Auteur : Youyoulita
Disclamer : Tous les personnages sont à Ryan Murphy & Co et l'histoire ne m'appartient pas je ne fais bien que m'inspirait de Stephanie Meyer.
Résumé : « Tu ne me reverras plus. Je ne reviendrais pas. Poursuis ta vie, je ne m'en mêlerais plus. Ce seras comme je n'avais jamais existé. » Rejeté par celui qu'il aime passionnément, Kurt ne s'en relève pas. Fasciné par un vampire, comment pourrait-il retrouver goût à la pâle existence humaine ? Kurt n'a le goût pour rien sinon le danger. Alors il attend la voix de Blaine, et éprouve l'illusion de sa présence. Comme s'il le l'avait pas abandonné. Kurt échappera-t-il à cette obsession amoureuse qui le hante ? A quel prix ?
Rating : T pour être sûre ^^
Note : Hey hey hey ! Je remercie mes fidèle lectrice(eur ?) comme Eleasasha pour ses reviews et encouragement ainsi qu'aux très nombreux anonyme de me lire. En Bref place au retour de Blaine voilà le chapitre 20 ! ^_^ Bonne lecture !
Chapitre 20
Quand nous commençâmes l'ascension de la colline, la circulation se densifia. Plus nous montions, plus nombreuses étaient les voitures, trop proches les unes des autres pour que Rachel puisse continuer à les doubler. Nous ralentîmes, bloqués par une petite Peugeot marron clair. De son côté, la pendule du tableau de bord semblait avoir accéléré son cours.
- Rachel ! m'énervai-je.
- Il n'y a pas d'autre accès à la ville, tenta-t-elle de m'apaiser.
Malheureusement, son ton était si tendu que ce ne fut guère efficace. Nous avancions à une lenteur d'escargot, le soleil éclatant était pratiquement à son zénith. Au fur et à mesure que nous approchions, je constatai que les véhicules se garaient sur les bas-côtés, et que leurs passagers préféraient terminer le chemin à pied. Je crus d'abord qu'il s'agissait d'impatients incapables de supporter notre allure - ce que je comprenais parfaitement. Puis nous parvînmes à un virage en lacet, et je m'aperçus que le parking situé en dehors des remparts de la cité était plein, et que l'intérieur de la ville était interdit aux voitures.
- Merde ! marmonnai-je.
- Oui, acquiesça Rachel dont le visage était de glace.
Le temps paraissait extrêmement venteux, les badauds agrippaient leurs chapeaux et écartaient les cheveux de leurs yeux. Leurs vêtements tourbillonnaient. Je notai également que le rouge était de mise. Pourpres les chemises, vermillon les casquettes, écarlates les longs drapeaux dégoulinant comme des guirlandes autour des portes et claquant au vent. Le foulard amarante d'une femme fut soudain emporté par une rafale et s'envola en tournoyant, se débattant comme s'il avait été vivant. Elle sauta en l'air pour tenter de le rattraper, mais il prit de l'altitude, tache de sang qui détonnait contre les murs antiques et ternes.
- Kurt, me dit soudain Rachel d'une voix intense et basse. Je n'arrive pas à voir ce que la garde a décidé. Si je suis bloquée ici, tu vas devoir y aller seul. Contente-toi de demander le Palazzo dei Priori, et cours dans la direction qu'on t'indiquera. Ne t'égare pas.
- Palazzo dei Priori, Palazzo dei Priori, me répétai-je en essayant de mémoriser le nom.
- Ou le clocher, s'ils parlent anglais. Moi, je ferai le tour et je tâcherai de trouver un endroit reculé quelque part à l'arrière de la ville, où je pourrais sauter par-dessus les remparts. Je vais quand même essayer d'entrer en voiture.
- Palazzo dei Priori, serinai-je en opinant.
- Blaine sera sous la tour de l'horloge, au nord de la place. Il y a une ruelle à droite, il se tiendra dans son ombre. Il faudra que tu attires son attention avant qu'il avance en plein soleil.
Je hochai la tête une nouvelle fois, bien décide à empêcher cet idiot de commettre une bêtise.
Rachel arrivait au bout de la queue. Un homme en uniforme bleu foncé gérait la circulation, déviant du parking les véhicules qui devaient rebrousser chemin afin de dénicher une place le long de la route. Arriva notre tour. Comme aux autres, le policier nous adressa un signe paresseux, mais Rachel le contourna vivement et fonça vers la porte. Il nous hurla quelque chose mais resta planté là, agitant les bras dans tous les sens pour empêcher la voiture d'après de suivre notre exemple.
