Bonjour,

Je suis toute heureuse de publier ce chapitre tout juste une semaine après le précédent... Je crois bien que c'est un record pour ce qui est de cette histoire... J'espère faire aussi bien pour le suivant...

Je n'ai cependant pas relu tout le chapitre pour avoir le temps de le publier aujourd'hui! :s Je m'excuse donc par avance pour les fautes d'orthographe ou de frappe éventuelles...

Autre point: Je déteste faire ce genre de choses mais je dois avouer que je suis déçue du nombre de reviews... Quand je m'aperçois qu'une petite dizaine de personnes ont mis ma fic en alerte et qu'au final je n'ai qu'une review, cela me fait un peu mal au coeur... Oui, je sais, il faut d'abord écrire pour soi [mais si personne ne nous lit je ne vois pas trop l'intérêt] et naturellement vous faites ce que vous voulez, je sais qu'en tant que lectrice je ne laisse pas toujours des reviews alors que je devrais... Voilà, je ne vais pas en dire plus [je suis déjà gênée d'avoir écrit tout ce paragraphe] et je vous laisse lire tranquillement, en espérant que ça vous plaira!

Bisous!


CHAPITRE 6

Le glissement soyeux du tissu, le cliquetis joyeux des boucles d'argent et le rire perlé imperceptible… Junie se redressa, réajustant prestement ses habits et ses boucles cuivrées. Son regard doré s'abaissa avec dédain sur la peau blanche et les tâches rousses exultant la vive jeunesse. Elle croisa les prunelles perdues du garçon qui passait, incertain, sa main dans sa chevelure en désordre… Elle resserra son corsage et autour d'elle flottait le parfum du désir. Elle était belle à s'en damner et le savait. La bouche béante de son amant était entrouverte, hésitant entre le sourire béat et le cri d'horreur… Junie se pencha en avant, offrant une vue suggestive sur son décolleté et caressa la joue tendue comme un maître prodigue des caresses à son animal de compagnie… Caresse qui se termina par une petite tape amicale sur la tête d'un George Weasley qui se raidit sous l'insulte implicite. La torpeur bienfaisante qui suit l'acte se dissipait peu à peu et sa raison lui revenait, amenant l'inconscience et la stupidité de ce qu'il venait de faire.

- Alors, on a perdu sa langue agile ?

Le haussement de sourcil railleur, la petite moue amusée et doucement méprisante achevèrent de rendre au jeune homme toute sa conscience… Il geignit, accentuant le rire sur les traits de Junie. Il ne trouva comme riposte que l'attaque, peinant à retrouver le souffle de la répartie.

- Je me suis peut-être jetée sur toi mais ça n'avait pas l'air de te déplaire.

Cette fois-là, Elle, son démon personnel, éclata d'un rire franc.

- Ce n'était qu'un jeu, Weasley… Une distraction me tendait les bras, pourquoi la rejeter ? Si tu savais comme ma vie peut être d'un ennui mortel, tu comprendrais la raison pour laquelle je ne t'ai pas repoussé… Et puis – la lueur taquine ne quittait pas son regard – voir une personne, qui prétend me haïr à longueur de journée, se jeter dans mes bras c'est particulièrement flatteur pour l'ego.

- Je ne sais pas ce qui m'a pris, mais ça ne se reproduira pas – George lui jeta un regard suspicieux -. Si ça se trouve tu avais mis un aphrodisiaque dans mes aliments, tu en serais bien capable, perverse comme tu es.

- Evite d'étaler ainsi ta stupidité au grand jour, Weasley. Je n'ai pas besoin de potions ridicules pour éveiller ton désir et tu le sais aussi bien que moi.

- J'espère que la prétention ne t'étouffe pas. Il serait dommage de perdre un spécimen aussi rare.

Junie ronronna, tout son être dénotant la tranquille ironie.

- Tu admets enfin que je suis une personne d'exception. Ce n'est pas trop tôt, mon amour.

- Tais-toi !

Les traits du jeune homme étaient à présent déformer par la rage et la honte, ses poils se hérissaient sur sa peau, ses lèvres se retroussaient sur ses dents blanches. Il était la parfaite métaphore d'un fauve furieux et impuissant, enfermé dans une cage.

- Tes gestes parlent pour toi et même sans eux, tes paroles étaient très explicites.

