ne prenait pleinement conscience de ce que j'étais.

Et il en irait de même avec celle-ci.

Car, même si mon insistance l'intimidait un peu, la pression de ses amies allait bientôt la décider à venir vers moi. Je n'aurais même pas besoin d'aller la chercher. Ce serait facile.

Les trois jeunes femmes décidèrent ensemble à grands renforts de plan de bataille murmurés pour ne pas que je les entende, de passer nonchalamment près de moi dans le but de rejoindre la fosse devant la grande scène. Une cheville se tordait si facilement que la brune pourrait prétendre de ne plus tenir sur ses talons aiguilles pour lier connaissance.

Son cœur battait fort sous l'effet de l'adrénaline qui pulsait dans son sang.

Cela me fit sourire et elle baissa à nouveau les yeux quand elle le remarqua mais suivit ses amies quand celles-ci se mirent en marche. Plus elles approchaient, plus je sentais grandir en moi la soif et l'excitation. J'inspirai profondément, emplissant mes poumons de son odeur sucrée. Elle avait l'air délicieuse et entendre ses pensées confuses et paniquées alors qu'elle s'apprêtait à m'aborder était presque jouissif.

J'aurais pu lui éviter cette peine en allant au-devant d'elle. Elle ne m'aurait pas repoussé. Mais je n'allais pas me priver du plaisir pervers de laisser ma proie se jeter elle-même dans mes filets. Je savais allonger la déjà trop longue liste de mes vices et de mes péchés, mais personne ne jugerait plus jamais mes actes. Et, quand bien même, je n'en avais rien à foutre.

Quitte à être voué à l'enfer, autant se damner avec application.

Comme prévu, la brune trébucha quand elle passa près de moi et se retint en s'appuyant sur l'arbre contre lequel j'étais adossé.

Je lui souris et son cœur manqua un battement.

« Hey ! Rien de cassé ? » demandai-je, ouvertement amusé en me penchant vers elle.

Elle haleta au son de ma voix et ses cils papillonnèrent quelques secondes alors qu'elle cherchait quoi répondre.

« Heu… Non. Pardon. J'ai vraiment deux pieds gauches. »

Je repoussai vite la réaction que suscitèrent ces mots en moi. J'étais ridicule. Bella n'avait pas le monopole de la maladresse et seule cette fille comptait pour l'instant.

Je lui tendis la main pour l'aider à se redresser. Elle la saisit sans hésiter, sous les gloussements retenus de ses amies qu'elle ne nota pas car elle était surprise par la température de ma peau. Mais je ne m'en inquiétais pas le moins du monde : il faisait nuit, il faisait frais et son esprit rationnel trouvait déjà de lui-même toute les excuses dont j'avais besoin.

Je m'approchai un peu plus, maintenant qu'elle semblait plus solide sur ses jambes.

« Je peux t'offrir quelque chose à boire pour te remettre de tes émotions… Megan ? »

Elle cligna plusieurs fois des yeux à nouveau.

« Comment sais-tu…

- ça fait un moment que je t'observe. » répondis-je avec un sourire charmeur qui la fit frissonner. « Et tes amies ne sont pas très discrètes. »

Elle se mordit la lèvre pour réprimer un sourire qu'elle voulait timide. Ma main dans la sienne se réchauffait doucement. Je serais bientôt capable de la toucher ailleurs…

Elle tourna la tête vers ses amies qui restaient à quelques pas de nous, puis revint vers moi.

« Alors ce n'est pas juste car je n'ai pas la moindre idée de qui tu es. » dit-elle en tentant d'avoir l'air un peu fâchée, peine perdue.

Je fis un pas de plus pour lui murmurer à l'oreille.

« Je suis Edward. Et j'ai très envie de boire un verre en ta compagnie ».

Sa chaleur irradia contre moi et son souffle s'emballa.

J'étais direct. Je n'avais pas envie de jouer autrement et je savais que ça allait marcher avec elle, comme ça marchait avec tant d'autres. Alors pourquoi me fatiguer et perdre du temps ?

Il lui fallut une minute pour acquiescer en hochant la tête.

« Bon… Megan ? » demanda une de ses amies en approchant. « Tu nous rejoins plus tard ? »

La fille hocha à nouveau la tête en montrant son portable qu'elle serrait dans sa main libre, signifiant à ses compagnes qu'elle les appellerait plus tard. Et, sans plus attendre, je la séparai d'elles en l'attirant avec moi vers les tentes où l'on servait à boire aux abords du parc.

Elle trottinait derrière moi, légèrement confuse de mon empressement et de mon silence. Pourtant, quand je lui tendis une bière de sa marque préférée sans rien lui avoir demandé, elle me sourit comme si j'étais le prince charmant.

Après tout, ne venais-je pas de montrer à deux reprises que je pouvais devancer ses désirs ?

Elle se demandait même déjà ce qui se passerait si elle me laissait faire plus que lui payer un verre.

« Tu ne bois rien ? » demanda-t-elle en avisant mes mains vides.

« Plus tard… » me contentai-je de répondre sans la quitter des yeux.

Elle se détourna, feignant la timidité mais vérifia bien vite d'un regard en arrière que je la suivais à l'écart des quelques clients. Ce que je fis, évidemment.

« Alors… Edward. » minauda-t-elle. « Devrais-je en savoir un peu plus sur mon mystérieux sauveur de ce soir ? »

Elle me fit un clin d'œil amusé en portant la bouteille à ses lèvres.

Sauveur ?

Elle ne pouvait être plus éloignée de la vérité.

« Il n'y a rien à savoir. Je ne suis que le type qui était au bon endroit pour te relever.» répondis-je en approchant, les mains dans les poches.

Ma réponse, prononcée avec un sourire en coin, la déstabilisa car, en plus de mon regard brûlant sur elle, mes paroles lui faisaient clairement comprendre que je ne souhaitais pas sa compagnie pour sa conversation.

« Tu apprécies la musique ? » essaya-t-elle à nouveau avant de boire une autre gorgée.

« Je ne suis pas fan et, franchement, je n'y ai pas fait très attention ce soir. » répondis-je sans ciller.

Elle fronça les sourcils.

« Pourquoi ?

- Parce que tu es bien plus intéressante. »

J'étais toujours aussi direct mais, loin de l'apeurer, l'affirmation de mon intérêt pour elle la fit sourire de satisfaction. Les humains étaient tellement prévisibles… enfin presque tous.

Stop !

Focus Edward. Cette fille devrait être une diversion intéressante. Jusqu'à la prochaine.

Elle se détourna à nouveau en souriant pour s'éloigner encore plus de la foule et s'approcher des arbres. Sur la scène, un DJ avait pris place et les lumières stroboscopiques fendaient la nuit par intermittence au rythme sourd des basses qui se diffusaient partout, secouant les corps et stimulant l'excitation ambiante.

Dans ce contexte, qui remarquerait ma différence ?

Cette fille n'avait pas tiqué à la froideur de ma peau, elle n'avait pas remarqué du tout la noirceur de mon regard et, maintenant, elle m'entrainait de son plein grès sous le couvert des arbres, là où personne ne s'inquiéterait de l'apercevoir dans mes bras puisque les gémissements et les rires de quelques couples me parvenaient déjà clairement.

« Tu es d'ici ? » demanda-t-elle sans se retourner vers moi.

Elle savait que je la suivais et les battements frénétiques de son cœur me faisaient clairement comprendre que c'était exactement ce qu'elle voulait.

« D'ici et d'ailleurs. »

Elle rit.

« Tu n'es pas très bavard, dis donc ! »

D'une main sur son épaule, je la retournai brusquement contre moi, lui coupant le souffle.

« C'est que je n'ai pas envie de parler. »

Ses bras restaient le long de son corps, ne faisant pas un geste pour me toucher, mais sa bouteille de bière tomba au sol. Ainsi, elle avait les mains libres.

« De quoi as-tu envie alors ? » haleta-t-elle.

Je souris.

« Je pense que tu le sais très bien… » murmurai-je, mon souffle contre son visage la faisant trembler.

« On ne se connait même pas. » protesta-t-elle faiblement.

« Et c'est important ? »

Ses paupières battirent frénétiquement quand ma main se posa sur sa taille pour l'attirer contre moi. Et elle secoua la tête pour me répondre que, non, ça n'était pas important. Et, déjà, mes doigts couraient sur son épaule nue, puis sur sa nuque pour approcher son visage du mien.

Son esprit me suppliait littéralement pour que je l'embrasse. Je fus donc plus qu'heureux de lui donner ce qu'elle voulait. Mes lèvres se posèrent sur les siennes avec rudesse afin de ne pas lui laisser le temps de se questionner sur leur dureté. Je voulais la couper de tous ses repères et, pour ça, j'avais une technique imparable.