Le type posté près des remparts arborait le même uniforme. Autour de nous, les visiteurs encombrant les trottoirs regardaient la Porsche flambant neuve avec curiosité. L'homme se plaça au milieu de la chaussée, et Rachel s'arrêta, prenant soin d'orienter la voiture de façon à ce que le soleil donne sur ma vitre, et qu'elle soit dans l'ombre. Se contorsionnant prestement, elle prit son sac derrière son siège et en tira quelque chose. Le garde approcha, l'air contrarié et frappa au carreau. Elle abaissa à demi la fenêtre, et je vis qu'il sursautait en découvrant la personne installée derrière le volant.
- Excusez-moi, mademoiselle, déclara-t-il dans un anglais fortement accentué, mais seuls les cars de tourisme sont autorisés à entrer dans l'enceinte, aujourd'hui.
Il paraissait désolé, maintenant, comme s'il aurait préféré donner de meilleures nouvelles à la magnifique jeune femme.
- Il s'agit d'une excursion privée, lui répondit Rachel en lui décochant un admirable sourire.
Elle sortit sa main par la fenêtre, et je me figeai avant de me rendre compte qu'elle avait enfilé un gant qui montait jusqu'au coude. Elle s'empara de la paume du type, toujours à hauteur de la vitre, l'attira à l'intérieur de l'auto et y déposa un objet autour duquel elle referma ses doigts. Ahuri, l'homme récupéra sa pogne et contempla l'épais rouleau d'argent qui s'y trouvait désormais. La coupure extérieure était un billet de mille dollars.
- C'est une plaisanterie ? marmonna-t-il.
- Seulement si vous considérez que c'est amusant, murmura Rachel sans cesser de l'aveugler de son sourire.
Il la dévisagea avec des yeux ronds comme des soucoupes. Je consultai rapidement la pendule du tableau de bord. Si Blaine s'en tenait à son idée première, il ne nous restait que cinq minutes.
- Je suis un peu pressée, insista Rachel.
Le policier tressaillit puis fourra le pot-de-vin dans sa veste. Il recula d'un pas et nous fit signe d'avancer. Alentour, personne ne paraissait avoir repéré l'échange qui venait de se produire. Rachel enclencha une vitesse et nous poussâmes un soupir de soulagement.
La rue était très étroite, pavée de pierres d'une couleur identique à celles des immeubles cannelle qui obscurcissaient les lieux de leur ombre projetée. On avait le sentiment d'être dans une allée. Des oriflammes rouges décoraient les façades, espacées de quelques mètres à peine, et s'agitait sous l'effet du vent qui s'engouffrait dans la venelle. La foule était énorme, et les piétons ralentissaient notre progression.
- On y est presque, m'encouragea Rachel.
J'agrippais la poignée de la portière, prêt à me ruer dehors dès qu'elle m'en donnerait l'ordre. Elle avançait par à-coups en faisant rugir le moteur, et les touristes brandissaient le poing et nous insultaient - j'étais heureux de ne pas comprendre leur langue. Elle finit par bifurquer dans une rue adjacente qui ne pouvait avoir été prévue pour accueillir des voitures. Les promeneurs effarés furent obligés de se plaquer contre les portes cochères pour nous laisser passer. Nous débouchâmes sur une autre ruelle. Ici, les bâtiments étaient plus hauts et ils s'inclinaient les uns vers les autres de telle manière que nul rayon de soleil n'atteignait la chaussée. Les drapeaux tendus de chaque côté se touchaient presque. La foule était également plus dense. Rachel arrêta la Porsche. J'ouvrais déjà ma portière. Elle désigna l'extrémité de la rue qui s'évasait sur une place lumineuse.
- Là-bas ! Nous sommes au sud de la place. Traverse-la directement et fonce sur la droite du clocher. Moi, je vais trouver un autre chemin...
Soudain, elle s'interrompit. Lorsqu'elle reprit la parole, elle chuchotait à peine.
- Ils sont partout !
Je me tétanisai, mais elle me jeta dehors.
- Oublie-les ! Tu as deux minutes, Kurt. Fonce ! hurla-t-elle en s'extirpant elle aussi de la Porsche.
