Bonjour,

Combien de temps, cela fait-il que je n'avais pas publié la suite? Bien trop longtemps, j'en ai peur... J'en suis sincèrement désolée... J'espère que les lecteurs ne m'en voudront pas trop...
Enfin, voici enfin la suite. Et normalement le cinquième chapitre ne devrait pas se faire attendre aussi longtemps, je suis de nouveau motivée...

Je remercie pour les reviews: Aleksandria020, incoh-errante, Umbre, Marion86 et Mel925!

En espérant continuer d'avoir des reviews, malgré mon énorme retard!

Bisous

JOYEUX NOËL A TOUS!


CHAPITRE 4

Les rayons joueurs du soleil taquinaient ses paupières fermées, distillant une douce chaleur, qui à une autre époque aurait réconforté la jeune fille couchée dans le grand lit à baldaquin, et adouci ses pensées… Les douleurs liées à ses blessures élançaient encore son corps… Un frémissement… Tout proche… Une respiration calme et régulière… Une présence… Sereine ouvrit les yeux et son regard d'un bleu profond se posa sur une main… Peau d'albâtre… Longs doigts effilés aux ongles rongés… Audacieux… Ils s'approchaient nonchalamment des draps qui la protégeaient du monde extérieur… Armure de soie… Muraille de douceur…

Elle entrouvrit les lèvres, cherchant les mots qui ne voulaient pas sortir… Sa gorge desséchée l'empêchait de parler, laissant dangereusement se rapprocher cette main aux allures bien trop viriles… Elle ne voulait pas, elle ne pouvait pas accepter que cette main la touche… Son cœur s'affola, son corps émit des frissons de détresse… et enfin, dans un filet de voix, à peine audible :

- Arrête… Ne me touche pas…

Ses prunelles vrillèrent celles de l'homme qui avait osé tenter de pénétrer son sanctuaire, forcer la barrière qui la mettait à l'abri du monde extérieur… L'étonnement, l'incompréhension, l'indécision se lisaient dans ses yeux mais son visage conservait le même sourire enjôleur et rieur… Ce sourire qui avait fait battre son cœur dans un autre temps… Le temps où toutes ses émotions n'étaient pas étouffés par le besoin de ne plus rien ressentir… Elle était bien plus libre à ne plus connaître les affres propres à la vie : douleur, peur, tristesse… Si cela engendrait de ne plus avoir conscience des mots tels que bonheur, joie, plaisir, amour… Et bien tant pis… Le compromis était équitable… Elle ne pouvait s'en plaindre. Elle était intouchable derrière sa carapace d'abnégation. Alors, Fred Weasley ou non, il n'allait pas tout gâcher… Que ses mains se cachent, qu'elles cessent leur insolence… Elle allait tout de suite régler le problème. Forçant ses cordes vocales à un ultime effort, elle déclara :

- Va t-en…

Elle ferma les yeux, effaçant ses traits masculins de son esprit. Ignorant le raclement de sa chaise sur le parquet et le bruit de ses pas qui s'éloignaient d'elle, quittaient la pièce et s'éteignaient dans le couloir… La crispation de ses doigts blêmes sur le bord des draps, dont elle n'avait pas eu conscience, s'atténua… Ses membres se détendirent… Sa respiration s'apaisa… Elle se tourna sur le côté et ramena lentement ses jambes contre son ventre… Elle tâta prudemment les os qui saillaient sous sa peau… S'étonna de sa maigreur… Et replongea dans une apathie salvatrice…

OoOoOoOoOoO

Embourbé dans des pensées tortueuses, il rejoignit la cuisine du 12 Square Grimaud. Il ne s'était pas attendu à une telle réaction de la part de Sereine… Il se l'était toujours représentée comme une fille plutôt docile, un ange blond, candide, qui croyait encore au prince charmant… Un joli rêve éthéré, encore pure malgré son âge… Havre de paix… Pourtant, les quelques mots qu'elle avait prononcés, l'agitation qu'avait reflété son corps, cette tension dans sa voix… Si la jeune fille avait réellement été un jour, comme il se l'imaginait, ce n'était à présent plus le cas. Tout en elle respirait la défiance mais aussi et surtout, un vide profond, infini... Et cela dépassait sa compréhension… Il n'avait pas saisi toute l'ampleur des dégâts… Peut-être, valait-il mieux pour sa famille qu'elle n'est qu'entraperçue, ce que Sereine semblait être devenue… C'était une coquille sans vie… Il pénétra dans la pièce chaleureuse où se tenaient, attablés, un petit groupe de personnes. Plongé dans ses pensées, il ne prit pas garde à la place qu'il prenait. Chose qui lui fut rapidement rappelé par un susurrement à ses oreilles :

- Alors ? Comment se porte notre princesse aujourd'hui ?

