Bonjour,
Voilà, enfin le chapitre 5 en retard, et j'en suis désolée, j'essayerai de faire mieux la prochaine fois. Je commence à vraiment m'attacher à mes personnages et je prends de plus en plus de plaisir à écrire, j'ai pas mal d'idées pour la suite, donc le rythme des publications devrait se faire plus régulier...
Je remercie Myley et Kelindra pour leur review qui m'aident et m'encouragent à avancer! :)
Bisous et bonne lecture!
CHAPITRE 5
Le corps courbé épousait nonchalamment le dossier du fauteuil qui jouxtait le lit du petit ange blond, le visage pâle marquait une tension sous-jacente alors que les doigts légèrement courbés aux ongles effilés s'agrippait presque tendrement aux accoudoirs rembourrés.
Sereine était éveillée et regardait passivement le plafond au-dessus d'elle, ignorant sa visiteuse… Aucune hostilité dans ce geste, aucun dédain à traquer… Juste une indifférence impassible… Qui s'étendait à l'infini… A une autre époque, Junie en aurait hurlé de frustration, elle aurait pesté, juré, menacé… Peut-être même aurait-elle était tentée de secouer violemment la jeune fille comme un vulgaire polochon… A présent, ses traits n'exprimaient qu'une inaltérable volonté, derrière laquelle ne se cachait aucune fureur... Un brin d'impatience tout au plus. Elle avait ce besoin irrépressible d'aider cette petite martyre… L'aider, c'était un peu comme venger les êtres qu'elle avait perdu par la faute de Voldemort… L'aider, c'était un peu son expiation… Une très infime partie… Une partie tout de même…
- Sereine ?
La jeune fille s'arracha à sa contemplation pour fixer de son regard inerte la femme qui la veillait depuis plusieurs jours à présent… Combien ? Elle n'aurait su le dire… Le temps avait perdu tout sens pour elle…
- Combien de temps encore vas-tu te complaire dans le déni ?
Junie avait parlé d'un ton ferme. La douceur et la compassion n'étaient pas ses adages. Elle n'était pas là pour jouer les servantes au grand cœur. Elle était une Moore, une noble Sang-Pur, héritière d'une lignée prestigieuse, elle ne s'abaisserait pas au rôle d'un elfe de maison. Elle n'eut pour toute réponse qu'un battement de cils… On aurait pu croire que Sereine n'avait pas entendu la question… Ce qui était tout simplement impossible, leur corps n'étant séparé que d'un mètre l'un de l'autre… La voix rauque de Junie portait dans la vaste pièce… Sa main glissa sur le visage de la jeune fille… Qui frissonna sous la caresse plus légère qu'une plume. Elle avança son buste vers la convalescente de façon à ce que ses lèvres soit à quelques millimètres de son oreille et dans un souffle brûlant, elle parla.
- On souffre tous un jour. Certains plus que d'autres. Ces souffrances arrivent de manières bien différentes d'une personne à l'autre. Mais une fois là, elles font parties de toi, elles t'appartiennent… Tu peux les laisser te détruire, te ronger de l'intérieur… Tu peux les laisser faire de toi une coquille vide... Mais est-ce vraiment de cela dont tu as envie ?
Les lèvres de Sereine s'entrouvrirent difficilement… Et quand elle parla, sa voix s'éleva éraillée de ne pas avoir prononcé de mots depuis trop longtemps… Une supplique…
- Je ne veux pas avoir mal.
- Accepte la douleur, ma jolie. Accepte-là.
- Je n'en veux pas !
Cette fois la supplique était devenu cri… Junie ferma les yeux, ses narines frémirent et ses lèvres à la courbure sensuelle se pincèrent furtivement, cherchant les bons mots.
- On ne peut vivre sans sentiment. Comme on ne peut vivre sans oxygène ou sans nourriture. Cela est inhérent à la personnalité humaine. Crois-tu vraiment que tu saurais ce qu'est la joie sans la tristesse ?
