Auteur : Youyoulita
Disclamer : Tous les personnages sont à Ryan Murphy & Co et l'histoire ne m'appartient pas je ne fais bien que m'inspirait de Stephanie Meyer.
Résumé : « Tu ne me reverras plus. Je ne reviendrais pas. Poursuis ta vie, je ne m'en mêlerais plus. Ce seras comme je n'avais jamais existé. » Rejeté par celui qu'il aime passionnément, Kurt ne s'en relève pas. Fasciné par un vampire, comment pourrait-il retrouver goût à la pâle existence humaine ? Kurt n'a le goût pour rien sinon le danger. Alors il attend la voix de Blaine, et éprouve l'illusion de sa présence. Comme s'il le l'avait pas abandonné. Kurt échappera-t-il à cette obsession amoureuse qui le hante ? A quel prix ?
Rating : T pour être sûre ^^
Note : Salut ! Je remercie mes fidèle lectrice(eur ?) comme Klaiindy et Eleasasha pour leurs reviews et encouragement à quasi chacun de mes chapitre, ainsi qu'aux très nombreux anonyme de me lire.
Pour répondre à la question de Eleasasha, il y a comme le livre il y aura 24 chapitre et 1 épilogue. En donc voilà le chapitre 15 bonne lecture !
Chapitre 15
C'étaient à nouveau les vacances de Pâques à Forks. À mon réveil, le lundi matin, je restai au lit pendant quelques instants pour m'imprégner de cette nouvelle. L'année précédente, à la même époque, un vampire avait tenté de me tuer. Pourvu qu'il ne s'agisse pas d'une espèce de tradition en train de s'installer.
J'avais déjà établi une routine à La Push. J'avais consacré l'essentiel de mon dimanche à la plage, tandis que Burt traînassait chez les Gilbert en compagnie de Paul. J'étais censé être avec Elliott, sauf qu'il avait d'autres priorités, et que je m'étais promené seul, à l'insu de mon père.
Quand Elliott était repassé me prendre, il s'était excusé de m'abandonner autant. Son emploi du temps n'était pas aussi fou d'ordinaire, mais jusqu'à ce que Bree ne soit plus en état de nuire, les loups restaient sur le qui-vive.
Maintenant, quand nous déambulions ensemble sur la grève, il me prenait toujours la main. Ce qui m'avait amené à méditer sur les paroles de Ryder à propos d'Elliott impliquant son « copain ». De l'extérieur, cela devait effectivement y ressembler. Tant qu'Elliott et moi sachions à quoi nous en tenir, ce postulat ne me dérangeait pas. Mais j'avais compris qu'Elliott aurait adoré que la réalité correspondît aux apparences. Cependant, sa main réchauffait la mienne, et je ne protestai pas.
Le mardi après-midi, je travaillais. Elliott me suivit à vélo afin de s'assurer que j'arrivais saine et sauve sur place, ce que Puck ne manqua pas de remarquer.
- Tu sors avec le môme de La Push, le mec de Seconde ? s'enquit-il sans réussir à cacher sa rancoeur.
- Pas au sens technique du terme, éludai-je. Mais je passe la plupart de mon temps avec lui. C'est mon meilleur ami.
- Arrête de te raconter des histoires, répliqua-t-il avec l'air de celui à qui on ne la fait pas. Ce gamin en mord pour toi.
- Je sais, soupirai-je. Dieu que la vie est compliquée !
- Et les hommes cruels, ajouta-t-il dans sa barbe.
J'imagine qu'il était en effet aisé de tirer cette conclusion.
Ce soir-là, Jake et Marley se joignirent à Burt et moi pour le dessert, chez Paul. Marley apporta un gâteau qui aurait séduit un homme plus rétif que mon père. Je constatai, pendant que la conversation roulait sans heurt d'un sujet à l'autre, que les soucis qu'il était susceptible d'avoir nourris envers la bande s'étaient dissipés. Elliott et moi nous éclipsâmes tôt afin d'être un peu tranquilles. Nous nous réfugiâmes dans son garage et nous assîmes dans la Golf. Il appuya sa tête sur son dossier et ferma les paupières, l'air éreinté.
- Tu as besoin de dormir, Elliott.
- Ça va aller.
Il s'empara de ma main ; sa peau était brûlante.
- La chaleur que tu dégages, c'est aussi un truc de loups ?