Sans lui laisser le temps de réfléchir, ni de reprendre son souffle, je la poussai sur les quelques mètres qui nous séparaient de l'ombre du sous-bois et je l'appuyais contre un tronc. Mes baisers l'empêchèrent de protester et elle n'en eut bientôt même plus l'idée. Elle gémit sous mon assaut quand mes hanches la plaquèrent contre le bois dur. J'étais partout, mes mains se réchauffaient au contact de sa peau et furent bientôt suffisamment chaudes pour se glisser sous son tee-shirt et je pus enfin délaisser ses lèvres. Je n'avais plus besoin de l'embrasser pour qu'elle ne pense pas à poser de question mais j'avais encore son gout sur ma langue, mélange de nourriture humaine et de bière. J'avais hâte que son sang vienne remettre les choses à leur place et, déjà, mes lèvres traçaient leur chemin sur sa gorge, jusqu'à ce point si sensible au-dessus de son épaule où je savais que je pourrais la mordre de façon à ce que la plaie soit minime et pas identifiable.

Ses mains se perdaient dans mes cheveux, me tirant toujours plus près d'elle et, quand je fis glisser l'une des mienne sur ses fesses alors que l'autre pétrissait doucement un de ses seins, elle se laissa complètement aller. C'était le moment que j'attendais. Son corps se mit à trembler et ses pensées n'étaient plus qu'un brouillard de plaisir.

Elle ne gémit même pas plus fort quand mes crocs percèrent proprement sa peau. Je la serrai simplement plus fort contre moi, presque jusqu'à lui faire mal, alors que, mes doigts se frayaient un chemin entre ses cuisses. Son corps s'arqua brusquement contre le mien.

Je savais que j'avais déjà bu assez. Elle était déjà la deuxième cette nuit et cela faisait suffisamment de gorgées délicieuses que je prélevais à son cou mais je n'arrivais pas à m'éloigner. J'avais besoin de plus, d'autre chose.

Son sang n'était pas assez fort, pas assez pur. Il n'était pas ce dont j'avais besoin, il ne me suffisait pas.

Mon corps se tendit sous la frustration et je la serrai encore plus fort, lui arrachant un premier cri.

« Edward ! » dit une voix dans mon dos. « Lâche-la. »

Tendu à l'extrême et avec du mal à respirer, je parvins au prix d'un effort incommensurable à me retirer d'elle. Mais je la tenais toujours fermement, comme si j'avais peur que le fait de la laisser s'échapper n'excite encore plus le monstre.

« Edward ! »

Je fermai durement les yeux tout en serrant la mâchoire.

Contre moi, la fille était molle comme une poupée de chiffon, cherchant son souffle alors que ses mains se crispaient toujours dans mes cheveux. Elle n'avait pas la moindre idée de ce qu'elle venait de risquer et son cœur battait encore à tout rompre, preuve de l'expérience hors du commun que je venais de lui faire vivre. Pourtant, quand je relevais enfin la tête pour rencontrer son regard, ce fut la peur qui succéda aux vapeurs du plaisir. Ses mains quittèrent mes cheveux pour venir se poser sur mon torse et me repousser.

Je me vis à travers ses yeux et ce que j'entrevis me secoua. J'avais l'air fou, complètement. De mes cheveux en bataille à mes mâchoires serrées à l'extrême en passant par mes yeux dont le noir abyssal commençait déjà à se tinter de rouge, tout en moi lui criait qu'elle devait fuir.

« Tes amies t'attendent. Va. » réussis-je à lui souffler à travers mes dents serrées.

Elle se mit alors à courir et il me fallut fournir un effort encore plus grand pour ne pas la rattraper et la trainer à nouveau avec moi dans l'ombre. Mais, au lieu de ça, je me retournai pour faire face à celui qui, heureusement ou malheureusement, m'avait détourné de mon repas.

Emmett portait un jean sombre et un débardeur blanc qui laissait apparaitre clairement son imposante musculature. Son apparence lui rendait tellement la tâche difficile pour passer inaperçu qu'il ne faisait plus aucun effort pour faire semblant de se plier aux normes humaines comme, par exemple, la température extérieure en cette fin septembre.

A ses côtés, tellement petite et fluette en comparaison que leur couple offrait une vision presque ridicule, Alice me toisait avec un regard dur.

Il me suffit d'une profonde inspiration pour remettre mon corps en marche et me détourner d'eux.

« Repartez d'où vous venez. » maugréai-je sans faire d'effort.

L'instant d'après, j'étais projeté dans les airs en arrière et mon corps allait se fracasser bien plus loin à l'intérieur du bosquet d'arbres contre un tronc qui craqua dangereusement. J'en eu le souffle coupé. Celle-là, je ne l'avais pas vu venir. Sois parce que j'étais bien plus perturbé que ce que je pensais, soit parce que j'avais suffisamment énervé Emmett pour déclencher chez lui une réaction totalement impulsive et violente envers moi.

Alice et Emmett se tinrent debout devant moi pendant que je me relevais, me barrant le chemin vers la foule chantante et hurlante loin derrière eux. Le calme régnait dans la nuit noire autour de nous, à tel point que la scène qui se déroulait de l'autre côté, la foule, la musique, les lumières semblaient presque sorties d'une autre dimension.

« Arrête cinq minutes d'agir comme un parfait crétin et écoute-nous. » s'énerva Emmett.

J'avais rarement vu une telle colère dans ses yeux d'ambre. Il était dangereux en cet instant, même pour moi. Mais je n'en avais rien à foutre, je ne voulais pas l'entendre.

« Je vous croyais partis avec Carlisle. » me moquai-je, tentant de cacher le reste de rancœur que je ressentais encore face à la déception que je leur avais causé.

Mais mieux valait pour moi la colère et l'indifférence que la culpabilité. C'était plus facile à gérer.

« Nous l'étions. » commença Alice en secouant la tête. « Mais j'ai vu… »

Je la coupai immédiatement, recommençant à marcher vers la foule.

« Je me fous de tes visions Alice ! » crachai-je. « Je n'ai pas besoin d'une baby-sitter. Je n'aurais pas tué cette fille. Et, quand bien même, ce n'est pas votre problème. »

Emmett me rattrapa encore une fois par le col et m'envoya dans le décor. Décidemment, je déclenchais en lui des réactions épidermiques qui auraient pu m'amuser si je n'avais pas été déjà si énervé moi-même.

« Tu fermes ta gueule et tu l'écoutes ! » gronda-t-il. « Il ne s'agit pas que de toi sur ce coup-là. »

Je secouai la tête, ne voulant pas les entendre et je bandai immédiatement mes muscles, prenant une position d'attaque. Il voulait jouer ? J'allais jouer. Car je n'avais pas la moindre intention de les écouter.

« Edward… » grogna-t-il en avertissement, me faisant comprendre qu'il ne me laisserait pas passer si facilement.

Je ne pus réprimer un sourire. Le monstre se léchait déjà les babines à l'idée d'un combat sans limites de politesse.

Emmett se cala dans la seconde sur ses pieds, pas prêt à attaquer, mais à riposter s'il en avait besoin.

Pourtant, Alice se mit entre nous deux, les deux mains levées vers chacun de nous.

« Vous ne vous battrez pas. » dit-elle. « Donc arrêtez de vous comporter comme des gosses. Edward. C'est Bella… »

Je me redressai immédiatement. Je ne voulais pas entendre ça. Alice devait cesser de regarder l'avenir de Bella. Elle avait fait son choix. Elle vivrait sa vie d'humaine et je la laisserais faire, ce qui signifiait qu'elle aurait des ennuis, qu'elle tomberait malade, qu'elle aurait des accidents et, qu'un jour, elle mourrait. C'était ce qu'elle avait choisi : une vie fragile et incertaine mais humaine. Nous devions respecter ce choix à défaut de le comprendre.

Alice ne pourrait ni tout prévoir ni rien empêcher car je n'interfèrerais pas dans cette vie, quoi qu'il m'en coute.

« Laisse-la tranquille et éloignée de tes visions, Alice. » grondai-je.

« Je ne peux pas Edward ! » contra-t-elle. « Nous ne pouvons pas juste l'abandonner comme ça ! »

Je levai les yeux au ciel puis reportai sur elle un regard plein de colère et de rancœur contenue.

« Bien sûr que si. Et si j'en suis capable, tu dois en être capable aussi. »

Elle reposa ses poings sur ses hanches en poussant une exclamation outrée.

« Parce que ce à quoi on vient d'assister est sensé nous montrer que tu es passé à autre chose ? »

Je ravalais un grondement de rage.

