Auteur : Youyoulita
Disclamer : Tous les personnages sont à Ryan Murphy & Co et l'histoire ne m'appartient pas je ne fais bien que m'inspirait de Stephanie Meyer.
Résumé : « Tu ne me reverras plus. Je ne reviendrais pas. Poursuis ta vie, je ne m'en mêlerais plus. Ce seras comme je n'avais jamais existé. » Rejeté par celui qu'il aime passionnément, Kurt ne s'en relève pas. Fasciné par un vampire, comment pourrait-il retrouver goût à la pâle existence humaine ? Kurt n'a le goût pour rien sinon le danger. Alors il attend la voix de Blaine, et éprouve l'illusion de sa présence. Comme s'il le l'avait pas abandonné. Kurt échappera-t-il à cette obsession amoureuse qui le hante ? A quel prix ?
Rating : T pour être sûre ^^
Note : Hey hey hey ! Je remercie mes fidèle lectrice(eur ?) comme Klaiindy et Eleasasha pour leurs reviews et encouragement ainsi qu'aux très nombreux anonyme de me lire. En Bref voilà le chapitre 19 ! ^_^ Bonne lecture !
Chapitre 19
Nous attrapâmes notre vol de justesse, puis la vraie torture commença. L'avion patientait sur le tarmac, cependant que les hôtesses arpentaient (d'une démarche bien trop nonchalante à mon goût) les allées et s'assuraient que les sacs rentraient bien dans les compartiments à bagages. Dans l'embrasure du cockpit, les pilotes bavardaient avec elles dès qu'ils en avaient l'opportunité. Rachel me tenait par le coude d'une poigne de fer, tandis que je bondissais anxieusement sur mon siège.
- C'est quand même plus rapide que courir, me rappela-t-elle à voix basse.
Je me bornai à acquiescer sans cesser de trépigner.
Enfin, l'appareil s'éloigna paresseusement du couloir d'embarquement et prit de la vitesse avec une persistance qui ne fit qu'accroître mon angoisse. Si j'espérais un quelconque soulagement au décollage, j'en fus pour mes frais - mon impatience ne diminua en rien.
Rachel s'empara du téléphone accroché au siège devant elle avant même la fin de notre ascension et tourna le dos à l'hôtesse qui la toisait avec désapprobation. Cette dernière n'osa cependant venir protester - quelque chose dans mon expression l'arrêta sans doute. Je m'efforçai de ne pas écouter la conversation que Rachel avait avec Finn, mais des bribes de mots me parvinrent malgré moi.
- Je n'en suis pas sûre, je n'arrête pas de voir différentes choses, ce qui signifie qu'il passe son temps à changer d'avis... une série de meurtres dans la ville, s'en prendre à la garde, soulever une voiture au-dessus de sa tête sur la place principale... tous types d'actions qui l'exposeraient. Il sait que la meilleure façon d'obtenir une réaction... non, c'est impossible, dit-elle soudain en baissant le ton au point que je n'entendis plus rien, bien que je fus à côté d'elle. (Par esprit de contradiction, je tendis l'oreille.) Dis à Brittany que non... Eh bien, rattrape Brittany et Santana et retiens-les... Réfléchis deux minutes, Finn. S'il aperçoit l'un de nous, comment crois-tu qu'il réagira ? Exactement (Elle hocha la tête.) Pour moi, Kurt est notre seule chance... s'il y en a une... Je ferai le maximum, mais débrouille-toi pour préparer Antony : les dieux ne sont pas avec nous.
Elle s'interrompit soudain pour rire, et sa voix se fêla.
- J'y ai pensé, reprit-elle. Oui, je te le promets... Ne me suis pas, je t'en prie. Je te le jure, Finn. D'une façon ou d'une autre, je m'en sortirai... je t'aime.
Elle raccrocha, se renfonça dans son fauteuil et ferma les yeux.
- Je déteste avoir à lui mentir, soupira-t-elle.
