Auteur : Youyoulita
Disclamer : Tous les personnages sont à Ryan Murphy & Co et l'histoire ne m'appartient pas je ne fais bien que m'inspirait de Stephanie Meyer.
Résumé : « Tu ne me reverras plus. Je ne reviendrais pas. Poursuis ta vie, je ne m'en mêlerais plus. Ce seras comme je n'avais jamais existé. » Rejeté par celui qu'il aime passionnément, Kurt ne s'en relève pas. Fasciné par un vampire, comment pourrait-il retrouver goût à la pâle existence humaine ? Kurt n'a le goût pour rien sinon le danger. Alors il attend la voix de Blaine, et éprouve l'illusion de sa présence. Comme s'il le l'avait pas abandonné. Kurt échappera-t-il à cette obsession amoureuse qui le hante ? A quel prix ?
Rating : T pour être sûre ^^
Note : Salut ! Tout d'abord toutes mes excuses pour mon retard qui est en ce moment même de 54 min puis je remercie mes fidèle lectrice(eur ?) comme Klaiindy et Eleasasha pour leurs reviews, ainsi qu'aux très nombreux anonyme de me lire. Et donc voilà (enfin)le chapitre 17 bonne lecture !
Chapitre 17
Artificiellement immobil et blanche, ses grands yeux noirs fixés sur moi, ma visiteuse se tenait dans le hall, belle au-delà de l'imaginable.
Un instant, mes genoux vacillèrent, et je faillis tomber, puis je me ruai vers elle.
- Rachel ! Oh, Rachel !
Je la heurtai violemment - j'avais oublié à quel point elle était dure. C'était comme se précipiter sur un mur en ciment.
- Kurt ?
Ses intonations trahissaient un étrange mélange de soulagement et de surprise. Je l'enlaçai, inhalant à fond l'odeur de sa peau qui ne ressemblait à rien de connu - ni fleurs ni épices, ni agrumes ni musc. Aucun parfum au monde n'était comparable à cet arôme, et ma mémoire chancelante ne lui avait pas rendu justice.
Ce n'est que lorsque Rachel m'entraîna vers le canapé et me serra contre elle que je me rendis compte que ma respiration hachée s'était transformée en pleurs. J'avais l'impression d'être blotti contre une pierre froide, mais une pierre dont les contours avaient été confortablement taillés pour accueillir la forme de mon corps. Elle me frotta lentement le dos, attendant que je me ressaisisse.
- Je-je suis... d-désolé, balbutiai-je. C'est que j-je... s-suis si content de te v-voir.
- Calme-toi, Kurt. Tout va bien.
- Oui, sanglotai-je de plus belle.
- J'avais oublié à quel point tu es exubérant, soupira-t-elle d'un ton désapprobateur.
Je la contemplai à travers mes yeux voilés de larmes. Elle était tendue, reculait la tête, lèvres serrées. Ses iris étaient noirs comme de l'encre.
- Oh ! soufflai-je en prenant conscience du problème.
Elle était assoiffé, et je dégageais une odeur appétissante. À ma décharge, cela faisait un bon moment que je n'avais pas eu à songer à ce genre de détail.
- Excuse-moi, chuchotai-je.
- C'est ma faute. J'aurais dû chasser avant de venir. C'est une erreur de laisser ma soif prendre de telles proportions. Malheureusement, j'étais pressée aujourd'hui, précisa-t-elle en me toisant. À propos, aurais-tu l'amabilité de m'expliquer pourquoi tu es encore vivant ?
Cette réflexion coupa court à mes geignements. Je compris tout de suite ce qui avait dû se passer et les raisons de la présence de Rachel à Forks.
- Tu m'as vue tomber, murmurai-je en déglutissant.
- Non, rectifia-t-elle, peu amène. Je t'ai vue plonger.
Je pinçai la bouche, réfléchissant à une manière à peu près sensée de justifier mon acte.