Je passai à autre chose, oui ! C'était quoi son problème ?

« Te repaitre de sang humain jusqu'à plus soif et séduire toutes ses filles depuis une semaine ne prouve pas que tu es passé autre chose, Edward. » cracha-t-elle en me fusillant du regard. « Ça prouve juste que tu es un lâche ! »

Cette fois je grondai et Emmett se plaça devant Alice. Qu'il puisse penser que je m'en prendrais à elle me blessa mais, dans la brume de colère qui obscurcissait mon jugement, je n'eus pas envie d'y penser plus d'une fraction de seconde.

« Je ne suis pas un lâche ! » feulai-je.

« Si ! Tu as tellement peur de ce que tu ressens que tu te soules comme les humains avec le Jack Daniels pour ne pas penser à ce qui est vraiment important. » continua Alice, écartant son bouclier d'un geste.

Cette fois s'en était trop. Ils dépassaient les bornes en se dressant ainsi sur mon chemin pour se mêler de mes affaires. J'allais les planter là pour retourner à la fête et, si l'un ou l'autre se mettait encore en travers de ma route, il en payerait le prix fort.

« Je ne ressens rien. » marmonnai-je. « Je passe à autre chose, que ça vous plaise ou non. »

Je les dépassai sans qu'ils cherchent à me retenir car Alice posa sa main sur le bras d'Emmett quand il tenta de me bloquer le passage.

« Et bien, elle, elle n'y arrive pas. » dit Alice d'une voix plus douce.

Mon corps se figea de lui-même avant même que les mots ne parviennent à mon cerveau.

Bella.

« Elle n'y arrivera pas. » ajouta-t-elle.

La vision me frappa alors de plein fouet. Bella en larmes, les mains et les genoux écorchés, seule au milieu des bois, s'écroulant au sol, les mains serrées sur la poitrine, gémissant et hurlant mon nom.

Mes poings se serrèrent et je fermai les yeux pour repousser la vision. Mais comment repousser ces images ? Comment oublier son visage déformé par une peine abyssale ?

« C'est arrivé hier. » dit Alice. « Et je t'épargnerais les images de la nuit qui a suivi. »

Mes épaules se mirent à trembler tant je serrais fort les poings.

« Elle a eu peur. Comme toi maintenant. Peur de ce qu'elle ressentait pour toi et de ce que ça impliquait. Mais elle n'y arrivera pas. Elle a besoin de toi. »

Ses mots étaient comme des coups portés directement dans mon estomac et, pour la première fois depuis presque un siècle, je sentis comme une nausée me tordre le ventre.

Bella avait fait son choix en son âme et conscience. Je n'étais pas celui dont elle avait besoin. Elle croyait plus en la vie humaine qu'en moi.

Elle avait choisi…

Je secouai la tête en fermant les yeux. Je ne devais pas laisser l'espoir renaitre en moi. Je devais l'enfouir profondément sous ma colère.

« Elle n'a pas besoin de moi. » grondai-je.

Alice s'approcha dans mon dos.

« Bien sûr que si ! Rappelle-toi ce que t'a dit Eléazar : aucun de vous deux ne peut être complet sans l'autre. Elle a besoin de toi tout comme tu as besoin d'elle.

-Je n'ai pas besoin d'elle ! » contrai-je violemment.

« Edward… » supplia ma sœur.

« Et je n'ai pas besoin de vous non plus ! » m'écriai-je avant de me mettre à courir.

Même s'ils avaient voulu m'empêcher de partir, ils n'en auraient pas été capables. Les humains que je frôlai dans ma course ne sentirent pas ma présence et la musique ne fut bientôt plus qu'un vague murmure dans mon dos à mesure que je m'enfonçai dans les ruelles du Chicago.

Il devait être près de trois heures du matin maintenant et les rues étaient désertes. Je trouvai cependant un bar encore ouvert et en poussai la porte.

La salle était presque vide et j'allai m'asseoir dans un box isolé et sombre dans le fond de la pièce enfumée. J'avais besoin de réfléchir et je n'étais pas encore prêt à me retirer dans la chambre d'hôtel que j'occupais durant la journée depuis que j'étais coincé à Chicago. J'aurais pu aller n'importe où. Me trouver une ville, un pays ou même un continent différent où l'ensoleillement m'aurait permis de sortir durant la journée. Mais non. J'étais coincé ici, incapable d'aller ailleurs.

J'avais d'abord pensé que c'était parce que, puisque je me foutais de tout à présent, je me foutais aussi de l'endroit où j'étais. Et il n'y avait rien de tel qu'une grande ville pour vous offrir un terrain de chasse motivant. Hors j'avais besoin de motivation. Je voulais renouer avec ce que j'étais. Etre moi-même. Enfin.

Mais là, maintenant, je n'étais plus sûr de rien. J'étais coincé, comme si je ne pouvais pas partir d'ici.

Pourquoi ?

Bella.

Quoi Bella ?

C'est ici qu'elle t'a laissé. C'est ici qu'elle peut te retrouver.

Connerie !

En es-tu si certain ?

Cette voix dans ma tête allait me rendre dingue. Bella ne reviendrait pas. Je ne devais pas m'accrocher à l'espoir car il n'y en avait aucun.

Si je commençais à écouter cette voix qui me disait que rester à Chicago lui donnait l'occasion de revenir vers moi, j'allais réellement devenir dingue.

Elle ne reviendrait pas !

Je n'avais pas besoin d'elle !

Mes ongles laissèrent une trace dans le bois quand ils s'enfoncèrent dans la table.

La porte s'ouvrit, ce qui détourna mon attention une fraction de seconde. Il fallait que je sorte d'ici. Que je quitte cette ville. Que je laisse tout ça derrière moi.

Une femme entra et s'approcha d'un pas fatigué du bar avant de grimper sur un tabouret haut.

« Salut Marcus. » interpela-t-elle le barman.

« Salut Abby. »répondit celui-ci. « Je te sers la même chose que d'habitude ? »

Le femme hocha la tête en sortant une cigarette de son sac et l'alluma dans la seconde pour en tirer une bouffée qui sembla lui procurer un plaisir immense.

Le colosse derrière le bar déposa devant elle un large verre au tiers rempli d'un liquide ambré.

« Dure nuit ? » demanda-t-il, réellement soucieux.

« Dure semaine… » murmura la jeune femme.

Le barman posa sur son épaule une main amicale et elle lui répondit par un sourire amusé avant qu'il ne retourne au rangement de sa vaisselle un peu plus loin.

Elle devait avoir une petite trentaine d'année. Ses longs cheveux châtains étaient retenus en une queue de cheval haute qui dégageait son visage doux et fatigué. Elle croisa les jambes sur son tabouret et écarta les pans de son trench-coat, dévoilant le bas d'une blouse d'infirmière. J'en déduisis donc qu'elle sortait tout juste d'une garde à l'hôpital quelques rues plus loin.

Cette femme sauvait des gens pour vivre.

On n'aurait pas pu trouver deux clients plus opposés que nous et nous étions pourtant les deux seuls restants dans ce bar.

Elle tira encore une fois sur sa cigarette puis porta son verre à ses lèvres. Ses épaules se relâchèrent doucement à mesure que l'alcool pénétrait son système.

Quelques minutes s'écoulèrent pendant lesquelles je ne pus détourner mon regard d'elle. Elle était là, seule. Elle semblait presque perdue. Ses pensées me révélaient sa solitude comme un parfait écho à la mienne. A cela près qu'elle venait ici pour la tromper alors que, moi, je savais que rien ne viendrait changer les choses pour moi. J'étais seul et c'était ce que je resterais.

A peu près au milieu de son verre, elle laissa courir son regard sur la salle et finit inévitablement par croiser le mien. Elle resta une fraction de seconde comme figée dans son mouvement avant de retourner à son verre mais son cœur battait plus vite.

Je secouais la tête en baissant les yeux. Je ne comprenais toujours pas malgré les années la facilité avec laquelle tant de femmes se laissaient troubler par ma présence. Cela ne m'empêchait pas d'en jouer cependant.

Un frisson parcourut mon échine.

Jouer.

Jouer l'humain.

Voilà ce dont j'avais besoin.

Je n'avais pas besoin de Bella. J'avais besoin de l'oublier. De l'oublier dans les bras d'une autre. De dizaines d'autres.

Aucune de mes victimes humaines depuis son départ n'avait éveillé le moindre intérêt chez moi autre que pour son sang. Elles avaient été des proies faciles qui ne m'attiraient que pour leur sang, la seule chose de valeur qu'elles avaient à m'offrir.