- Je ne comprends pas. Raconte-moi. Pourquoi as-tu demandé à Finn d'arrêter Brittany ? Pourquoi ne peuvent-ils pas venir nous aider ?
- Pour deux raisons, chuchota-t-elle en gardant les paupières closes. La première, je la lui ai dite. Il serait envisageable d'essayer quelque chose par nous-mêmes. Si Brittany mettait la main sur lui, nous réussirions sans doute à le retenir assez longtemps pour lui prouver que tu es toujours vivante. Malheureusement, nous ne sommes pas en mesure de surprendre Blaine. S'il devine que nous arrivons, il agira d'autant plus vite. Il balancera une Buick dans un mur, ou un truc de ce genre-là, et les Volturi le réduiront en bouillie. Et ça, c'est bien sûr la deuxième raison, celle que je ne pouvais décemment confier à Finn. Parce que si les Anderson sont là-bas, et que les Volturi tuent Blaine, ce sera la guerre.
Brusquement, elle rouvrit les yeux et m'observa d'un air implorant.
- S'il existait la moindre chance que nous l'emportions, continua-t-elle, ça aurait sans doute été différent. Mais nous ne vaincrons pas, Kurt. Et je refuse de perdre Finn de cette façon.
Je compris alors pourquoi elle me suppliait presque. Elle protégeait Finn à nos dépens, et à ceux de Blaine également, peut-être. Forcément, cette attitude trouvait des échos en moi. J'acquiesçai, afin de lui montrer que je ne lui en voulais pas.
- Blaine ne t'aura-t-il pas entendue ? observai-je cependant. Il devrait être au courant que je suis vivante, s'il a espionné ton esprit. À quoi bon tout ça, alors ?
Ce qui ne justifiait en rien l'attitude de Blaine. J'étais toujours aussi ébahi qu'il ait réagi aussi violemment. C'était insensé ! Je me rappelai avec une douloureuse clarté les mots qu'il avait prononcés sur le canapé en regardant Roméo et Juliette se tuer l'un après l'autre. « Il était évident que je ne comptais pas vivre sans toi », avait-il dit comme si c'était une évidence. Hélas, les paroles qu'il m'avait assenées dans les bois le jour où il m'avait quitté les avait occultés durablement.
- Oui, acquiesça-t-elle, pour peu qu'il m'espionne. Mais, crois-le ou non, il est possible de mentir par la pensée. Quand bien même tu serais mort, je m'efforcerais de l'arrêter en ne cessant de t'imaginer vivant, ce qu'il sait d'ailleurs.
Je retins un gémissement.
- Si j'avais un moyen d'agir sans t'impliquer, Kurt, je ne te mettrais pas en danger comme ça. C'est très mal de ma part.
- Ne dis pas de bêtises. Je devrais être le cadet de tes soucis. Explique-moi plutôt ce que tu entendais à propos de détester mentir à Finn.
- Je lui ai juré que je m'en irais avant qu'ils me tuent également, marmonna-t-elle avec un pauvre sourire. C'est un serment sur lequel je n'ai aucune garantie.
Elle souleva un sourcil, comme pour m'inciter à prendre plus au sérieux le danger qu'impliquait notre mission.
- Qui sont ces Volturi ? En quoi sont-ils beaucoup plus menaçants que Finn, Brittany, Santana et toi ?
J'avais en effet du mal à envisager plus effrayant que la fratrie Anderson. Rachel respira profondément puis, soudain, jeta un regard noir derrière moi. Je me retournai à temps pour constater que mon voisin faisait mine de ne pas nous écouter. C'était un homme d'affaires en complet sombre et cravate, un ordinateur sur les genoux. Je lui lançai un regard irrité, et c'est avec ostentation qu'il ouvrit son portable et mit le casque sur sa tête. Je me rapprochai aussi de Rachel qui me chuchota toute l'histoire dans le conduit de l'oreille.