- Je l'avais prévenu que ça arriverait, continuait Rachel en secouant la tête. Il ne m'a pas crue. « Kurt a juré, alors cesse de surveiller son futur, nous avons commis assez de dégâts. » (Son imitation de Blaine était tellement parfaite que je tressaillis, cependant que la plaie de ma poitrine se déchirait de nouveau.) Mais ne pas essayer de voir ne signifie pas que je peux bloquer les images, poursuivit-elle. Je te promets que je ne te surveillais pas, Kurt, c'est juste que je suis habituée à toi... Quand je t'ai vue plonger, je n'ai pas réfléchi, j'ai sauté dans le premier avion. Je savais que j'arriverais trop tard, mais c'était plus fort que moi. Quand je me suis retrouvée ici, j'ai songé que, peut-être, j'apporterais une aide quelconque à Burt, et voilà que tu débarques. (Elle fronça les sourcils, décontenancée.) Je t'ai perçue dans l'eau, reprit-elle avec lassitude, j'ai attendu que tu émerges, encore et encore, sauf que tu n'as jamais refait surface. Que s'est-il passé ? Et comment as-tu osé infliger cela à Burt ? As-tu seulement songé à sa réaction ? Et mon frère ? As-tu la moindre idée de ce que Blaine...
Je la coupai aussitôt, refusant de l'entendre prononcer ce prénom. Bien que j'aie compris le malentendu, je l'avais laissée parler, juste pour le plaisir des ses intonations merveilleuses. Là, il était temps d'intervenir.
- Je n'avais pas l'intention de me suicider, Rachel.
- Es-tu en train de soutenir que tu n'as pas dégringolé d'une falaise ? rétorqua-t-elle, soupçonneuse.
- Si, mais... c'était seulement dans un but récréatif.
Je grimaçai, guettant sa réaction. Ses traits se durcirent.
- J'avais vu des amis d'Elliott plonger, ça avait l'air marrant, je m'ennuyais, alors... (Elle attendait.) Je n'ai pas pensé que la tempête affecterait le courant. D'ailleurs, je n'ai pas beaucoup réfléchi à ce qui arriverait, une fois dans l'eau.
Malgré mes affirmations, Rachel ne croyait pas que je n'avais pas attenté à mes jours.
- Si tu m'as vue tomber, comment expliques-tu qu'Elliott t'ait échappé ? demandai-je soudain. (Elle pencha la tête, intéressée.) Il est vrai que, sans lui, je me serais probablement noyé. Bon, d'accord, pas probablement, sûrement. Sauf qu'il a sauté derrière moi, m'a tiré de là et m'a traîné sur la plage. Enfin, je crois, j'étais dans les vapes. Je suis sans doute restée moins d'une minute sous l'eau. Comment se fait-il qu'il ne soit pas apparu dans ta vision ?
- Quelqu'un t'a sortie de l'eau ? marmonna-t-elle, perplexe.
- Elliott m'a sauvé, en effet.
Une série d'émotions contradictoires défila sur ses traits. Quelque chose l'ennuyait. Quoi ? L'imperfection de son don ? Pas sûr. Brusquement, elle se pencha et me flaira. Je sursautai.
- Ne sois pas bête, marmonna-t-elle en reniflant de plus près.
- Qu'est-ce que tu fabriques ?
Elle ignora la question.
- Qui était avec toi, il y a cinq minutes ? J'ai eu l'impression que vous vous disputiez.
- Elliott Gilbert. Il... c'est mon meilleur ami, en quelque sorte. Enfin, c'était...
Je songeai au visage meurtri d'Elliott, à ma trahison, à ce que je représentais pour lui à présent. Rachel acquiesça, l'air préoccupée.
- Quoi ?
- Je ne sais pas. Je ne suis pas certaine de ce que ça signifie.
- En tout cas, je ne suis pas mort.
Elle leva les yeux au ciel.
- Il a été stupide de croire que tu survivrais sans lui, commenta-t-elle.
Et ce n'était pas d'Elliott qu'elle parlait.
- Je n'ai jamais rencontré quelqu'un aussi enclin à la bêtise suicidaire que toi, ajouta-t-elle.
- J'ai survécu, me défendis-je.
Elle songeait déjà à autre chose.
- Si les courants étaient tellement puissants, comment ce Elliott a-t-il réussi à les surmonter ?
- Il est... fort.
Percevant ma réticence, elle leva les sourcils. Je mordillai ma lèvre. Était-ce un secret ou pas ? Et si oui, auquel des deux étais-je la plus liée ? À Rachel ou à Elliott ? Bah ! Tous ces mystères, c'était vraiment trop compliqué ! Rachel était au courant de tout, pourquoi pas elle ?
- Eh bien... c'est un loup-garou, admis-je précipitamment. Les Indiens Quileute se transforment en loups quand il y a des vampires dans les parages. Ils connaissent Antony depuis très longtemps. Tu étais déjà là, à l'époque ?
Un instant, Rachel parut déstabilisée.
- Bon, finit-elle par se reprendre, le front plissé, j'imagine que ça explique l'odeur. Pour ce qui est de ma vision incomplète en revanche...