Je ne m'attardai pas pour la regarder se fondre dans la masse de gens, ne refermai pas ma portière non plus. Écartant une grosse femme de mon chemin, je détalai à toutes jambes, tête baissée, ne prêtant attention à rien si ce n'est aux pavés inégaux sous mes pieds.
Au sortir de la venelle, je fus ébloui par la clarté aveuglante du jour qui inondait la place centrale. Le vent fouettait mon visage et mes yeux s'étaient mis à bruler, ce qui n'arrangea rien. Pas étonnant donc que je ne voie le mur de gens qu'une fois après être rentré dedans de plein fouet.
Les corps pressés les uns contre les autres n'offraient aucune trouée où me faufiler. Je me forçai un passage, écartant les mains qui me repoussaient. Des exclamations furibondes me parvinrent aux oreilles, entrecoupées de coups sournois, mais nulle n'était dans un langage qui me fût intelligible. Les visages que je croisais n'étaient qu'une paroi de surprise et de colère auréolée de rouge. Une femme blonde me lança un regard peu amène, et le foulard pourpre noué autour de son cou me fit penser à une horrible blessure. Un enfant perché sur les épaules de son père afin de dominer la foule m'adressa un grand sourire, ses lèvres distendues par de fausses dents de vampire en plastique. La cohue se bousculait autour de moi, me propulsant dans la mauvaise direction. Par bonheur, l'horloge était bien visible, ou je n'aurais jamais réussi à m'orienter. Hélas, ses aiguilles étaient dressées vers l'impitoyable soleil et, malgré la façon vicieuse dont je me frayais un chemin, je savais que j'arriverais trop tard. Je ne réussirais pas. J'étais idiot, lent, humain, et nous allions tous mourir par ma faute. J'espérai que Rachel s'en tirerait. Que, tapie dans la pénombre, elle entreverrait mon destin, devinerait que j'avais échoué, et qu'il lui fallait rentrer chez elle, vers Finn. Je tendais l'oreille par-dessus les exclamations rageuses, essayant de saisir la réaction de ce que la foule allait découvrir d'une seconde à l'autre - des cris ahuris, des hurlements apeurés peut-être -, quand Blaine apparaîtrait aux yeux des badauds.
Soudain, je repérai un espace au milieu de la populace, une bulle préservée, et je m'y précipitai. Ce n'est qu'une fois que je me fus cogné les cuisses dans la brique que je m'aperçus qu'il s'agissait d'une fontaine élevée au centre de la place. C'est en pleurant presque de soulagement que j'en enjambai le rebord et la traversai en courant, de l'eau jusqu'aux genoux, expédiant des éclaboussures dans tous les sens. Malgré le soleil radieux, le vent était glacial, et l'humidité ne fit qu'accentuer l'impression de froid. La fontaine était très large, et elle me permit de dépasser le milieu de la place en à peine quelques secondes. Je ne ralentis pas en parvenant de l'autre côté, me servis du rebord comme d'un tremplin et me jetai de nouveau dans la cohue. Les gens s'écartaient plus volontiers de moi, à présent, de peur d'être éclaboussés par les gouttes gelées qui jaillissaient de mes vêtements trempés. Une fois encore, je jetai un coup d'œil à l'horloge. Un coup sourd ébranla les lieux, secouant les pavés sous la plante de mes pieds. Des enfants se mirent à piailler en se couvrant les oreilles. Alors, sans arrêter de courir, je commençai à hurler moi aussi.
- Blaine ! Blaine !
J'avais beau savoir que c'était inutile, vu le brouhaha de la foule et l'essoufflement qui étouffait ma voix, c'était plus fort que moi. Un deuxième coup résonna. Je dépassai un bébé dans les bras de sa mère - ses cheveux blonds étaient presque blanchis par le soleil éclatant. Plusieurs hommes de haute taille, tous vêtus de blazers rouges, me lancèrent des avertissements tandis que je fonçais vers eux. Derrière eux, une percée était ménagée dans la masse des gens rassemblés. Un espace entre les touristes qui grouillaient, inutiles et encombrants, au pied de la tour. Je cherchai du regard la venelle à droite du vaste édifice carré que surplombait l'horloge, mais il y avait encore trop de monde devant moi. Troisième coup.
