Coucou !
Vous avez vu, dites, vous avez vu ?
J'avais dit 2 semaines et j'ai tenu les délais !
Comme promis, voici « la première partie de la fin » mais, vu la longueur de ce chapitre, je pense qu'on peut en faire un chapitre à part entière. Il faut juste me promettre de ne rien me jeter à la fin.
On est encore en POV Bella mais le prochain sera en POV Edward, je pense que vous allez avoir envie aussi de savoir ce qu'il se passe dans sa tête à lui, non ?
Laau : merci pour tes 3 reviews ! Ta fic préférée ? Non ? Arrête, je vais devenir toute rouge -) Bisous
Sarouh07 : Si Jacob t'a stressée dans le dernier chapitre, que va-t-il en être dans celui-là ? J'ai hâte de savoir. Bisous
Guest : oh que oui je continue ! Merci à toi.
Flopy69 :Et oui, il y avait finalement beaucoup de choses dans ce chapitre ! Dans les prochains aussi. Bisous !
Sandry : Moi aussi j'aime bien l'Edward taquin… et l'Edward en colère… et l'Edward séducteur… et l'Edward brutal… bref, je les aime tous ! biz
So06 : merci pour ta review ! bisous à toi.
Berenice :Toute les bonnes choses ont une fin, malheureusement. Mais je vais faire durer encore un peu ! biz
Niow : C'est moi qui vous remercie tous pour le temps que vous prenez à me lire ! Bisous
Julicious : Je suis vraiment désolée pour l'attente la dernière fois. J'ai été plus vite cette fois pour me faire pardonner. Ça a marché ? Bisous.
Momi : merci ! je suis contente que le chapitre 24 ait valu l'attente. Bisous.
Et vous toute aussi mes chéries à qui j'ai répondu en MP, je vous remercie encore une fois (juste une pour ne pas trop encombrer Sochic qui a gardé précieusement les caisses de la dernière fois).
Allez ! On va quitter petit à petit le nid douillet et replonger la tête la première dans les problème.
Zou !
Je vous retrouve en bas.
Lily
Les personnages appartiennent à Stephenie Meyer
Chapitre 25- Smokescreen
Pov Bella
Je me réveillai au petit matin, désorientée et seule.
Une pâle lumière filtrait à travers les stores baissés de ma chambre et, une fois de plus, je me demandai si tout ce que j'avais vécu ces derniers jours n'était pas qu'un rêve.
La pièce était silencieuse et tout était à sa place, comme ça avait été le cas tous les matins où je m'étais réveillée dans ce lit.
Tout était parfaitement normal.
Avais-je rêvé tout ça?
Volterra.
Edward.
Un esprit rationnel n'aurait jamais cru à tout ça. Mais je doutai que mon inconscient soit suffisamment fertile pour créer Edward Cullen de toute pièce.
Je me redressai lentement sur mes coudes et fis le tour de la pièce des yeux. Si mes muscles endoloris n'avaient pas été une preuve suffisante, le sac de voyage posé au pied du lit me rassura complètement. Je n'avais rien imaginé : Edward était là, quelque part dans l'appartement.
Il m'avait laissé m'endormir dans ses bras cette nuit, épuisée par trop de nuits sans sommeil et trop de tension nerveuse après la confirmation que la menace qui planait au-dessus de ma tête avait un nom.
Tanya.
Evidemment, apprendre que cette folle était derrière tous les derniers évènements n'avait rien arrangé à mon stress. Même si ça avait au moins eu le mérite de lever le voile sur le danger qui me guettait.
Il venait bien de Volterra.
Depuis notre départ, Tanya avait été transformée, comme elle le voulait. Et il semblait que sa première action en tant que vampire ait été de venir assouvir auprès de moi une vengeance malsaine en s'en prenant à mes proches.
Edward avait tenté de me rassurer, de me bercer de belles paroles en m'assurant que la tâche serait plus facile à Alice pour la trouver maintenant que nous l'avions identifiée. Mais je savais pertinemment à la tension persistante dans son corps que la situation n'était pas si évidente et que la nature de nouveau-né de Tanya allait être un problème.
Je me doutai également que le fait qu'Alec l'accompagne n'était pas une bonne nouvelle.
Car c'était obligatoirement lui le jeune homme dont Charlotte avait parlé. En tout cas, il collait à la description et je savais après la journée de la veille passée avec Edward qu'un vampire pouvait aisément passer pour un humain s'il s'en donnait la peine.
Son évidente jeunesse et ses bonnes manières avaient dû faire le reste. Pourtant, je savais aussi qu'Alec était à lui seul une menace à prendre au sérieux. Edward était resté très vague à son sujet mais j'avais suffisamment d'indices en ma possession pour me rendre compte qu'il était probablement âgé et puissant. Et son rang dans la hiérarchie à Volterra était évidemment haut, ce qui rendait toute action à son encontre délicate, même si conformément aux lois de sa race, il ne devait ni s'en prendre à moi ni laisser sa protégée le faire.
Malgré tous ces soucis, je n'avais pas résisté plus de quelques minutes au sommeil sous les caresses attentives de mon amant dans mon dos.
Et j'avais dormi toute la nuit, rassurée par sa seule présence. Je ne parvenais pas à me rappeler depuis quand ça ne m'était pas arrivé.
Fréquenter un vampire n'était pas de tout repos !
Pourtant, son absence à mon réveil m'était inconfortable donc je me levai souplement pour rejoindre le salon.
Je ne perçus les voix que quand je posai une main sur la poignée de la porte. Plusieurs personnes discutaient dans mon salon et mon sang se glaça un instant dans mes veines, me statufiant sur place. Qui était-ce ?
Je n'étais pas prête à gérer de nouvelles informations ou un autre coup dur avant d'avoir au moins bu un café.
La poignée tourna dans ma main sans que je fasse un geste et la porte s'ouvrit sur Edward qui se faufila dans l'ouverture et referma derrière lui avant de me scruter d'un œil prudent, comme s'il s'attendait presque à ce que je fasse une crise de nerfs ou quelque chose du genre.
« Tu es réveillée. » constata-t-il.
« Il semblerait. » répondis-je en souriant de sa mine préoccupée, ce qui eut pour effet de détendre instantanément ses traits magnifiques.
Il m'attira à lui par le revers de mon tee-shirt et j'allai immédiatement nicher mon visage dans son cou pendant qu'il crispait ses doigts sur mes reins.
« Je suis désolé. J'aurais dû être là à ton réveil. » murmura-t-il dans mes cheveux. « Mais il fallait que je te laisse te reposer et ce n'est pas facile pour moi. »
Je souris en me mordant les lèvres avant de relever la tête pour le regarder dans les yeux.
« Tu apprends les bonnes manières. » me moquai-je.
« Il y a un début à tout. » répondit-il en me rendant mon sourire. « Et puis… nous avons de la visite. »
Je cessai immédiatement de sourire, plus préoccupée que je ne l'aurais dû.
« Ma famille est arrivée il y a quelques heures. » précisa-t-il. « Je les ai fait entrer car nous avons des choses importantes à discuter.
- Ils sont tous là ? » m'inquiétai-je.
Edward secoua la tête.
« Non, Carlisle et Esmée ne sont pas encore au courant de ce qui se passe ici et c'est mieux comme ça. Si les choses doivent mal tourner, je préfère qu'ils ne soient pas impliqués. »
Je devinai qu'il y avait beaucoup plus que ce qu'il voulait bien me dire. Il n'avait pas mentionné Carlisle une seule fois depuis nos retrouvailles.
Pourtant, savoir que ceux qu'il considérait comme ses parents n'étaient pas en train de m'attendre dans le champ de ruines de mon salon me soulagea. A part Rosalie, j'avais déjà rencontré chacun de ses frères et sœurs et, après tous les vampires psychopathes que j'avais croisés ces derniers temps, je me sentais de taille à gérer ceux-là.
« Il me faut un café. » dis-je en me détachant d'Edward. « J'espère que ça ne choquera pas tes frères et sœurs que je les accueille dans cette tenue. »
Je portais un simple débardeur en coton et un pantalon en toile fluide qui me servait autant à trainer chez moi que de pyjama. J'aurais évidemment pu faire quelques efforts mais, si j'étais amenée à côtoyer ces gens dans un avenir proche, autant qu'ils s'habituent tout de suite à ma tenue d'intérieur.
« Tu es magnifique. » dit Edward en souriant jusqu'aux oreilles alors qu'il m'ouvrait la porte pour que je sorte de la chambre.
La première chose que je vis fut l'imposante silhouette d'Emmett, vêtu d'une chemise sombre et d'un gilet de costume noir sur un jean foncé, qui me tournait le dos. Ses bras croisés sur son torse rendaient la carrure de ses épaules encore plus impressionnante.