George tenta de ranimer les souvenir des instants intimes qu'il avait partagés avec cette femme… Mais c'était une spirale de désirs flous et de plaisirs intenses… L'amour lui faisait perdre toute emprise sur lui-même. C'était un acte de total abandon. Dans son esprit ne revenait que la satisfaction sans commune mesure, la jouissance sans nom… Un leitmotiv… C'était un kaléidoscope de scènes où s'entrechoquaient les souffles rauques altérés par la passion et l'échevellement des corps… Perdu, ne sachant que répliquer, George se contenta de dire, d'un ton qui à son goût frôlait dangereusement la supplique :

- Cela reste entre nous, il est inutile de le crier sur tous les toits.

Junie virevolta vers la porte, rieuse, envoyant une bouffée enivrante de son parfum vers le jeune homme et, sans répondre elle quitta la pièce. George se retrouva seul, ses jambes recroquevillées contre son torse glabre, le regard pensif… Il resta ainsi de longues minutes puis, sans crier gare, il éclata d'un rire tonitruant où perçait cependant une pointe d'amertume…

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Fred prit une grande inspiration avant de s'approcher lentement du lit de Sereine James. Il jeta un regard quémandeur d'encouragements à Junie assise un peu plus loin. Elle lui fit un petit clin d'œil et il se rasséréna. Il tenta de se rassurer en pratiquant l'autodérision.

- Allez Fred, tu as le choix entre un ange hystérique et traumatisé mais totalement inoffensif ou un serpent vicieux et venimeux.

- Parlerais-tu de moi par hasard ?

Junie s'accouda à la fenêtre entrouverte qui filtrait un vent frisquet pour recracher la fumée de la cigarette qu'elle tenait entre les mains. Elle lui décocha un sourire mielleux suintant la fourberie avant de lui envoyer un baiser.

- Je n'oserais Gente Dame…

Le jeune homme se reconcentra pour ne pas perdre son objectif de vue. Il s'approcha du corps éveillé de Sereine, évitant les gestes brusques. Elle le regardait approcher une expression étrange dans le creux de ses prunelles céruléennes. Une pointe d'espoir ? Il secoua la tête, cela devait être simplement l'effet de son imagination… Alors sans prévenir, sans prendre la peine de plus réfléchir, fidèle à lui-même, intrépide et vif, il s'empara des bras amaigris de la jeune fille… La réaction fut immédiate, brutale, violente… Un hurlement désespéré s'échappa des lèvres féminines… Il fléchit l'espace d'un instant la volonté de Fred… Le cri était déchirant et pathétique… Les traits de Sereine n'exprimaient plus la pâle et froide indifférence à présent, ils n'étaient que rage, terreur et dégoût… Elle se mit à se débattre, petite furie, dont la colère décuplait les faibles forces… Au lieu de la lâcher, le Gryffondor l'attrapa par la taille et la souleva dans les airs… Les protestations virulentes redoublèrent, protestations auxquelles s'ajoutèrent des pleurs et les coups inoffensifs fusèrent en direction du jeune homme sous le regard quelque peu médusé et incrédule de Junie qui hoqueta. Dans les bras de Fred, Sereine n'était qu'un pantin désarticulé qui s'agitait vainement. La pâleur maladive de sa peau avait rougi et le rouquin s'aperçut pour la première fois que son corps bleui de coups avait perdu toutes ses formes, qu'il n'était plus qu'une masse détruite que l'on avait laissé à l'abandon… Cette vision, loin de le désarçonner, lui fit raffermir sa prise dans un geste possessif et protecteur.

Soudainement, il sentit une main se glissait près de lui et tentait d'apaiser à l'aide de caresses la jeune fille.

- Lâche-là maintenant !

Fred obéit sans protester. Il reposa Sereine avec douceur sur son lit et se recula légèrement… Instantanément, elle se tut, cessa de se débattre et s'affaissa contre un coussin, la tête dodelinant de droite à gauche, comme devenue un peu folle… Le jeune homme chercha Junie du regard, anxieux, espérant qu'elle lui dirait que tout s'était bien passé, qu'ils avaient fait le bon choix mais celle-ci se contentait d'observer Sereine, un pli pensif se dessinant entre ses sourcils… Au bout de quelques minutes, où Fred s'était trouvé sur des charbons ardents et se retenait de lâcher une remarque, un rire victorieux s'échappa de la gorge divine.

- Qu'y a-t-il ? Je n'ai rien contre la rigolade Junie mais crois-tu sincèrement que ça soit le moment ?