- On ne peut mettre de mots sur ce que serait ma détresse si j'acceptais en moi la douleur…
- Je peux te comprendre Sereine. Plus que tu ne crois. Nous serons là pour t'épauler, moi, Fred… Et tu reprendras pied, tôt ou tard… La situation actuelle ne mène à rien…
- Tu ne peux me comprendre…
La conversation était heurtée, entrecoupée par les respirations saccadées de Sereine qui se refusait à croiser le regard de cette femme venue bouleverser son insensibilisation. Ses traits n'exprimaient rien et sa voix était dénuée d'intonation. Junie aurait voulu y lire une émotion… N'importe quoi… Mais rien ne venait… De plus, elle se sentait passablement agacée par les allégations de la jeune fille. Que connaissait-elle de son passé ?
- Bien plus que tu ne crois…
Le bleu céruléen rencontra enfin l'or fluide et brûlant. Et dans les yeux de l'une brillait une lueur… inhabituelle… Non pas de la curiosité… Mais quelque chose d'approchant… Junie décida alors de se livrer… un peu… Elle avait devant elle une ouverture et si là était la voie à emprunter pour atteindre le chemin de la guérison, alors elle sacrifierait une partie de son intimité. Elle n'était pas altruiste, mais par cet acte, elle se battait contre Voldemort… Un peu…
- Je n'ai jamais, à proprement parler, souffert physiquement… comme toi. Toute l'horreur est restée mentale… Quand j'avais ton âge, j'ai perdu des êtres qui m'étaient extrêmement chers. A vrai dire, c'était ceux qui comptaient le plus dans ma vie…
L'attention de Sereine ne faiblissait pas. Elle écoutait les paroles de cette femme si étrange, attentive.
- J'avais un frère jumeau. Il s'appelait Tristan.
- Tristan et Iseult…
Un petit soupir… Curieusement déplacé dans le fil du récit. Pourtant, Junie le vit comme un espoir. La jeune fille n'était pas entièrement dévastée, elle le sentait. Un part du romantisme qui avait dû l'habiter autrefois était toujours bien là, dans la poubelle de ses sentiments.
- Tristan est mort, assassiné par la faute de Voldemort. Tu vois… Et celle qui a réalisé ce crime n'est autre que Bellatrix Black…
A ces mots, les traits impassibles de Sereine se tendirent brusquement, ses poings agrippèrent violemment les draps fins… Une larme de sueur glissa le long de sa tempe.
- Elle… - Elle haletait, peinant à retrouver son souffle, buttant sur les mots- Elle… Bellatrix… Lui,… L'homme blond… Elle… Moi…
- Que dis-tu ? Tu connais cette dégénérescence de la nature ?
- La nuit… Elle…
Elle éclata en longs sanglots déchirants, abandonnant tout effort pour s'exprimer… Junie n'avait pas besoin de plus d'explications. Elle avait compris… Du moins les grandes lignes. Elle ne dit rien. Patientant, le temps que la crise passe. Elle n'était pas faite pour consoler ou même rassurer. Les pleurs la terrifiaient et elle ne savait comment les affronter… Elle ne put que marmonner quelque promesse de vengeance, ressentant vivement la vacuité de ses paroles…
Sereine se calma enfin, retrouvant aussi rapidement qu'elle avait disparu son apathie coutumière. Junie reprit le cours de son histoire.
- J'étais dévastée… Sans lui, j'étais comme dépouillée d'une part de moi-même… C'est la fureur qui m'a sauvée. Elle habitait mon corps, enflammée mes muscles, brûlait ma solitude et m'aidait à me tenir droite et digne, elle était mon élixir de vie, ma drogue, mon salut.
Elle secoua la tête et un sourire amer traversa son visage sans défaut.
- Non, je mens. Avant la fureur, c'est la passion qui m'a été salvatrice.
- L'amour ?
- Oh non, ma vie n'est pas régie par ce mot-là. Non, le mot le plus adéquat est « passion ». A cette époque je me passionnais follement pour Régulus Black…
- Qui était-ce ?