Il se tenait debout entre moi et le salon, me dissimulant presque le couple de Jasper et Alice assis dans ce qu'il restait de mon canapé. Tous deux me fixèrent du regard en souriant tandis que j'entrai d'un pas déterminé dans ma pièce de vie.
Assise sur un des accoudoirs, digne et légèrement guindée, se trouvait une des plus belles femmes que j'ai jamais vues. Ses cheveux blonds cascadaient sur ses épaules et son corps était harmonieusement mis en valeur par une tenue de ville simple mais distinguée.
Cependant, ses traits fins et angéliques étaient légèrement gâchés par sa moue hautaine et son regard scrutateur, presque dédaigneux sur moi.
Je venais de faire connaissance avec Rosalie et je vis immédiatement ce qu'Edward avait voulu dire les rares fois où il m'avait parlé d'elle. Mais je n'allais pas me laisser impressionner par son attitude. J'étais chez moi et il me fallait un café.
Je me dirigeai donc directement vers le coin cuisine en lançant un vague :
« Bonjour tout le monde ! »
Puis je m'affairai à me préparer mon petit déjeuner, me disant que ce serait peut-être un de mes derniers cafés noirs. Il me fallait le savourer.
Je rejoignis donc le salon quelques minutes plus tard pour m'assoir dans mon fauteuil sur l'accoudoir duquel Edward était assis et je repliai les jambes sous moi, m'installant confortablement.
Ce ne fut qu'à ce moment que je réalisai que personne n'avait échangé un mot depuis mon entrée. Me tournant vers Edward, je le découvris tentant de retenir, avec peu de succès, un franc sourire.
« Qu'est-ce qui se passe ? » lui demandai-je directement, mon regard passant de lui à l'assistance silencieuse qui nous entourait.
Il ne pouvait rien y avoir de grave sinon Edward aurait lui aussi affichée une mine… quoi ? Etonnée ?
Au contraire, ma question n'eut pour effet que d'accentuer son sourire.
« Tu dois excuser ma famille, Bella » répondit-il. « Il n'ont pas l'habitude de côtoyer des humains si peu impressionnés par notre nature.
- Je devrais être impressionnée ? » demandai-je, réalisant à quel point cette pensée ne m'avait pas un instant traversé l'esprit.
Alice sourit à son tour mais ce fut Emmett qui prit la parole.
« Tu n'es qu'une frêle petite humaine fragile et tu viens t'installer pour prendre ton petit dej au milieu d'un cercle de vampires. J'aurais au moins cru que nous te ficherions assez la trouille pour te couper l'appétit. Ce que tu bois dégage une odeur infecte. »
Je portai lentement ma tasse à ma bouche pour boire une longue gorgée avant de lui répondre.
«Dans quelques jours, je serais assez forte pour vous botter le cul. » dis-je. « Et ceci est peut-être une de mes dernières tasses de café. Donc je ne vois pas pourquoi je devrais gâcher mon plaisir. »
Emmett écarquilla les yeux avant d'éclater de rire.
« J'adore cette fille ! » s'écria-t-il. « Content de te retrouver Bella. »
J'inclinai la tête en souriant.
« Moi aussi, Emmett. Moi aussi. »
Un éclat de rire joyeux me fit tourner la tête vers Edward. Il avait l'air si véritablement heureux à cet instant avec cette lueur espiègle dans ses yeux que j'oubliai instantanément tout ce qui m'entourait, éblouie par sa perfection, mon amour pour lui et la flamme de désir brut qui m'embrasait dès que je portais mon regard sur lui et qu'il me regardait avec ces yeux-là.
« Wow ! Wow ! Wow ! Trop d'informations, là ! » se plaignit Jasper en faisant une grimace.
Je me sentis immédiatement rougir furieusement.
Foutus vampires avec leurs dons intrusifs ! Je risquais de rougir encore plus souvent que d'habitude avec dans les parages quelqu'un qui était capable de ressentir tout ce que je ressentais.
Cela ne gâcha pourtant pas la bonne humeur d'Edward qui posa en souriant une main sur mon épaule nue puis dans mon cou, ce qui déclencha une nouvelle série de frisson le long de ma colonne vertébrale.
« C'est pas vrai… » maugréa Jasper en baissant la tête pour se masser l'arête du nez.
Je le regardai, consternée qu'il puisse sans le vouloir ressentir tout ce que je ressentais, alors que je n'étais moi-même pas capable de maitriser mes propres émotions au côté de mon amant démoniaque. Mais le reste de sa famille semblait plutôt s'amuser de son tourment.
« Un problème, Jasper ? » se moqua Edward.
Jasper releva alors la tête pour lui renvoyer un regard mauvais.
« Non. Pas du tout. » répondit-il d'un ton sec. « Sauf si tu vois un inconvénient à ce que je cède aux émotions que me renvoie Bella et que je finisse par te sauter dessus. »
La main d'Edward quitta immédiatement ma peau et je retrouvai un peu de lucidité pendant qu'Emmett et Alice riaient franchement.
Toute cette scène était totalement irréelle, j'en avais bien conscience. Le danger me guettait dehors. Et les seuls remparts qui se dressaient entre lui et moi étaient les membres d'un clan de vampires… Ma future famille.
Et nous étions en train de plaisanter au milieu de mon salon comme si de rien n'était.
« Nous pourrons peut-être parler de choses sérieuses quand vous aurez fini de vous comporter comme des enfants. » nous coupa la voix froide de Rosalie, nous ramenant instantanément les pieds sur terre.
La mauvaise humeur était parfaitement perceptible dans son ton et son regard était glacial, m'évitant ostensiblement. Je me sentis à nouveau mal à l'aise mais, cette fois, à cause de son évident rejet.
« Ne fais pas attention à Rosalie. » dit doucement Edward, ressentant mon malaise. « Le décalage horaire ne lui vaut rien. »
La blonde leva les yeux au ciel avec dédain.
« Les heures n'ont pour moi aucune importance. » rétorqua-t-elle. « Je ne suis simplement pas ravie de devoir me mêler des coucheries de mon frère pour protéger ma famille. »
Elle avait dit ces mots sans la moindre compassion ni le moindre effort pour paraitre amicale.
« Ne parle pas de Bella comme ça ! » gronda Edward à côté de moi, mais cela ne sembla pas impressionner Rosalie le moins de monde.
« Je ne parle pas de Bella mais de cette Tanya qu'il va falloir que nous traquions par ta faute. » répondit-elle. « Bella est ta compagne, j'ai bien compris ça. Ce que je ne comprends pas c'est pourquoi tu ne la transformes pas maintenant pour que nous puissions regagner nos vies. Ton ex ne pourra rien lui faire une fois transformée. »
Aucune émotion ne transparaissait dans sa voix. Elle ne faisait qu'énoncer des faits.
« Bella souhaite dire au revoir à ses proches avant d'être transformée. » contra Edward. « Et rien ne nous dit que Tanya ne s'en prendra pas à eux si nous ne l'arrêtons pas avant.
- Qui s'en soucie ? Ce ne sont que des humains.» demanda-t-elle en me vrillant d'un regard de glace.
Je restai muette. Incapable de trouver quoi répondre face à son évidente hostilité.
Je sentais Edward bouillir à côté de moi, son corps se tendant comme s'il était prêt à bondir.
« Bella s'en soucie. » intervint Alice. « Si c'est important pour elle, ça le devient pour nous.
- Alors cessez de vous comporter en gamin et passons-en aux faits. Qu'on en finisse. » claqua une dernière fois Rosalie en croisant les bras, apparemment satisfaite d'avoir fait valoir son point de vue.
La bonne humeur était retombée et chacun adopta une attitude plus sérieuse.
Alice nous appris qu'elle n'avait pas assez connu Tanya de son vivant pour que ses visions la suivent. Elle ne pourrait prévoir les évènements qu'au moment où une décision serait prise qui changerait le court de mon propre avenir. Or, il semblait que, pour l'instant, rien n'ait été clairement mis en place. Même s'il semblait que mon avenir soit toujours flou car Edward n'était pas encore complètement décidé à me laisser me rendre à l'inauguration de cet après-midi.
Quant à Alec, si c'était bien lui qui était plus ou moins derrière tout ça, son don brouillait les sens et donc les perceptions médiumniques d'Alice.
Bref, nous ne pouvions pas faire grand-chose pour l'instant à part attendre. Le risque étant que l'arrivée des Cullen en ville ne soit pas passée inaperçue et que cela repousse l'inévitable attaque et ne nous oblige à attendre.
Je sentais que ce plan ne convenait pas du tout à Edward. Cette inaction lui mettait les nerfs en pelote. Mais nous n'avions pas le choix.