Mes caresses n'avaient été qu'un moyen pour parvenir à mes fins, pas pour obtenir une quelconque satisfaction érotique.

Une semaine.

Sept longues journées durant lesquelles seuls les souvenirs des mains de Bella sur moi avaient hanté ma mémoire. Il était temps d'effacer ces souvenirs. De les remplacer par d'autres.

Sans plus réfléchir, je reportai mon attention sur la femme au bar qui semblait faire de réels efforts pour ne pas tourner la tête dans ma direction. Ses jambes couvertes de bas transparents étaient fines et galbées, son profil était bien dessiné, me révélant un corps aux proportions harmonieuses qui serait probablement agréable à frôler, à caresser, à soumettre.

Elle sentait mon regard sur elle, même si elle me tournait le dos, et ça lui plaisait, diffusant dans son sang un frémissement d'excitation car elle se rappelait les quelques rencontres qu'elle avait faites ici même des nuits semblables à celle-ci. Elle se remémorait ses espoirs déçus mais qui renaissaient à chaque nouvelle histoire, aussi courte fut-elle.

Je n'aurais rien à lui offrir au-delà de cette nuit, mais je pouvais lui donner ce qu'elle voulait pour ce soir.

Je me levai donc et me dirigeai à pas lents et décidés vers son tabouret.

Son souffle s'accéléra à mon approche mais elle ne tourna pas la tête vers moi.

« Bonsoir… » murmurai-je de ma voix le plus séductrice. « Abby c'est ça ? »

Un sourire se dessina sur ces lèvres qu'elle réprima presque immédiatement et elle hocha la tête sans répondre.

Elle n'allait pas me rendre la partie facile ?

Pas de problème.

« Puis-je vous offrir un verre ? » demandai-je sans m'approcher plus pour ne pas lui donner l'impression que j'étais un de ses dragueurs invétérés qui n'avaient aucun scrupule à envahir sciemment l'espace de leur cible.

Mes intentions n'étaient pourtant pas plus louables que les leurs. Mais autant agir comme si c'était le cas.

« Je suis déjà servie. » répondit-elle en désignant d'un geste le verre encore à moitié plein devant elle.

Elle essayait de me faire croire que je l'ennuyais et que mon intérêt ne la troublait pas plus que ça. C'était de bonne guerre. Mais je ne m'avouerais pas vaincu pour autant.

« Me laisserez-vous vous offrir celui-ci dans ce cas ? » insistai-je poliment.

Elle tourna enfin les yeux vers moi, me détaillant plus précisément, ses yeux s'attardèrent sur mon torse puis sur mon sourire et enfin sur mes yeux qui étaient déjà redevenus presque noirs, je le savais. Cela faisait une semaine que ce phénomène se produisait, comme si le sang de mes victimes n'était jamais suffisant pour combler le manque en moi. Elle fronça les sourcils, notant la sensible et apparente différence d'âge entre nous. Cela accentua mon sourire car, même s'il était vrai que j'avais probablement trois ou quatre ans de moins qu'elle au moment de ma transformation, j'aurais pu être son arrière-arrière-grand-père. Elle avisa alors mon sourire amusé et retourna à son verre.

« Merci mais ce verre est déjà payé. »

Elle affichait un air blasé que démentaient complètement ses pensées. Mon apparence la troublait et ma façon, polie et inhabituelle, de m'adresser à elle la surprenait agréablement.

« Tout va bien, Abby ? » interpela le barman de l'autre côté du bar alors qu'il se demandait si je n'importunais pas sa cliente.

Abby me lança un nouveau regard. Je me reculais donc d'un pas en m'inclinant et fit semblant de partir.

« Je vous prie de m'excusez si je vous ai dérangée de quelque façon que ce soit. » dit-je. « Je vous laisse. »

Elle fronça à nouveau les sourcils. Comment ? Je n'allais pas insister plus que ça ?

« Ce n'est rien ! » s'exclama-t-elle. « Je n'ai pas besoin que vous m'offriez un verre mais… je ne refuserai pas de terminer celui-ci en votre compagnie. »

Je souris sans laisser transparaitre pour autant le sentiment de victoire qui m'envahit et vint prendre place sur le tabouret à sa gauche. Elle se détendit instantanément en me regardant m'asseoir puis fit un signe au barman pour l'informer que tout allait bien.

Je lui tendis la main en un geste formel.

« Je suis Edward. » me présentai-je avec un sourire en coin qui la fit sourire à son tour.

Elle posa sa main dans la mienne.

« Abby. Mais ça, vous le saviez déjà » répondit-elle.

Je refermai donc ma main sur la sienne pour la porter à mes lèvres, rappelant à ma mémoire des souvenirs enfouis depuis longtemps quant à la manière de traiter une jeune femme.

« Ravi de vous rencontrer… » murmurai-je sans la quitter des yeux et, au regard qu'elle me lança, je sus que j'avais gagné cette bataille.

Nous passâmes près d'une heure à discuter dans ce bar. Je la laissai parler la plupart du temps, écoutant ce qu'elle avait à me dire de sa vie, de son travail. J'éludais facilement chacune de ces questions sans éveiller sa méfiance et, plusieurs fois, je laissais ma peau frôler la sienne, en appréciant la chaleur, imaginant déjà ce que cela me ferait de la faire mienne, me convainquant de plus en plus que c'était exactement ce dont j'avais besoin, ce qui m'avait presque poussé à la faute dans les bois de Grant Park plus tôt. J'avais trop négligé ce besoin physique ces derniers jours et Abby me semblait tout à fait prête à m'aider à me sentir mieux.

A quatre heures, le barman nous fit savoir qu'il allait fermer.

J'aidai Abby à repasser son manteau, m'attardant sur la courbe de ses épaules puis effleurant son cou délibérément. Elle haleta brusquement et nous restâmes quelques secondes à nous défier du regard. Je savais qu'elle tournait déjà dans sa tête depuis plusieurs minutes diverses phrases pour me demander de la suivre chez elle mais elle ne parvenait pas à se jeter à l'eau.

La tension dans mon corps générée par l'anticipation devenait de plus en plus insupportable. Je décidai donc de lui rendre la tâche un peu plus facile.

« Accepterais-tu que je te raccompagne ? »

Elle soupira de soulagement. Je n'étais pas le premier qu'elle ramenait de cette façon chez elle mais elle n'avait jamais été à l'aise dans cette phase de la soirée.

« Avec plaisir. » me répondit-elle en souriant.

Je la suivis dans les rues, écoutant toujours son babillage de plus en plus nerveux à mesure que nous approchions de son immeuble.

Quand nous arrivâmes à la porte du bâtiment, sa main était déjà dans la mienne et je ne fis pas mine de la lâcher une seconde quand elle tapa le code pour l'ouvrir. Sans un mot, j'ouvris la porte et l'attirai vers les ascenseurs dans le hall d'entrée.

Elle ne parlait plus. Son regard vrillait le mien et ce qu'elle y lut lui confirma parfaitement mes intentions et mon désir de la suivre jusque chez elle, jusque dans son lit. Elle partageait ce désir.

Quand les portes de l'ascenseur se refermèrent sur nous, je l'attirai à moi pour la première fois. Elle appuya maladroitement sur un bouton et l'élévateur se mit en mouvement au moment même où je nichai ma tête dans son cou pour aller embrasser sa peau. Elle haleta brusquement en laissant tomber sa tête en arrière.

« Edward… » supplia-t-elle en gémissant mi-apeurée, mi-excitée par mon empressement.

« Shuutt. » murmurai-je en remontant vers son oreille avant d'embrasser sa joue puis de dériver vers sa bouche.

Elle saisit mon visage entre ses mains pour me rendre mon baiser.

Voilà ce dont j'avais besoin, me perdre le temps de quelques heures dans une étreinte sans engagement, rappeler à mon corps ce qu'il était capable de ressentir en dehors de ce vide anesthésiant dans lequel il baignait depuis une semaine.

Les portes s'ouvrirent et Abby m'entraina presque en courant dans le couloir puis ouvrit la porte de son appartement.

Je ne lui laissai pas le temps d'allumer la lumière et la plaquai immédiatement contre la porte à peine refermée pour repartir à l'assaut de ses lèvres. Elles étaient brûlantes contre les miennes, presque inconfortables mais je pensai que c'était juste le temps que ma peau s'accoutume à la sienne.

Mes mains naviguèrent sur les boutons de son trench, luttant pour ne pas simplement le déchirer en lambeaux. Paraitre humain était parfois si peu naturel pour moi…

Mais je ne pouvais pas laisser éclater ma brutalité avec elle.

Pas avec elle.