- J'ai été surprise que tu connaisses ce nom. Que tu saisisses tout de suite ce que ma mention de l'Italie signifiait. Je craignais devoir tout t'expliquer. Que t'a confié Blaine ?
- Juste qu'il s'agissait d'un clan vieux et puissant, genre famille royale. Et qu'on ne provoquait pas leur hostilité à moins de rechercher... la mort.
- Il faut que tu comprennes. Nous, les Anderson, sommes uniques de bien plus de manières que tu le croies. Il est... anormal que nous vivions en paix alors que nous sommes aussi nombreux. C'est pareil pour Eli et les siens, et Antony en a conclu que l'abstinence nous rendait plus civilisés, plus enclins à nouer des liens reposant sur l'amour plutôt que sur l'instinct de survie ou la commodité. Même la meute de Sebastian était vaste, selon nos critères, et tu as constaté avec quelle facilité Hunter s'en était détaché. En règle générale, notre espèce préfère la solitude, au mieux le couple. À ma connaissance, la famille qu'a fondée Antony est à ce jour la plus grande qui soit, à une exception près - les Volturi. À l'origine, ils étaient trois : Russel, Cooter et Dustin.
- J'ai vu leur portrait sur une peinture du bureau d'Antony, marmonnai-je.
- Deux femmes se sont jointes à eux au cours des siècles, et à eux cinq, ils ont formé ce clan. Sans pouvoir l'affirmer, je soupçonne que c'est leur âge qui leur donne cette capacité à coexister en paix. Ils ont largement dépassé les trois mille ans. Ou alors, leur tolérance leur vient de leurs dons. Comme Blaine et moi, Russel et Cooter sont... doués. Nonobstant, cette aptitude à se supporter pourrait aussi reposer sur leur amour commun du pouvoir. Dynastie est le mot qui s'impose, les concernant.
- Mais s'ils ne sont que cinq...
- Cinq ayant le statut de membres de la famille, me corrigea-t-elle. Cela n'inclut pas leurs gardes.
- Voilà qui sonne... sérieux, déglutis-je.
- Et ça l'est. La dernière fois que nous en avons entendu parler, ils étaient neuf permanents. Il y en a d'autres... transitoires, dirons-nous. Le nombre varie. Beaucoup parmi eux ont également un talent, des pouvoirs souvent formidables qui me feraient passer pour une amuseuse de salon. Les Volturi les choisissent en fonction de leur habilité, physique ou autre.
J'ouvris la bouche, la refermai. Je n'étais plus du tout certain d'avoir envie d'en apprendre plus sur les maigres chances que nous réservait notre expédition. Rachel hocha la tête, comme si elle avait deviné ce qui me traversait l'esprit.
- Ils évitent la confrontation, cependant. Personne n'est assez bête pour les provoquer. Ils se cantonnent dans leur ville, ne la quittent que lorsque le devoir les appelle.
- Le devoir ?
- Blaine ne t'a pas précisé la nature de leurs tâches ?
- Non.
Rachel vérifia brièvement que l'homme d'affaires ne nous espionnait pas avant de reprendre ses explications, toujours aussi bas.
- Ce n'est pas pour rien qu'on les considère comme une dynastie... une famille régnante. Au fil des millénaires, ils se sont chargés d'appliquer nos lois, autrement dit de punir ceux qui les transgressent. Une responsabilité dont ils s'acquittent sans états d'âme.
- Parce qu'il y a des lois ! m'exclamai-je, stupéfait.
- Chut !
- Vous auriez pu m'avertir plus tôt ! chuchotai-je, irrité. Je te signale que je veux devenir un... un des vôtres ! La moindre des choses, c'était de me détailler les règles !
- Ce n'est pas si compliqué, rigola-t-elle doucement. Il n'existe qu'une interdiction majeure. D'ailleurs, en réfléchissant un peu, tu devrais la trouver tout seul.
J'obtempérai. Sans résultat.
- Je ne vois pas.