Tout aurait été plus simple si nous avions eu ne serait-ce qu'une vague idée de l'endroit où les chercher mais nous ne disposions d'aucune trace, d'aucun indice, même d'aucune preuve de leur présence en ville depuis les meurtres de Maria et de Laurent.
Nous étions pour l'instant dans une impasse.
« On n'a pas d'autre choix que de les forcer à bouger. » finis-je par lâcher aux bouts de plusieurs minutes de discussion infructueuse où chacun y allait de son idée, immanquablement écartée par Edward dès que celle-ci risquait de me mettre en danger.
« Et comment comptes-tu t'y prendre ? » demanda Rosalie.
Je pris le temps de déglutir une fois.
« En continuant à faire comme si je ne savais pas qu'ils étaient là. Le plan était que je sois un appât. Je ne vois pas pourquoi nous devrions en changer.
- Parce que nous ne savions pas qu'un vampire nouveau-né et jaloux en avait après toi ! » me coupa Edward. « Ça change tout !
- Non ça ne change rien. » répondis-je calmement pour l'apaiser. « Si Tanya veut s'en prendre à moi, elle le fera. Je préfère que ce soit directement plutôt qu'en blessant ou qu'en tuant mes amis. Aucun d'eux n'a de vampire pour le protéger. Moi j'en ai cinq.
- Elle n'a pas tort. » renchérit Jasper. « Si nous forçons Alec et Tanya à revoir leur plan, nous n'aurons plus la moindre idée de quand ni où ils frapperont. Alors que leurs derniers mouvements laissent penser qu'ils ont prévu d'agir bientôt. Nous sommes assez nombreux pour protéger Bella. »
Edward allait répondre quand il fut interrompu par trois coups frappés à ma porte.
Mes compagnons se figèrent instantanément comme des statues de marbres fixant la porte. Edward affichant en plus des autres une expression irritée probablement due au fait que, pris dans la discussion, il n'avait pas prêté attention à notre visiteur.
Je me levai lentement pour aller ouvrir mais pris tout de même le temps de regarder par l'œilleton.
« C'est Ben. » murmurai-je à l'intention des oreilles surnaturelles qui n'avaient surement aucun mal à m'entendre. « Ne restez pas si immobiles parce que vous êtes carrément flippants, là. »
Il y eut un léger éclat de rire dans mon dos et des mouvements sur le canapé puis j'ouvris la porte.
Ben était seul et il avait son visage de flic. Formel et sérieux.
Je me doutai donc qu'il n'était pas là que pour vérifier que j'étais bien rentrée la veille au soir.
« Hey, Bella. » dit-il en fourrant ses mains dans ses poches.
« Salut Ben, qu'est-ce qui me vaut le plaisir de ta visite de si bon matin ? »
Il hésita un instant.
« Tu me laisses entrer ? Il faut que je te parle.
- Bien sûr. » répondis-je en lui ouvrant plus grand la porte pour lui laisser le passage.
Il se figea en avisant les personnes présentes dans mon salon.
« Le frère et la sœur d'Edward sont de passage avec leurs amis. » dis-je en l'entrainant vers le coin cuisine. « Ils sont arrivés ce matin. »
Ben hocha la tête et salua Edward d'un signe de main mais parut soulagé quand nous nous retrouvâmes plus à l'écart. Il n'était pas sensé savoir que mes invités ne perdraient probablement pas une miette de notre conversation.
Je m'appuyai contre mon bar et il resta un instant debout au milieu de la pièce, scrutant chaque recoin.
« Si tu me disais ce qui t'amène. » l'encourageai-je.
« Ouais…heu… »
Il semblait gêné. Mais je décidai de lui laisser le temps de trouver ses mots.
« Bella… Tu n'as jamais vraiment parlé de ce qui s'était passé l'année dernière… »
Je ne voyais pas où il voulait en venir.
« Ce papier que tu as écrit sur le trafic de femmes dans quartier russe. » précisa-t-il. « Tu ne nous a jamais vraiment raconté comment tu avais obtenu toutes ces infos. »
Oh.
Je me sentis blêmir mais je le laissai poursuivre.
« Et on n'a jamais posé de questions parce qu'on sait comment tu fonctionnes. Mais… tu sais… dans mon boulot, j'entends certaines choses. Certaines info filtrent entre les services… certains documents… des photos… »
Oh mon dieu.
Il savait tout. Il savait jusqu'où j'étais allée pour ce sujet.
Je savais que certains flics de la brigade des mœurs avaient des indics qui leur transmettaient régulièrement des photos des nouvelles venues sur le pavé des quartiers chauds mais je ne m'étais jamais douté que Ben en aurait eu vent à la criminelle.
Je savais que, à cet instant, toute couleur avait déserté mon visage.
« Depuis quand es-tu au courant ? » chuchotai-je d'une voix blanche.
Il me renvoya un regard d'excuse, aussi peu à l'aise que moi.
« Je l'ai su juste après que tu aies refais surface. » répondit-il. « Et c'est un mal pour un bien parce que, si j'avais eu cette photo entre les mains alors que nous ne savions pas où tu étais, j'aurais probablement monté un commando pour venir te chercher. »
Il affichait un pauvre sourire qui ne m'apaisait qu'à moitié.
« Est-ce que Angie est au courant ? » demandai-je, la boule dans ma gorge m'empêchant pratiquement de parler de façon audible.
« Non ! » s'écria-t-il. « Tu étais de retour. En bonne santé, heureuse de ton article et des filles que tu avais permis de sauver. Je n'ai jamais vu la nécessité même de te faire savoir que j'avais été au courant. Je ne voulais pas que tu aies l'impression que je pourrais te juger. »
Je souris faiblement.
« Chacun est libre de vivre sa vie comme il l'entend et tu avais fait quelque chose de vraiment bien, et de dangereux, sur ce sujet-là. » continua-t-il. « Donc je ne comptais jamais t'en parler… Mais il s'est produit quelque chose. »
Il marqua une pause durant laquelle je n'eus pas le courage de dire quoi que ce soit. C'était déjà assez difficile comme ça qu'un de mes amis proche ait découvert jusqu'où j'étais capable d'aller pour un article, même si la cause était tout à fait louable.
« Il y a deux nuits, une prostituée, Maria Flores, a été retrouvée morte sur Alaskan Way, près des docks » dit-il à voix basse.
Je fermai les yeux et serrai la mâchoire.
« Elle a été attaquée par quelque chose qui lui a déchiré la gorge. Elle s'est vidée de son sang. »
Une larme roula le long de ma joue.
« Bella… » appela doucement Ben pour me faire rouvrir les yeux. « Tu connaissais cette femme. »
Ce n'était pas une question. Lui qui savait beaucoup de choses savait forcément celle-là.
« Oui. »
Son visage se ferma et il poursuivit.
« On a conduit son corps à la morgue où il a été pris en charge et il s'est passé autre chose là-bas. »
Mon dieu.
J'avais peur de voir où il voulait ne venir.
« L'interne de nuit qui s'en est chargé a été retrouvé assassiné par le collègue qui est venu le relever de sa garde à l'aurore. Il s'appelait Laurent Launay… Connaissais-tu cet homme ? »
Je le regardai, perdue, ne sachant trop quoi lui répondre car je ne savais pas ce qu'il savait déjà.
Je me contentais donc de hocher la tête pour lui répondre.
« T'a-t-il contactée cette nuit-là ? »
A son regard, je savais qu'il connaissait déjà la réponse à cette question alors je décidai de ne pas lui mentir.
« Oui… Il a laissé un message sur mon répondeur. Mais je ne lui ai pas parlé directement.
- As-tu conservé ce message ? » demanda-t-il, un lueur d'espoir passant dans son regard.
Sans répondre, j'allai chercher mon téléphone et mis le haut-parleur pour lui faire écouter. La voix de Laurent s'éleva de parmi les morts.
« Bella. C'est Laurent. Heu… Ecoute… on m'a dit que tu étais revenue dans le coin alors je me suis dit que tu aurais peut-être envie de venir faire un tour par ici ce soir. Il y a eu une autre attaque et on vient de m'amener un corps… Heu… C'est… Ecoute. Il vaudrait mieux que tu viennes vite. Je suis de garde toute la nuit. »
Un pli soucieux barrait le front de mon ami et il resta silencieux un moment.
« Ben, » intervins-je. « Si tu me disais clairement pourquoi tu es là. »
Il me regarda intensément avant de répondre.
« Cet homme a été horriblement mutilé, Bella. » commença-t-il. « Ses blessures étaient pratiquement identiques à celle de ton amie Maria qu'on avait prises pour les marques d'une attaque animale. Pourtant… Il y avait, sur les lieux, des indices prouvant que ça ne pouvait pas être le cas.