Quand son manteau fut enfin ouvert, j'en écartai les pans en repoussant ma frustration de ne pouvoir librement suivre mes instincts et le fit descendre rapidement le long de ses bras.

Contre mon torse, le cœur d'Abby battait à tout rompre et elle commençait à essayer de me caresser à travers mon tee-shirt mais je repoussai ses mains, convaincu que j'avais juste besoin de prendre le dessus.

Je l'attirai à moi puis la retournai pour que son dos entre en contact avec mon torse et qu'elle ne puisse plus me toucher comme elle voulait. Nous tanguâmes à travers le salon, mes pas nous dirigeant selon ses désirs vers la chambre dont ses pensées m'indiquaient le chemin.

Dans le noir total, ma bouche perdue dans son cou, je fermai les yeux et me retrouvai ailleurs. Mes mains se perdirent dans une longue chevelure ondulante puis sur une peau de satin. D'un geste rapide, je déchirai la blouse qui recouvrait son corps et dessinai de mes doigts les contours des sous-vêtements, ne reconnaissant pas la rondeur de ces formes.

Sous ma langue, la peau n'avait pas le bon parfum ni la bonne saveur.

Mes mains se crispèrent de frustration alors qu'un grognement montait de ma gorge.

J'avais besoin de…

Ce n'était pas…

Dans la brume de mes pensées soudain incohérentes, j'eus tout de même la présence d'esprit de retenir le grondement animal qui se construisait dans ma poitrine. Je ne pouvais pas être moi-même avec elle.

Ce n'était pas moi. Je ne pouvais pas.

« Edward ? » gémit la femme entre mes bras alors que je m'étais figé derrière elle.

Cette voix finit de me remettre les idées en place.

Mais qui avais-je cru duper, bon sang !

Mon corps lui-même se rebellait tout entier contre ce que j'étais en train d'essayer de faire car il hurlait pour autre chose : une autre odeur, une autre voix, une autre femme.

« Edward ? » répéta-t-elle, l'inquiétude perçant dans sa voix à présent.

Je reculai d'un pas, puis d'un autre, en silence. J'étais incapable d'ouvrir la bouche car j'avais trop envie de rugir et de hurler. La tempête se déchainait dans ma tête.

Je ne pouvais pas être un vampire.

Je ne pouvais pas non plus être un homme.

Je n'étais plus rien.

Incomplet.

Abby resserra les pans de sa blouse sur son corps avant de se tourner vers moi en tremblant. Elle sentait la subite tension dans l'air et, quand elle perçu le désespoir sur mon visage, elle comprit qu'elle devait au plus vite me faire sortir de chez elle.

« Je suis désolée. » parvins-je à murmurer à travers mes dents serrées avant de me ruer vers la porte et de quitter cet endroit.

Dans la rue, je me remis à courir comme un dératé, espérant laisser derrière moi mes démons et revenir quelques heures en arrière, quand tout semblait encore si simple.

Mais rien à faire. Le vide était là, profondément ancré dans ma poitrine.

L'aube était proche et il allait falloir que je m'enferme quelque part à l'abri du soleil mais regagner mon hôtel me semblait insupportable. Comment pourrais-je ne serait-ce que supporter de passer des heures seul avec mes pensées ?

Je n'avais plus de plan, plus d'échappatoire. Tout venait de s'écrouler comme un château de carte et je réalisai à quel point je m'étais fourvoyé : je ne pouvais pas passer à autre chose.

Je ne le voulais pas.

J'avais besoin de savoir que Bella allait bien, j'avais besoin d'elle dans ma vie, même si elle ne voulait pas de moi.

La vision d'Alice me revint en mémoire et ses mots : « Elle n'y arrivera pas. »

Quand je stoppai ma course, j'étais devant le grand hall du Four Seasons. La façade imposante de l'hôtel de luxe se dressait haut sur le ciel qui s'éclaircissait de plus en plus avec l'aube naissante. Je savais déjà à quel étage me rendre, celui des suites les plus chères puis je laissai mon ouïe me guider jusqu'à la bonne porte.

Je n'eus même pas besoin de frapper car celle-ci s'ouvrit dès que je me tins debout devant.

« Entre Edward. » m'accueillit Alice avec un sourire triste.

OoOoO

Je ne comptais plus les minutes depuis que j'étais debout face au bâtiment, incapable de bouger.

La nuit était tombé vite en ce début d'automne et l'air était chargé d'humidité.

J'aurais pu être là beaucoup plus vite. Le climat à Seattle était tel que j'aurais pu être debout ici dans la journée mais il m'avait fallu attendre que la nuit tombe le mardi soir à Chicago pour me rendre à l'aéroport, puis attendre presque toute la nuit une place disponible dans un avion pour Seattle qui, malheureusement, faisait deux escales sur le chemin. Je n'étais donc arrivé qu'en fin d'après-midi au Sea-Tac.

Alice m'avait fourni l'adresse qu'elle avait trouvée sans difficulté sur internet et j'étais là maintenant, immobile devant son immeuble.

Mais elle n'était pas là.

Je l'avais su dès que j'étais descendu du taxi car les battements si reconnaissables de son cœur ne m'avaient pas immédiatement frappé. Et je ne savais plus quoi faire.

J'avais pris ma décision en une fraction de seconde quand, dans la suite du Four Seasons, Alice m'avait appris qu'elle sentait une menace peser sur Bella car son avenir était flou, comme si il était soudainement devenu incertain. Elle avait surveillé Aro et ses décisions tous ses derniers jours et affirmait qu'il n'avait pas donné l'ordre de venir vérifier que nous respections notre part du contrat, mais cela ne signifiait pas qu'aucune menace ne pouvait venir de là. Elle pouvait aussi être en danger tout simplement du fait de son retour à Seattle.

Que savais-je de sa vie avant que je la rencontre exactement ?

Qu'elle avait côtoyé des gens dangereux. Qu'elle s'était impliquée de son plein gré dans des sombres trafics d'êtres humains à un point que je ne parvenais toujours pas à accepter complètement. Qu'elle avait donc très probablement déclenché la colère de mauvaises personnes et que son retour dans sa ville ne devait pas faire que des heureux.

Cela m'avait suffi à me décider car je n'étais pas prêt à entendre les autres arguments de mes frères et sœurs.

Jasper avait bien tenté de me faire comprendre que les sentiments de Bella pour moi à Volterra étaient puissants et sincères. Alice avait essayé de me faire croire par ses visions qu'elle regrettait sa décision et qu'elle avait besoin de moi. Emmett avait insisté sur à quel point Bella était cool et courageuse et que je n'en trouverais jamais une autre comme elle capable de me faire filer droit. Même Rosalie m'avait supplié de faire en sorte que notre famille retrouve sa vie normale car elle ne supportait plus les scènes qui divisaient notre clan pour une histoire aussi futile qu'une coucherie avec une humaine de base. Ces propres mots.

Je n'avais voulu en écouter aucun.

Bella m'avait repoussé. Si elle en avait été capable, c'est que ses sentiments pour moi n'étaient pas le plus importants. Elle avait des valeurs que je devais respecter, quoi qu'il m'en coute.

Je devais faire les choses bien, pour une fois.

Mais cela ne signifiait pas que j'étais prêt à la laisser à la merci de ce qui la menaçait.

J'irais donc à Seattle. Pour la protéger. De loin.

Tout du moins d'aussi loin que possible.

Le fait qu'elle ne soit pas chez elle ce soir aurait donc dû me réconforter en repoussant l'inévitable moment où je la reverrais sans pouvoir aller lui parler, la toucher. Mais, au lieu de ça, je me sentais frustré et en colère.

Où était-elle ?

Je secouai la tête pour écarter cette question. Ce n'était pas mes affaires. Plus maintenant.

Je me mis en mouvement et traversai la route pour atteindre l'entrée du bâtiment. Je pénétrai dans le hall et me dirigeai vers les ascenseurs. 6ème étage.

Rien n'empêchait un rapide coup d'œil pour avoir une parfaite connaissance des lieux.

Je n'étais pourtant pas préparé à ce qui se passa quand les portes s'ouvrirent sur son couloir.

L'odeur. Son odeur. Me fit brusquement reculer dans le fond de la cabine, le souffle court. Evidemment, si je m'étais accoutumé à elle à Volterra, c'est parce que je l'avais eu dans le nez en permanence. Huit jours loin d'elle et tout était à refaire.

Je revis dans un flash la peau parfaite de ses épaules et de sa nuque, j'en ressentis la douceur sur mes lèvres, la chaleur sur ma langue et le venin afflua instantanément dans ma bouche.

Mon dieu.

Je la voulais encore tellement !