- Tu as dû entendre parler de Sirius Black.
- Oui.
- Eh bien, c'était son frère cadet… Il m'a aidée à surmonter cette épreuve. Puis il est mort lui aussi. Et toujours le Seigneur des Ténèbres en toile de fond… Je peux dire sans dramatiser qu'il a détruit mon existence sans concession… Par sa faute, d'autres sont morts. Lily et James Potter… Sirius s'est retrouvé à Azkaban. Je perdais tout… Je n'étais plus rien... Je n'avais plus rien… Moi qui avais toujours vécu par les autres, je me retrouvais seule face à une montagne de souffrance. Pendant des années je n'ai été que l'ombre de moi-même, rongée par la solitude et les souvenirs… Et par autre chose… Quelque chose qui a bien failli me rendre folle… La culpabilité…
A cet instant, quelqu'un frappa doucement à la porte, et la chevelure rousse et désordonnée de Molly Weasley apparut dans l'entrebâillement.
- Junie, Fred demande si vous auriez quelques minutes à lui accorder. Nous avons de la visite.
- Bien, j'arrive.
Elle jeta un dernier regard inquisiteur sur la jeune fille alitée avant de se détourner et de quitter la pièce, silencieuse et féline.
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Junie pénétra dans la cuisine, curieuse. Son regard se porta immédiatement sur la jeune fille, assise sur une chaise près de Fred. Elle semblait mal à l'aise, comme si on l'avait obligé à venir ici… Elle triturait ses longues mains trop larges et tout son corps exprimait clairement une angoisse tangible… Elle était de ces gens qui paraissaient déplacés dans une demeure. Son corps ne s'adaptait pas aux contours de la pièce, sa stature frappait… Elle était grande… Plus que Fred... Ses doigts agrippaient anxieusement une tasse de thé. Son visage à la mâchoire carrée et aux traits réguliers était encadré par des cheveux d'un blond cendré coupés très courts… Malgré sa silhouette aux entournures masculines et le reniement manifeste de sa féminité au vu de son habillement, elle n'était pas dénuée d'un certain charme.
Junie avait toujours été douée pour interpréter les sentiments sur les visages de ceux qui l'entouraient… Or, l'expression qu'arborait en cet instant, cette femme qu'elle ne connaissait pas, outre l'angoisse, n'avait rien d'amicale. Dans ses yeux couvait une jalousie violente et désespérée. Elle fronça les sourcils, quelque peu déconcertée…
- Ah Junie, nous t'attendions. Je te présente Abigail Coleman, c'est… - un petit sourire amusé étira ses lèvres - la meilleure amie de Sereine.
- Bonjour.
Fred reprit, ne pouvant empêcher une lueur taquine de pétiller dans son regard à l'encontre d'Abigail.
- J'ai pensé qu'elle pourrait nous aider à mieux comprendre Sereine.
- Cela fait plusieurs jours que je me démène pour parvenir à lui rendre visite. Cette mise en quarantaine est ridicule, je ne cache pas de mangemorts sous ma cape.
- Cela semble en effet évident.
Le sourire du jeune homme s'agrandit alors qu'une fureur passive grandissait dans les prunelles ébène. Junie ne parvenait pas à saisir la rancœur que semblait ressentir Abigail à l'encontre de l'insupportable fauteur de trouble qu'était Fred Weasley… Avaient-ils étaient à Poudlard ensemble ?
- Alors, que peux-tu nous dire ?