- C'est qu'elle est peut-être trop évidente, commenta-t-elle, visiblement déçue. Nous avons l'obligation de garder notre existence secrète.
- Oh !
Effectivement, cela aurait dû me crever les yeux.
- Cette clause est plutôt légitime et, en général, nous n'avons aucun mal à nous y conformer. Sinon que, au bout de quelques siècles, certains d'entre nous, parfois, ont tendance à s'ennuyer, ou alors ils deviennent fous, je ne sais pas trop. C'est là que les Volturi interviennent, avant que notre espèce soit compromise.
- Donc, Blaine...
- A l'intention de passer outre ce dogme, et ce dans leur propre ville, leur repaire secret depuis trois mille ans, depuis l'époque étrusque. Ils y tiennent tellement que la chasse y est prohibée. Volterra est sans doute la cité la plus sûre du monde. En ce qui concerne les attaques de vampires, du moins.
- Mais s'ils ne la quittent jamais, comment se nourrissent-ils ?
- Ils importent leur subsistance. D'assez loin, même. Ça donne de quoi s'occuper à leur garde quand elle n'est pas chargée d'anéantir les francs-tireurs... ou de protéger les Volturi de toute forme de publicité, telle...
- Celle que Blaine est en train de leur préparer, terminai-je à sa place.
Il m'était étonnamment facile de prononcer son nom, désormais. Pour quelles raisons ? Aucune idée. Peut-être parce que je n'ambitionnais plus de vivre encore très longtemps, privé de lui. Voire de ne plus vivre du tout si nous arrivions trop tard. La perspective de cette solution de facilité me réconfortait.
- Je doute qu'ils aient jamais été confrontés à pareille situation, marmotta Rachel. Les vampires sont rarement du genre suicidaire.
Je lâchai un son extrêmement faible, mais elle devina qu'il s'agissait d'un cri de douleur étouffé, car elle me prit par les épaules.
- Nous allons faire tout notre possible, Kurt, me rassura-t-elle. Nous n'avons pas encore dit notre dernier mot.
- Oui, convins-je, bien que je doute fortement de notre réussite. Et si nous échouons, les Volturi nous régleront notre compte.
- Tu en parles comme si c'était une bonne chose, me reprocha-t-elle en se raidissant.
J'eus un geste désinvolte.
- Oublie ça, Kurt, ou je te renvoie à Forks dès que nous sommes à New York.
- Pourquoi prends-tu la mouche ?
- Pas de ça avec moi. Si nous arrivons en retard pour Blaine, j'ai bien l'intention de me démener comme une diablesse pour que tu retrouves Burt, et je t'interdis de me mettre des bâtons dans les roues. C'est clair ?
- Oui, Rachel.
Elle se recula légèrement pour me toiser avec sévérité.
- Pas d'entourloupes, compris ?
- Croix de bois, croix de fer..., maugréai-je.
Elle leva les yeux au ciel.
- Et maintenant, reprit-elle, laisse-moi me concentrer que j'essaie de voir ce qu'il mijote.
Elle ne retira pas son bras de mon épaule, mais appuya sa tête contre le dossier de son siège et ferma les paupières. Ses doigts libres caressaient sa tempe. Je l'observai un long moment, fasciné. Elle finit par devenir totalement immobile, le visage pareil à celui d'une statue de pierre. Les minutes s'écoulèrent et, si je n'avais su à quoi m'en tenir, j'aurais pu croire qu'elle s'était endormie. Je n'osai l'interrompre en lui demandant ce qui se passait.