- Oui. Notre température est légèrement plus élevée que la normale. Entre quarante-deux et quarante-trois degrés. Je ne souffre plus du tout du froid. Je pourrais affronter une tempête de neige comme ça (il désigna son torse nu) sans grelotter. Les flocons se transformeraient en pluie à mon contact.
- Et votre rapidité à cicatriser, c'est pareil ?
- Oui. Tu veux voir ? C'est supercool.
Il rouvrit les yeux, sourit. Se penchant par-dessus moi, il fouilla dans la boîte à gants pendant quelques instants. Quand il se redressa, il tenait un canif.
- Non ! hurlai-je en comprenant ses intentions. Ça ne m'intéresse pas. Range-moi ça tout de suite !
Il rit, obtempéra néanmoins.
- À ta guise. En tout cas, c'est une bonne chose, cette cicatrisation à la vitesse grand V. Impossible d'aller consulter le médecin quand on a une température censée vous tuer.
- En effet. Et votre taille ? Elle vient aussi de ça ? C'est pourquoi vous êtes préoccupés par Joe ?
- Oui. Et parce que son grand-père affirme qu'on pourrait faire cuire un œuf sur son front. Ça ne va plus tarder. Il n'y a pas d'âge précis... Cette... énergie s'accumule, s'accumule, puis, un beau jour...
Il s'interrompit, garda le silence un bon moment.
- Des fois, quand on est bouleversé ou vraiment en colère, ça déclenche le processus. Moi, j'allais bien, j'étais heureux. (Il eut un rire amer.) Grâce à toi, surtout. Voilà pourquoi ça ne m'est pas arrivé plus tôt. Au lieu de cela, ça n'a cessé de s'amplifier peu à peu - j'étais comme une bombe à retardement. Devine ce qui a mis le feu aux poudres ? Je suis rentré du cinéma, ce fameux jour, et Paul m'a accusé d'avoir l'air bizarre. Ça a suffi, j'ai craqué. Alors, j'ai... j'ai explosé. J'ai failli lui arracher le visage ! Mon propre père !
Il frissonna, tout pâle.
- C'est à ce point-là ? demandai-je en regrettant de ne pouvoir l'aider. Es-tu malheureux ?
- Non. Plus maintenant, en tout cas. Puisque tu es au courant. Avant, ça n'a pas été simple.
Il se pencha et posa sa joue sur le sommet de mon crâne. Le silence s'installa. À quoi pensait-il ? Je ne tenais peut-être pas à le savoir.
- Qu'est-ce qui est le plus dur ? chuchotai-je.
- C'est de se sentir... incontrôlable, murmura-t-il lentement. Comme si je ne répondais plus de moi, qu'il valait mieux que tu ne sois pas là, ni toi ni les autres. Comme si j'étais un monstre susceptible de blesser quelqu'un. Tu as vu Marley. Jake s'est emporté, rien qu'une seconde, et... elle était trop près de lui. Désormais, il n'y a rien qu'il puisse faire pour réparer. Je lis dans ses pensées. Je connais ses émotions... Qui a envie d'être un cauchemar, un monstre ? Et puis, il y a la facilité avec laquelle ça me vient. Je suis bien meilleur que les autres. Cela me rend-il moins humain que Jesse ou Jake ? Parfois, j'ai peur de... me perdre.
- C'est difficile ? De... te retrouver ?
- Au début. Ça exige un peu de pratique pour muter d'un état à l'autre. Pour moi, c'est plus aisé.
- Pourquoi ?
- Parce qu'Ephraïm Gilbert était le grand-père de mon père, et Joe Ateara le grand-père de ma mère.
- Joe ? sursautai-je.
- Pas lui, son arrière-grand-père. Nous sommes cousins.
- En quoi la personnalité de vos aïeux a-t-elle de l'importance ?
- Ephraïm et Joe faisaient partie de la dernière meute. Le grand-père du père de Jake aussi. J'ai ça dans le sang, des deux côtés de ma famille. Je n'aurais pas pu y échapper. Joe non plus, d'ailleurs.
Il m'exposait tous ces détails d'une voix morne.
- Qu'est-ce qui est le mieux ? demandai-je en espérant lui remonter le moral.
- La vitesse ! s'écria-t-il en retrouvant soudain le sourire.
- Plus qu'à moto ?
- Aucune comparaison ! s'enthousiasma-t-il en hochant la tête.