- Quels indices ? » demandai-je pour donner le change alors que je me doutai bien que les lettres tracées sur le mur avaient sérieusement dû mettre la puce à l'oreille des enquêteurs.
Ben fit la grimace.
« Je ne peux pas te le dire parce qu'il s'agit d'une enquête en court mais, Bella, si je suis là ce matin c'est parce que mes collègues chargés de cette investigation ont découvert qu'il t'avait appelée. Tu es probablement la dernière personne à lui avoir parlé.
- Je ne lui ai pas parlé ! » me défendis-je. « Il a juste laissé un message sur mon répondeur.
- Un message dans lequel il te demande de le rejoindre. Dès que j'ai appris que tu étais devenue une suspecte plausible dans cette affaire, j'ai demandé à venir t'interroger moi-même plutôt que de laisser des officiers venir te chercher pour t'emmener au poste… Mais je suis obligé de te demander : où étais-tu cette nuit-là, Bella ?
- Elle était avec moi. » dit la voix rude et cassante d'Edward dans mon dos.
Ben sursauta car, comme moi, il ne semblait pas l'avoir entendu approcher.
« Bella et moi nous sommes retrouvés en ville cette nuit-là aux alentours de minuit. » continua Edward, toujours aussi implacable. « Nous nous sommes disputés et elle est rentrée pour appeler Angela. Tu pourras lui demander, elle confirmera. Puis je l'ai rejointe ici et nous avons réglé nos problèmes. Je peux témoigner que Bella n'a à aucun moment approché un autre homme que moi cette nuit-là. »
Il paraissait si sûr de lui dans ce mensonge, sa voix était si sérieuse, son regard si perçant, que même le plus aguerri des enquêteurs serait probablement tombé dans le panneau.
Ben soupira.
« Bien. Je pense que ça constitue un alibi raisonnable. » dit-il. « Je suis vraiment désolé, Bella. Mais si ce n'avait pas été moi, d'autres t'auraient posé les mêmes questions… avec des menottes aux poignets en plus. »
Je lui rendis un faible sourire, tentant de ne pas paraitre trop secouée par tout ça.
Ben nous regarda alternativement, Edward et moi, et paraissant soudain mal à l'aise, commença à se diriger vers la sortie. Je le suivis en silence mais il s'arrêta alors qu'il s'apprêtait à franchir la porte.
« Dis-moi… Tu ne t'es pas mise dans des problèmes trop gros pour toi, n'est-ce pas ? »
J'écarquillai les yeux.
« Non. Je ne vois pas pourquoi tu dis ça. » me défendis-je.
Il pinça les lèvres, l'air pas très convaincu par mes talents de comédienne.
« J'espère juste que ton récent voyage en Italie n'avait rien à voir avec la vague d'attaques qui avaient eu lieu en ville l'été dernier. » dit-il. « Les renseignements que tu m'avaient demandés sur ce club et cette fille à New York juste avant de disparaitre… ce qui s'est passé ici y ressemble… et puis… »
Il se tut complètement.
« Et puis quoi ? » le pressai-je.
Il secoua la tête, fuyant mon regard.
« Rien. » répondit-il. « Ce n'est probablement rien. Mais promets-moi d'être prudente et de m'appeler si jamais il se passe quoi que ce soit de bizarre.
- Je te le promets. » répondis-je, émue par son offre.
Il me sourit et s'éloigna dans le couloir. Je restai un instant à regarder la porte que je venais de refermer sur lui puis partis rejoindre mes invités, songeuse.
« Il se doute de quelque chose. » dit Edward en réponse à mes questionnements intérieurs dont il devait bien se douter même s'il ne pouvait plus les entendre à l'heure actuelle. « Il sait que quelqu'un a écrit un mot en italien sur le mur de la morgue avec le sang de Laurent. Il se doute que ce meurtre était une exécution dans le but d'impressionner quelqu'un. Et il a peur que ce quelqu'un ce soit toi. »
Je frissonnai.
« Au moins, il ne croit pas que j'ai égorgé deux personnes il y a deux nuits. C'est déjà ça. » tentai-je de plaisanter.
Je me sentais mal. Je me sentais sale.
Il fallait que j'aille prendre une douche.
« Je vais aller me préparer. » dis-je pour prévenir que j'allais m'enfermer dans ma chambre.
« Te préparer pour quoi ? » demanda Edward.
Je me sentis fatiguée tout à coup. Je n'avais plus envie de me battre avec lui sur le sujet. Je sortirais et j'honorerais mon dernier contrat avec le Seattle Times, que ça lui plaise ou non.
« Alice ? » suppliai-je. « Peux-tu, s'il te plait, faire comprendre à ton frère que j'irai à cette inauguration qu'il le veuille ou non ? »
Alice me fit un sourire en acquiesçant énergiquement de la tête alors que je disparaissais dans ma chambre, à la recherche d'un peu de solitude.
La douche me fit un bien fou en dénouant chaque muscle de mon corps et je me sentais nettement mieux et plus sûre de moi quand je m'enroulai dans une moelleuse serviette de bain.
Cette impression s'accentua quand j'enfilai un ensemble de sous-vêtements en soie bleue nuit et que j'observai mon reflet dans le miroir. Le contraste avec ma peau blanche était saisissant, accentuant mes courbes.
La blessure dans mon cou était maintenant propre et refermée, cachée par mes cheveux bruns qui ondulaient sur mes épaules et je ne voulais plus jamais y accorder de l'attention. Cet épisode de ma vie serait bientôt derrière moi et jamais plus je ne laisserais qui que ce soit m'utiliser comme Aro l'avait fait. Il m'avait mutilée, marquée comme un animal.
D'ici quelques jours, elle aurait complètement disparu, comme toutes les autres traces que mon corps pouvait porter de mes anciennes blessures.
Les marques qu'Edward avait laissées sur moi, que ce soit les légères meurtrissures sur mes hanches ou bien les fines cicatrices dans mon cou disparaitraient également et, bizarrement, ce ne fut pas du soulagement mais une vague tristesse qui m'envahit à cette idée. Car, là, affichées fièrement et sans honte, elles me donnèrent subitement l'impression d'être puissante et sensuelle.
J'étais celle qui lui avait fait perdre son contrôle au point qu'il ne maitrise plus complètement ni sa force ni l'afflux de son venin dans sa bouche.
J'étais celle qu'il avait choisie.
Et je serais bientôt comme lui, forte et indestructible.
Personne n'empêcherait cela, ni Alec, ni Aro et surtout pas Tanya. Cette pétasse n'avait qu'à bien se tenir parce que, vampire ou pas, si elle espérait que je me laisserais si facilement tuer, elle était bien loin du compte. Et, ajoutée à la rage que déclenchait en moi l'exécution de Maria, une insidieuse pulsion jalouse me poussait à la détester de toutes mes forces au point de rêver de lui faire moi-même sa fête.
La porte s'ouvrit derrière moi et Edward apparut dans le reflet du miroir, enlaçant ma taille d'un bras puissant et vint embrasser la peau accessible de mon épaule.
« Je n'aime pas quand tu es en colère… contre moi…» gronda-t-il à mon oreille, déclenchant une série de frissons délicieux le long de ma colonne vertébrale.
« Je ne suis pas en colère. » contrai-je d'une voix rauque.
« Si… Tu étais en colère contre moi tout à l'heure parce que je veux t'empêcher de faire ton travail.
- Alors je le suis toujours. » murmurai-je en étirant mon cou pour permettre à ses lèvres un meilleur accès à ma gorge sur laquelle il déposa des baisers légers qui semblaient faire vibrer chacun de mes nerfs de désir à l'état pur.
« Peu importe…» dit-il en laissant courir ses doigts sur mon ventre jusqu'à l'élastique de ma culotte sur ma hanche. « Je n'aime pas. »
Si jamais il m'était resté la moindre once de rancœur à son égard, elle aurait définitivement disparu quand il passa un pouce sous le tissu pour le descendre de quelques centimètres à peine.
« Par contre, j'aime cette couleur. Si c'était possible, je te dirais qu'elle te rend encore plus belle… »
Il fit claquer l'élastique sur ma hanche, le bruit sec et la légère douleur firent s'enflammer tous mes sens. Pourtant, il ne poursuivit pas ses caresses, se contentant de humer ma peau le long de la ligne de mon épaule, me donnant presque envie de le supplier pour plus de contact.
« Qu'est-ce que tu veux Edward ? » gémis-je, toute ma tension et ma frustration clairement audible dans ma voix.
Il releva la tête et nos regards se croisèrent dans la glace.
« J'étais venu dans un but bien précis mais tu m'as distrait. » répondit-il avec ce sourire en coin qui me faisait fondre.