J'avais du mal à voir, désormais. Le vent me fouettait le visage et me brûlait les yeux. Était-il également à l'origine de mes larmes, ou pleurais-je ma défaite, alors qu'un autre coup résonnait ? Une famille de quatre individus se tenait tout près de la ruelle. Les deux fillettes arboraient des robes écarlates, et des rubans assortis nouaient leurs cheveux bruns. Le père n'était pas grand. J'eus l'impression de distinguer quelque chose de brillant dans la pénombre, juste au-dessus de son épaule. Je me ruai vers eux, m'efforçant de percer le voile de mes larmes brûlantes. La cloche retentit encore, et la plus petite des fillettes plaqua ses mains sur ses oreilles. Son aînée, qui atteignait à peine la taille de sa mère, s'accrocha à une jambe de cette dernière et regarda l'allée sombre. Elle tira sur le coude de la femme, tendit le doigt. Un nouveau carillon explosa dans l'air. J'étais tout près, suffisamment en tout cas pour entendre le cri perçant de la gamine. Son père me lança un coup d'œil surpris en constatant que je fonçais sur eux, appelant encore et encore Blaine d'une voix enrouée. L'aînée éclata de rire et dit quelque chose à sa mère, tout en indiquant la venelle avec impatience. Je contournai le père, qui ôta la plus jeune de mon chemin, et galopai dans la bouche obscure qui s'ouvrait derrière eux, cependant que l'horloge poursuivait sa litanie.
- Non, Blaine ! m'époumonai-je.
Ma supplique se perdit dans le rugissement de la cloche.
Soudain, je l'aperçus et je compris qu'il ne me voyait pas. C'était lui. Nulle hallucination, cette fois, ce qui me permit de constater à quel point les miennes avaient été pauvres et ne lui avaient pas rendu justice.
Immobile comme une statue, à quelques pas de la place ensoleillée, il avait les paupières fermées, des cernes d'un mauve soutenu, les bras ballants, paumes tendues en avant. Il avait l'air paisible, comme s'il rêvait à des choses agréables. Son torse marmoréen était nu - un petit tas de tissu blanc gisait à ses pieds. La lumière qui se réfléchissait sur les pavés de la place rebondissait doucement sur sa peau. J'avais beau être à bout de souffle, j'eus l'esprit de me dire que je n'avais jamais rien vu d'aussi beau. Soudain, les sept derniers mois ne signifièrent plus rien. Qu'il ne voulût pas de moi n'importait pas non plus. Je ne désirerais jamais rien d'autre que lui, aussi longue fût mon existence.
Au coup suivant, il avança vers la lumière.
- Non ! m'égosillai-je. Blaine ! Regarde-moi !
Il n'écoutait pas. Un très léger sourire sur les lèvres, il leva le pied pour franchir le pas qui l'exposerait.
Je le heurtai de plein fouet, si brutalement que j'aurais été projeté à terre si son bras ne m'avait pas retenue et stabilisée. J'en eus la respiration coupée, faillis me déboîter le cou. Lentement, ses prunelles sombres s'ouvrirent, tandis que résonnait la cloche, encore une fois. Il me dévisagea avec une stupeur muette.
- Étonnant, finit-il par dire, sa voix magnifique teintée d'émerveillement et vaguement amusée. Antony avait raison.
- Blaine ! haletai-je en tentant vainement de m'arracher un son, il faut que tu regagnes la pénombre. Bouge !
Il parut perplexe. Sa main effleura ma joue. Il ne semblait pas se rendre compte que j'essayais de le repousser. J'aurais aussi bien pu m'escrimer contre un mur, vu les progrès que je faisais. L'horloge frappa un énième coup, il ne réagit pas. J'avais conscience que nous courions tous deux un danger mortel. Et pourtant, étrangement, en cet instant, je me sentais bien.
Entier. Mon cœur battait contre ma poitrine, le sang qui coulait dans mes veines avait retrouvé sa chaleur et sa rapidité, mes poumons se délectaient de l'arôme enivrant qui émanait de la peau de Blaine. À croire qu'il n'y avait jamais eu de trou béant dans mon torse. C'était un instant parfait - pas de guérison, puisqu'il n'y avait jamais eu de blessure.
- Je n'en reviens pas que ça ait été aussi vite, chuchota-t-il en appuyant ses lèvres contre mes cheveux. Je n'ai rien senti. Ils sont décidément très forts.
Ses intonations de miel et de velours.
- La mort, qui a sucé le miel de ton haleine, n'étend pas son empire encore sur ta beauté, murmura-t-il.
Je reconnus le vers prononcé par Roméo aux tombeaux. Le carillon sonna une ultime fois.