- À combien peux-tu...
- Courir ? Vite. Comment te donner une idée ? Nous avons rattrapé... c'était quoi son nom ? Hunter. Voilà qui doit te parler, non ?
Oh que oui ! J'étais incapable d'imaginer ça - des loups plus rapides qu'un vampire. Quand les Anderson se mettaient à galoper, ils en devenaient presque invisibles.
- À ton tour, reprit-il. Raconte-moi quelque chose que j'ignore. À propos des vampires. Comment as-tu réussi à supporter leur compagnie ? Tu n'as pas eu les foies ?
- Non.
Ma sécheresse calma ses ardeurs.
- Dis-moi, recommença-t-il brusquement, pourquoi ton buveur de sang a-t-il tué ce Sebastian ?
- Parce qu'il avait essayé de me tuer. C'était un jeu, pour lui. Il a perdu. Tu te rappelles, au printemps dernier, quand j'ai été hospitalisée à Phoenix ?
- C'est allé jusque-là ? souffla-t-il, effaré.
- Ce n'est pas passé loin, effectivement, confirmai-je en frottant ma cicatrice.
Elliott s'en aperçut.
- Qu'est-ce que c'est ? fit-il en examinant ma main droite. Ah, ta drôle de marque, celle qui est froide.
Il l'inspecta sous un jour nouveau, retint un cri.
- Oui, c'est bien ça, Sebastian m'a mordu.
Il écarquilla les yeux, et sa peau cuivrée prit une étrange teinte jaunâtre. J'eus l'impression qu'il allait vomir.
- Mais dans ce cas... Tu ne devrais pas être...
- Blaine m'a sauvé, soupirai-je. Une deuxième fois. Il a sucé le venin, un peu comme avec un serpent à sonnette, tu vois ?
La douleur de ma plaie béante se réveilla, et je frémis. Je n'étais pas le seul, cependant. À côté de moi, Elliott tremblait de la tête aux pieds. Au point que la voiture en bougeait.
- Attention, Elliott ! Calme-toi.
- Oui, haleta-t-il.
Il agita rapidement la tête. Au bout d'un moment, il s'apaisa. Hormis ses mains.
- Ça va ?
- Presque. Raconte-moi autre chose, que je ne pense plus à ça.
- Que veux-tu savoir ?
- Aucune idée. (Il avait fermé les yeux, concentré.) Ce qui n'est pas essentiel, tiens. Est-ce que les autres Anderson ont des talents... particuliers ? Comme celui de Blaine ?
J'hésitai. Cela ressemblait à une question qu'il aurait pu poser à un espion, pas à son ami. En même temps, à quoi servait de taire ce que j'avais appris ? Ça n'avait plus d'importance, désormais. Et puis, ça l'aiderait à garder la maîtrise de lui-même. L'image du visage détruit de Marley à l'esprit, les poils de mes bras hérissés (je ne voyais pas comment le loup roux tiendrait dans la voiture - il serait plutôt susceptible de démolir entièrement le garage), je lui confiai donc la vérité.
- Brittany était capable de dominer les émotions des gens autour de lui. Pas pour les manipuler, juste pour apaiser quelqu'un, par exemple. Ça rendrait pas mal service à Wes, précisai-je dans une tentative de plaisanterie faiblarde. Quant à Rachel, elle prévoyait les événements, le futur. Mais pas de façon très nette. Ce qu'elle pressentait était susceptible de se modifier, pour peu que quelqu'un intervienne.
Comme la fois où elle avait deviné ma mort prochaine... et ma transformation en vampire. Deux incidents qui ne s'étaient finalement pas produits. Et ne se produiraient jamais. Mon cœur commença à battre la chamade ; j'eus l'impression que je manquais d'air, qu'on m'avait privé de mes poumons.
À côté de moi, Elliott, sous contrôle à présent, ne s'agitait plus.
- Pourquoi fais-tu cela ? me demanda-t-il soudain.
Il tira doucement sur l'un de mes bras qui étreignaient mon torse, laissa tomber quand je résistai. Je ne m'étais même pas aperçu que je les avais déplacés.
- Ça t'arrive quand tu es ému, ajouta-t-il.
- Il m'est douloureux de penser à eux, avouai-je. C'est comme si je ne pouvais plus respirer... comme si je me brisais en mille morceaux.