J'écarquillai les yeux qui s'agrandirent encore lorsqu'il leva le combiné du téléphone devant mon visage.
« Jacob est en ligne. » dit-il sans cesser de sourire. « Il veut te parler. »
Quoi ?
Tout ce que j'avais pu ressentir de désir pour lui fut immédiatement remplacé par la colère et la gêne. Il l'avait fait exprès, j'en étais certaine !
Et maintenant Jacob venait d'avoir une vision en direct de ma faiblesse face à la fourberie diabolique d'Edward.
Je lui arrachai l'appareil des mains et, rouge comme une pivoine, le portai à mon oreille tandis qu'Edward, toujours tout sourire, se laissait nonchalamment tomber sur le lit.
« Allo… » bredouillai-je d'une voix mal assurée.
Jacob mis quelques secondes à répondre, probablement aussi gêné que moi. Sa voix était pourtant dure et froide quand il parla enfin.
« Je suis désolé de te déranger Bella.
- Non, je… tu… tu ne me déranges pas Jacob. » bafouillai-je en lançant un regard assassin à Edward, ce qui sembla accroitre encore plus sa bonne humeur. « J'allais bientôt partir pour une dernière mise au point avant l'inauguration. C'est toujours à seize heures, n'est-ce pas ?
- Toujours oui. Mais j'aurais voulu te voir avant… pour que tu m'expliques un peu sous quel angle tu souhaites traiter le sujet. »
Ça c'était une première.
Jamais Jacob n'avait souhaité avoir un œil sur mon travail en amont d'un article et je ne savais pas trop bien comment je devais le prendre.
« Si tu veux… » répondis-je, surprise. « Mais je peux aussi te le dire maintenant si tu veux.
- Non ! » s'empressa-t-il de me couper. «Je pars en réunion dans cinq minutes et je veux vraiment que tu m'expliques en détail. Tu peux passer dans une heure ? »
Son ton était très professionnel, presque froid. Rien à voir avec celui qu'il employait généralement avec moi et je ressentis un pincement à cette idée parce que, même si je jugeais son comportement de la veille inacceptable, il comptait pour moi et je ne voulais pas l'avoir blessé de quelque façon que ce soit.
« Je viendrai. » répondis-je simplement.
« OK. A tout à l'heure alors. »
Puis il coupa la communication et je me retrouvais avec le combiné dans la main, ne sachant trop quoi penser de cette conversation.
Edward se leva.
« Je te laisse t'habiller. » dit-il. « Alice a dit que le soleil resterait voilé jusqu'en début d'après-midi. Donc je vais pouvoir t'accompagner. »
Il ne me vint même pas à l'esprit de répliquer car j'étais tout de même plus rassurée de le savoir à mes côtés.
Quelques minutes plus tard, je le rejoignis dans le salon.
Emmett et Jasper n'étaient plus là, Alice m'expliqua qu'ils étaient partis tenter de pister Tanya. On savait qu'elle était au Asian Museum la veille, son odeur les conduirait peut-être quelque part, sinon, Ben ayant nommé la rue où on avait retrouvé le corps de Maria, ils comptaient aussi quadriller le quartier des docks au cas où ils trouveraient quelque chose.
Me conserver comme appât n'excluait pas non plus totalement l'idée d'attaquer en premier. Et, pour ça, il fallait avoir une idée d'où nos adversaires pouvaient bien se trouver.
Edward m'escorta jusqu'à un taxi alors qu'Alice et Rosalie attendaient sur le trottoir. Elles nous suivraient à distance pour s'assurer que nous n'étions pas nous même suivis.
Leur plan semblait très clair et ne pas les inquiéter outre mesure.
Pour ma part, je me sentais toujours galvanisée par un sentiment de colère qui devait fortement m'aider à ne pas flancher et à ne pas réfléchir trop à la situation dans laquelle j'étais.
J'étais décidée à affronter les problèmes les uns après les autres et le prochain était lié à Jacob Black. Cette entrevue serait probablement une des dernières et je voulais vraiment arranger les choses entre nous avant mon départ.
Le taxi nous déposa juste devant l'entrée de l'immeuble de bureau du Seattle Times et Edward et moi nous engouffrâmes rapidement dans le hall.
Ce n'est qu'une fois dans l'ascenseur que je posai mes deux mains sur son torse.
« Je vais avoir besoin que tu me laisses seule avec lui. » dis-je d'une voix douce mais assurée.
Il ne répondit rien, se contentant de me scruter, les mâchoires crispées pendant que les étages défilaient à toute allure.
Je ne voulais pas le supplier ni que nous nous disputions à ce sujet mais il était important pour moi que j'ai l'occasion de tenter d'arranger les choses avec Jacob, ce qui me serait impossible si Edward était dans la même pièce que moi.
Contre toute attente, il sembla comprendre car il hocha la tête et, saisissant ma main quand les portes de l'ascenseur s'ouvrirent, il me suivit à travers l'open space jusqu'à l'espace détente où il se laissa tomber dans un fauteuil.
« Je t'attendrai ici. » dit-il.
« Merci. » lui répondis-je.
« Je ne bouge pas de là. »
Cette réplique me fit sourire car il me faisait comprendre à demi-mot qu'il ne perdrait pas une miette de ce qui se passerait dans le bureau aux stores baissés de Jacob, à une dizaine de mètres de là.
Je déposai sur ses lèvres un baiser léger avant de le quitter.
Jessica n'était pas à son bureau. Cela m'étonna car, malgré le fait que nous soyons un samedi, l'activité était bien plus importante avec l'édition du week-end à boucler. Mais peut-être était-elle quelque part dans les locaux à donner quelques dernières indications de la direction sur la prochaine maquette à sortir.
Je frappai donc directement à la porte vitrée du bureau.
Jacob ouvrit immédiatement, comme s'il s'était tenu derrière, à attendre mon arrivée.
Il jeta un rapide coup d'œil par-dessus mon épaule et sembla rassuré. Je me doutai que c'était l'absence d'Edward qui avait cet effet sur lui. Il me fit signe d'entrer, ce que je fis, puis il referma la porte derrière moi.
Un silence gêné s'installa que je décidai de briser rapidement.
« Jess n'est pas là ? »
Il passa une main nerveuse sur son visage en soupirant.
« Non. Elle m'a envoyé un message pour me dire qu'elle était malade ce matin. Comme si j'avais besoin de ça… » répondit-il en m'indiquant de la main un des fauteuils devant son bureau alors qu'il se dirigeait lui-même vers son propre siège.
Je m'assis lentement, ne sachant pas trop quel comportement adopter face à son attitude distante et inhabituelle. Peut-être m'avait-il vraiment fait venir à propos de l'article, finalement.
« En ce qui concerne l'article. » commençai-je. « J'ai déjà quelques bonnes photos du complexe et j'ai interrogé quelques riverains et des étudiants. Je pensai m'orienter surtout vers leur opinion. Même si je vais évidemment accorder une grande part à la cérémonie d'aujourd'hui… »
Jacob ne prononçait toujours pas un mot mais il me vrillait d'un regard impénétrable.
« Ça ne te convient pas ? » tentai-je pour le forcer à dire quelque chose.
« Je me contrefous du musée Asiatique, Bella. » finit-il par rétorquer après avoir pris une brusque inspiration.
Je restai muette alors qu'il poursuivait.
« Je voulais m'excuser… pour hier. J'ai vraiment agi comme un con et tu ne méritais pas ça. »
Je notai qu'il s'excusait de son comportement vis-à-vis de moi, pas vis-à-vis d'Edward.
« C'est juste… »
Il chercha ses mots un instant.
« Je sais que j'ai probablement placé plus d'espoir que toi dans notre relation. Ce sont des choses qui arrivent et je m'en remettrai…
- Jacob, je suis désolée. Je n'ai jamais voulu…
- Je sais. » me coupa-t-il. « Je ne te reproche rien. Ce n'est pas comme si on s'était promis quoi que ce soit et, je te l'ai dit, je vais m'y faire. On est amis et ce n'est déjà pas si mal…»
Il y avait une détresse refoulée dans son regard mais je ne voulais pas m 'étendre dessus car ça n'aurait servi à rien. Je ne soupçonnais même pas qu'il ait pu avoir ce genre d'espoir donc je ne pouvais pas m'en sentir coupable.
Au contraire, j'étais même soulagée qu'il dise de lui-même qu'il acceptait cette situation.
Pourtant, il reprit un air grave pour continuer.
« Mais, en tant qu'ami, je ne peux pas te laisser gâcher ta vie sans rien faire. »
Je me raidis sur mon siège.