La voix rauque et gracieuse, séductrice et le parfum capiteux que percevait son odorat enivrèrent, l'espace de quelques secondes, ses sens aiguisés… Il ne sut que répondre… Il repensa aux mots qu'elle avait prononcés… Alors il émit l'idée qui tournait, leitmotiv incessant, dans sa tête depuis qu'il avait quitté Sereine :

- Elle refuse qu'un homme s'approche d'elle…

Il n'obtint pour unique réponse qu'un rire perlé… Il n'y avait rien de naturel dans cet éclat de joie… Juste de la douleur… Fred avait beau ne connaître que partiellement la mystérieuse Junie Moore, il en était certain. Il aurait tout fait pour découvrir les secrets que renfermait en elle, cette sublime femme… Il se tourna vers elle pour l'observer… Elle secoua délicatement ses boucles cuivrées et fixa son regard doré, dans lequel on pouvait lire pour qui était attentif, le pâle fantôme d'une passion et d'une joie de vivre, à présent vulgaires spectres écrasés par la puissance d'une souffrance sans fond.

- Comment pourrait-on le lui reprocher ?

- Vous croyez que Rogue a participé à l'agression ?

La voix de George Weasley retentit dans la grande cuisine, discordante… Le visage, qui avait perdu une joie à présent lointaine, de Junie blêmit et ses lèvres tremblèrent légèrement… Si légèrement qu'aucune des personnes présentes dans la pièce n'y prirent garde. Elle ne put retenir les mots qui tentaient de s'échapper de sa bouche, tranchants, sauvages, indéniables, dans un chuchotement grave :

- Non ! Pas Severus !

Les visages surpris de ses compagnons se tournèrent vers elle, interrogatifs…

- Je l'ai bien connu, il y a longtemps… Et si je suis bien sûre d'une chose à son propos, c'est qu'il n'aurait jamais touché cette fille… Il n'aurait pas permis qu'on la touche…

Un sourire victorieux s'épanouit sur les lèvres du rouquin, fauteur de troubles :

- Tout s'explique…

Le regard hautain de Junie se porta sur le jeune homme. Elle avait repris toute son assurance.

- Qu'entends-tu par-là, George Weasley ? L'interpella t-elle.

Ses lèvres s'étirèrent un peu plus, goguenardes avant qu'il ne réponde :

- Oh pas grand-chose… Juste que tu as l'air bien proche de Rogue…

Un silence oppressant appesantit l'atmosphère, échanges de regards meurtriers, haine viscérale… Si George avait dès le premier jour haït Junie Moore, cette dernière le lui rendait bien… Et malgré le regard noir lancé par Mme Weasley à son fils, celui-ci ne lâcha pas prise. Fred était las de ces disputes incessantes. Pour ce qui était du sujet délicat lié à Junie Moore, il ne parvenait pas à se ranger à l'opinion de son frère comme quoi elle était une espionne infiltrée, ancienne Serpentarde et qui portait donc la traîtrise dans le sang… Elle, restait muette, attendant probablement que George aille plus loin dans ses accusations, guettant le moment où la provocation irait trop loin, aux yeux et aux sus de tous…

- Rogue était une crapule, un déchet de l'Humanité… Et qui plus est un traitre… Qu'est-ce qui nous prouve que tu n'es pas de la même engeance ? Les Serpentard ne valent rien, ils sont l'outil même de la destruction.

Ces paroles crachaient avec mépris déchaînèrent une rage qui couvait sous la surface… Un voile passa sur les yeux dorés et toute la physionomie de cette femme se tendit, ses traits déformés par une fureur brute, volcanique… Pourtant quand elle se mit à parler, sa voix n'était qu'un chuchotement parfaitement distinct, bas et rocailleux, mots implacables, violents :

- Je ne te permets pas de m'insulter ainsi, je ne te permets pas d'insulter un homme comme Séverus qui vaut tellement mieux que toi et je ne te permets pas d'insulter ma maison. Des êtres que j'ai aimé au-delà de toute raison en ont fait parti et tu ne leur arrivais pas à la cheville, Weasley.