J'aurais aimé avoir de quoi m'occuper l'esprit, quelque chose d'anodin, s'entend. Il était hors de question que je m'autorise à réfléchir aux horreurs qui nous attendaient ou, pire encore, à notre échec éventuel - pas si je souhaitais éviter de me mettre à hurler comme un fou. Je n'étais pas non plus en mesure d'anticiper quoi que ce soit. Avec beaucoup, beaucoup, beaucoup de chance, je serais peut-être à même de sauver Blaine. Je n'étais cependant pas assez naïf pour croire que cela impliquerait que j'aurais le droit de rester auprès de lui, par la suite. Je n'étais ni différente ni plus spéciale qu'avant, et il n'aurait aucune nouvelle raison de me désirer. J'allais le revoir, et j'allais le perdre une fois encore... Je luttai contre le chagrin. Tel était le prix qu'il me fallait payer pour qu'il vive. J'étais prêt à l'assumer.
Ils nous passèrent un film mais, bien que je distingue de temps à autre des silhouettes qui traversaient l'écran, je n'aurais su dire s'il s'agissait de cinéma romantique ou d'horreur.
Au bout d'une éternité, l'avion commença sa descente sur New York. Rachel ne sortit pas de sa transe, et j'hésitai à l'effleurer, tentant le geste une dizaine de fois et y renonçant, jusqu'au moment où l'appareil se posa en nous secouant comme des pruniers.
- Rachel ! murmurai-je enfin. Rachel, nous y sommes.
Je la touchai. Elle ouvrit très lentement les yeux et tourna la tête de droite à gauche.
- Du neuf ? m'enquis-je à voix basse, conscient de mon voisin indiscret.
- Pas vraiment, souffla-t-elle, à peine audible. Il se rapproche. Il est en train de s'interroger sur la manière de présenter sa requête.
Nous dûmes courir pour attraper notre correspondance, ce qui valait mieux que devoir poireauter. Dès que l'appareil eut décollé, Rachel referma les yeux et retomba dans sa stupeur. Je patientai autant que possible. Lorsque la nuit tomba, je soulevai le volet pour me perdre dans la contemplation du ciel obscur.
J'étais content de m'être entraînée à contrôler mes pensées durant autant de mois. Au lieu de ressasser les terrifiantes éventualités à venir auxquelles, en dépit de Rachel, je n'avais pas l'intention de survivre, je me concentrai sur des problèmes moins essentiels. Par exemple, ce que j'allais raconter à Burt si je revenais. Cette question se révéla assez délicate pour me divertir pendant plusieurs heures. Et Elliott ? Il avait promis de m'attendre, mais ce serment était-il encore valable ? Me retrouverais-je seul à Forks, sans plus personne ? Finalement, je ne tenais peut-être pas à la vie, quoi qu'il se passe à Volterra.
Je me rendis compte que je m'étais endormie quand Rachel me réveilla.
- Kurt, siffla-t-elle un tout petit peu trop fort dans la cabine sombre pleine de gens qui sommeillaient.
Je ne fus pas désorienté, n'ayant pas perdu conscience assez longtemps pour ça.
- Qu'y a-t-il ?
Sous la lueur d'une lampe restée allumée dans la rangée de sièges derrière nous, ses prunelles brillaient.
- Tout va bien, sourit-elle. Ils délibèrent, mais ils ont déjà décidé de refuser.
- Les Volturi ?
- Évidemment. Concentre-toi ! J'ai vu la réponse qu'ils s'apprêtaient à lui servir.
- Raconte !
Un steward s'approcha de nous sur la pointe des pieds.
- Puis-je vous apporter un oreiller ?
Son chuchotis était un reproche à peine voilé adressé à notre conversation.
- Non merci, répondit Rachel en le pulvérisant d'un de ses sourires ravageurs.
Le type retourna à son poste d'un pas mal assuré.
- Allez, raconte ! répétai-je, tout doucement cette fois.
- Il les intéresse, à cause de son don. Ils aimeraient lui offrir une place parmi eux.
- Que dira-t-il ?
- Je n'en sais encore rien. Néanmoins, je te parie que ça va chauffer. (Derechef, un large sourire fendit son visage.) Ça, c'est la première bonne nouvelle. Ils sont intrigués, et ils n'ont pas du tout envie de le détruire. « Du gâchis », pour reprendre les mots de Russel. Cela suffira peut-être à forcer Blaine à plus de créativité. Et plus il consacrera de temps à échafauder son plan, mieux ça vaudra pour nous.