- Comme je l'ai déjà dit précédemment à Weasley, Sereine est extrêmement sensible. Elle s'est créée depuis bien longtemps son petit monde merveilleux. Je pourrais prétendre qu'elle est naïve pourtant la manière dont elle s'est toujours occupée de sa mère un peu folle tendrait à démontrer au contraire une grande maturité… Toujours est-il qu'il semble évident, d'après ce que j'ai pu en voir et ce que l'on m'a raconté, que ce qui lui est arrivé – et à ces mots une grimace de dégoût et de rage impuissante apparut sur ses traits – à briser ce monde fantasmagorique… Pour se protéger, elle en a créé un autre, précipitamment, imparfait, duquel elle a exclu toute émotion…
Junie hocha la tête, pensive. La jeune fille qu'elle avait en face d'elle était intelligente, perspicace et – à se demander comment la chose ne l'avait pas frappée plus tôt – il se dégageait d'elle une aura de sagesse surprenante. Elle pouvait parfaitement comprendre comment une enfant telle que Sereine avait pu s'attacher à cette Abigail. La réciproque était également vraie… Le Prénom était caressé et les mots perlaient la tendresse et la tristesse… Alors, l'esprit intuitif de Junie fit les bons rapprochements, joignant en un ensemble cohérent tous les indices : l'amusement, la jalousie, la haine et bien sûr l'amour… Abigail Coleman était amoureuse de Sereine James… Peut-être même étaient-elles plus qu'amies… La jalousie s'expliquerait alors par le fait que la jolie petite blonde avait eu le béguin pour Fred Weasley et qu'elle se retrouvait à présent sous sa garde…
Le temps que ces réflexions se fassent jour dans son esprit, Abigail avait continué de discourir avec son rival.
- Si on ne la pousse pas dans ses retranchements Sereine est bien capable de rester éternellement dans cet état.
- Qu'entends-tu par là Coleman ?
Si l'hostilité était perceptible dans le ton d'Abigail, il l'était également - bien que dans une moindre mesure et tinté d'amusement - dans celui de Fred.
- Je ne sais pas si cela serait une bonne idée, je ne suis pas médecin, ça pourrait avoir au contraire des effets néfastes mais… une espèce d'électrochoc, soigner le mal par le mal…
Le rouquin soudain redevenu sérieux se tourna vers la sublime femme qui se tenait debout près d'eux, comme plongée dans ses pensées. Il ne parviendrait jamais à la comprendre bien que ce qu'elle lui avait révélé éclairait un pan de sa personnalité. Il était évident qu'elle ne respirait guère la joie de vivre… La perte de son jumeau l'expliquait… Il avait cherché ce qu'il ressentirait si George mourrait. Imaginer la chose avait été si violente, qu'il n'avait pu parvenir à trouver le sommeil par la suite. Ça ne serait pas uniquement la perte d'un être cher mais purement et simplement la déchirure de son âme… Il soupira. Ces temps-ci avaient laissé s'envoler toute joie et l'humour semblait déplacé dans la touffeur lugubre du manoir. Il n'y avait que George pour continuer de tourner en dérision la vie… Par moments, même eux, n'avaient plus le cœur à ça. Et son frère était si étrange depuis l'arrivée de Junie Moore. Trop colérique, emporté… En sa présence, il perdait son flegme légendaire, pourtant l'adage de leur fratrie indissoluble, eux les jumeaux mythiques de Poudlard.
- Il ne me semble pas que son état puisse véritablement empirer. Abigail, ton idée mérite attention.
La jeune fille gagna en confiance et déclara.
- Je pense que tu devrais peut-être t'en charger alors Weasley.
- Mais je ne saurais pas comment m'y prendre. Pourquoi moi d'ailleurs plutôt qu'un autre ?
Coleman haussa un sourcil, résignée. La raison l'emportait sur toute forme de passion et elle tachait à présent de s'y prendre du mieux possible pour sauver sa Sereine… Non, juste Sereine. Elle avait déjà commis trop d'erreurs. Elle n'aurait pas dû la retenir si longtemps alors qu'elle savait pertinemment que la jeune fille ne lui était pas destinée. Fred Weasley n'était pas le problème. Le problème c'était elle, Abigail. Elle n'était qu'une amie… La plus proche, certes, mais elle était toujours restée une amie et l'avoir nié pendant toutes ces années amenait à présent chez elle la culpabilité…
- Tout simplement, parce qu'elle sera probablement plus sensible dans la mesure où elle est folle de toi.