J'étais étonné du nombre de choses que j'étais à même de confier à Elliott, désormais. Nous n'avions plus de secrets l'un pour l'autre. Il caressa mes cheveux.
- Ne t'inquiète pas, Kurt, je n'en parlerai plus. Je suis navré.
- Ça ira, haletai-je. Ça se produit tout le temps. Tu n'y es pour rien.
- On forme un drôle de couple de dingos, hein ? Ni toi ni moi ne tournons très rond.
- De vrais tocards, acquiesçai-je.
- Au moins, nous pouvons nous soutenir mutuellement, soupira-t-il, visiblement réconforté par l'idée.
- Oui, reconnus-je, moi aussi soulagé.
Et, lorsque nous étions ensemble, les choses étaient en effet moins dures. Malheureusement, Elliott estimait qu'il avait une tâche horrible et dangereuse à remplir, si bien que je me retrouvais souvent seul, confinée à La Push par mesure de sécurité, avec rien pour m'occuper l'esprit et me détourner de mes tourments.
Envahir l'espace de Paul me gênait. Je révisais mes maths en vue de l'examen qui aurait lieu la semaine suivante, mais ça ne pouvait remplir ma vie. Lorsque j'étais désoeuvré, je me sentais obligé de faire la conversation au vieil Indien, sauf qu'il n'était pas du genre à meubler le silence pour l'éviter. Bref, mon malaise augmentait de plus belle.
Le mercredi après-midi, pour varier les plaisirs, j'allai chez Marley. La jeune femme était joyeuse et ne restait jamais en place. Je me traînais derrière elle tandis qu'elle vaquait dans son logis de poupée et son jardin, nettoyant une tache imaginaire, arrachant une mauvaise herbe, réparant un gond brisé, et cuisinant du matin au soir. Elle se plaignit un peu de l'appétit sans cesse grandissant des garçons (à cause de toute cette dépense d'énergie supplémentaire), mais il était facile de comprendre qu'elle adorait prendre soin d'eux. Sa compagnie était agréable - après tout, nous étions maintenant tus les deux fille et garçon à loup.
Au bout de quelques heures, Jake revint, et je ne restai que le temps de m'enquérir qu'Elliott se portait bien, et qu'il n'y avait rien de neuf, avant de m'éclipser. L'aura d'amour et de bien-être qui entourait le couple était plus délicat à absorber en doses concentrées, lorsqu'il n'y avait personne alentour pour les diluer.
Je retournai donc à mes errances sur la plage, à arpenter le long croissant rocailleux dans un sens puis dans l'autre.
La solitude ne me valait rien. Ma récente honnêteté envers Elliott m'avait amenée à penser aux Anderson et à les évoquer beaucoup trop souvent. Par ailleurs, j'étais foncièrement inquiet pour Elliott et ses frères, terrifié pour Burt et les autres traqueurs, de plus en plus intime avec mon meilleur ami sans même avoir consciemment décidé de suivre cette pente et infichue de réagir à cette fâcheuse tendance. J'eus beau faire, nul de ces problèmes très réels et urgents, qui réclamaient toute ma réflexion, ne parvint à me détourner bien longtemps de la souffrance qui déchirait ma poitrine. C'en fut au point que je finis par ne plus pouvoir marcher parce que j'étais à bout de souffle, et que je dus m'asseoir sur un rocher à moitié sec où je me repliai sur moi-même. C'est ainsi qu'Elliott me trouva et, rien qu'à son visage, je compris qu'il avait immédiatement deviné.
- Désolé, s'excusa-t-il aussitôt.
Me relevant, il enroula ses bras autour de mes épaules, et ce ne fut qu'alors que je me rendis compte que j'avais froid. Sa chaleur déclencha mes grelottements, mais au moins, lui présent, je respirai de nouveau normalement.
- Je te gâche tes vacances, s'accusa-t-il en m'escortant vers le village.
- Bien sûr que non. Je n'avais rien prévu, de toute façon. Et je n'aime pas les congés de printemps.
- Je me débrouillerai pour me libérer, demain matin. Les autres peuvent se passer de moi. On fera quelque chose d'amusant.
Un mot qui semblait déplacé dans ma vie actuelle, à peine compréhensible, bizarre.
- Amusant ?
- C'est exactement ce qu'il te faut. Voyons un peu...
Il contempla les grosses vagues grises à l'horizon et, tout à coup, parut frappé par l'inspiration.