Sa voix était tendue, il n'osait regarder la jeune fille, les images d'un désastre plus grand encore tournant dans son esprit. Junie ne se tourna pas vers lui mais répondit à ses interrogations.

- Regarde-là, Fred, regarde-là. N'est-elle pas superbe ? Un vrai petit fauve ?

Et le rire devint sardonique… Enfin, il se décida à poser ses yeux brouillés d'incertitude sur Sereine. L'incertitude disparut pour laisser place à la perplexité… La jeune fille indifférente, froide, lointaine qu'il avait côtoyée ces dernières semaines avait bel et bien disparu. Ce n'était pas pour autant qu'il retrouvait celle timide, effacée, au regard doux et rêveur de son adolescence… Son visage était des plus expressifs et il exultait une haine implacable, tenace, furieuse, folle, démente, vengeresse. Et tous ces si agréables sentiments lui étaient personnellement destinés en cet instant.

- Uhm… Junie, crois-tu que je devrais m'enfuir de la chambre en courant ? Imagine qu'elle ait caché un couteau sous son traversin…

- Je vais te demander de m'obéir sans protester… - Junie semblait extrêmement curieuse et peu encline à être contrariée- Approche toi d'elle et touche là… Ensuite, cesse tout mouvement…

Fred voulut poser des questions, commenter l'ordre mais le regard insistant de la femme qui se tenait près de lui, lui fit oublier ce qu'il avait voulu dire et il se contenta d'exécuter ces consignes… Il posa sa grande main sur le bras frissonnant de Sereine et la riposte fusa sans se faire attendre… La haine décuplant ses réflexes, la main fine et semblant si innocente claqua sur la joue aux tâches de sons qui ne s'y attendait pas… Une empreinte rouge naquit sur la pommette tandis que Fred reculait vivement. La jeune fille le fixait plus rageusement encore que précédemment si cela était possible et le sourire de Junie s'agrandit…

Comprenant qu'il avait été manipulé et que la sorcière avait prévu une réaction de cette sorte sans le prévenir, le jeune homme se mit à pester, hésitant entre le rire et la fureur. Il massa sa joue endolorie, affichant un air de martyr.

- Nous avons réussi. Coleman avait raison !

- Tu parles d'une réussite. Je me fais martyriser. Qui me dit qu'elle ne viendra pas m'assassiner dans mon lit.

- Cesse donc de te lamenter ! Que les Weasley peuvent être épuisants ! Tu n'auras qu'à te claquemurer dans ta chambre pour te protéger.

Junie semblait tout ce qu'il y a de plus sérieux… Cette femme était incompréhensible et quelque peu insensible…

- Junie ?

- Quoi encore ?

- Estimes-tu véritablement que ses nouvelles dispositions à la violence et à la détestation est une victoire ?

Elle soupira, exaspérée par la lenteur d'esprit du jeune homme mais se tourna vers lui pour lui expliquer, impatiente.

- Réfléchis Fred ! Elle réagit. N'était-ce pas ce que nous voulions ?

- J'avais songé pour ma part à une autre forme de réaction.

- Non, celle-ci est aussi bien qu'une autre. Maintenant, son esprit est alimenté par la haine, et qui pourrait le lui reprocher après ce qu'elle a subi. Et qu'est-ce que la haine ?

- L'envie d'écarteler, d'éviscérer et d'étriper ?

- Ta réponse n'est pas fausse mais surtout, la haine est un sentiment, une émotion qui l'anime. Sereine a enfin quitté son inertie.

- Cessez de parler de moi comme si je n'étais pas là !

La fureur s'accordait mal avec la voix aux sonorités juvéniles et même Junie ne put retenir un léger sursaut. Les deux étaient si habitués de parler devant elle sans qu'elle ne prête garde à leur parole qu'ils en avaient oublié la discrétion. Pendant ce temps, la lumière s'était faite jour dans l'esprit encore embrumé de Fred et il comprenait enfin…

- Fais-le sortir ! Je ne veux pas le voir !

La demande était intransigeante et Sereine se refusait à regarder le jeune homme pour qui elle avait nourri une si constante passion.

- Fred, sors, tu en as assez fait pour aujourd'hui.