Comme un automate, je me dirigeai sans respirer vers sa porte et me figeai devant. L'envie de la fracturer se fit irrésistible. Je voulais entrer dans son univers, le laisser m'imprégner totalement. Je voulais toucher ce qu'elle avait touché. J'envisageai même de me rouler dans ses draps dans l'espoir de retrouver un peu de sa présence sur moi.

J'étais dingue !

Il fallait que je me reprenne !

Je marchai jusqu'à la porte et, comme quelques semaines plus tôt devant une autre porte, posai mes deux mains à plat de chaque côté du chambranle avant de prendre une profonde inspiration. La lame de feu me vrilla la gorge et dessécha mes poumons comme la première fois mais je l'accueillis avec une allégresse sans nom car elle ne signifiait qu'une chose : Bella était là, quelque part. Elle n'était pas un rêve.

Je pouvais continuer à exister quelque part sans son orbite, même si elle ne devait jamais le savoir. Il serait temps plus tard de se demander comment survivre quand elle ne serait plus et je pouvais faire en sorte que cela arrive le plus tard possible.

Je restai là, parfaitement immobile durant de longues, douloureuses et délicieuses secondes avant qu'on ne vienne briser ma fragile bulle d'accoutumance.

« Elle n'est pas là. » dit une voix de femme dans mon dos.

Je mis une seconde à réagir, me redresser et me retourner vers la porte de l'appartement partageant le palier. Une jeune femme blonde en robe rose se tenait campée dans l'ouverture et accueillit avec une mine curieuse mon premier regard sur elle.

« Isabella. » précisa-t-elle face à mon silence. « Elle est sortie ce soir. »

Je clignai des yeux et déglutis pour pouvoir revenir sur Terre. J'avais été négligeant. La dernière chose dont j'avais besoin c'était que la voisine d'en face ne vienne rapporter à Bella qu'un drôle de type faisait le pied de grue devant sa porte en pleine nuit.

« Je repasserai alors. » dis-je après m'être raclé la gorge et en commençant à partir, les yeux rivés sur le tapis au sol.

« Je peux peut-être lui transmettre un message ? » s'empressa de demander la voisine, pleine d'espoir.

« Non. Je repasserai. » maugréai-je en m'engouffrant dans l'ascenseur.

Merde.

C'était bien ma veine.

J'allai retrouver mon poste d'observation de l'autre côté de la rue, dans une ruelle entre deux immeubles.

Les heures passèrent pendant lesquelles je m'interdis de penser au fait que Bella était sortie et à me demander où et avec qui. Plus facile à dire qu'à faire mais, quand bien même, il faudrait que je m'y habitue et que je m'efforce de ne pas démolir les hommes qui entreraient dans sa vie. Car il y en aurait, forcément. Elle était trop belle pour rester éternellement célibataire et je ne le lui souhaitais pas… même si l'idée de la faire enfermer dans un couvent me paraissait bien séduisante.

Il était près de minuit quand un taxi s'arrêta devant l'immeuble.

Mes muscles se bandèrent immédiatement parce que mon ouïe avait reconnu ce que mes yeux ne pouvaient pas encore voir.

Elle était de retour.

Je retins mon souffle le temps qu'elle sorte du véhicule et disparaisse dans le hall de son immeuble. Elle semblait fatiguée, pâle et légèrement plus mince que la semaine précédente.

Les mots d'Alice me vrillèrent une nouvelle fois le cerveau.

Elle n'y arrivera pas. Elle a besoin de toi.

Je les repoussai toutefois à nouveau. Il lui faudrait du temps mais elle parviendrait à surmonter ça, exactement comme elle le souhaitait.

J'attendis avec impatience que les lumières s'allument six étages plus haut, espérant peut-être l'apercevoir encore une fois avant qu'elle n'aille se coucher, m'imaginant l'intérieur de cet appartement que je ne connaissais pas. Je ne savais rien de sa vie et de ses habitudes. Que portait-elle pour dormir ? En quoi consistait sa routine avant d'aller au lit ? Irait-elle prendre une douche avant de se mettre au lit ?

Je m'intimai immédiatement de cesser de penser à cela. Imaginer l'eau chaude ruisselant sur sa peau était juste…

Les lumières ne s'allumaient toujours pas…

Je levai les yeux encore une fois et ce fut là que je la vis. Debout, seule, fragile, dans l'obscurité devant la grande baie vitrée.

Mes sens surnaturels me permettaient de la voir parfaitement. Elle n'était pas habillée comme pour un rendez-vous mais plutôt comme pour une sortie entre amis. Ses longs cheveux étaient détachés, coulant sur ses épaules par-dessus sa veste en cuir léger, et ses yeux scrutaient la nuit avec espoir et tristesse.

Que cherchait-elle ?

L'expression de son visage me chamboula totalement. On y lisait une telle douleur qui s'accentua encore quand elle posa le front et les mains contre la vitre froide. Elle ferma les yeux.

A quoi pensait-elle ?

Mon souffle s'accéléra, ma frustration gravit encore un niveau dans l'insupportable. Toute ma volonté m'était nécessaire pour ne pas que j'escalade cette façade. Et tous mes efforts faillirent voler en éclat quand une des mains de Bella quitta le carreau pour venir caresser son cou, à l'endroit exact où je l'avais marquée la première fois.

Elle pensait à moi.

Elle devait me haïr pour avoir ainsi détruit sa vie et être le seul et unique responsable de ses difficultés à la retrouver. Je me dégoutais.

Pourtant…

Quelque chose changea dans son expression.

Les yeux toujours clos, elle respirait de plus en plus fort, créant un cercle de buée sur la vitre et son visage se détendit. Ses lèvres magnifiques s'étirèrent même en un bref sourire. Trop bref. Qui s'effaça immédiatement quand elle rouvrit les yeux et s'écarta de la fenêtre comme si elle l'avait brulée.

Elle pensait à moi, mais c'était à son corps défendant.

Elle ne le voulait pas.

Un gout amer se rependit dans ma bouche, une rancœur que je ne devais pas me permettre de ressentir.

Bella disparut de mon champ de vision et je déduisis qu'elle était partie se coucher car aucune autre lumière ne s'alluma de toute la nuit.

Peu avant l'aube, je m'accordais une pause et rejoignis mon hôtel pour prendre une douche et me changer. Les journées allaient être longues, mais il était hors de question que je m'éloigne trop longtemps tant qu'Alice ne considèrerait pas la menace comme définitivement éloignée.

J'étais de retour avant même son réveil et attendit patiemment et sans réfléchir qu'elle sorte.

C'est ce qu'elle fit un peu avant midi. Je la suivis jusque dans le centre-ville où elle retrouva une femme. Etant donné son âge et leur façon de se comporter l'une envers l'autre, j'en déduisis qu'il s'agissait d'une amie de longue date. Voilà une des raisons pour lesquelles elle m'avait repoussé, pour ces gens qui comptaient pour elle et dont elle m'avait parlé plusieurs fois sans que je veuille bien entendre à quel point ils étaient important.

Les deux jeunes femmes se rendirent dans un café pour le déjeuner et je leur laissai un peu d'intimité. Je ne pouvais pas me permettre d'écouter toutes ses conversations. J'étais là pour la protéger, par pour satisfaire mes penchants pour le voyeurisme.

Bella semblait troublée quand elle quitta, seule, le Starbucks et, une fois de plus, je dus me retenir de ne pas remuer ciel et terre pour en trouver la cause.

Elle se rendit ensuit directement aux locaux du Seattle Times. Evidemment, elle avait repris le travail. Je ne l'imaginais pas comme une personne capable de rester inactive à se morfondre. Elle avait dû reprendre du service à la seconde même où ses pieds avaient foulé le sol à sa descente de l'avion. Une manière comme une autre de me laisser derrière.

Je restais encore une fois à l'attendre à l'extérieur, debout dans l'encadrement de la porte d'une boutique à quelques centaines de mètres. Cela ne m'empêcherait pas de la voir quand elle sortirait mais cela m'évitait de me forcer à ne pas écouter ses conversations. Le quartier était tellement animé qu'isoler une voix à cette distance était impossible, même la sienne.

Une demi-heure plus tard, elle sortit en trombe de l'immeuble.

Mon sang se glaça.

Quelque chose n'allait pas.

Elle semblait manquer d'air et scrutait la foule de tout côté avec un regard paniqué. Quelqu'un lui avait fait peur ou lui avait fait du mal d'une manière ou d'une autre !

Je dus combattre tous mes instincts pour ne pas me ruer sur elle et la protéger dans l'étreinte indestructible de mes bras. Mais, déjà, elle sautait dans un taxi.