- Ça y est ! s'écria-t-il. Une autre promesse à tenir.
- De quoi parles-tu ?
Lâchant ma main, il me montra l'extrémité sud de la plage où l'arc de cercle se terminait en cul-de-sac, au pied de falaises abruptes. Je ne compris pas.
- Ne t'avais-je pas promis de t'emmener plonger de là-haut ?
Je tressaillis.
- Oui, ça risque d'être plutôt froid, mais pas autant qu'aujourd'hui. Tu ne sens pas que le temps change ? Et la pression atmosphérique ? Il fera plus tiède demain. Alors, partante ?
Les eaux sombres n'étaient pas attirantes et, vues sous cet angle, les falaises paraissaient encore plus élevées. Sauf que je n'avais pas entendu la voix de Blaine depuis des jours. Ce qui, d'ailleurs, expliquait sûrement ma morosité. J'étais accro à mes hallucinations auditives. Sans elles, mon état empirait. Sauter d'une paroi rocheuse avait toutes les chances de combler mon manque.
- Bien sûr que oui ! Tu as raison, ce sera marrant.
- Marché conclu, alors.
- Et maintenant, allons dormir.
Les cernes commençaient à se graver définitivement sous ses yeux, ce qui ne me plaisait pas.
Le lendemain matin, je me réveillai tôt et en profitai pour porter en catimini un change de vêtements dans la camionnette. J'avais le sentiment que Burt n'approuverait pas plus le plan de la journée qu'il n'aurait apprécié que je joue les casse-cou à moto.
La perspective de me divertir un peu m'exaltait presque. Ce serait peut-être amusant, en effet. Un rendez-vous avec Elliott, un rendez-vous avec Blaine... Je ricanai intérieurement. Elliott avait beau affirmer que nous étions deux dingues, c'était moi le plus atteint. En comparaison, un loup-garou avait des allures de normalité.
Je m'attendais à ce qu'Elliott, comme d'ordinaire, sorte m'accueillir en entendant le rugissement du moteur. Il n'en fit rien, et je me dis qu'il dormait sans doute encore. Qu'à cela ne tienne, j'attendrais - autant qu'il en profite un maximum. Il avait besoin de se reposer, et cela permettrait à la température d'augmenter un peu. Il ne s'était pas trompé - dans la nuit, la météo s'était modifiée. Une épaisse couche de nuages alourdissait l'atmosphère, la rendant presque suffocante. Vu la chaleur, je laissai mon sweat-shirt dans la voiture avant de frapper à la porte.
- Entre, Kurt, lança Paul.
Attablé dans la cuisine, il mangeait un bol de céréales.
- Elliott dort ?
- Hum... non.
Il posa sa cuiller, fronça les sourcils.
- Que s'est-il passé ? m'écriai-je, aussitôt alarmée par son comportement.
- Jesse, Ryder et Wes ont trouvé des traces fraîches tôt ce matin. Jake et Elliott sont partis les rejoindre. Jake avait bon espoir ; elle est plus ou moins coincée dans les montagnes. Il pense qu'ils devraient réussir à en terminer aujourd'hui.
- Oh non ! murmurai-je.
- Tu apprécies La Push à ce point que tu voudrais y prolonger ta condamnation à résidence ? rigola-t-il.
- Ne plaisantez pas, Paul. Cette histoire est trop effrayante.
- Tu as raison, admit-il sans se départir de sa satisfaction. C'est un malin, celui-là.
Je me mordis les lèvres.
- Ce n'est pas aussi dangereux que tu le penses, me rassura-t-il. Jake sait ce qu'il fait. Tu devrais plutôt t'inquiéter pour toi. La brune ne tient pas à les affronter. Elle essaie juste de les contourner... pour t'atteindre.
- Comment Jake peut-il être aussi sûr de lui ? Ils n'ont éliminé qu'un vampire, jusqu'à maintenant. C'était peut-être un coup de chance.
- Nous sommes très scrupuleux, Kurt. Nous n'avons rien laissé au hasard. Tout ce qu'ils ont besoin de savoir se transmet de père en fils depuis des générations.