- Nous ne sommes plus à Poudlard.
- Et pourtant sa passion ne s'est pas éteinte, que crois-tu ? Sereine est une personne constante dans ses sentiments. Plus que de raison d'ailleurs...
Son regard se perdit sur le mur de pierre tandis que Fred et Junie réfléchissaient à ses paroles.
- Nous pourrions alors tenter de… la provoquer.
Le jeune homme s'était exprimé maladroitement… Hésitant… Chose inhabituelle chez lui.
- J'aimerais d'abord la voir, essayer de lui parler si possible.
Ses deux vis-à-vis acquiescèrent sans protester.
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Une brise légère et purement imaginaire caressa les contours de son corps, frôla ses paupières clauses et ses lèvres rosées entrouvertes. Ses membres furent parcourus d'un long frisson et la lutte s'engagea…
Les paroles de Junie avaient trouvé un écho en elle qu'elle ne pouvait à présent refouler. Elle voulait quitter cette torpeur constante, s'échapper de la moiteur létale qui la cernait… Elle s'était enfoncée bien trop loin dans ce monde fictif où la douleur n'avait pas sa place… Pas plus que le bonheur... Pas plus que le sentiment d'exister… Elle se perdait sur des chemins qui auraient dû la remonter à la surface, une angoisse diffuse gagnait son être, elle aurait voulu hurler sa peur, pleurer sa solitude mais elle était prisonnière, prisonnière, prisonnière… Ce mot revenait tel un leitmotiv dans sa tête et l'image d'une cage dorée et froide imprégnait se pensées… Elle avait perdu la clef, elle l'avait jetée loin d'elle… Trop loin d'elle… Ce qui n'était qu'angoisse devint terreur. Du fond de sa prison, elle entendit son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine, seule signe extérieur de sa détresse… Elle se battait contre une force qui lui était supérieur, elle ne parvenait qu'à se cogner contre des barreaux infranchissables… inexorables… Ses forces mentales faiblissaient peu à peu, sa volonté également… Il ne fallait pas qu'elle perde son but du regard… La délivrance était si proche qu'elle aurait pu la toucher… Oh, comme elle aurait accueilli l'horrible douleur avec joie à présent, si seulement elle était libre...
Un mouvement imperceptible attira son attention. Un mouvement qui venait du monde réel, qui n'appartenait pas à son cauchemar personnel... Ses yeux se posèrent sur un visage qui lui était familier. Abigail la fixait avec appréhension alors que sa main fraîche se baladait sur son front. Ce geste simple lui fit du bien et la rassura. Elle revint entièrement à la réalité et elle chercha dans la pièce, les présences auxquelles on l'avait habituée…
Elle entendit plus qu'elle ne vit Junie à sa droite. Le frottement du tissu soyeux de sa robe aristocratique était une mélodie rassurante qu'elle associait à son parfum capiteux… Malgré le voile qui obscurcissait son esprit, Sereine n'avait pas perdu son sens aigu de l'observation. Si elle n'y prêtait que très peu attention, les renseignements récoltés imprégnés son cerveau. Or, une part d'elle-même dont elle n'avait que très peu conscience depuis le Soir, était persuadée que Junie Moore s'était trompée d'époque. Les corsets et les jupons n'avaient plus lieu d'être à l'heure des jeans et des mini-jupes. Elle semblait tout à la fois se fondre parfaitement avec le décor autour d'elle et être complètement déplacée. La sensation était étrange et Sereine n'aurait pu utiliser de mots plus claires pour exprimer cela…
Son attention se porta ensuite sur Lui, bien sûr… Elle savait qu'elle avait éprouvé pour Fred Weasley un attachement profond, sa mémoire s'en souvenait parfaitement… Mais son cœur ne réagissait plus à sa présence, il était comme annihilé… Et quand il l'a touché ou l'approchait de trop près, elle hurlait. Il était un homme et elle détestait les hommes à présent. Ou du moins les aurait-elle détestés si elle en avait eu la capacité… Tout ce qu'elle savait, c'était que le simple contact de ses doigts sur son bras, la sortaient...