- Tu as exactement la même odeur que d'habitude, continua-t-il. C'est donc ça, l'enfer ? Tant pis ! Je l'accepte.
- Je ne suis pas mort ! m'emportai-je. Et toi non plus ! S'il te plaît, Blaine, fichons le camp d'ici ! Ils ne doivent pas être loin.
Je me débattis pour me dégager de son étreinte, il fronça les sourcils.
- Plaît-il ? demanda-t-il poliment.
- Nous sommes vivants. Pour l'instant. Mais il faut que nous décampions avant que les Volturi...
La compréhension se peignit enfin sur ses traits. Avant que j'ai eu le temps d'achever ma phrase, il m'attira brutalement dans la ruelle, me colla dos au mur et se retourna, bras écartés devant moi pour me protéger. Je jetai un coup d'œil par-dessous et vis deux silhouettes sombres se détacher de la pénombre.
- Salutations, messieurs, lança Blaine, en feignant le calme et l'enjouement. Il semble que je n'aurais finalement pas besoin de vos services aujourd'hui. Cependant, je vous saurais infiniment gré de remercier vos maîtres pour moi.
- Pouvons-nous converser en des lieux plus appropriés ? chuchota une voix aux inflexions menaçantes.
- Cela ne sera pas nécessaire, répondit Blaine, plus sèchement maintenant. Je connais vos instructions, Wade, et je n'ai enfreint aucune loi.
- Wade voulait seulement souligner la proximité du soleil, intervint la deuxième ombre d'un ton apaisant.
Les deux personnages étaient dissimulés sous des manteaux gris fumé qui tombaient jusqu'au sol et ondulaient dans le vent.
- Cherchons un abri plus adapté.
- Je vous suis, céda Blaine d'un ton brusque. Kurt, retourne donc sur la place et profite des festivités.
- Non, que le garçon vienne, exigea le dénommé Wade en réussissant à injecter des accents sadiques dans son murmure.
- Pas question !
La prétendue civilité de Blaine avait disparu, laissant place à un ton glacial. Il déplaça le poids de son corps de manière à peine perceptible, et je devinai qu'il se préparait à se battre. « Non », fis-je avec les lèvres. « Chut », me retourna-t-il pareillement.
- Pas ici, Wade ! avertit la deuxième ombre, plus raisonnable. Russel, ajouta-t-elle à l'intention de Blaine, désire juste s'entretenir de nouveau avec toi, puisque tu sembles avoir finalement décidé de ne pas nous forcer la main.
- Très bien, acquiesça Blaine, mais le garçon reste libre.
- J'ai bien peur que ce soit impossible, il y a des règles à suivre.
- Dans ce cas, j'ai bien peur, moi, de ne pouvoir accepter l'invitation de Russel, Nicolas.
- C'est aussi bien, ronronna Wade.
Mes yeux s'étant habitués à l'obscurité ambiante, je remarquai que ce dernier était très grand et large d'épaules. Il me rappela Finn.
- Russel sera déçu, soupira Nicolas.
- Je suis persuadé qu'il s'en remettra, riposta Blaine.
Les deux gardes se rapprochèrent de nous en s'écartant légèrement afin de se placer de chaque côté de Blaine. Leur intention était de l'obliger à s'enfoncer plus avant dans l'ombre, histoire d'éviter un scandale. Leur manteau couvrait chaque pore de leur peau, évitant à la lumière de s'y refléter. Blaine ne broncha pas. Il se condamnait pour me protéger. Soudain, en réponse à un son ou un mouvement trop subtils pour mes sens, il tourna le cou en direction du fond de la ruelle, imité en cela par les deux autres.
- Allons, allons, un peu de tenue ! suggéra une voix musicale. Il y a une dame, ici.
Rachel vint se ranger à côté de son frère. Elle était décontractée, ne laissait percevoir aucune tension sous-jacente. Elle avait l'air si petite et fragile avec sa manière d'agiter les bras comme une enfant. Pourtant, Nicolas et Wade se redressèrent, leurs manteaux soulevés par une bourrasque, et le deuxième se renfrogna. Apparemment, ils n'appréciaient guère d'être à forces égales.
- Nous ne sommes pas seuls, leur rappela Rachel.
Nicolas jeta un coup d'œil par-dessus son épaule. À quelques mètres de là, en bordure de la place, la famille dotée des deux fillettes aux robes écarlates nous observait. La mère parlait avec véhémence à son mari, les yeux fixés sur notre groupe. Elle les détourna cependant quand Nicolas la regarda. L'époux fit quelques pas et tapota dans le dos d'un des types en blazer rouge.