Cela ne me réconforta pas autant qu'il l'espérait sans doute. Je gardais un souvenir bien trop précis d'une Bree invincible, aussi venimeuse qu'une vipère. Si elle ne parvenait pas à les feinter, elle se résoudrait à leur rentrer dedans. Paul retourna à son petit déjeuner, tandis que je m'asseyais sur le divan et zappais au hasard sur la télévision. Je ne tardai pas à étouffer, dans cette petite pièce, et un sentiment de claustrophobie, renforcé par les rideaux tirés sur les fenêtres qui m'empêchaient de voir dehors, me submergea.
- Je serai sur la plage, annonçai-je en me précipitant à l'extérieur.
Malheureusement, le grand air ne me fut guère secourable. Les nuages bas entretenaient mon impression d'enfermement. Je me dirigeai vers la grève, avec le sentiment que les bois étaient étrangement déserts. Je n'y aperçus aucun animal - ni oiseaux ni écureuils -, n'entendis aucun bruit non plus. Le silence était sinistre ; même le son du vent dans les arbres s'était tu.
J'avais beau savoir que c'était dû à la météo, j'avais les nerfs en pelote. Même mes pauvres sens d'humain percevaient la lourde et chaude pression atmosphérique, qui augurait d'une violente tempête à venir. Ce que me confirma un coup d'œil au ciel : malgré l'absence de vent, les nuages tournoyaient lentement ; les plus proches, gris clair, dissimulaient mal une deuxième couche d'un mauve abominable. La nuée nous réservait un déchaînement féroce pour plus tard. Les animaux se cachaient.
Sitôt sur la plage, je regrettai d'être venu. J'en avais assez de cet endroit. J'y avais déambulé presque quotidiennement, seul. Mes cauchemars étaient-ils très différents de cela ? En même temps, où aller ? Je gagnai à pas lents l'arbre mort et m'y assis en m'adossant à ses racines enchevêtrées. Morose, je contemplai le ciel furieux, attendant que les premières gouttes rompent la quiétude.
Je m'efforçais de ne pas songer aux dangers auxquels Elliott et ses amis s'exposaient à cette heure. Rien ne devait arriver à Elliott - l'idée était par trop intolérable. J'avais déjà tant perdu. Le destin m'arracherait-il les maigres lambeaux de paix qu'il me restait ? Ça me semblait injuste, déséquilibré. Mais j'avais peut-être violé une règle dont je n'avais pas conscience, traversé une ligne marquant ma condamnation. Et j'avais sans doute tort de m'impliquer autant dans les mythes et les légendes et de tourner le dos au monde des humains. Non, Elliott s'en sortirait indemne ! Il fallait que j'y crois, sinon je craquerais. En grognant, je bondis sur mes pieds. J'étais incapable de me tenir tranquille, mieux valait encore marcher.
J'avais vraiment escompté entendre Blaine, ce matin-là. Comme si c'était la seule chose à même de rendre vivable cette journée. Le trou s'était envenimé, ces derniers temps, à croire qu'il se vengeait de l'époque où la présence d'Elliott l'avait dompté. Les bords de la plaie brûlaient.
La houle avait forci, et les vagues s'écrasaient plus brutalement sur les rochers, bien qu'il n'y eût pas un souffle de vent. Autour de moi, l'univers tourbillonnait, même si j'étais comme enveloppé dans une bulle de calme. L'atmosphère était chargée d'électricité, je le sentais dans mes cheveux. Au loin, l'océan était encore plus démonté qu'au bord de la plage. Les déferlantes s'abattaient contre le rempart de falaises dans de grandes gerbes d'écume. L'air était immobile, et pourtant les nuages roulaient de plus en plus vite, donnant l'impression étrange et effrayante qu'ils se déplaçaient de par leur seule volonté, ce qui accentuait mon malaise.
Les falaises évoquaient la lame sombre d'un couteau contre le ciel livide. Je me rappelai soudain le jour où Elliott m'avait parlé de Jake et de sa bande. Je revis les garçons - des loups-garous - se jeter dans le vide. L'image des corps qui tombaient en tournant était encore très vive dans mon esprit. J'imaginai l'incroyable liberté de la chute... j'inventai les échos de la voix de Blaine, furieux, veloutés, parfaits... L'incendie dans ma poitrine se déchaîna, me tortura. Il y avait forcément un moyen de l'éteindre. La douleur augmentait, de plus en plus intolérable. Je contemplai les falaises et les vagues moutonnantes.