Le regard de Junie pétillait… Et alors qu'il quittait la pièce, des pensées qu'il aurait préféré refouler traversèrent l'esprit du rouquin. Il n'était qu'un jouet entre ses mains habiles, Sereine n'était qu'un jouet entre ses mains habiles… George n'était qu'un jouet entre ses mains habiles… Elle s'amusait… Elle se fichait bien de la douleur de la petite blonde, tout autant que de la haine de George… Il n'était pas dupe… Il avait vu son frère jumeau entrer dans leur chambre, le regard un peu fou, débraillé… Et surtout, il avait reconnu le parfum grisant qui flottait sur son corps… L'instant que George venait de passer avec Junie avait été plus intime qu'une banale prise de bec… Il n'y avait que deux solutions possibles… Soit ils s'étaient battus comme des moldus, soit ils avaient couché ensemble… La première proposition étant par trop improbable, il ne restait que la deuxième… Tout cela n'était qu'un jeu… Elle ne souciait guère de la destruction que cela créerait… Elle n'aurait pas eu de remords si la tentative de provocation sur Sereine avait mal tourné… Des jouets, des pantins, des marionnettes… Rien de plus... Mais lui aussi avait l'esprit joueur, il en avait fait sa marque de fabrique… Et il n'avait pas l'intention de se laisser écraser par l'inhumanité de cette femme… Pour le moment, il la laissait… Il ne pouvait faire autrement… Mais il ne la laisserait pas asservir Sereine… Cela était hors de question… Il l'empêcherait… Il se le promettait…

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Elle ne le regarda pas quitter la pièce, incendiée par la Haine. Elle se sentait libre, délicieusement libre… Les barreaux étaient toujours là mais leurs contours étaient flous et indistincts, elle percevait à présent leur fragilité. Elle se sentait revivre, elle se sentait bien… Elle avait conscience que cet état ne durerait pas… Que bientôt elle voudrait plus, beaucoup plus… Elle n'avait récupéré qu'une infime partie de son humanité et elle était juste capable de Le haïr de toutes ses forces… Et à travers lui c'est les hommes qu'elle détestait. N'était-ce pas eux qui l'avaient précipitée dans le gouffre ? N'était-ce pas eux qui avaient orchestré sa destruction ? La colère était sa seule arme… Elle se devait de tous les détester… Les femmes, elles ne faisaient que les tolérer… Elle n'avait pas oublié Bellatrix Black tapie dans l'ombre, qu'elle percevait à travers le voile de ses souvenirs embrumés, regarder la scène avec une cruauté indifférente… Elle n'avait confiance en personne, mais elle n'était plus un corps sans vie, lâchement abandonné… A présent, elle voulait lutter, lutter contre elle-même… Elle retrouverait bientôt la clef de sa prison, elle n'était plus très loin, c'était une certitude… Elle inspira profondément et fixa Junie Moore, la lueur furieuse dans son regard s'estompant à la vue de l'être qui se tenait au-dessus d'elle, féminin de la courbure de la poitrine à l'angulosité du visage et aux boucles automnales…

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Ils étaient tous attablés, mangeant avec entrain, ils semblaient être une grande famille unie… Il y avait les Weasley, Molly, Arthur, Fred, George, il y avait Rémus et sa femme Tonks, enceinte jusqu'au bord des yeux, Junie, Lee Jordan aussi et Kingsley Shacklebolt qui s'était libéré ce soir-là malgré le travail considérable qui l'attendait. Et il y avait aussi deux nouvelles… Elles avaient le même âge que Junie. Elles se joignaient pour la première fois ce soir-là à l'Ordre du Phénix… Elles maintenaient une distance froide bien que curieuse avec la jeune femme. La brune aux cheveux courts et bouclés, plus maigre qu'un coucou n'y tint plus et s'adressa directement à elle, faisant taire les conversations autour.

- Moore, cela faisait longtemps qu'on ne t'avait pas vu. Qu'as-tu fait pendant toutes ces années ?

L'interpellée siffla, venimeuse, vrillant son regard dans celui de son interlocutrice.

- J'ai cherché un moyen efficace de débarrasser la Terre des parasites.

Celle qui avait posé la question et qui s'appelait Théophanè Murray blêmit, sa peau de porcelaine prenant une teinte plus pâle encore. Alors la douce voix d'Iseult Sullivan s'éleva dans la pièce devenue silencieuse.

- Tu n'es pas la seule à avoir souffert Junie, tu n'as pas le droit de déverser ta rancœur sur ceux qui ne sont en rien responsable de tes malheurs. Garde tes remarques perverses pour toi.