- L'odeur ? m'étonnai-je.
- Tu sens bizarre, m'accusa-t-elle distraitement. Un loup-garou ? Tu en es sûr ?
- Oui. J'en déduis que tu n'étais pas à Forks la dernière fois qu'il y en a eu ?
- Non, je n'avais pas encore trouvé Antony, lâcha-t-elle, perdue dans ses pensées. Ton meilleur ami en est un ? s'exclama-t-elle soudain, ahurie.
J'acquiesçai piteusement.
- Depuis combien de temps ça dure ?
- Pas longtemps. Il s'est transformé il y a seulement quelques semaines.
- Un jeune, qui plus est ? s'emporta-t-elle. C'est encore pire ! Blaine avait raison, tu es vraiment un aimant à dangers. N'étais-tu pas censé rester à l'écart des ennuis ?
- Les loups-garous sont parfaitement fréquentables, ripostai-je, piqué au vif.
- Jusqu'à ce qu'ils piquent une crise. Il faut te reconnaître ça, Kurt. Les vampires partis d'ici, n'importe qui aurait été soulagé. Toi, non, il faut que tu te mettes à traîner avec les premiers monstres qui te tombent sous la main.
Je n'avais pas envie de me disputer avec elle. J'étais tellement heureux de sa présence, de toucher sa peau marmoréenne et d'entendre sa voix mélodieuse. Malheureusement, elle se trompait du tout au tout.
- Non, Rachel, les vampires ne sont pas partis, pas tous du moins. C'est bien le problème. Sans les loups-garous, Bree aurait eu raison de moi à l'heure qu'il est. Et même, sans Elliott et ses amis, Hunter m'aurait tué avant elle.
- Bree ? siffla-t-elle. Hunter ?
J'opinai, quelque peu alarmé par l'expression de ses prunelles noires.
- Que veux-tu ! C'est ça, d'attirer le danger !
- Raconte-moi tout. Depuis le début.
Je ne m'étendis pas sur les détails, omettant les motos et les voix, mais je lui narrai le reste jusqu'à ma mésaventure de la journée. L'ennui que j'invoquai pour justifier mon plongeon la faisant tiquer, j'insistai sur la tâche ballottée par les vagues et la conclusion à laquelle j'étais parvenu. À ce moment du récit, elle étrécit les yeux. Elle me parut alors si étrange, si... dangereuse, si... vampire. Je déglutis et terminai par la mort de Rupert. Elle m'écouta sans m'interrompre, se bornant à secouer la tête de temps à autre, tandis que les plis de son front s'accentuaient, à croire qu'ils avaient été sculptés dans le marbre. Quand j'en eus terminé, le chagrin lié à la disparition de Rupert me submergea de nouveau. Je songeai à mon père qui n'allait pas tarder à rentrer. Dans quel état serait-il ?
- Notre départ ne t'a rien apporté de bon, hein ? marmonna Rachel.
J'eus un petit rire vaguement hystérique.
- Tel n'était pas le but, non ? objectai-je. Vous ne vous êtes pas enfuis pour mon bien.
Pensive, elle se perdit dans la contemplation du plancher.
- Hum, marmotta-t-elle, j'ai l'impression que j'ai agi un peu à la va-vite. Mieux aurait sans doute valu que j'évite cette intrusion.
Je me sentis pâlir.
- Je t'en prie, Rachel, ne t'en va pas, chuchotai-je, paniqué, en agrippant le col de son chemisier blanc. Ne me laisse pas.
- Du calme, répondit-elle lentement. Je n'ai l'intention d'aller nulle part ce soir. Respire !
Elle m'observa, cependant que je m'efforçai de lutter contre l'étouffement. Lorsque je me fus apaisé, elle reprit la parole.
- Tu as vraiment une sale mine, Kurt.
- J'ai failli me noyer, aujourd'hui.
- Ça va plus loin que cela. Tu es dans un piteux état.
- Écoute, je me défends comme je peux.
- Comment ça ?
- Ça n'a pas été facile. J'y travaille encore.
- J'en étais sûr, maugréa-t-elle. Je le lui avais dit.
- Mais que croyais-tu trouver ? soupirai-je. À part mon cadavre ? Tu n'espérais quand même pas que je t'accueillerais en sifflotant et en dansant la gigue, non ? Tu me connais.
- Oui. N'empêche.
- Dans ce cas, j'ai le sentiment que je ne suis pas le seul à avoir l'exclusivité de la bêtise.
Soudain, le téléphone sonna.
- Burt, sans doute.