- S'il te plaît, Blaine, sois raisonnable, dit Nicolas.
- Oui. Nous allons partir tranquillement chacun de notre côté, et l'affaire en restera là.
- Écoute, soupira l'autre, agacé, nous ne voulons que l'opportunité de discuter en paix.
Six hommes en rouge avaient rejoint la famille, à présent, et ils nous contemplaient avec anxiété. L'attitude protectrice de Blaine envers moi était ce qui les alarmait, j'en étais certain. Je faillis leur crier de fuir.
- Non ! répliqua Blaine en serrant les dents, ce qui arracha un sourire à Wade.
- Ça suffit !
Le commandement aux intonations haut perchées et grêles venait de derrière nous. Regardant sous l'autre bras de Blaine, je découvris une petite silhouette sombre qui approchait. Un des leurs, forcément. D'abord, je crus avoir affaire à un jeune garçon. Il était aussi menu que Rachel, et ses cheveux blonds étaient coupés court. Sous le manteau presque noir, le corps était fluet et androgyne. Mais les traits étaient trop fins pour appartenir à un mâle. Les immenses prunelles et les lèvres pleines auraient donné des allures de gargouille à un ange de Botticelli. Malgré les iris pourpre foncé. La taille de la jeune femme était si insignifiante que la réaction de ses acolytes à son apparition me surprit. Tous deux se détendirent immédiatement et abandonnèrent leur attitude agressive pour se fondre de nouveau dans la pénombre des murs qui nous entouraient. Blaine laissa retomber ses bras et se décontracta lui aussi, mais c'était un geste de défaite.
- Claire ! soupira-t-il, résigné.
Rachel, elle, resta impassible.
- Suivez-moi ! ordonna Claire de sa voix enfantine.
Nous tournant le dos, elle s'enfonça sans bruit dans la venelle. D'un geste, Wade nous invita à lui emboîter le pas, un rictus victorieux sur le visage. Rachel obtempéra aussitôt. Blaine enlaça ma taille et m'entraîna sur ses talons. L'allée se rétrécissait et bifurquait légèrement. Je baissais des yeux interrogateurs vers Blaine, mais il se borna à secouer la tête. Je n'entendais ni Wade ni Nicolas, j'étais cependant sûe qu'ils étaient à nos basques.
- Eh bien, Rachel, lança Blaine sur le ton de la conversation, j'imagine que ta présence ici ne devrait pas me surprendre.
- Je me suis trompée, il fallait que je répare mon erreur, répondit-elle tout aussi nonchalamment.
- Que s'est-il passé ? s'enquit-il d'une voix polie, comme si le sujet l'intéressait à peine, sûrement à cause des oreilles tendues derrière nous.
- C'est une longue histoire. Pour résumer, Kurt a bien sauté d'une falaise, mais il ne tentait pas de se suicider. Il se trouve juste qu'il est versé dans les sports extrêmes, ces derniers temps.
Rougissant, je me détournai et regardai droit devant moi, cherchant Claire des yeux. Je n'imaginais que trop bien ce qu'il lisait dans les pensées de Rachel - quasi-noyades, vampires chasseurs, loups-garous amicaux.
- Hum ! fit Blaine, et ses accents décontractés avaient disparu.
La rue descendait un peu en s'incurvant, si bien que je ne vis qu'au dernier moment le mur de brique aveugle qui la fermait, la transformant en impasse. Il n'y avait cependant nulle trace de Claire. Sans ralentir, Rachel marcha droit sur la paroi, puis, avec sa grâce habituelle, se glissa dans un trou de la chaussée. On aurait dit une bouche d'égout, aménagée dans la partie la plus basse du pavement. La grille en avait été repoussée. L'ouverture était étroite et noire. Je freinai des quatre fers.
- N'aie pas peur, me murmura Blaine. Rachel te rattrapera en bas.
J'étais dubitatif. Blaine serait sans doute passé le premier si Nicolas et Wade n'avaient pas été derrière nous, silencieux et satisfaits d'eux-mêmes. Je m'accroupis, balançai les jambes à l'intérieur.
- Rachel ? chuchotai-je d'une voix tremblante.
- Je suis juste en dessous, Kurt, me rassura-t-elle.