Voilà qui ne suffisait pas à me rendre espoir, à me soulager autant qu'elle. Il restait tant de raisons pour que nous rations le rendez-vous. Or, si je ne pénétrais pas dans les murs de Volterra, je n'empêcherais pas Rachel de me ramener de force à la maison.
- Rachel ?
- Oui ?
- Je suis surpris. Comment parviens-tu à voir cela avec autant de clarté ? Surtout quand on songe que, à d'autres moments, tes prévisions ne se concrétisent pas ?
Elle se tendit, et je me demandai si elle avait saisi le fond de ma pensée.
- C'est clair parce que c'est immédiat et proche, et parce que je me suis vraiment concentrée. Les événements lointains qui surgissent d'eux-mêmes ne sont que de brèves images, de faibles éventualités. De plus, je vois mieux ceux de mon espèce que les humains. Pour Blaine, c'est encore plus facile, à cause de l'habitude.
- Il t'arrive de me voir, lui rappelai-je.
- Jamais avec autant de certitude.
- J'aurais vraiment aimé que tu aies eu raison à mon sujet, soupirai-je. Au tout début, avant même que nous ne nous connaissions...
- Comment ça ?
- Tu m'as vue devenir l'un des vôtres.
- Cette possibilité a en effet existé. À l'époque.
- À l'époque, répétai-je.
- Écoute, Kurt... tout cela a pris des proportions ridicules, se lança-t-elle après une hésitation. Franchement, j'en suis à me demander s'il ne serait pas plus simple que je m'occupe en personne de ta transformation.
Je la contemplai, choqué. Mon cerveau bloqua immédiatement ses paroles - pas question de me permettre un espoir quelconque si elle se ravisait.
- Je t'effraie ? enchaîna-t-elle. Je croyais que c'était ce que tu voulais.
- Mais oui ! soufflai-je. Oh, Rachel ! Fais-le maintenant ! Comme ça, je te serais beaucoup plus utile, et je ne te ralentirais pas. Mords-moi !
- Chut ! me morigéna-t-elle (le steward regardait une fois encore dans notre direction). Essaie d'être raisonnable. Nous n'avons pas le temps. Nous devons être à Volterra demain. Tu te tordrais de douleur pendant des jours. Par ailleurs, j'ai le sentiment que les autres passagers ne réagiraient pas bien.
- Si tu n'agis pas tout de suite, tu changeras d'avis.
- Non. Je ne crois pas. Il sera furieux, mais qu'y pourra-t-il, hein ?
- Rien du tout, murmurai-je, le coeur battant.
Elle partit d'un rire étouffé, soupira.
- Tu as bien trop confiance en moi, Kurt. Je ne suis pas certaine d'en être capable. Ça se terminera sans doute par ta mort pure et simple.
- Je suis prêt à courir le risque.
- Tu es tellement bizarre, même pour un humain.
- Merci du compliment.
- De toute façon, ça reste purement hypothétique, à ce stade. D'abord, nous devons survivre à demain.
- Exact.
Néanmoins, j'avais enfin un espoir auquel m'accrocher. Si Rachel ne trahissait pas sa promesse, et si elle ne me tuait pas, Blaine pourrait courir tout son soûl après ses distractions - je le pourchasserais. Je l'empêcherais d'être distrait. D'ailleurs, lorsque je serais beau et fort, avec un peu de chance il n'aurait plus besoin de ça.
- Rendors-toi, me conseilla Rachel. Je te réveillerai quand il y a aura du neuf.
Je grommelai, certain que le sommeil était une cause perdue, à présent. Rachel se roula en boule, pieds sur le siège, bras autour des jambes et front appuyé sur les genoux. Elle se concentra derechef en oscillant d'avant en arrière. Je m'adossai à mon fauteuil, les yeux fixés sur elle... et je fus réveillé quand Rachel ferma brutalement le volet du hublot, dissimulant le ciel qui rosissait à l'est.