Pourquoi pas ? Pourquoi ne pas apaiser le feu tout de suite ? Elliott m'avait promis un plongeon, n'est-ce pas ? Ce n'était pas parce qu'il était indisponible que je devais refuser la distraction qui m'était si nécessaire. Qui l'était d'autant plus qu'Elliott était en train de risquer sa vie. À cause de moi, dans le fond. Car sans moi, Bree n'aurait tué personne dans les parages... ailleurs, loin d'ici, oui. S'il arrivait malheur à Elliott, j'en serais responsable. Cette prise de conscience me fit mal ; je repartis en courant en direction de la maison des Gilbert, où m'attendait la Chevrolet.
Je connaissais la piste qui me conduirait au plus près des falaises, mais je dus batailler un peu pour dénicher le sentier qui me mènerait à leur bord. Tout en le suivant, je cherchai des yeux des bifurcations, me souvenant qu'Elliott avait parlé de commencer par une saillie moins haute, mais le chemin sinuait jusqu'au précipice, n'offrant aucune possibilité de tourner. Je ne disposais pas du temps suffisant pour trouver un autre accès, plus bas sur le flanc des rochers, car la tempête n'était plus loin à présent. Le vent atteignait enfin le sol ; les nuages se rapprochaient de la terre. Au moment où je parvins à l'endroit où le sentier s'élargissait en impasse sur la mer, les premières gouttes crépitèrent.
Je n'eus aucun mal à me convaincre de renoncer à la saillie située à mi-pente. Je voulais sauter du sommet ; c'était l'image qui m'avait hanté. J'exigeais la plus longue chute, afin d'avoir l'impression de voler. J'étais conscient que je m'apprêtais à commettre l'acte le plus idiot et le plus téméraire de mon existence. Cela m'arracha un sourire. Déjà, la douleur de mon cœur s'estompait, comme si mon corps avait deviné que la voix de Blaine allait bientôt retentir...
Bizarrement, la mer paraissait très loin, plus qu'avant, quand j'étais encore dans les arbres. Je songeai à la température de l'eau en grimaçant. Mais bon, ça n'allait pas m'arrêter. Les rafales étaient violentes, maintenant, et la pluie me fouettait en tournoyant. J'avançai jusqu'au bord, en gardant les yeux fixés sur le vide qui s'étalait devant moi. Je tâtonnai du pied, à l'aveugle, jusqu'à deviner l'endroit où la roche le cédait au néant. J'inspirai profondément, retins mon souffle, attendis.
« Kurt. »
En souriant, j'exhalai.
- Oui ?
Je n'avais pas répondu tout fort, par peur que le son ne détruise la splendide illusion. Il semblait si réel, si proche. Ce n'était que quand il me grondait comme ça que je retrouvais la vraie mémoire de ses intonations, la texture veloutée et mélodieuse qui n'appartenait qu'à la plus parfaite des voix.
« Ne fais pas ça », me supplia-t-il.
- Tu voulais que je sois humain. Eh bien, regarde.
« Je t'en prie. Pour moi. »
- C'est la seule façon que j'ai trouvé pour que tu acceptes de rester avec moi.
« S'il te plaît. »
Ce n'était qu'un chuchotis dans les tourbillons de pluie qui ébouriffaient mes cheveux et trempaient mes vêtements, me mouillant autant que si j'avais déjà sauté. Je tanguai sur la paume de mes pieds.
« Non, Kurt ! »
Il était en colère, à présent, et cette colère était si belle ! Je souris, levai les bras comme pour plonger, offrant mon visage à l'averse. Je me penchai en avant, m'accroupissant pour avoir plus de ressort... et me jetai du haut de la falaise. Je chutai comme un météore, en hurlant de toutes mes forces, mais c'était un cri de bonheur et non de peur. Le vent m'opposait sa résistance, essayant en vain de lutter contre l'inéluctable gravité, me repoussant, me ballottant en spirales semblables à celles d'une fusée s'écrasant à terre. « Oui ! » Le mot résonna dans mon crâne quand je fendis la surface. L'eau était glacée, encore plus que ce que j'avais craint, pourtant les frissons ne faisaient qu'ajouter au plaisir. J'étais très fier de moi lorsque je m'enfonçai dans l'océan gelé et noir. Pas un instant je n'avais été victime de la terreur. Ça n'avait été que pure adrénaline. Finalement, le saut n'était pas du tout effrayant. En quoi cela constituait-il un défi ?
C'est alors que le courant m'emporta.