Elle paraissait néanmoins bien trop loin à mon goût. Blaine s'empara de mes poignets - ses mains étaient aussi froides que des pierres en hiver - et me fit descendre dans le conduit.
- Prêt ?
- Lâche-le, répondit Rachel.
Terrorisé, je fermai les paupières et serrai les lèvres. Blaine me laissa tomber. Ce fut une chute courte et silencieuse. Moins d'une seconde après, je me retrouvai dans les bras durs de Rachel - j'allais être couverte de bleus. Au fond du trou, il faisait sombre mais pas totalement noir. La lumière chiche qui tombait dans le puits se reflétait vaguement sur les pavés du sol. Elle s'éteignit un instant, puis Blaine se retrouva à mon côté, pâle radiance blanche. Me serrant contre lui, il m'entraîna vivement en avant. Enlaçant sa taille, je suivis le mouvement, non sans trébucher à de nombreuses reprises. Le bruit de la lourde grille qu'on remettait en place retentit comme un gong définitif.
Rapidement, l'obscurité fut totale. Mes piétinements maladroits résonnaient dans l'espace, lequel semblait vaste. Je n'avais aucune manière de m'en assurer. Mis à part le martèlement de mes pieds et les battements sourds de mon pouls, il n'y avait pas un bruit, sauf, une fois, un soupir exaspéré venant de l'arrière. Blaine veillait à ne pas me lâcher. La main qui ne tenait pas mes reins était posée sur mon visage et, de temps en temps, son pouce caressait le contour de ma bouche. Parfois aussi, je le sentais qui enfouissait son nez dans mes cheveux. Comprenant que c'était la dernière fois que nous étions réunis, je me collai à lui.
Pour l'instant, il ne me repoussait pas, ce qui suffisait à compenser l'horreur de ce souterrain et des vampires qui nous cernaient. Certainement, il n'agissait ainsi qu'à cause d'un sentiment de culpabilité, le même que celui qui l'avait poussé à désirer la mort quand il avait cru que je m'étais suicidé par sa faute. Mais ses lèvres étaient appuyées sur mon front, et je me moquais de ses motivations. Au moins, je serais avec lui avant mon trépas, ce qui était mieux que vivre longtemps. J'aurais aimé lui demander ce qui allait se passer à présent. J'avais vraiment besoin de savoir comment nous allions mourir - comme si ça pouvait améliorer les choses. Cependant, coincés comme nous l'étions, cela m'était impossible. Les autres risquaient de tout entendre - mon moindre souffle, le moindre frémissement de mon cœur.
Notre route continua de s'enfoncer sous terre, et j'eus du mal à ne pas céder à la claustrophobie. Seuls les doigts de Blaine caressant mes joues m'empêchaient de hurler. J'ignore d'où venait la lumière, mais, peu à peu, le tunnel noir devint gris. Je pus distinguer des ruisselets d'humidité ébène sur les pierres ternes, comme si ces dernières avaient saigné de l'encre.
Je tremblais, et je crus que c'était de peur. Quand mes dents se mirent à claquer, je me rendis compte que j'étais trempé et frigorifié. La température dans les tréfonds de la ville était frisquette. À l'instar de la peau de Blaine. Il s'en aperçut en même temps que moi et me relâcha, ne gardant que ma paume dans la sienne.
- N-n-non, balbutiai-je en l'attirant de nouveau contre moi.
Je me fichais de geler sur place. Qui sait combien de minutes il nous restait ? Il me frictionna pour tenter de m'insuffler un peu de chaleur.
Nous continuâmes à avancer rapidement. Du moins, j'avais l'impression d'aller vite, même si ma lenteur exaspérait l'un des gardes - je soupçonnai Wade - qui lâchait régulièrement de gros soupirs. Nous arrivâmes au bout du souterrain, fermé par une grille aux barreaux rouillés mais épais comme mon bras. Une petite porte également grillagée, moins imposante néanmoins, était ouverte. Nous nous baissâmes pour la franchir et nous débouchâmes dans une vaste salle plus lumineuse. La porte claqua derrière nous, et j'entendis qu'on la verrouillait. Je n'osai pas me retourner.
De l'autre côté de la pièce, il y avait un lourd battant en bois, très épais lui aussi. Une fois que nous l'eûmes passé, je regardai autour de moi, éberlué. Je me relaxai aussitôt, alors que Blaine, se tendait et serrait les mâchoires.
Et voilà à Vendredi pour la suite !