Je me levai maladroitement, pris la main de pierre de Rachel et l'entraînai à ma suite dans la cuisine. Pas question qu'elle disparaisse de mon champ de vision.
- Allô, papa ?
- Non, c'est moi, répondit Elliott.
- Elliott !
Rachel m'étudiait attentivement.
- Je vérifie seulement que tu es encore vivant.
- Je vais bien. Je t'avais dit que ce n'était pas...
- Ouais. Pigé. Salut.
Il me raccrocha au nez.
- Nom de Dieu, râlai-je en levant les yeux au ciel. Encore un problème à régler.
- Ils ne sont pas super-ravis que je sois là, devina Rachel.
- Pas particulièrement, en effet. Mais cela ne les regarde pas.
- Et maintenant ? s'interrogea-t-elle à voix haute. Il faudrait agir... régler les derniers détails.
- Quels détails ?
- Je n'en sais trop rien, temporisa-t-elle, tout à coup. J'ai besoin d'en référer à Antony.
Elle n'allait quand même pas m'abandonner si vite ?
- Tu ne peux pas rester encore un peu ? la suppliai-je. Tu m'as tellement manqué.
- Si tu penses que c'est une bonne idée.
Ses yeux trahissaient sa tristesse.
- Oui, oui ! Tu coucherais ici. Burt serait ravi.
- J'ai une maison.
J'acquiesçai, désappointé mais résigné. Elle me dévisagea, hésitante.
- Laisse-moi au moins aller chercher une valise, murmura-t-elle.
- Rachel ! Tu es géniale ! m'écriai-je en me jetant à son cou.
- Il faut aussi que je chasse, précisa-t-elle, tendue. Maintenant.
- Oh, pardon.
Je reculai.
- Tu es capable de ne pas t'attirer d'ennuis pendant une heure ?
Devançant ma réaction, elle leva un doigt et ferma les paupières. Durant quelques secondes, ses traits n'exprimèrent plus rien. Puis elle rouvrit les yeux et répondit à sa propre question.
- Oui, ça va aller. Pour cette nuit en tout cas.
Elle grimaça. Même ainsi, elle était superbe.
- Tu reviens, hein ? demandai-je d'une toute petite voix.
- Promis. Donne-moi juste une heure.
Je jetai un regard à la pendule, ce qui déclencha ses rires. Elle m'embrassa sur la joue ; la minute d'après, elle avait disparu. J'inhalai longuement. Elle serait bientôt de retour. Je me sentais tellement mieux, soudain !
Bon, j'avais tout un tas de choses pour m'occuper en l'attendant. Priorité, une douche. Je reniflai mes aisselles en me déshabillant, ne perçus rien d'autre qu'une odeur marine. Qu'avait voulu dire Rachel en m'accusant de sentir bizarre ? Une fois propre, je retournai à la cuisine. Rien n'y indiquait que Burt avait récemment mangé, il serait sans doute affamé à son arrivée. Je m'activai en chantonnant. Pendant que les restes du ragoût de jeudi tournaient dans le micro-ondes, je préparai le canapé. Rachel n'en aurait pas l'usage, mais il faudrait que Burt le voie. Je prenais soin de ne pas consulter l'horloge - elle avait juré. J'avalai mon dîner sans en sentir le goût, juste la douleur qu'il provoquait dans ma gorge irritée. J'avais très soif - tout le sel qui imprégnait mon corps m'avait déshydraté - et j'absorbai au moins un litre et demi d'eau pendant mon repas. Ensuite, je passai au salon pour attendre devant la télévision.
Rachel y était déjà, assise sur le divan. Ses prunelles avaient une couleur caramel.
- Merci ! lança-t-elle en tapotant l'oreiller et en me souriant.
- Tu es là tôt ! m'exclamai-je, enchanté.
Je m'installai à côté d'elle et posai ma tête sur son épaule. Passant un bras froid autour de moi, elle soupira.
- Qu'allons-nous faire de toi, Kurt ?
- Aucune idée, reconnus-je. Tu sais, j'ai vraiment essayé.
- Je te crois.
Il y eut un silence.
- Est-ce qu'il... qu'il...
J'inspirai profondément. Il m'était toujours difficile de prononcer son prénom, même si j'arrivais maintenant à le penser.
- Blaine est-il au courant de ton voyage ici ?
J'étais obligé de demander. Après tout, c'était ma souffrance, je la gérerais quand Rachel serait partie - perspective qui me tordit le ventre.
- Non.
Si c'était vrai, cela ne pouvait signifier qu'une chose.