- Que se passe-t-il ? marmottai-je.
- Ils lui ont stipulé leur refus.
Elle s'exprimait tout doucement, et je remarquai que son enthousiasme l'avait désertée.
- Et ? m'étranglai-je.
- Au début, ça a été chaotique, je n'ai perçu que des images éparses, ses plans n'arrêtaient pas de changer.
- Quels plans ?
- Il y a eu un mauvais moment, quand il a décidé de chasser. Dans la ville, précisa-t-elle en constatant que je n'avais pas compris la nuance. Il a failli le faire, puis il s'est ravisé à la dernière minute.
- Il n'a pas voulu décevoir Antony, murmurai-je. Pas sur la fin.
- Sans doute.
- Aurons-nous le temps ?
Au même instant, l'appareil s'inclina, et la pression se modifia. Nous entamions notre descente.
- J'espère. S'il s'en tient à sa dernière décision, peut-être.
- Laquelle ?
- Oh, c'est très simple. Il va juste se mettre en plein soleil.
Très simple en effet. Ça suffirait amplement. Le souvenir de Blaine dans la clairière, resplendissant, ruisselant de lumière comme si sa peau avait été constituée de milliers de diamants, était gravé dans ma mémoire. Nul humain ayant eu le loisir d'assister à ce spectacle n'était près de l'oublier. Les Volturi ne toléreraient pas un tel geste. Pas s'ils souhaitaient conserver l'anonymat de leur présence dans la cité. Je regardai la faible lueur de l'aube qui filtrait par quelques hublots aux volets restés ouverts.
- Alors, nous arriverons trop tard, murmurai-je, à deux doigts de la panique.
- Non, objecta-t-elle. En ce moment, il est obsédé par la théâtralité. Il veut le plus vaste public possible. Il a donc choisi la place principale, sous la tour de l'horloge. Les murs sont élevés, à cet endroit. Il attendra que le soleil soit à son zénith.
- Nous avons donc jusqu'à midi ?
- S'il s'en tient à ce qu'il a décidé, oui.
Le pilote annonça par haut-parleur, en italien puis en anglais, que nous allions atterrir. Les signaux nous intimant d'attacher nos ceintures s'allumèrent.
- Combien d'heures de voyage entre Florence et Volterra ?
- Tout dépend de ta moyenne... Kurt ?
- Oui ?
- Tu aurais beaucoup de scrupules à ce que nous volions une voiture de sport ?
Dans un crissement de pneus, une Porsche d'un jaune éclatant s'arrêta à quelques pas de l'endroit où je trépignais. Le mot « TURBO » était inscrit en cursives argentées sur l'arrière du véhicule. Tout le monde autour de moi reluqua l'engin.
- Grouille, Kurt ! me cria Rachel, de derrière le volant.
Je courus vers la voiture et me jetai dedans avec l'impression que j'aurais eu l'air tout aussi coupable si j'avais porté un collant sur la tête.
- Bon sang, Rachel ! me plaignis-je. Tu n'aurais pas pu trouver quelque chose de moins voyant ?
L'intérieur était en cuir noir, et les vitres sombres teintées. Je me sentais en sécurité, comme au milieu de la nuit. Rachel louvoyait déjà au milieu des encombrements de l'aéroport, se glissant dans des espaces si étroits que je fermai les yeux et tâtonnai pour attacher ma ceinture.
- Ce qui compte, rectifia-t-elle, c'est que je ne pense pas que j'aurais réussi à voler plus rapide que ça. J'ai eu de la veine.
- Voilà qui nous sera très utile au prochain barrage routier.
Elle éclata de rire.
- Crois-moi, Kurt, s'ils en installent un, nous serons déjà loin.
Et elle appuya sur le champignon pour souligner ses intentions.