J'avais été si occupé à songer à la hauteur des falaises, au danger évident de leurs parois élevées et à pic que je n'avais pas un instant pensé à la mer sombre qui m'attendait en bas. Je n'avais pas envisagé que la véritable menace qui me guettait se trouvait sous le violent ressac.
J'eus l'impression que les vagues se disputaient mon corps, me secouant de tous côtés comme si elles avaient la ferme intention de me couper en deux. Je savais comment échapper à un courant de retour : nager parallèlement à la plage au lieu de tenter de rejoindre la grève. Malheureusement, cela ne m'était guère utile puisque j'avais perdu tout sens de l'orientation. Je ne savais même plus où était la surface. Partout, ce n'était qu'eaux noires et déchaînées, où ne filtrait aucune lueur. Si la gravité m'avait emportée en dépit de l'air, elle était impuissante face aux déferlantes. Je ne sentais nulle attraction, vers le fond ou ailleurs, juste la force des courants qui me bringuebalaient comme une poupée de chiffon.
Je luttai pour conserver mes réserves d'oxygène et garder mes lèvres serrées.
La présence de mon hallucination ne me surprit pas. Blaine me devait bien ça, vu que j'étais en train de mourir. Certitude qui, elle, m'étonna. J'allais me noyer. Je me noyais.
« Continue à nager ! m'encouragea-t-il avec des accents désespérés.
- Où donc ? » répliquai-je mentalement.
J'étais cerné par les ténèbres.
« Arrête ça ! explosa-t-il. Je t'interdis de renoncer ! »
Le froid engourdissait mes membres, et je n'avais plus autant qu'avant l'impression d'être ballotté. C'était plutôt une espèce de vertige, à présent, une impression de tourner sans fin dans les remous. Malgré tout, je lui obéis, obligeant mes bras à s'agiter et mes jambes à pousser, en dépit des changements de direction constants auxquels j'étais soumis. Hélas, cela ne servait à rien.
« Bats-toi ! hurla-t-il. Je t'en supplie, bats-toi, Kurt !
- Pourquoi ? »
Je n'avais plus envie de lutter. Et ce ne fut pas le vertige, le froid ou l'épuisement de mes muscles qui m'amena à abandonner la partie. J'étais presque content que c'en fût terminé. Cette mort était préférable à celles auxquelles j'avais déjà été confronté. Étrangement paisible. Savoir la fin proche était réconfortant. Je songeai brièvement aux clichés qui affirment que votre vie défile devant vos yeux. Je n'eus pas cette malchance. Qui aurait d'ailleurs souhaité visionner la rediffusion de ma pauvre existence ?
En revanche, je le vis, lui, sans pour autant retrouver le désir de résister. L'image était si claire, tellement plus définie que dans mes souvenirs. Mon inconscient avait emmagasiné Blaine dans les moindres détails de sa perfection, le préservant pour cet ultime moment. Son visage sans défauts était aussi réel que s'il avait été présent, avec l'exacte nuance de sa peau glacée, la forme de ses lèvres, la courbe de sa mâchoire, l'étincelle d'or de ses prunelles enragées. Il était courroucé, naturellement, parce que je démissionnais. Il serrait les dents ; la fureur dilatait ses narines.
« Non ! Kurt ! Non ! »
Mes oreilles étaient submergées par l'océan glacial, et pourtant le ténor était plus distinct qu'avant. Ignorant ses suppliques, je me concentrai sur le son de sa voix. Pourquoi aurais-je résisté, alors que j'étais tellement heureux qu'il fût là ? Malgré mes poumons brûlants et mes jambes assaillies par les crampes, j'étais content. J'avais oublié à quoi ressemblait le vrai bonheur. Le bonheur. Il rendait la mort plutôt agréable.
Soudain, le courant m'emporta, me projetant contre quelque chose de dur, un rocher invisible dans l'obscurité qui heurta brutalement ma poitrine, telle une barre de fer, et l'oxygène s'échappa de mes poumons en un flot de bulles argentées. L'eau envahit ma gorge, m'étranglant, m'incendiant. La barre de fer parut m'attirer vers elle, m'entraîner loin de Blaine, encore plus loin dans le noir, vers le fond de l'océan.
« Au revoir, je t'aime. » Telles furent mes dernières pensées.
Et voilà je sais c'est cruel de vous laissez comme ça mais la suite Mardi !