- Il n'habite pas chez Antony et Sarah ?
- Il passe les voir tous les deux ou trois mois.
- Oh.
Il devait sûrement avoir de quoi s'occuper. N'avait-il pas soutenu que ses semblables se laissaient facilement distraire ?
- Tu as parlé d'avion, d'où viens-tu ? m'enquis-je pour changer de sujet.
- J'étais à Denali, en visite chez Eli.
- Finn est-il ici ? T'a-t-il accompagné ?
- Non, il s'opposait à ce que je vienne, d'ailleurs. Nous avions promis... (Elle s'interrompit puis enchaîna sur autre chose, soudain soucieuse.) Tu penses que Burt n'aura rien contre ma présence ?
- Il te trouve merveilleuse, Rachel.
- On ne va pas tarder à vérifier si c'est vrai.
Effectivement, quelques secondes plus tard, j'entendis la voiture de patrouille crisser des pneus dans l'allée. Sautant sur mes pieds, je m'empressai d'aller ouvrir la porte. Burt s'approcha lourdement de la maison, yeux baissés et épaules voûtées. Je m'avançai à sa rencontre. Ce ne fut que lorsque je l'enlaçai qu'il me remarqua. Il me serra très fort.
- Je suis désolé pour Rupert, papa.
- Il va me manquer.
- Gaëlle tient le coup ?
- Elle a l'air hébétée, comme si elle n'avait pas encore réalisé. Jake est resté auprès d'elle... Pauvres gosses. Kitty n'a qu'un an de plus que toi, et Rory quatorze...
Sans me lâcher, il se dirigea vers la maison. J'avais intérêt à l'avertir maintenant.
- Heu... papa ? Tu ne devineras jamais qui est là.
Il me lança un regard vide, tourna la tête et repéra, garée de l'autre côté de la rue, la Mercedes dont le capot luisait faiblement sous la lumière du porche. Rachel apparut au même instant sur le seuil.
- Bonsoir, le salua-t-elle doucement. Désolée d'arriver à un si mauvais moment.
- Rachel Anderson ? s'étonna Burt comme s'il n'en croyait pas ses yeux. C'est bien toi ?
- Oui. J'étais de passage dans les environs.
- Antony est-il...
- Non, je suis seule.
Rachel et moi avions tout de suite compris qui il avait en tête en demandant après Antony. Il resserra d'ailleurs son étreinte autour de mon épaule.
- Ça ne t'ennuie pas que Rachel loge chez nous, hein ? Je me suis permis de l'inviter.
- Pas du tout, acquiesça-t-il automatiquement. Ce sera un plaisir.
- Merci, Burt. Encore une fois, je sais à quel point je tombe mal.
- Ce n'est pas grave. Je risque d'être très occupé dans les prochains jours. Tant mieux si Kurt a un peu de compagnie.
- Je t'ai préparé à dîner, signalai-je.
- Super, mon grand.
D'une pression de la main, il me remercia avant de disparaître dans la cuisine. Rachel regagna le canapé, et je lui emboîtai le pas. Cette fois, ce fut elle qui m'attira contre elle.
- Tu as l'air fatigué.
- Oui, admis-je. Ça me fait toujours ça, quand je frôle la mort... Alors, quelle est l'opinion d'Antony à propos de tout ça ?
- Il n'est pas au courant non plus. Lui et Sarah étaient partis chasser. J'aurai des nouvelles d'ici quelques jours, à son retour.
- Mais tu ne lui diras rien... la prochaine fois qu'il passera ?
Elle devina que je ne parlais pas d'Antony.
- Non. Il m'arracherait la tête.
J'eus un bref éclat de rire, vite remplacé par un soupir.
Je n'avais pas envie de dormir, j'aurais voulu discuter toute la nuit. D'ailleurs, je n'aurais pas dû avoir sommeil, vu que j'avais somnolé tout l'après-midi en compagnie d'Elliott. Ma noyade avortée m'avait cependant vidé, et mes yeux se fermaient tout seuls. Tête appuyée contre Rachel, je sombrai peu à peu dans une inconscience plus paisible que je n'aurais pu l'espérer.
Je m'éveillai tôt, après une nuit profonde et sans rêve, me sentant reposée, quoique courbatue. Je me trouvais dans le canapé, sous les draps que j'avais préparés pour Rachel. J'entendis celle-ci converser avec Burt, dans la cuisine. Apparemment, mon père s'activait à lui fabriquer un petit déjeuner.