« Jacob…
- Non. Laisse-moi parler. » dit-il en se levant pour contourner son bureau et venir me faire face. « Depuis que je te connais, il n'y a toujours eu que ton travail qui comptait. Tu as repoussé tout engagement pour te consacrer entièrement aux causes que tu te choisissais. Tu ne peux pas tout laisser tomber comme ça. »
Je restai sans voix un instant.
« Je ne laisse rien tomber, Jacob. » m'offusquai-je.
« Bien sûr que si ! » s'énerva-t-il. « Je t'offrais une opportunité telle que tu n'en auras pas d'autres avant des années. Le poste que je t'offrais aurait pu être l'aboutissement de ta carrière et tu me l'as renvoyée à la figure. Pour un type que tu connais à peine ? La Bella que je connais n'aurait jamais agi de cette façon. »
Je me levai brusquement de mon siège, la colère prenant le pas sur la pitié en une fraction de seconde.
« Alors c'est que tu ne me connais pas si bien que ça ! » répondis-je. « Et je connais suffisamment Edward pour être sûre de mes choix.
- A d'autres ! » s'écria-t-il. « Tu t'apprêtes à jeter toutes ta carrière aux oubliettes pour le premier mec qui t'a tourné la tête. Si j'avais su qu'il suffisait de ça pour te domestiquer, j'aurais tenté ma chance bien avant !
- Il ne m'a pas domestiquée !» m'exclamai-je. « Je suis libre et j'ai choisi toute seule ! »
La colère devenait trop importante dans mon cœur. Je devais me calmer car ce n'était pas du tout cette direction que je voulais que cette conversation prenne.
« Jacob… » repris-je après un soupir. « Je suis vraiment désolée de la tournure qu'ont pris les choses entre nous mais je vais partir dans quelques jours avec Edward et je ne veux pas que nous soyons fâchés à ce moment-là.
Bien loin de le calmer, mes mots eurent l'effet totalement contraire.
Jacob devint subitement pâle.
« Dans quelques jours ? Bella non… tu ne peux pas partir… pas avant que… » bredouilla-t-il en passant une main tremblante dans ses cheveux.
« Je finis ton article et je boucle mes bagages, Jacob. C'est mon choix.
- Il te ment ! » s'écria-t-il, me coupant la parole.
Je restai interdite, ne voyant pas où il voulait en venir.
« Je ne voulais pas t'en parler maintenant. » dit-il face à mon silence. « Je voulais avoir plus d'éléments à te présenter pour te faire changer d'avis mais je sais qu'il te ment.
- Quoi ? » demandai-je, complètement stupéfaite de ce que je venais de comprendre.
« J'ai commencé à faire quelques recherches sur ton Edward » poursuivit-il, prenant probablement mon étonnement pour une réaction face à ses propos alors que c'était face à ce qu'il avait osé faire. « Les seuls articles d'anthropologie que j'ai trouvés signés Edward Cullen datent de 1964 et personne n'est enregistré sous ce nom à l'université de recherche de Chicago. Il t'a menti. Je ne sais pas ce qu'il veut ni qui il est mais il te manipule et toi tu es tombée dans son piège. »
J'étais toujours debout, immobile, probablement livide, tentant de contenir ma fureur, oubliant petit à petit que cet homme comptait pour moi.
« Comment as-tu osé faire ça ? » sifflai-je à travers mes dents serrées.
Ce fut à son tour d'avoir l'air surpris.
« De quel droit…
- Mais, Bella. C'est pour toi que je l'ai fait…
- C'est ma vie, Jacob ! » criai-je. « Tu n'as aucun droit de venir y fourrer ton sale nez de fouineur ! Je sais parfaitement qui il est !
- Je ne peux tout de même pas te laisser faire une connerie pareille ! » s'énerva-t-il à son tour. « Je ne sais pas ce qu'il veut mais…
- Il me veut moi ! » le coupai-je. « Accepte-le !
- Non. Bella. Ce n'est pas toi ça.
- Vas te faire foutre, Jacob! Tu ne me connais pas ! » rétorquai-je en tournant les talons pour sortir.
Mais une poigne puissante s'enroula autour de mon poignet et Jacob me repoussa contre le mur, m'immobilisant complètement avec son corps appuyé contre le mien.
« C'est parce que tu ne m'en as pas donné l'occasion » gronda-t-il, une lueur de folie dans les yeux. « Qu'est-ce qu'il a de plus que moi ton Edward ?
- Laisse-moi partir Jacob. » dis-je en tentant de me dégager. « Tu ne sais plus ce que tu dis.
- Bien au contraire. J'ai très envie d'avoir la réponse à cette question. Qu'est-ce qu'il t'a fait pour que tu le suives comme une gentille petite chienne ? Peut-être que j'en serais capable moi aussi ? »
La porte du bureau s'ouvrit dans un fracas, la serrure arrachant un morceau du chambranle.
« Elle t'a demandé de la laisser partir. » gronda la voix d'Edward.
Du coin de l'œil, je pouvais le voir tenter de maitriser son agressivité depuis l'entrée de la pièce. Nul doute qu'il aurait déjà jeté Jacob par la fenêtre s'il en avait eu la possibilité. Mais celui-ci lui tournait le dos et le sourire qu'il afficha à cet instant me fit comprendre qu'il était plus que ravi d'avoir l'opportunité d'un affrontement qu'il avait été obligé d'éviter la veille au soir, dans le bar.
Il bougea à peine, gardant toujours un maximum de contact avec moi alors qu'il tournait à peine la tête vers Edward.
« Et si tu nous disais plutôt la véritable raison de ta présence ici, Edward. Enfin si c'est vraiment comme ça que tu t'appelles. » dit-il d'un ton acide.
Edward fit un pas, s'approchant dangereusement.
« Bella sait tout ce qu'elle a à savoir sur moi. » répondit-il à travers ses dents serrées.
Tous les muscles de son corps semblaient être tendus, prêt à l'attaque. A cette distance, il était encore plus menaçant et Jacob s'écarta un peu plus de moi mais ne se démonta pas pour autant.
« Mais pas moi. » rétorqua-t-il. « Qui es-tu et que lui as-tu fait pour lui faire renier tous ses espoirs et toutes ses ambitions ?
- Elle ne renie rien du tout. Elle ne te rejette même pas.» contra Edward « Tu ne fais que me reprocher d'avoir réussi là où tu as échoué. »
Je me dégageai dès que j'en eu l'occasion et allai me placer entre Edward et Jacob pour éviter que la situation n'en vienne aux mains.
Le regard de mon ami passa plusieurs fois d'Edward à moi avec une expression de dégout.
« Alors ce n'est que ça… » gronda-t-il. « Il aurait peut-être fallu que je sois plus mystérieux moi aussi et que je te malmène un petit peu. J'ai bien vu dans quel état tu t'étais mise quand tu es revenue sans lui. C'est ça que tu aimes, Bella ? Moi aussi je peux détruire tes meubles et te traiter comme ma propriété si c'est ça que tu veux. »
La gifle partit sans que je m'en rendre compte. J'avais réagi de façon épidermique et instinctive à ses propos diffamants.
Puis tout se passa très vite, Jacob saisit ma main alors que je reculai mais il la relâcha au moment où Edward le saisit à la gorge.
Un grondement sourd et bas roula dans le silence de la pièce, et Jacob gémit en écarquillant les yeux de frayeur alors qu'il tentait de défaire la poigne d'Edward avec ses deux mains, sans succès.
« Edward ! Lâche-la ! » criai-je.
Mais ce fut comme s'il ne m'entendait pas. La lueur sauvage que je connaissais bien venait de s'allumer dans ses yeux et il commença à soulever Jacob jusqu'à ce qu'il ne puisse prendre appuis que sur la pointe de ses pieds.
Des émotions folles passèrent dans le regard de mon ami : l'incompréhension, la stupeur mais, plus que tout, la frayeur était celle qui dominait toutes les autres.
« Tu as raison d'avoir peur de moi. » feula Edward. « Une simple pression de mes doigts et je pourrais te briser en deux. »
Jacob redoubla d'efforts pour tenter de défaire la prise d'Edward sur son cou. Il n'arrivait plus à respirer.
« Ne t'avise plus jamais de poser la main sur elle. » menaça Edward, toujours aussi implacable.
Jacob acquiesça frénétiquement de la tête.
« Edward ! » suppliai-je, m'accrochant à son bras.
Il sembla alors retrouver ses esprits et repoussa violemment Jacob qui alla s'effondrer sur le tapis quelques mètres plus loin, toussant et tremblant alors qu'il lançait des regards apeurés vers Edward qui le toisait toujours de toute sa hauteur.
« Nous partons. » dit Edward sans le quitter des yeux.
Je saisis la main qu'il me tendait et le suivis dans l'open space sous les regards médusés des quelques personnes qui travaillaient là et dont nous avions immanquablement attiré l'attention même si la scène venait de se jouer dans le secret du bureau du patron.