Elle stoppa net ses tergiversations... Oui, Ses doigts la sortaient du néant, Eux la faisaient réagir…
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- Sereine ?
Junie observa les efforts suppliants d'Abigail pour attirer un tant soit peu l'attention de son amie qui fixait Fred, une lueur étrange au creux de ses prunelles.
- Ne te fatigue pas Coleman, cette petite est si folle de moi qu'elle ne parvient pas à détacher son regard de mon visage de dieu grec.
L'interpellée se retourna et un sifflement furieux s'échappa de sa gorge… Quand elle parla, pourtant, sa voix était froide mais calme.
- Je ne crois pas qu'ici soit le lieu pour te livrer à tes petites plaisanteries aussi innocentes soient-elles Weasley.
Le jeune homme éclata d'un petit rire goguenard.
- Apprends, ma chère, que l'Humour n'a pas d'heure, pas de lieu et encore moins de maître. Il va, il vient comme bon lui semble, il n'a que des disciples. Autrement dit, c'est un Dieu. Il ne se commande pas.
Les deux femmes levèrent les yeux au ciel et un sourire subreptice étira les lèvres sans défaut de l'une… Celle-ci se tourna vers le lit et observa. Abigail passa sa main dans les cheveux de Sereine avec une délicatesse qui surprit Junie. Elle qui semblait si lourde et malaisée au premier abord était doté de réflexes félins et ses gestes étaient aussi fluides que l'air.
- Tu n'es pas venue au bon moment, on dirait, elle a l'air encore moins réceptive qu'à son habitude.
- Pourriez-vous me laisser seule avec elle quelques minutes, s'il vous plaît.
Le sourire de Fred s'agrandit.
- Pas de bêtises, hein ? Elle n'est pas encore remise de ses blessures. Ne faudrait-il pas mieux un chaperon ? Qu'en penses-tu Junie ?
Cette dernière lui adressa un regard d'avertissement. Ses provocations étaient stupides et il le savait pertinemment. De plus, elles n'eurent aucun effet apparent sur Abigail qui se contenta de lui jeter un regard dédaigneux avant de se détourner, persuadée que sa requête serait accordée… Ce en quoi elle ne se trompait pas…
Junie et Fred quittèrent la pièce, plus silencieux que des ombres, laissant Abigail Coleman seule face à la Destruction…
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Pour patienter, Junie prit la décision de se rendre dans la Bibliothèque du manoir. Elle avait besoin de se détendre… Les souvenirs ravivés le matin même par son récit restaient toujours aussi douloureux malgré les années qui avaient passé. Elle avait besoin d'être seule un moment pour calmer ses nerfs agités.
Quand elle pénétra dans la haute pièce aux longues enfilades d'étagères chargeaient de livres reliés, elle se sentit mieux. L'odeur caractéristique et apaisante du parchemin embrassa son odorat et elle se laissa aller contre la fraîcheur du mur, ses pieds pelotonnés dans le moelleux d'épais tapis richement brodés. Les sensations fugaces de son enfance lui revinrent… Les heures entières qu'elle passait dans une bibliothèque semblable, à étudier sous le regard implacable de son précepteur au côté de Tristan, aussi inattentif et pressé d'en finir qu'elle. Des sanglots rauques s'échappèrent de sa gorge à l'évocation de ces scènes heureuses… Qu'il était loin le temps de l'insouciance, où son plus grand malheur était de ne pouvoir aller courir dehors durant un temps infini…
Elle était une enfant de la nature, sauvage et indisciplinée… Elle n'avait jamais été très appliquée dans les études et les livres n'étaient pas vraiment ce qu'elle préférait. Son tempérament nerveux, impatient et charmeur était de notoriété publique à l'époque de son bonheur… La reine de Serpentard, la reine de Poudlard… Elle était belle, rusée, féline et séductrice… Rien ne lui résistait, à elle, si vive et colérique... Elle songea à Hoffmann et son fameux « Vase d'or » et les mots tant de fois lus et relus s'imposèrent à elle, aussi naturellement qu'un papillon butine une fleur.