- Ça a été vraiment terrible ? demanda-t-elle dans un souffle.
D'abord, je crus qu'ils parlaient des Flanagan.
- Pis que tu ne l'imagines.
- Racontez-moi. Je veux savoir précisément ce qu'il s'est passé après notre départ.
Il y eut une pause, durant laquelle on ouvrit et referma un placard. J'attendis, sur mes gardes.
- Jamais je n'ai eu l'impression d'être aussi inutile, marmonna Burt lentement. J'étais paumé. La première semaine, j'ai eu peur de devoir l'hospitaliser. Il refusait de s'alimenter et de boire, il était prostré. Le doc avançait des mots comme catatonie, je l'ai empêché de l'ausculter. Je craignais que ça ne l'effraie.
- Il a pourtant fini par sortir de cet état ?
- J'ai demandé à Elisabeth de l'accueillir en Floride. Je ne tenais pas à être celui qui... s'il devait finir dans une clinique ou je ne sais quoi. J'escomptais que la présence de sa mère l'aiderait. J'avais commencé à emballer ses affaires quand il s'est réveillé de sa transe. Un vrai fou. Je ne l'avais jamais vue dans cet état ! Il n'est pas du genre colérique, mais là, nom d'un petit bonhomme, il est devenue enragé, à balancer ses vêtements partout, à hurler que nous n'avions pas le droit de l'obliger à s'en aller, jusqu'à ce qu'il finisse par éclater en sanglots. Pour moi, c'était une étape décisive, et je n'ai pas insisté pour qu'il parte... et, au début, il a paru récupérer...
Il se tut. L'écouter discourir ainsi sur la souffrance que je lui avais infligé était une épreuve.
- Mais...
- Il est retourné au lycée et au travail ; il mangeait, dormait, faisait ses devoirs. Il répondait quand on lui posait une question. N'empêche, il était... vide. Ses yeux étaient morts. Il y avait aussi certains indices. Il n'écoutait plus de musique, j'ai trouvé une pile de CD brisés dans la poubelle. Il ne lisait plus. Il quittait la pièce quand la télé était allumée, même si elle n'en a jamais été un grand fan. J'ai fini par comprendre... il évitait tout ce qui était susceptible de raviver le souvenir de... son souvenir. Nous pouvions à peine échanger quelques mots. J'avais peur de lâcher une parole malheureuse - il réagissait à la moindre broutille -, et il n'entamait pas la conversation, se bornant à réagir si je l'interrogeais. Il passait son temps seul, il ne rappelait pas ses amies qui, au bout d'un temps, se sont lassées et n'ont plus téléphoné. C'était la nuit des morts vivants. Je l'entends encore hurler dans son sommeil...
Je le voyais presque frissonner, et je frissonnai moi aussi à l'évocation de cette époque. Il était malin - à aucun moment, je ne l'avais embobiné.
- Je suis tellement désolé, Burt, marmonna Rachel.
- Ce n'est pas ta faute, riposta-t-il sur un ton qui laissait clairement deviner qui il tenait pour responsable. Tu as toujours été une amie très chère pour lui.
- Il me semble qu'il va mieux, à présent, non ?
- Oui. Depuis qu'il a commencé à fréquenter Elliott Gilbert, j'ai noté une réelle amélioration. Il a le visage coloré quand il rentre à la maison, une lueur dans l'œil. Il est moins malheureux. (Il s'interrompit une seconde, puis reprit d'une voix toute différente.) Il est plus jeune que lui d'un an environ. J'ai deviné qu'il ne pensait à lui qu'en tant qu'ami, mais j'ai le sentiment que leurs relations sont passées à quelque chose de plus sérieux. Du moins, ça en prend la direction.
Les intonations presque belliqueuses de Burt constituaient un avertissement, moins pour Rachel que pour celui auquel elle était chargée de transmettre les nouvelles.
- Elliott est mature, pour son âge, poursuivit-il, comme sur la défensive. Il a pris soin de son père sur le plan physique comme Kurt s'est occupé émotionnellement de sa mère. Ça l'a mûri. Sans compter qu'il n'est pas vilain, il tient ça de sa mère. Il fait vraiment du bien à Kurt, tu sais.
- Alors, je suis heureuse qu'il existe, convint Rachel.
Burt poussa un gros soupir, soulagé par l'absence d'objections.
- Je m'avance sûrement un peu, admit-il. Je ne suis sûr de rien... en dépit d'Elliott, il arrive parfois que les yeux de Kurt... je doute d'avoir saisi l'ampleur de son chagrin, Rachel. Tant de souffrance, ce n'est pas normal... ça me fait peur. C'est comme si il pleurait... un mort.