Il me fallut quelques minutes de plus pour atteindre son appartement, priant que ce soit bien là qu'elle s'était rendue. Je fus rassurée à peine sorti de mon taxi. Elle était bien rentrée.

Pourtant, ce qui se passa les heures qui suivirent ne fit rien pour me rassurer. Pas un bruit ne s'élevait de l'appartement à part la sonnerie répétée du téléphone. Si je n'avais parfaitement entendu le rythme accéléré de son cœur, j'aurais pu penser qu'il lui était arrivé quelque chose ou qu'elle avait fait un malaise. Mais non, pour que son rythme cardiaque soit encore si rapide, c'est qu'elle se battait encore contre l'émotion qui l'avait tant secouée plus tôt.

J'étais au supplice.

Ne pas savoir ce qui lui était arrivé était insupportable.

Ne pas pouvoir aller la réconforter était inhumain.

Je n'avais pas bu depuis deux jours et mes nerfs commençaient à me lâcher. Il allait falloir que je chasse dans les prochaines heures mais je me refusais à la laisse ainsi. Je tournais donc comme un lion en cage dans ma ruelle, espérant presque qu'un SDF ou une prostituée vienne s'y réfugier pour que je puisse prélever ma dose à sa gorge et calmer la rage qui s'amoncelait en moi avec la frustration.

Dans la soirée, un homme se présenta à sa porte. La trentaine, peau mate, cheveux noirs, costume impeccable de petit patron irréprochable…

Il portait sur sa figure un air de culpabilité qui me fit immédiatement penser qu'il y était pour quelque chose dans l'état de Bella et je dus fournir un nouvel effort pour ne pas l'attirer avec moi dans l'ombre, juste pour lui soutirer des informations… et peut être l'amocher un petit peu.

Je n'étais plus capable de réfléchir rationnellement.

Bella était en sécurité dans son appartement pour l'instant. Il me fallait du sang. Vite.

Je me mis donc en chasse d'une proie facile. Il y avait bien un club à Seattle où j'aurais pu me rendre pour agir dans la légalité, mais je n'avais pas le temps de contacter le responsable pour arranger un rendez-vous. Je me dirigeais donc directement vers les bas-fonds. Le port de fret était un lieu où on pouvait trouver de jeunes demoiselles pas très regardantes qui seraient plus qu'heureuses de me laisser les embrasser dans le cou contre mon argent.

Sur Colombia Street, une jeune métisse attira immédiatement mon regard. Elle était isolée des autres. Ce serait facile.

Après lui avoir montré la couleur de mes billets, je l'entrainai dans une ruelle pour la plaquer contre un mur. Il me suffit d'une dizaine de minutes pour obtenir ce dont j'avais besoin puis laisser repartir la fille en lui conseillant de rentrer se coucher.

Il me fallut cinq minutes de plus pour rejoindre l'immeuble de Bella et je sus immédiatement que quelque chose n'allait pas.

Les lumières étaient éteintes et, pire que tout, Bella n'était plus là, j'en étais certain. Je ne l'entendais plus et son odeur était bien plus forte sur le trottoir. Je regardais mon portable, il était minuit passé.

Qu'est-ce qui avait bien pu la pousser à sortir à cette heure, bon sang ?

Je tournais comme un fou dans le quartier, effrayant probablement les quelques noctambules qui affrontaient encore la fraicheur de la nuit, mais je dus vite me rendre à l'évidence : son odeur ne me conduisait nulle part. Elle avait dû prendre un taxi et la piste se perdait à peine quelques rue plus loin, couvertes par les odeurs infectes de gaz d'échappement, de nourriture et d'urine.

Sans réfléchir, je me ruai à nouveau vers son immeuble et, en quelques secondes à peine, escaladai la façade jusqu'à la grande baie vitrée. Heureusement pour moi, elle n'était pas verrouillée et je pus rapidement faire coulisser un battant. Bella ne devait pas penser que qui que ce soit puisse pénétrer par là… Elle avait fréquenté des vampires, bon dieu ! Elle n'apprenait donc rien ?

L'appartement était plongé dans la pénombre mais je vis parfaitement le grand canapé et la bouteille posée sur la table basse. Vodka.

Un désordre modéré régnait dans la pièce, vêtements épars sur le sol et couverture en boule sur les coussins mais ce n'était pas ça qui m'intéressait. Je devais découvrir où elle était allée.

Mon regard fut alors attiré vers la lumière rouge clignotante du répondeur sur le comptoir de la cuisine. Sans aucune honte, je pressai le bouton pour écouter le dernier message.

Une voix d'homme s'éleva de l'appareil.

« Bella. C'est Laurent. Heu… Ecoute… on m'a dit que tu étais revenue dans le coin alors je me suis dit que tu aurais peut-être envie de venir faire un tour par ici ce soir. Il y a eu une autre attaque et on vient de m'amener un corps… Heu… C'est… Ecoute. Il vaudrait mieux que tu viennes vite. Je suis de garde toute la nuit. »

Attaque…

Corps…

Je me souvenais d'avoir entendu le nom de ce Laurent dans les pensées de Bella lors de l'interrogatoire que lui avait fait subir Carlisle. Il était son contact à la morgue. Il était celui qui avait attiré son attention sur les meurtres commis par Jasper. Et il lui annonçait qu'il venait d'y avoir une autre victime.

Mon sang ne fit qu'un tour.

Ce n'était pas Jasper. Jasper était resté à Chicago avec mes frères et sœurs jusqu'à ce que je les contacte.

Il y avait un autre vampire à Seattle. Un vampire suffisamment sûr de lui ou suffisamment fou pour laisser derrière lui des victimes identifiables. Et Bella s'était précipité dès qu'elle avait eu ce message.

Je sautai immédiatement par la fenêtre, me laissant retomber sur six étages et me réceptionnant avec l'agilité d'un félin. Si jamais il y avait eu un témoin de la scène, il aurait pu penser que je ne venais que de sauter du rez-de-chaussée. Et je pris immédiatement la direction de l'hôpital, la panique au ventre.

C'était ça la menace qu'Alice avait senti. Il y avait un des nôtres à Seattle. Cela aurait pu ne pas m'inquiéter s'il n'avait cherché à rendre sa présence si évidente. Le fait qu'il laisse des victimes identiques à celles de Jasper ne pouvait pas être une coïncidence. Je n'y croyais pas une seconde.

Quand j'arrivai à l'hôpital, il était une heure passé et, malgré cela, l'effervescence régnait dans le bâtiment. L'odeur de sang était partout, brouillant mes sens. Et je ne savais pas où était la morgue, il allait falloir que je demande et j'allais encore perdre un temps précieux.

Je me dirigeais vers le bureau des renseignements en serrant les dents et en me retenant de respirer au maximum et je m'apprêtais à interroger avec le plus de charme possible la secrétaire de nuit quand un cri me perça les oreilles.

Bella !

Elle était loin mais sa voix avait traversé la distance qui nous séparait. Immédiatement et sous le regard ahuris des personnes présentes dans le hall, je me ruai par une porte latérale dans un escalier qui descendait au sous-sol. Il ne fallut qu'une seconde pour que j'identifie l'odeur du sang frais. Il y en avait beaucoup.

Mon dieu non. Je vous en prie. Pas elle.

Je sentis la folie se déverser dans mes veines et j'arrachai pratiquement la porte battante qui ouvrait sur la pièce où on stockait les corps. Le corps d'une femme, à moitié découvert, gisait sur un brancard en métal, mais ce n'était pas de lui que provenait l'odeur. Je me tournai et découvris le corps d'un homme au sol. Il portait une blouse de soignant et sa gorge était complètement déchirée. Ses yeux révulsés fixaient le vide avec terreur.

Il avait été atrocement assassiné après avoir appelé Bella.

Mes yeux se posèrent alors sur le mur au-dessus de lui et je découvris avec horreur les lettres tracées avec son sang.

Mon souffle court se bloqua dans ma gorge. Alice n'avait pas bien vu. La menace venait de Volterra. Le message au mur était pour Bella. Ella avait été là. Elle l'avait vu. Elle avait compris.

Ou était-elle maintenant ?!

Complètement désintéressé des deux cadavres dans cette pièce, je me précipitai à nouveau en dehors de la pièce et je repérai immédiatement l'odeur de Bella dans un couloir. Elle était sortie.

Je me ruai à sa poursuite.

Je la rattraperais rapidement. Je l'emmènerais loin d'ici.

L'idée du couvent ne me paraissait plus si ridicule maintenant.

Passant une grande porte qui ne s'ouvrait que de l'intérieur, je débouchai à l'air libre dans un parking. Bordel ! Il n'y avait rien de pire que les odeurs de carburant et de gaz d'échappement pour ruiner une piste. Je me figeai donc et fermai les yeux pour me concentrer sur ce que je pouvais entendre.