- Je…

- Tais-toi ! Tu n'es qu'un gosse… Un gosse ignorant qui se croit savant, tu es bercé, chouchouté depuis ta plus tendre enfance, tu ne connais pas la douleur, le chagrin, la peur, le vrai courage… Beau pelage et pauvre âme… Tu me révulses… Je t'interdis de salir le nom d'un homme courageux de tes lèvres impures…

Surprise par cette tirade, l'assistance ne broncha pas… Même George, blessé dans son orgueil, ne souffla mot… Ils la regardèrent glisser hors de la pièce, drapée dans sa dignité.

Quand elle eut quitté la cuisine silencieuse, Fred se tourna vers ses amis. Son frère jumeau fixait la porte, le visage convulsé par une rage tenace…

- Je n'aurais jamais cru entendre quelqu'un défendre Rogue avec ces arguments…

Le ricanement amer qui s'était échappé de la bouche du rouquin flotta un instant avant qu'une voix paisible et pensive ne le recouvre…

- Rogue et Junie ont étudié ensemble à Poudlard. Ils se connaissent bien… Ou du moins se connaissaient…

- Comment est-on sûr alors que ce n'est pas un mangemort ?

- Elle n'a pas la marque !

- Ça peut se dissimuler !

Rémus prit le temps de réfléchir avant de répondre. Ses traits prématurément vieillis par l'angoisse et la fatigue constante ne laissaient passer aucune émotion quand il évoqua ses amis, les maraudeurs :

- Si Sirius était encore là, il ne permettrait pas que l'on émette la moindre accusation contre Junie… Et il en aurait été de même pour Lily ou James…

- Sirius est mort et il peut faire des erreurs de jugement !

Les paroles cruelles et insouciantes de George accentuèrent la tension qui régnait depuis quelques minutes… Imperturbable, Rémus reprit :

- Que dirais-tu si je te disais la même chose à propos de Fred, de Lee ou même de ta propre mère ?

- Ce serait tout simplement ridicule. Ce n'est même pas concevable !

- Et c'est ce que t'aurait répondu Sirius. Je crois pouvoir dire que Junie était ce qu'on pourrait appeler une meilleure amie pour lui. Ils savaient tout l'un de l'autre…

- Pourquoi n'avons-nous jamais fait sa connaissance auparavant, dans ce cas ?

Rémus soupira… Il ferma les yeux l'espace d'un instant… L'épuisement se lisait sur ses traits mais quand il parla sa voix était ferme… Implacable…

- Cela ne te regarde pas, George… Tu n'aurais pas dû t'en faire une ennemie…

Ce dernier haussa les épaules dans une posture désinvolte qui ne trompa personne… Il commençait à se sentir mal à l'aise et à regretter ses paroles… Il ne dit plus un mot…

OoOoOoOoOo

Elle monta les marches avec vivacité… Le feu de la colère roulait encore dans ses veines, assombrissant son regard… Elle se dirigeait dangereusement vers Sereine… Elle n'était jamais allée encore dans la chambre de la jeune fille… Pourtant, sa colère se métamorphosait à présent en curiosité… Elle avait besoin de voir le petit ange blond, de lui parler… L'idée qu'elle pourrait voir sa propre douleur dans le regard d'une autre la subjuguait pour une raison inconnue, abstraite, qu'elle ne parvenait pas à saisir… C'était malsain… Cruel… Indispensable…

Ses mains tremblèrent légèrement quand elle poussa la porte avec précaution… Ses pas l'attirant irrésistiblement vers le lit, vers cet Etre que personne ne comprenait… Junie voulait comprendre… Elle savait qu'elle pourrait saisir sur le vif ce que ressentait l'Enfant… Elle en était si persuadée… Tellement persuadée… Bien trop persuadée…

Elle s'assit sur la chaise qui attendait patiemment au chevet de la malade… Sereine était plongée dans un profond sommeil… Ou faisait semblant de l'être… Son visage était paisible, ses traits n'exprimaient rien… Elle s'enhardit à poser ses doigts dans une légère caresse sur le front de la jeune fille… La réaction fut soudaine, brutale, excessive… Recul violent… Elle se débattit contre un spectre invisible, douloureuse vision de la folie, bord du précipice, gouffre insondable… Puis, elle se calma… La vague des souvenirs était passée… Son regard bleu se tourna vers Junie, impavide… Et cette vision, bien plus que tout le reste la terrifia, lui glaçant le sang… Ce vide infini qui régnait en maître dans ses pupilles n'avait rien d'humain, ses traits figés reflétaient le trou béant de son âme…

Junie s'était attendue, sans réelle émotion, à trouver une gamine perdue, effrayée, déchirée, torturée par des cauchemars innombrables et insatiables… Et qu'avait-elle trouvé ? Qu'avait-elle découvert ?... La destruction… Un champ de bataille après le combat… Les soldats n'étaient plus à présent que des corps inertes… Sans vie… Leurs adversaires s'étaient enfuis depuis longtemps… Silence étouffant… Odeur de mort… Et le vent qui balaie la plaine sauvage, indifférent…

- Qui es-tu ?