« De-ci de-là, entre les branches, entre les fleurs dilatées, jaillissons, rampons, serpentons, ô mes sœurs ! Sœurette, élance-toi dans la clarté, vite, plus vite, le soleil couchant darde ses rayons, le vent du soir chuchote dans le frémissement de la rosée et les soupirs mélodieux des fleurs. De nos langues agiles, chantons avec les fleurs et les branches… Bientôt scintilleront les étoiles, il nous faudra descendre… De-ci de-là, jaillissons, rampons, serpentons, petite sœur… »
Elle s'identifiait tant à la beauté de ces phrases poétiques… Elle… Elle interrompit brusquement ses pensées. Un bruit étouffé lui parvint de derrière une étagère… Elle n'était pas seule dans la pièce… La rage et l'humiliation voilèrent son regard.
- Qui est là ?
Encore un autre bruit, plus distinct cette fois-ci. Un corps dégingandé apparut dans son champ de vision et la personne qu'elle haïssait le plus dans la demeure lui adressa la parole, un sourire identique à celui de son frère sur les lèvres, une expression de plaisir cruel en plus sur ses traits.
- Moore, tu viens troubler mon calme, tu devrais aller pleurnicher ailleurs, je n'ai aucune envie d'éponger derrière toi.
Junie feula, la colère battant ses tempes.
- Tu me dois un peu plus de respect. Que fais-tu ici ? Tu ne saurais même pas tenir un livre dans le bon sens.
- Le respect se mérite, et chez moi, quelques soient leurs actes, les Serpentard ne peuvent le gagner. Ce que je fais ici ne te regarde en aucune manière.
Tout à coup, elle perdit toute combativité. Pourquoi se soucierait-elle de l'avis de ce Gryffondor intolérant, aveuglé par ses préjugés. Elle voulait pleurer des êtres dignes d'intérêt, pas se chamailler bêtement jusqu'à l'affrontement avec un gamin à peine sorti de l'enfance…
Sa défection dut se lire sur son visage car George fronça les sourcils, déçu. Il s'ennuyait… Fred était toujours aussi obnubilé par James et lorsqu'il quittait enfin son chevet, il n'était pas rare qu'il se mette à converser durant un temps infini avec Moore. Or, dans ces moments-là, il lui était défendu de la provoquer… Il ne comprenait pas l'admiration ou le respect, il n'aurait su le dire qu'éprouver envers elle son frère jumeau. S'il ne l'avait pas aussi bien connu, il aurait dit que Fred s'était tout simplement entiché d'elle. Il fallait admettre qu'elle était magnifique malgré la différence d'âge qui les séparait…
Junie se redressa dignement et commença à se rapprocher de la porte, semblant inconsciente de la sensualité qu'elle dégageait… George ne voulait pas la laisser s'échapper alors qu'il l'avait enfin à sa merci, il fallait qu'il trouve un moyen pour la pousser à l'affrontement… La retenir…
Il eut juste le temps de s'apercevoir qu'elle n'avait pas sa baguette sur elle et, sans plus réfléchir, agissant avec une impulsivité sauvage, animale, il se jeta sur sa proie. Elle se retourna vivement, prête à se défendre, mais le geste qu'accomplit le jeune homme la prit littéralement au dépourvu... Sa bouche chaude et avide s'écrasa sur les lèvres tentatrices, ses mains pâles et tavelées se posèrent sur les hanches courbées en une pression possessive, tout son corps se colla bestialement aux contours féminins, gracieux et aphrodisiaques… Cet acte n'avait rien de prémédité… Oh, non absolument rien… Mais à présent, il avait soif de cette Femme, une soif inextinguible…