Bella était encore là quelques minutes à peine plus tôt. Même si elle courait de toutes ses forces, elle ne pouvait donc pas être déjà assez loin pour que je ne l'entende pas.

Dans la seconde, j'entendis ses pas qui battaient l'asphalte et son souffle court. Elle traversait le parking mal éclairé pour revenir sur le devant de l'hôpital et retrouver les lumières rassurantes de la civilisation. Malheureusement, je ne détectai pas que sa présence dans le parking désert.

C'était un homme, un junky en manque de sa dose quotidienne. Et, malgré le chaos causé dans sa tête par le manque, il était encore assez lucide pour reconnaitre Bella. Il la reconnaissait. On lui avait dit qu'elle passerait par ici et que, s'il lui faisait du mal, il gagnerait assez d'argent pour se payer la défonce du siècle. Une femme, une belle femme blonde lui avait demandé de lui faire mal, très mal.

Bella courait sans s'en rendre compte droit sur sa trajectoire.

Dans la poche du gars, un couteau à cran d'arrêt n'attendait qu'à être déplié et son propriétaire s'imaginait déjà la façon dont il pourrait dessiner avec un sourire indélébile sur le visage de sa victime. Il avait toujours aimé faire rire les femmes. Presque autant que les faire crier.

Je ne fus pas assez rapide pour l'empêcher de surgir sur le côté et de la tirer par la capuche de son sweat pour la faire rouler violemment au sol entre deux voitures, exactement là où il voulait, là où il serait tranquille pour faire d'elle ce qu'il voudrait.

Bella hurla, prise de panique, en se roulant en boule pour se protéger.

Mais je fus suffisamment rapide cette fois pour saisir le bras de son attaquant avant même qu'il ne s'approche d'un pas.

Son bras craqua en se pliant dans un angle improbable sous ma pression. La rage se déversa en moi en même temps que son premier cri de douleur et, en une fraction de seconde, je le fit taire en faisant craquer violemment sa nuque entre mes mains.

Il s'écroula au sol comme un tas de chiffon. Sans un bruit.

Devant moi, Bella tremblait en se cachant le visage et je luttai pour ne pas me jeter sur elle et la prendre dans mes bras.

Je ne savais pas quoi faire de mon corps tant mes membres tremblaient sous l'effet rétroactif de la panique suivie de l'excitation de l'exécution.

Comme aucun coup ne venait et que plus aucun bruit ne résonnait dans le parking, Bella finit par relever le visage et elle me vit, moi, debout au-dessus du corps de son agresseur. Son cœur s'emballa et ses yeux clignèrent plusieurs fois comme pour faire le point, comme si elle ne pouvait croire ce qu'elle voyait.

« Edward ? »

Sa voix était un murmure de détresse mêlé à autre chose… du dégout ?

Elle ne voulait pas de moi ici. Elle avait été très claire. C'était très clair.

Je n'aurais jamais dû rester là suffisamment longtemps pour qu'elle me voie.

Sans plus attendre, je fis donc demi-tour et m'échappai de ce parking comme si j'avais le diable aux trousses. Pas suffisamment vite cependant pour épargner à mes oreilles le cri déchirant que Bella poussa derrière moi.

« Edward ! »

Il me fallut user de toute ma force pour ne pas revenir en arrière et la porter moi-même jusque chez elle. Mes pensées se bousculaient dans ma tête.

Rien ne se passait comme je l'avais prévu.

J'avais essayé de me souler de sang jusqu'à l'oublier, ça avait été un échec total.

J'avais essayé de combler mon manque auprès d'une autre femme, j'en avais été incapable.

J'avais essayé d'être son ange gardien, veillant sur elle à distance sans interférer avec sa vie et je venais juste de ruiner ça aussi.

Rien ne marchait parce que je n'étais rien de tout ça : je n'étais ni un monstre, ni un homme, ni un sauveur. J'étais juste moi, attiré dans son orbite comme un satellite, incapable de m'en écarter et ne cherchant qu'à s'en approcher toujours plus.

Je réalisai maintenant que ce n'était probablement qu'une question de jours avant que je ne trahisse ma présence, par accident ou volontairement car je ne pouvais pas supporter d'être loin d'elle. J'avais l'impression de devenir fou.

Et, maintenant, un vampire, une femelle apparemment, avait fait d'elle la cible attitrée de ses tortures psychologiques et physiques. Comment étais-je seulement supposé la défendre contre ça ?

Je donnai un violent coup de pied dans une poubelle qui alla s'écraser quelques dizaines de mètres plus loin contre le mur d'un entrepôt. Mes pas m'avaient reconduit vers le port, là où je pourrais laisser éclater ma rage sans risquer de faire peur à qui que ce soit.

Mon téléphone sonna dans ma poche.

Je décrochai en fermant les yeux et en serrant les dents. Je savais parfaitement qui appelait.

« Tu dois y retourner Edward. » dit Alice.

Je grondai.

« Je ne peux pas. Elle ne le veut pas.

- Tu n'en sais rien ! Une seule chose est certaine, c'est que, toi, tout seul, ça ne marche pas. Et elle non plus. » poursuivit ma sœur. « Retourne vers elle et convainc la.

- Je ne sais pas comment faire ça.

- Sois toi-même, Edward. »

Et elle raccrocha.

Etre moi-même. Ce serait peut-être possible si j'avais la moindre idée de ce que j'étais où de comment m'y prendre pour le découvrir. Les tentatives de ces derniers jours avaient été catastrophiques.

Je ne pouvais pas revenir ainsi dans la vie de Bella après qu'elle m'ait si clairement fait comprendre qu'elle ne voulait pas que j'y sois…

Et même si ma frappadingue de sœur était convaincue du contraire, la piéger à nouveau avec moi n'était pas la solution.

Pourtant, je ne voyais pas quoi faire d'autre. Et elle avait besoin que je la protège, maintenant plus que jamais.

Mes pas me conduisirent alors d'eux-mêmes dans la rue de Bella.

Sa lumière était allumée. Elle était rentrée.

Le soulagement me fouetta avec une intensité si rare que je fis tomber toutes mes défenses l'espace d'une seconde, suffisamment longtemps pour entendre sa voix. Elle parlait au téléphone. Elle pleurait.

« Je l'ai vu Angie… Il était là… J'étais sortie et il… il était là. »

Un sanglot lui coupa le souffle.

J'étais déjà au pied de son mur.

« Non… Il n'a rien dit. Il… »

Mes doigts se crochetèrent entre les joints des pierres et mes pieds suivirent le même chemin.

« Il ne veut pas de moi Ang'… Non ! Je lui ai fait du mal. Il ne veut pas et moi je… j'ai tellement besoin de… »

Sa voix se brisa à nouveau quand un sanglot plus fort que les autres la fit se plier en deux. Elle s'écroula contre le mur face à la baie vitrée au moment où je la faisais coulisser pour sauter sur son plancher.

Nos yeux se rencontrèrent et ce fut comme si je pouvais respirer pour la première fois pleinement depuis des jours.

Bella, elle, cessa tout bonnement de respirer. Son cœur battait trop fort.

Le combiné toujours collé contre son oreille, ses jointures devenaient blanches tant elle le serrait fort.

« Angie… Je te rappelle… » murmura-t-elle.

Le téléphone glissa de sa main.

Le bruit que fit le boitier en éclatant contre le sol ne la fit pas sursauter.

Ses yeux brillants de larmes ne me quittaient pas.

Marron.

Enfin.


Voilà !

Retour à un ordre des choses plus confortable : Bella et Edward dans la même pièce.

Mais, question : que va-t-il se passer ensuite, hi hi ?

Tapez 1 si vous voulez que Bella le jette par la fenêtre

Tapez 2 si vous voulez qu'Edward reste buté sur ses positions et ne veuille pas autre chose que la protéger

Tapez 3 si vous voulez qu'ils se tombent dans les bras et détruisent un par un tous les meubles de l'appartement au risque que les voisins appellent les flics

(touche bonus : tapez 4 si vous voulez qu'ils se tombent dans les bras, détruisent le mobilier, mais que Bella le jette ensuite par la fenêtre quand il va lui avouer ce qu'il a fait pendant qu'elle déprimait)

J'ai hâte !

Je vous embrasse.

PS : nouvelle pause la semaine prochaine. J'ai tout plein de dossiers à remplir donc je préfère ne pas vous faire espérer un chapitre avant deux semaines… Je suis désolée mais je promets de vous gâter à mon retour si vous me reviewer -)