Edward ne se détendit pas avant que nous soyons loin de l'immeuble. Nous avions marché en silence sur plusieurs centaines de mètres quand il accepta de s'arrêter.
« Je suis désolé. » dit-il, toute sa tension passant encore dans sa voix. « Mais, pour ma défense, sache que je ne lui pas fait une once de ce que j'aurais vraiment aimé lui faire. »
Cette réplique, bien loin de m'énerver, m'arracha un sourire.
« Tu n'aurais pas dû faire ça. » le réprimandai-je tout de même. « Cet affrontement aurait pu être catastrophique si tu avais blessé Jacob ou si tu avais laissé ta nature prendre trop le dessus.
- Tu l'as frappé, toi.» se défendit-il.
Comme si ma gifle pouvait être comparée à la démonstration de force qu'il avait faite en soulevant d'une main un homme d'au moins quatre-vingt-dix kilos !
Mais je ne pouvais pas vraiment lui en vouloir. Jacob avait vraiment déconné sur ce coup-là et j'aurais probablement été obligée de le frapper plus fort si Edward n'était pas intervenu.
Ma dernière conversation avec Jacob ne se serait donc pas passée comme je l'avais espérée mais tant pis…
Je ne voulais rien me reprocher. Au moins j'aurais essayé de lui faire comprendre. Peut-être que le temps serait plus efficace à effacer sa rancœur à mon égard.
Je passai un bras autour de la taille d'Edward pour lui faire comprendre que je ne lui en voulais pas et nous continuâmes plus sereinement notre chemin vers la station de taxi.
Nous arrivâmes à mon appartement une bonne heure plus tard. Il était déjà presque quatorze heures car j'avais voulu m'arrêter pour m'acheter quelque chose à manger en chemin et ne pas déranger mes drôles de visiteurs avec les odeurs de nourriture.
Jasper et Emmett nous apprirent qu'ils avaient perdu la trace de Tanya non loin du musée. Le passage à cet endroit était trop important pour qu'une odeur reste parfaitement identifiable trop longtemps. Quant à Alaskan Way, ils n'avaient découvert là-bas aucun endroit portant la marque olfactive de Tanya ou d'un autre vampire. Rien. Et je sentais que ça les troublaient même s'ils ne le montraient pas.
Alice et Rosalie n'avaient vu personne nous suivre, à part elles, et aucune vision n'étaient venue troubler mon avenir immédiat.
Bref, nous en étions au même point !
Peu avant quinze heures, le soleil perça définitivement la couverture nuageuse qui s'effilocha lentement et un ciel bleu magnifique recouvrit entièrement la ville en à peine quelques minutes.
Ce fut à ce moment-là que la tension chez Edward gravit un nouveau seuil. Où que je me déplace dans l'appartement, je sentais son regard sur moi et je me doutais que mon départ n'allait pas être une chose facile.
Nous avions eu beau en parler mille fois, le fait que je me rende à l'inauguration du musée le rendait nerveux à un point inimaginable.
Rosalie et Emmett, dans les bras l'un de l'autre, zappaient sur ma télé. Alice et Jasper semblaient aussi parfaitement détendus. Seul Edward tournait comme un lion en cage, pris au piège par le soleil qui l'empêchait de sortir.
L'heure vint pourtant où je dus prendre mon matériel et quitter l'appartement.
Je m'approchai de Jasper et tentai de me faire discrète en lui murmurant :
« Tu ne peux pas faire quelque chose pour l'aider ? Pour le calmer ?
- Je n'ai pas besoin qu'on me calme ! » s'énerva Edward sans cesser de faire les cent pas.
Jasper le vrilla tout de même d'un regard concentré mais Edward pointa vers lui un doigt menaçant.
« Arrête ça tout de suite ! »
Jasper se tourna vers moi et m'adressa un sourire d'excuse.
« Je peux aussi le plaquer au sol jusqu'à ce que tu t'échappes d'ici. » me proposa Emmett avec un sourire qui signifiait que cette idée ne lui déplaisait pas du tout.
Elle déplairait probablement plus au reste de mon mobilier.
« C'est gentil Emmett mais… » commençai-je.
« Mais ce sera inutile. » m'interrompit Alice sans lever le nez de son magazine. « Edward est un grand garçon qui sait prendre sur lui et il va te laisser sortir pour faire ce que tu as à faire. »
Edward s'immobilisa pour fermer les yeux et se pincer l'arête du nez. Il ne bougea pas pendant quelques secondes et, c'est toujours dans cette position qu'il s'adressa à moi.
« Si tu sors avant que je ne rouvre les yeux, je promets de ne pas te courir après pour t'enfermer à double tour dans ta chambre.
- Wow ! Sexy… » se moqua Emmett.
Je n'en demandai pas plus et attrapai mon appareil photo et mon grand sac à bandoulière pour sortir à toute vitesse. Pourtant, au moment de passer près d'Edward, je ne pus me retenir de déposer sur sa joue un baiser rapide.
Pas assez rapide cependant car il me saisit au vol et entoura ses bras autour de ma taille, me plaquant contre son torse. Sa bouche chercha la mienne et il m'embrassa passionnément, me faisant tout oublier, jusqu'à mon appareil photo dont la sangle me glissa des mains et qui alla heurter le parquet. Mais mes doigts qui couraient dans ses cheveux avaient trouvé une bien meilleure activité et je me perdis totalement dans ce baiser jusqu'à ce que, à bout de souffle, je ne m'écarte pour poser mon front contre le sien.
« Tu as dit que tu me laisserais partir. » dis-je d'une voix rauque.
« Je n'ai pas encore ouvert les yeux. » répondit-il.
J'embrassai alors doucement ses paupières closes et m'écartai quand ses bras me relâchèrent, me faisant me sentir seule et presque nue sans sa présence contre moi. Puis je quittai l'appartement et courus jusqu'à l'ascenseur, ne relâchant mon souffle que quand les deux portes se refermèrent sur moi.
Le taxi me déposa sur la 15è avenue et je fis à pied le chemin à travers Volunteer Park jusqu'au musée. Les esplanades grouillaient de monde, badauds et journalistes qui étaient tous là pour assister au fameux coupé de ruban qui réunirait le maire et un ou deux dignitaires japonais dans quelques minutes.
Je commençai immédiatement à observer la scène et de la foule, cherchant un visage connu ou menaçant. Mais le chaud soleil qui baignait la scène me rassurait et je décidai de me mettre au travail.
J'ouvris ma besace pour en sortir mon appareil photo mais, j'eus beau tout retourner, je ne le trouvai pas…
Je l'avais bien pris avant de partir pourtant.
Merde !
Je me voyais très bien le prendre sur mon bar, puis je me rappelais assez bien le bruit qu'il avait fait en tombant quand Edward m'avait… attaquée, avec ses lèvres délicieuses et ses caresses enivrantes !
Foutu vampire !
Merde !
Je m'énervai toute seule, poussant des jurons étouffés quand une voix m'appela sur ma droite. Je relevai la tête et tombai nez à nez avec le jeune homme que Jessica avait amené à notre soirée de la veille et qui me regardait me débattre avec un franc sourire sauf que… je ne me rappelai plus de son nom.
« Bella ! Qu'est-ce que tu fais là ? » me demanda-t-il joyeusement.
« Je me traite de tous les noms… apparemment. » répondis-je en souriant. « Bonjour… heu…
- Eric. » me rappela-t-il en ramenant une main sur sa poitrine. « Je comprends que tu ne t'en rappelles pas. Nous n'avons pas eu l'occasion de beaucoup discuter hier.
- Oui. Excuse-moi. La soirée a été…
- Très intéressante. » compléta-t-il pour moi. « Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas autant amusé. Tu es une fan d'art japonais ?»
Je pris une seconde pour observer ses traits fins et son visage avenant, ouvert et amical avant de lui répondre.
« Non. Enfin si. » m'emmêlai-je. « Je n'y connais pas grand-chose. Mais je fais un article pour le Times sur la nouvelle aile donc…
- Je vois. Ça explique le bloc note. Mais ça va te suffire pour ton article ?
- Non ! Justement, je viens de me rendre compte que j'ai oublié mon appareil. Je vais devoir prendre des photos avec mon téléphone. Non mais quelle cruche ! »
Il éclata d'un rire communicatif face à mon désarroi et je ne pus que lui sourire à mon tour.
Il me montra alors le petit appareil réflex qu'il portait en bandoulière.
« Je peux peut-être te dépanner sur ce coup-là. » me proposa-t-il.