J'aurais sans doute dû regarder par la fenêtre pour tenter d'admirer Florence puis les paysages de Toscane qui défilaient à une vitesse vertigineuse. C'était mon tout premier voyage à l'étranger - mon dernier aussi sans doute. Mais la conduite de Rachel me flanquait la frousse, alors que je savais pouvoir compter sur sa dextérité. Et puis, l'anxiété me tenaillait trop pour que je profite des collines et des villes fortifiées qui, de loin, évoquaient des châteaux.
- Tu as vu autre chose ? demandai-je.
- Il se passe quelque chose. Une espèce de festival. Les rues sont bondées de visiteurs, et des drapeaux rouges ont été accrochés un peu partout. Quel jour sommes-nous ?
- Le quinze ?
- Quelle ironie ! La Saint-Marcus.
- C'est-à-dire ?
- La ville célèbre cette date tous les ans, ricana-t-elle, sardonique. D'après la légende, un missionnaire chrétien, un certain père Marcus - celui des Volturi - a chassé les vampires de Volterra il y a mille cinq cents ans. Ensuite, il serait mort en martyr, en Roumanie où il poursuivait sa traque. N'importe quoi, naturellement. Il n'a jamais quitté la cité. Mais c'est de là que viennent toutes ces superstitions à propos de croix et d'ail. Le père Marcus les aurait utilisés avec tant d'efficacité ! Après tout, nul vampire ne dérange plus la paix de Volterra. C'est ce qui fait la réputation de la ville, et celle de la police. Bizarrement, il n'existe pas d'endroit plus sûr, et la maréchaussée ne manque pas d'en tirer tout le profit.
Je commençais à comprendre pourquoi elle trouvait la situation ironique.
- Ils ne vont pas être très contents que Blaine leur gâche ce jour, hein ?
- Non, admit-elle en perdant sa bonne humeur. Et ils sont prompts à la détente.
Je détournai la tête et m'efforçai de retenir mes dents qui mordaient mes lèvres avec une force stupéfiante. Ce n'était pas le moment de saigner. Dans le ciel, le soleil était affreusement haut.
- Il est toujours décidé à attendre midi ? m'enquis-je.
- Oui. Et eux le surveillent.
- Explique-moi ce que je dois faire.
Elle me répondit sans quitter des yeux la route sinueuse. L'aiguille du compteur restait cantonnée dans la partie droite du cadran.
- Rien de particulier. Il suffit qu'il t'aperçoive avant d'entrer dans la lumière. Et il vaudrait mieux qu'il te voie la première, et pas moi.
- Comment allons-nous nous débrouiller ?
Elle doubla une petite auto rouge à toute vitesse.
- Je vais te rapprocher autant que possible, puis tu courras dans la direction que je t'indiquerai.
J'acquiesçai.
- Essaie de ne pas tomber, ajouta-t-elle. Une commotion cérébrale n'est pas au programme aujourd'hui.
Je grognai. Ça me ressemblerait bien de tout fiche en l'air à cause de ma maladresse.
Le soleil poursuivait sa course, et Rachel la sienne, dans l'espoir de le battre au poteau. La lumière trop vive m'angoissait. Blaine n'estimerait peut-être pas utile de patienter jusqu'à midi.
- Là-bas, dit soudain Rachel en tendant le doigt vers une bourgade perchée sur la colline la plus proche.
Je la contemplai en éprouvant les premiers élans d'une peur nouvelle. Depuis la veille au matin - j'avais l'impression qu'une semaine s'était écoulée -, lorsque Rachel avait prononcé son nom au pied de l'escalier, à la maison, je n'avais éprouvé qu'une crainte. À présent, alors que j'examinais les antiques remparts et tours couleur sienne qui surplombaient l'à-pic, je fus submergé par une angoisse autre, plus égoïste. J'imaginai que la ville était très belle - elle me terrifiait.
- Volterra, annonça Rachel d'une voix glaciale.
Et voilà je vous dis à Mercredi ^^ !