Junie se redressa, auréolée d'un suave mépris et sa voix à elle était plus rauque, plus agressive, plus sensuelle aussi.

- Voyez ce qu'est devenu le gentil chaton de mon frère. J'ai entendu parler d'une nièce. Où la caches-tu Iseult ?

Cette dernière se mordit les lèvres jusqu'au sang et ses yeux s'embuèrent de larmes. Elle parla dans un souffle.

- C'est maintenant que tu t'en soucies ?

- Mieux vaut tard que jamais.

Junie accompagna sa réplique d'un petit ricanement moqueur et dédaigneux.

- Elle est morte, Junie Moore. Tu entends ? Elle est morte, comme son père ! Une maladie l'a emportée il y a deux ans.

Le visage de l'ancienne Serpentard prit une expression incrédule. Elle émit un petit hoquet d'horreur. Son insensibilité avait des limites… Atteintes en cet instant… Elle regarda tour à tour les deux femmes… Iseult Sullivan et Théophanè Murray. La blonde et la brune. Amies de longues dates, inséparables à Poudlard. Il ne manquait plus que la rousse Lily Evans pour former le trio d'autrefois. Le temps avait ravagé l'une et glisser sans s'arrêter sur l'autre. Le visage d'Iseult s'était arrondi, sa taille s'était épaissie, elle avait perdu son charme rêveur d'antan. Ses prunelles à présent n'habitaient plus que la détresse. Théophanè était restée fidèle à elle-même, la lueur malicieuse ne s'était pas éteinte dans son regard… Elle était simplement plus fugace qu'avant… Junie le devinait aisément, contrairement à elle ou à Iseult, Théo avait fait une croix sur son passé, elle avait fait le choix de l'oubli et de la reconstruction… Elle l'admira un court instant, envieuse… avant de se ressaisir… Elle n'avait pas le droit d'oublier, cela aurait été un blasphème, un reniement de ce qui était l'essence de son être… Alors qu'elle prenait compte de ces éléments, l'horreur des paroles qu'elle avait prononcées la percuta de plein fouet. Elle n'avait jamais eu d'enfant, elle n'avait jamais connu cette petite fille, pourtant elle saisissait avec intensité la tristesse qu'elle avait cruellement ravivée, inconsciente. Dans ce genre de situation, elle ne connaissait qu'une parade… Le repli… Elle recula gracieusement sa chaise et quitta la pièce dans le silence lugubre… Iseult avait suffisamment côtoyé les jumeaux Moore à une époque pour savoir que ce geste était une excuse implicite, une digne façon de faire volte face et de regretter ses paroles…

Théophanè retint sa langue agile sentant la pression suppliante des doigts de son amie sur son bras… Quand Junie eut disparu, un accord tacite relança les conversations là où elles s'étaient arrêtées…

- Alors quelle est cette idée de radio clandestine dont vous vouliez me parler les jumeaux ?

Fred et George occultèrent tout de la scène qui venait de se dérouler pour se préoccuper de leurs petites affaires en cours…

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- Junie, laisse-moi assister à tes séances !

- Non, c'est hors de question Fred. J'ai décidé de me charger de la rééducation de Sereine et tu dois m'obéir. La haine qu'elle éprouve à ton égard la déconcentrerait. Il faut qu'elle réapprenne à marcher dans la sérénité.

- Je comprends tes arguments mais on ne peut pas la laisser me détester éternellement. J'ai toujours fait partie de la catégorie aimée de la planète (excepté par les Serpentard naturellement, or elle, était à Poufsouffle) – Fred sourit, amusé- Bref, tout cela pour dire que je ne suis pas habituée à ce qu'on me haïsse.

- Sereine était vraiment à Poufsouffle ?

- Oui, pourquoi ?

Junie ne retint pas la moue méprisante qui naissait sur ses traits, mais reprit sans faire de commentaire.

- Il va falloir alors t'habituer, arrogant Gryffondor.

- Je préfère être arrogant que bourré de préjugés intolérants.

La sublime femme cessa de marcher tandis qu'elle arrivait devant la chambre de la convalescente. Elle rit doucement aux paroles du jeune homme.

- Quoi que tu puisses dire ou faire, petit gryffon, je te resterai supérieur pour ce qui est de l'arrogance. Allez, laisse-moi maintenant.

- Bien, maîtresse vénérée…

- Je te préfère dans cet état d'esprit, mon petit.