Sa voix se cassa. Il avait raison. Quelqu'un était mort - j'étais mort. Parce que ça avait dépassé la simple perte du plus authentique des amours, pour peu que cela ne suffise pas à tuer quelqu'un d'ailleurs ; ça avait été perdre un avenir, une famille, la vie que j'avais choisie...
- J'ignore si il s'en remettra un jour, reprit Burt avec des accents désespérés. Peut-être qu'il n'est pas dans sa nature de guérir d'une telle blessure. Il a toujours été tellement constant. Il n'est pas du genre à oublier, ni à changer d'avis.
- En effet.
- Et... tu sais combien je t'apprécie, Rachel, et j'ai vu à quel point il était heureux de ta visite... ça n'empêche pas que je m'inquiète de ses conséquences.
- Moi aussi, Burt. Et je ne serais pas venue si j'avais deviné l'ampleur qu'avaient prises les choses. Je suis navrée.
- Ne t'excuse pas. Si ça se trouve, ça lui fera du bien.
- J'espère.
Un long silence suivit, entrecoupé par des raclements de fourchettes sur les assiettes et le léger bruit de Burt qui mastiquait. Je me demandai où Rachel cachait la nourriture qu'elle ne mangeait pas.
- Rachel, il faut que je te pose une question, lança soudain Burt, gêné.
- Allez-y, répondit mon amie sans se départir de son calme.
- Il ne reviendra pas, hein ?
Je perçus la colère que mon père tâchait de dissimuler.
- Il ne se doute même pas que je suis ici, le rassura-t-elle. La dernière fois que je lui ai parlé, il était en Amérique du Sud.
Je me raidis, tendis l'oreille.
- C'est déjà ça, alors, grommela Burt. J'espère qu'il s'y amuse.
- Je n'en jurerais pas, rétorqua Rachel avec, pour la première fois, une certaine sécheresse.
L'un d'eux repoussa sa chaise sans ménagement, et j'en conclus qu'il s'agissait de Burt. Jamais Rachel n'aurait été aussi bruyante. De l'eau coula, rebondissant sur un plat. Vu que Blaine semblait un sujet clos, je décidai qu'il était temps de me réveiller. Je me retournai en faisant grincer les ressorts du canapé et bâillai sans retenue. Dans la pièce voisine, toute vie se figea. Je m'étirai, gémis.
- Rachel ? marmonnai-je en toute innocence.
La raucité dont ma gorge douloureuse colorait ma voix fit très bien dans la mascarade.
- Je suis dans la cuisine, me lança-t-elle.
Rien dans son ton n'indiquait qu'elle était dupe. Quoique... elle aussi était bonne comédienne.
Burt était obligé de partir, car il allait aider Gaëlle Flanagan à régler l'organisation des obsèques. Sans Rachel, la journée aurait été fort longue. Elle ne parla plus de partir, et je ne lui posai pas de questions. Cette échéance était inévitable, mais je la repoussai dans un coin de mon cerveau.
Nous évoquâmes plutôt les membres de la famille Anderson - à l'exception du seul qui comptait vraiment. Carlisle travaillait de nuit à Ithaca, dans l'État de New York et enseignait à temps partiel dans la prestigieuse université de Cornell. Sarah restaurait une maison du XVIIe siècle, classée monument historique, située dans une forêt au nord de la ville. Brittany et Santana s'étaient envolés quelques mois pour l'Europe afin d'y vivre une nouvelle lune de miel ; ils en étaient revenus il y avait peu. Finn étudiait à Cornell, la philosophie cette fois. Quant à Rachel, elle avait mené des recherches personnelles sur ce que je lui avais incidemment dévoilé au printemps précédent. Elle avait retrouvé l'asile où elle avait passé les dernières années de sa vie d'humaine - une époque dont elle n'avait plus souvenance.
- Je m'appelais Barbra Rachel Berry, me révéla-t-elle à voix basse. J'avais une soeur prénommée Claire. Sa fille, ma nièce, vit toujours. À Biloxi.
- As-tu découvert pour quelles raisons on t'avait enfermée dans... cet endroit ? Ce qui avait poussé tes parents à des mesures aussi drastiques ? Parce que même si leur fille avait des visions prémonitoires...
Elle se contenta de secouer la tête, et ses yeux topaze devinrent pensifs.