Je soufflai de soulagement en acceptant son offre et ce fut ensemble que nous attendîmes l'ouverture des festivités. Il m'apprit que, même s'il était né à Seattle, ses parents étaient tous deux originaires d'une petite île au sud de la Corée et qu'il avait toujours été fasciné par la culture asiatique car il y retrouvait ses racines.
Il semblait être un garçon gentil et agréable.
Je n'osai pas le questionner sur ses rapports avec Jessica puisque lui-même ne m'en parlait pas mais j'étais tout de même curieuse de savoir ce qui se passait entre eux deux car il avait vraiment l'air d'un type bien même si, physiquement, il était loin des messieurs muscles que mon amie affectionnait habituellement.
Il était cependant grand, élancé, plutôt beau mec et cultivé. Elle aurait tout à y gagner.
La cérémonie dura environ une heure, les huiles se succédèrent au micro pour les habituels discours d'autocongratulation puis on coupa le ruban, on se serra les mains, on se donna l'accolade et chacun repartit dans sa limousine blindée de luxe vers un autre évènement mondain qui ferait vite oublier celui-ci.
La foule commença à se disperser et je rendis son appareil photo à Eric.
« Je vais te donner mon adresse email pour que tu m'envoies les clichés que j'ai pris. » dis-je. « Je te remercie vraiment beaucoup. Tu m'as sauvé la mise sur ce coup.
- Alors tu peux peut-être me payer un verre pour me remercier ? » demanda-t-il en souriant.
Je me mis automatiquement sur la défensive.
Jamais je n'avais perçu un quelconque intérêt chez lui donc sa demande me surpris. Il leva alors les mains innocemment.
« En tout bien, tout honneur, bien sûr. » dit-il. « Et puis j'aimerais bien que tu me parles un peu de Jessica… »
Il sembla gêné tout à coup et se passa une main sur la nuque.
« Je pense qu'on a bien accroché tous les deux. » poursuivit-il. « Mais je voudrais être certain de faire ce qu'il faut alors ça pourrait m'aider d'avoir une alliée parmi ses amies. »
Il avait l'air tellement mal à l'aise que je me laissai immédiatement attendrir. Je regardai ma montre. Dix-sept heures.
Alice avait prédit que le soleil serait bien présent jusqu'à la nuit qui ne tomberait pas avant encore deux bonnes heures. J'avais le temps d'aller prendre un verre vite fait.
Comme je n'avais pas beaucoup de temps cependant, il me proposa un bar avec une belle terrasse en plein soleil sur Prospect Street qui semblait avoir attiré la plupart des gens qui avaient assisté à l'inauguration. Exactement ce qu'il me fallait pour être à l'aise, au milieu de tous ces gens et à cette lumière, je ne risquais rien.
Je nous commandai deux sodas et nous bavardâmes quelques minutes agréablement. Il me raconta comment il avait fait la connaissance de Jessica à la salle de gym et ce qu'il l'avait attiré chez elle. J'écoutais en y allant de mon petit commentaire de temps en temps mais, bizarrement, malgré le côté agréable de ce moment, je me sentais mal à l'aise et fatiguée.
Il était vrai que je n'avais pas pris beaucoup de repos depuis le début de toute cette histoire et que ce moment de relâche pouvait entrainer une petite baisse de forme mais là…
Ma vue commença à se brouiller par moment alors que la voix d'Eric continuait à bercer mes oreilles.
Je tentai de me redresser mais mes jambes étaient faibles et je sentis ma tête commencer à dodeliner lentement.
Quelque chose n'allait pas…
Quelque chose…
« Bella ? » m'appela doucement la voix d'Eric.
« Je ne me sens pas très bien… » réussis-je à souffler en tentant de garder les yeux ouverts.
« Tu as besoin de te passer de l'eau sur le visage, c'est tout ce soleil qui a dû te taper sur la tête. » dit-il. « Viens, je t'emmène à l'intérieur.
- Non… pas à l'intérieur… »
Mais déjà je le sentais me redresser et me soutenir alors que mes jambes me portaient à peine.
Un serveur s'inquiéta de mon état mais Eric le rassura en lui disant que je ne faisais qu'un petit malaise.
Il était tellement sûr de lui…
Pourquoi ne voyait-il pas que j'étais plus mal qu'il ne le disait ?
J'aurais voulu lui dire mais je n'arrivais pas à prononcer un mot, ma bouche semblait pleine de coton.
Le contraste entre la lumière extérieur et la pénombre à l'intérieur de l'établissement me plongea dans l'obscurité et je ne vis plus rien.
Eric ouvrit une porte, puis deux, puis une autre.
Où étaient ces foutus toilettes ?
Nos pas résonnèrent d'abord sur du parquet puis mes oreilles reconnurent le bruit des talons sur du béton.
Il faisait noir, trop noir.
Et nous continuions de marcher, prenant des escaliers puis des couloirs sans fenêtres qui me rappelèrent ma prison italienne et un long frisson de terreur courut le long de mon dos.
Quand mes jambes refusèrent de me porter, Eric me fit basculer sur son épaule et me porta comme un vulgaire sac de pomme de terre. Une nausée me vrilla l'estomac.
Il me sembla qu'une éternité s'était écoulée quand Eric me fit tomber rudement sur un sol froid et humide. Je roulais sur moi-même en gémissant.
Je n'avais plus la force d'ouvrir les yeux que par intermittence.
« Bella ! »
Une voix hurla mon nom que je ne reconnus pas immédiatement puis le bruit du bois cognant contre le béton résonna dans ma tête, m'arrachant une grimace de douleur.
« Bella ! »
Jessica ?
Il y avait tellement de détresse dans sa voix que je fis un effort surhumain pour ouvrir les yeux.
Je vis d'abord les chaussures en cuir de luxe juste devant mon visage. Des chaussures d'homme.
Et à côté, les baskets que j'avais vues au pied d'Eric.
Où m'avait-il emmenée ?
Que m'avait-il fait ?
Il m'avait droguée pour me conduire ici…
Les coups venaient de plus loin. Contre le mur suintant d'humidité, une vieille chaise de bois était secouée de soubresauts. Je mis plusieurs longues secondes à faire le point pour découvrir Jessica, vêtue des mêmes vêtements que la veille au soir, assise, les bras et les pieds attachés par des câbles de part et d'autre de la chaise.
Elle semblait terrifiée.
Son maquillage avait coulé et ses cheveux étaient humides et sales. Ses vêtements étaient en partie déchirés et je pouvais voir d'ici des hématomes sur ses joues et sur ses bras.
« Jess… » réussis-je à murmurer tant bien que mal en essayant de me redresser.
Mais une des chaussures de luxe vint appuyer douloureusement sur ma poitrine pour me maintenir au sol.
Une voix au fort accent slave résonna alors dans la petite pièce sans fenêtre.
« Nt Nt Nt… Ne vas pas t'épuiser tout de suite ma petite Isabella. Nous parlerons bien assez tôt. »
Le visage qui apparut devant mes yeux juste avant que je n'ai plus la force de les garder ouverts rappela à moi des souvenirs infâmes malgré le sourire qu'il affichait. Je revis les soirées glauques au cours desquelles il négociait de la drogue ou des armes entouré de toutes les pauvres filles qu'il avait fait venir de Russie ou d'Ukraine pour les vendre au plus offrant. Je revis les blessures, les corps. Tout.
Viktor.
Eric m'avait amenée à Viktor…
Sa gentillesse, son humour, tout n'avait été qu'un écran de fumée pour me cacher son but véritable et m'amener ici.
Pourquoi ?
Tanya… Alec… Aro…
Je n'étais pas sensée me méfier en plein soleil…
Malheureusement pour moi, j'étais incapable de m'enfuir ou même de crier, prisonnière de mon propre corps alors que mon esprit luttait encore difficilement contre la drogue.
« Qu'est-ce qu'on fait de celle-là ? » demanda la voix maintenant lointaine d'Eric.
« Elle ne nous servira plus à rien maintenant. Débarrasse-t-en. » ordonna Viktor d'une voix affreusement calme.
Les pas résonnèrent à nouveau sur le sol, puis le bois crissa furieusement, déclenchant des éclairs de douleur de ma tête qui ne parvinrent pourtant pas à couvrir les cris atroces.
« Bella ! Non ! Au secours ! Bella ! »
Ouille… Je vous entends d'ici…
Je m'excuse pour le cliff.
Mais vous savez que j'adore ça, ah ah !
Alors, là, ce qui me ferait super plaisir et qui me motiverait énormément à boucler le prochain chapitre dans un même délai de 2 semaines, ce serait qu'on atteigne les 600 reviews. Vous pensez que c'est possible ?
Regardez, on est déjà à 547 et vous êtes 108 à avoir mis ma fic en favoris… je dis ça…
S'il vous plaaaaaiiiiitt ^-^
Je vous embrasse fort !
Lily