Elle lui caressa la joue, joueuse avant de se glisser dans l'entrebâillement de la porte, feu follet insaisissable…

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- Tu es prête Sereine ?

La petite blonde hocha lentement la tête… Son corps courbaturé la faisait souffrir… Junie l'aida à se redresser dans le grand lit qu'elle avait à présent en horreur… Elle ferma les yeux et inspira profondément… Elle frissonna quand la couverture découvrit son buste fin habillé d'une simple chemise de nuit. Bientôt une veste en laine fut jetée sur ses épaules et elle posa prudemment ses pieds nus sur le sol froid… La colère qui l'habitait continuellement l'irradia jusqu'au bout de ses membres, la réchauffant étrangement. Réapprendre à se servir de ses jambes, à être de nouveau elle-même… Pour ce qui était du premier point, cela faisait déjà plusieurs jours que Junie venait régulièrement pour l'y aider et bientôt elle pourrait quitter cette horrible chambre… Pour le deuxième, le chemin était encore long… Si elle se retournait sur son passé, elle ne voyait que des souvenirs flous, indistincts… Devant elle, c'était l'inconnu et cette haine qui collait à sa peau et aspirait son âme…

- Sereine, concentre toi ! Tu fais des progrès mais ce n'est pas une raison pour te laisser aller.

La jeune fille éprouvait à l'égard de son aînée, un mélange de reconnaissance et de rancœur à priori incompatibles. Elle l'agaçait par son assurance mais elle était consciente de ce qu'elle lui devait…

Junie de son côté observait attentivement Sereine. Elle reprenait peu à peu des forces et des couleurs et bientôt elle se déplacerait sans problème…Mais elle ne percevait aucune évolution de son état mental… Toujours cette rage inextinguible et ce refus persistant d'avoir affaire à un homme. Elle avait également perçu le scepticisme de Fred à propos de ses allégations. Bien qu'il s'en cachât, il était évident qu'il ne croyait pas à ses paroles comme quoi Sereine ne voulait pas le voir. Elle avait quelque difficulté cependant à deviner quelle était la raison de cette méfiance à son égard. Etait-il possible que son frère jumeau soit derrière tout cela ? Pour une fois, Junie n'était pas sûre d'elle et des pensées de ceux qui l'entouraient et l'idée lui était désagréable… Elle rit intérieurement en songeant que c'était aussi la première fois qu'elle n'avait aucun plan machiavélique en tête…

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Sa voix pleine et grave insonorisa la pièce de la pointe lumineuse de sa baguette. Il tendit l'oreille, quêtant le moindre bruit, la moindre respiration derrière la porte fermée… Rien… Il sourit victorieux… L'ouïe affutée de Junie ne semblait pas avoir perçu ses pas sur le sol… Satisfait, il se tourna enfin vers le petit corps endormi au creux du grand lit matelassé. Il s'approcha prudemment, retenant son souffle et se pencha au-dessus de Sereine… Respiration au rythme saccadé… Traits tendus… Chevelure emmêlée… Admirant les imperfections de l'être torturé, Fred ressentit pour la première fois une émotion étrange qui le fit chanceler. Le désir de protéger cette petite chose sans défense était trop puissant, enflammant ses membres et assaillant ses sens… Téméraire, sa main se posa sur l'épaule de la jeune fille, glissant sur la joue avec douceur, les doigts tachetés de l'un rencontrèrent la pâleur lunaire du visage de l'autre… Ils s'unirent dans un balai d'ombres dansantes… Silence… Calme… Plénitude d'un instant…

Alors, Sereine se réveilla en sursaut… Elle s'agita, peinant à retrouver ses marques… Enfin, elle s'aperçut de la présence de l'étranger… Un homme… Elle cria… Apeurée… Fred soupira avant de reculer légèrement… Personne ne l'entendrait, elle pouvait bien hurler à s'en briser la voix. Mais il n'était pas venu ici, au beau milieu de la nuit pour l'écouter s'égosiller.

- Sereine, calme-toi, ce n'est que moi, Fred.

Instantanément, elle se tut. Et sa peur s'apaisa remplacée par la colère.

- Va t-en ! Je ne veux pas te voir !

- Je veux juste parler avec toi…

- Je n'en ai pas envie. Tu ne comprends pas ? Je te déteste.

- Tu n'en as donc pas marre de ne voir que le visage de serpent de Moore à longueur de journée ?