- Je n'ai pas appris grand-chose sur eux. J'ai lu tous les vieux journaux disponibles sur microfilms. Ma famille n'y est pas beaucoup mentionnée. Ils n'appartenaient pas à un cercle social susceptible d'intéresser les reporters. J'ai déniché l'avis de fiançailles de mes parents, ainsi que celui de Claire. Mon faire-part de naissance... celui de ma mort. J'ai vu ma tombe. J'ai aussi fauché mon dossier dans les archives de l'ancien asile. Ma date d'admission dans l'établissement et celle de ma mort correspondent.
Je ne sus que dire et, au bout de quelques instants, elle changea de sujet.
Les Anderson étaient désormais rassemblés - enfin, presque - et passaient les vacances de Pâques à Denali, chez Eli et les siens. Je prêtai une oreille trop attentive aux nouvelles, y compris les plus banales. Pas une fois, Rachel n'évoqua celui qui m'intéressait le plus, ce dont je lui fus reconnaissant. Il me suffisait d'écouter des histoires de la famille à laquelle j'avais pu, un jour, rêvé d'appartenir.
Burt ne rentra qu'à la nuit tombée, l'air encore plus éreinté que la veille. Il comptait repartir pour la réserve le lendemain matin, afin d'assister à l'enterrement de Rupert. Cette nuit-là encore, je dormis en compagnie de Rachel.
Mon père avait tout d'un étranger quand il descendit l'escalier au petit matin, attifé d'un vieux costume que je ne lui avais encore jamais vu. La veste était ouverte - elle devait être trop étroite maintenant pour qu'il la boutonnât -, et sa cravate était un peu large au regard de la mode actuelle. Il gagna la porte sur la pointe des pieds pour ne pas nous réveiller et, tant Rachel que moi fîmes semblant de dormir, moi sur le divan, elle sur le fauteuil de repos.
Dès qu'il fut sorti, elle s'assit. Elle était tout habillée.
- Qu'y a-t-il de prévu au programme, aujourd'hui ? me demanda-t-elle.
- Aucune idée. As-tu entrevu quelque chose d'intéressant ?
- Non, mais il est encore tôt.
Ayant passé l'essentiel de mon temps à La Push, j'avais négligé la maison. Résultat, pas mal de corvées exigeaient d'être rattrapées. Je désirais me rendre utile, effectuer tout ce qui soulagerait Burt. Il se sentirait peut-être un tout petit peu mieux s'il rentrait dans un logis propre et rangé. Je commençai par la salle de bains, la pièce qui avait le plus besoin de mes services.
Pendant que je m'éreintais, Rachel, nonchalamment appuyée contre le battant de la porte, m'interrogea sur mes - nos - camarades de lycée et les changements qui s'étaient produits depuis son déménagement. Elle avait beau ne montrer aucune émotion, je devinai sa désapprobation devant la maigreur de ce que j'étais capable de lui rapporter. Ou alors, c'était juste que je me sentais coupable d'avoir espionné sa conversation avec mon père, la veille.
J'étais (littéralement) dans le détergent jusqu'aux coudes, à frotter le carrelage, quand on sonna. Je relevai aussitôt la tête vers Rachel, qui affichait une expression perplexe, voire inquiète, ce qui était pour le moins bizarre. Elle n'était jamais prise au dépourvu.
- Un instant ! criai-je à la cantonade avant de me précipiter sur le lavabo pour me rincer les mains.
- Kurt, lança Rachel, passablement agacée, j'ai une assez bonne idée de l'identité de ton visiteur. Il vaudrait mieux que je sorte.
- Une assez bonne idée ? répétai-je.
Depuis quand Rachel n'était-elle plus certaine de ses visions ?
- Pour peu que je répète ma stupide erreur d'hier, il se pourrait que ce soit Elliott Gilbert... ou l'un de ses amis.
- Tu ne peux pas voir les loups-garous ?
- J'en ai bien peur.
Ce qui, apparemment, l'irritait au plus haut point. La sonnette retentit une deuxième fois, impatiente.
- Ne t'en va pas, Rachel. Tu étais ici la première.
Elle éclata de son petit rire argentin, derrière lequel je discernai cependant une forme de nervosité.
- Crois-moi, ce ne serait pas une bonne idée que Elliott Gilbert et moi-même nous retrouvions dans la même pièce.
Elle m'embrassa rapidement sur la joue puis s'éclipsa dans la chambre de Burt et, de là, sans aucun doute, par la fenêtre.
En bas, la sonnette carillonnait.
Et voilà je vous dit à Samedi en essayant de ne pas être en retard cette fois ^^