La voix fluette qui s'adressait à elle résonna à ses oreilles, discordante… Les mots dénués d'intonation ne s'accordaient pas entre eux, paraissaient empruntés, presque inconnus, exempts de toute familiarité… Incongrus…

Junie ne dit rien durant quelques secondes… Quand elle voulut parler, Sereine s'était détournée d'elle et semblait déjà l'avoir oubliée… Déroutée, elle ne parvint qu'à lâcher quelques mots :

- Junie… Junie Moore…

La jeune fille ne prit même pas la peine de tourner la tête… Elle se cala confortablement entre les coussins luxueux, ignorant superbement la femme à son chevet… Déboussolée, Junie se retira, sans un mot… Il n'y avait rien à dire…

OoOoOoOoOoO

- Fred, j'aimerais te parler…

Le corps svelte du jeune homme se tourna prestement vers celle qui venait de l'interpeller. Le couloir sombre ne lui permettait que d'esquisser le visage de son vis-à-vis mais la voix rauque et sensuelle était parfaitement reconnaissable… Quand elle s'approcha, son parfum l'enivra, irrésistible… Cette femme était une séduction venimeuse, un fruit empoisonné… Que pouvait-il y avoir de plus beau que cet être ensorcelant, à la démarche de ballerine, au port de reine, au visage idyllique… Un rêve éveillé… Fantasme devenu Réalité… Il entendit le discret tintement de ses boucles d'argent avant qu'elle ne reprenne la parole, coupant court à ses pensées aventureuses :

- Sereine…

- Oui…

- Comment était-elle… avant ? Tu la connaissais n'est-ce pas ?

- Ce n'est pas vraiment le moment de parler de ces choses-là… Trois heures du matin, un couloir sombre, une jolie femme, un bel apollon, ce serait presque tendancieux, et cela pourrait porter à des colportages…

- L'humour Weasley je présume : Rions en toute circonstance… Pourquoi pleurer quand on peut rigoler…

- C'est toute une philosophie de vie en effet, tu devrais songer à t'y mettre, un sourire illumine ton visage, alors que quand tu fais la tête, on dirait presque Bellatrix Lestrange…

La pointe d'une baguette le chatouilla au creux du cou, un souffle chaud caressa le bas de son visage et une voix emplie de haine siffla à son oreille :

- Maintenant, fini de jouer… Tu vas me suivre tranquillement pour que l'on puisse discuter, et tant pis pour les mauvaises langues… C'est bien compris ?

Fred déglutit bruyamment avant d'acquiescer sans broncher… Il ne comprit l'erreur qu'il avait commise que quand elle cracha ces mots :

- Et la prochaine fois que tu me compares à Lestrange, de quelque manière que ce soit, de près ou de loin, je te tue !

La menace était sérieuse et même George en cet instant n'aurait pu en rire… Quelle qu'en soit la raison, Junie haïssait profondément la Mangemort… Sujet sensible à ne plus aborder s'il ne voulait pas finir dans la tombe plus tôt que prévu… Les femmes alors…

La chambre était spacieuse et accueillante… Un tapis moelleux recouvrait le sol, réchauffant les pieds gelés d'un Fred en pyjama, les tentures qui cachaient les murs de pierre éclairaient la pièce de leur couleur chaude et l'odeur des bâtons d'encens qu'on venait de faire brûler engourdissait délicieusement les sens… Junie invita le jeune homme à prendre place dans un confortable fauteuil… Un peu plus, et il aurait ronronné de plaisir… Une flamme d'envie illumina le regard de la sorcière devant le spectacle de cette placide tranquillité… Elle regrettait le temps où le bonheur lui semblait une évidence, où ses problèmes les plus importants étaient des disputes avec ses amis, des mauvaises notes en classe ou le besoin de renouveler sa garde-robe…

Imitant son hôte, elle s'assit dans un fauteuil fasse à lui et se mit à le fixer durant de longues minutes… Leurs regards se cherchèrent, se croisèrent avant de se perdre dans une danse langoureuse…

- Que veux-tu ?