- Elle ne me veut aucun mal…

Fred observa la jeune fille quelques instants… Fasciné… Cette haine qui l'habitait n'était donc que de la peur… Une peur irrationnelle…

- Je ne te veux pas plus de mal qu'elle, Sereine. Je cherche juste à t'aider. Tu n'as aucune raison de me haïr ou de m'associer aux hommes qui t'ont fait ça.

D'un geste de sa main, il engloba son corps frêle.

- Que me veux-tu alors ? Pour que tu prêtes attention à moi, il fallait donc que je frôle la mort ? Si je l'avais su plutôt, je me serais jetée du haut de la tour d'astronomie.

Le Gryffondor ouvrit la bouche sans parler… Avant de la refermer… Trop hébété pour répondre. Il s'était attendu à beaucoup de réactions mais sûrement pas à celle-là…

- Je… Non, pas du tout – il rit nerveusement- serais-tu en train de me reprocher de ne pas avoir répondu à tes avances à Poudlard ?

Elle ne répondit pas et détourna la tête, toujours aussi furieuse.

- C'est à toi de m'expliquer là, parce que je ne saisis pas. Je veux que tu redeviennes toi-même, que tu guérisses, rien de plus.

- Je te déteste.

- Oui, je crois que j'avais compris…

- Va t-en maintenant ! Tu me répugnes.

- D'habitude, on me qualifie plutôt de séduisant.

Elle le fusilla du regard mais dans le creux de ses prunelles, Fred perçut une terreur incommensurable.

- Tu ne me détestes pas Sereine.

- Bien sûr que si, toi comme tous les hommes.

- Non, c'est faux, tu as juste peur. Au fond de toi, tu m'aimes toujours. Ta petite copine Coleman m'en a assuré.

La jeune fille rougit violemment. Les Weasley manquaient de tact à un point qui atteignait la pathologie. Même à travers le voile de sa rage et de sa peur, elle s'en apercevait.

- Si tu ne parles pas de mes visites à Junie et que tu acceptes de me voir de tant à autres le soir ainsi… Je peux t'aider à dépasser tes angoisses.

- Junie s'en charge très bien.

- Pas à ce que je vois. Cela fait déjà plusieurs jours qu'elle se charge de toi et je ne perçois aucun progrès. Elle refuse que je t'approche.

- Ne sais-tu pas que l'on met du temps à se remettre de ces choses-là ? – Son ton était amer à présent - Et c'est moi qui lui ai demandé de t'interdire l'accès à ma chambre.

- Laisse-moi une chance. Cela ne te coûte rien.

- Non !

- Que perds-tu à tenter l'expérience quelques nuits ?

- Du sommeil !

Elle sentait sa volonté faiblir sous les assauts répétés du jeune homme. La tendresse à son égard enfouie au fond d'elle, la tiraillait… Et quand elle entendit son rire flûté retentir dans la pièce, ses barrières se rompirent, le temps de dire oui…

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Chère Junie,

Qu'est-ce que j'apprends ? Tu te serais fourrée dans les pattes des Gryffondor ? Cela ne m'étonne pas de toi et je ne doute pas que ton tendre Régulus aurait approuvé ton choix… Comme je ris à la lecture de tes lettres… Comme tu es amère ma chérie. Je sais bien que tu trompes ton entourage par ton charme sournois mais tu peux te laisser aller avec moi… Tu m'as créée, tu as fait de moi ce que je suis à présent… Et je suis à ton image, je connais toutes tes ruses… Je suis la seule à qui tu ne peux rien cacher et qui t'acceptes telle que tu es, dans toute ta splendeur décadente.

Tu me demandes ce que je fais de ma vie… En ce moment, je suis particulièrement occupée et je n'ai donc que peu de temps pour écrire cette lettre. Avec la montée en puissance de Voldemort, j'ai de nouveaux plans à articuler pour parvenir à tirer le meilleur profit de toute cette histoire quelque soit le clan qui remportera la guerre.

Pour ce qui est de la famille, j'ai divorcé et je m'occupe avec soin de l'éducation de mes enfants, je veux qu'ils deviennent des sorciers importants. Je fonde de grands espoirs sur l'aîné notamment.

Il faut que je te laisse mais je te promets bientôt une plus longue lettre et peut-être un jour une visite.

Tu sais comme je t'aime

Holly

PS : Passe le bonjour à ce cher Rémus…