Junie fronça les sourcils… Fred avait mis fin à son petit jeu bien trop vite à son goût… Elle savourait avec délectation ces instants de grâce où les lèvres restaient closes, où les messages passaient par l'expression du corps… Le jeune homme roux qui lui faisait face en cet instant était foncièrement différent. Les mots s'échappaient de sa bouche en cataracte, il était perpétuellement en mouvement, tout son être exprimait la vivacité, la joie, l'ivresse…

- Je te l'ai dit… Ta petite protégée n'est pas normale…

Un sourire teinté d'ironie, sans joie, apparut sur le visage constellé de tâches de rousseur :

- Non, vraiment ?

- Cesse ce petit jeu avec moi, Weasley ! Je ne suis pas ta petite copine, tu me dois un minimum de respect… Et ne te fais pas plus bête que tu n'es, tu as très bien compris ce que je veux dire… Ce qu'elle a subi est incomparable… Et je ne me permettrais pas de comparer mon cas au sien mais… Quelque chose chez elle m'a troublée… On pourrait croire qu'elle n'a plus d'âme… Son regard est vide, ses traits inexpressifs… Elle, cela va sûrement te paraître étrange mais… Elle me fait peur…

Fred l'écouta sans broncher… Troublé de s'apercevoir que ses propres sentiments recoupaient ceux de cette femme… Mais que pouvait-il dire ?... Il ne connaissait pratiquement rien de Sereine… Que des choses superficielles… Il ne lui avait même jamais vraiment parlé…

- Elle ne pourra jamais guérir si on attend juste comme ça, sans rien faire… Parle-moi d'elle, comment était-elle… Avant ?

Fred ferma ses paupières lourdes de sommeil. Il ne parvenait plus à dormir, tiraillé par l'image de cette fille que la vie avait désertée.

- Je ne l'ai pas connue. Je ne pourrais pas te dire. Tout ce que je sais d'elle, c'est qu'elle s'est intéressée à moi durant notre scolarité à Poudlard. Ça n'était un secret pour personne pourtant je me rappelle clairement qu'elle était timide.

- Si tu ne la connaissais pas, pourquoi t'es-tu intéressée à elle de cette manière ?

Junie le fixait, cherchant à interpréter les paroles qu'elle entendait…

- C'est inexplicable… Je… J'étais là, le matin où son corps a été retrouvé…

Devant la difficulté qu'éprouvait son interlocuteur pour traduire ses sentiments, Junie n'insista pas.

- Je ne te retirerai pas la charge que tu t'es mise sur les épaules, Fred… Mais si j'étais toi, je chercherais un moyen pour la provoquer… Pousse-là à sortir de sa torpeur glacée, à revenir parmi nous véritablement… D'une façon ou d'une autre… Son état ne peut empirer…

- Je risquerais de lui faire bien trop de mal, je ne suis pas médicomage…

Junie soupira.

- Tu ne comprends donc pas. Il n'est pas là question de connaissances médicales mais bien de sensibilité. Mais pour parvenir à mieux comprendre de ce dont elle a besoin, il faut que tu la connaisses… Un peu mieux…

Le visage du jeune homme s'éclaira… Il comprenait à présent ce qu'essayait de lui dire la Serpentard.

- Il y a bien cette fille… Abigail… Je crois qu'elle pourrait m'aider… C'était probablement sa meilleure amie, il me semble bien qu'elles étaient constamment ensemble à Poudlard.

Junie acquiesça, satisfaite. De son côté, elle irait rendre visite à présent à Sereine James… Contempler le carnage ne soignerait pas ses plaies, mais cela l'aiderait à se sentir moins seule… La solitude lui collait à la peau, plus tenace de jour en jour…

- Junie ?

- Oui ?

- Ne me dis pas que tu es sortie avec Rogue durant ton adolescence…

- Et si c'était le cas, Fred, cela te regarderait-il ?

Il eut un petit sourire goguenard, empli de suffisance.

- Bien sûr que non, mais imaginer Rogue dans les bras d'une fille a quelque chose de… cocasse…

- Il a été l'homme d'une seule femme… Or, cette femme n'est pas moi…

- Laisse-moi deviner ! Mme Pince, la bibliothécaire de Poudlard ?

Elle eut un petit rire rauque, dénué d'amusement.

- Ce nom là, je ne te le donnerai pas. Non.

- Alors de qui parliez-vous, ce matin dans la cuisine. Ces personnes de Serpentard que vous aviez aimées ?

- Mon frère jumeau et… Régulus Black…