Bonjour,

Chapitre 7 donc! En espérant avoir un peu plus de lecteurs cette fois, je ne désespère pas! :D

Merci à Myley, lectrice fidèle! :)

Bisous


CHAPITRE 7

Elle tenait son visage dans ses mains en coupe, créant un écrin délicat à la fine mâchoire, laissant les faibles rayons du soleil caressaient ses joues pâles. Sa chevelure blonde avait pris un éclat terne… Conséquence d'un temps trop long passé enfermée… Son regard frôlait la rue sous elle, rêvant à la vie extérieure… Si son esprit vagabondait, son corps, lui, était toujours assis sur cette chaise en bois, ses bras toujours posés sur le bureau d'acajou… Elle soupira doucement et contint difficilement la vague de détresse qui montait en elle… Dégoût, haine, répulsion, dégoût, haine, répulsion, dégoût… Tout ce qui l'entourait, à commencer par elle-même, lui soulever le cœur… Depuis quelques jours à présent, la colère avait commencé à être nuancée par d'autres sentiments… Plus douloureux… Elle ne voulait pas y penser, elle ne voulait pas se souvenir, elle ne voulait pas, elle ne voulait pas… Elle haleta violemment, frémissante… Un cri déchira le silence de la chambre… Elle se leva brusquement… La chaise émit un bruit strident en tombant au sol... Ses ongles griffèrent sa peau, ses doigts agrippèrent ses mèches folles, ses mains déchirèrent ses vêtements, elle tomba à terre, se roula en boule sur le tapis, se balançant de droite à gauche, des spasmes secouant son corps, gémissant, pleurant, hoquetant… Et le feu de la honte et de l'horreur physique ravageaient son âme, elle se consumait aux flammes de son désespoir nourri de souvenirs cauchemardesques… Abomination… Elle implorait qu'on lui rende la salvatrice apathie… La fêlure qui s'agrandissait en elle était une torture ; elle rejetait la folie avec toutes ses faibles forces… Vainement… Accumulant angoisses, désarrois et tourments…

Junie entra précipitamment dans la pièce étouffante. Son regard se porta sur Sereine… Encore une crise. C'était la énième depuis quelques jours. Elle s'accroupit près du petit corps souffreteux, posant ses mains fraîches sur la peau brûlante. Son cœur léthargique accueillait la douleur de l'enfant, miroir de son propre deuil. Cet être frêle si différent d'elle lui semblait pourtant si proche d'elle en ces instants où le déchirement dépassait toute raison et une compassion étrange l'étreignait… Lien ténu… Enfer de celui qui reste…

- Sereine, – douce secousse et âpre caresse- je suis là, tu n'es pas seule…

Leurs yeux se croisèrent… Le doré incandescent happa le céruléen torturé, enfermant en lui les angoissantes images, claquemurant les pensées sordides, arrachant l'horreur, implacable… Les soubresauts s'apaisèrent, les larmes se tarirent et la jeune fille prit une immobilité spectrale, inconsistante, semblant ne plus être qu'une copie cornée et déchirée de Sereine James… L'ange éthéré agrippa l'écorchée vive… Pour ne plus la lâcher…

Junie recoucha sa protégée à présent apaisée. Elle avait repris pleinement conscience de ses actes et les pensées qui l'avaient préoccupée avant sa crise lui revinrent brusquement.

- Je veux sortir d'ici.

- La crise que tu viens de faire prouve que tu n'es pas encore prête Sereine. Songe que je ne suis pas la seule à habiter cette maison, que quitter ton abri t'exposera aux regards d'autres personnes. Fais preuve de patience, tu es encore trop fragile.

La jeune fille se renfrogna et détourna la tête comme pour signifier à Junie qu'il était temps pour elle de se retirer… Mais cette dernière n'était pas de celles à qui l'on dicte des ordres.

- Je sais que tu t'ennuies, mais pourquoi ne lis-tu pas les livres que je t'ai apportés ?

- J'ai essayé.

- Et ?

- Je ne parviens pas à retrouver le plaisir de lire, je suis constamment… distraite… - Elle hésitait sur le choix des mots- Et les bouquins que tu m'as apportés sont affreux. Il n'est question que de magie noire ou des traditions liées aux sorciers au sang-pur. Je me rappelle avoir aimé les histoires d'amour.

Junie soupira. Elle avait cherché dans toute la demeure de quoi satisfaire la jeune fille, sans succès. La famille Black n'était pas portée sur les romans à l'eau de rose… Sur les romans tout court d'ailleurs… Bientôt une virée sur le Chemin de Traverse s'imposerait… En attendant, elle avait autre chose à proposer à Sereine… Elle sortit d'une poche de sa robe, un petit carnet noir. Elle le tendit à la petite blonde curieuse.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Un journal… Vierge bien sûr. J'ai pensé que transcrire par écrit tes pensées pourrait t'être utile et t'occuperait.

- Je n'en veux pas.

Junie fit claquer sa langue d'agacement mais conserva son calme.

- Cela pourra t'occuper. Tu trouveras bien un moyen de l'utiliser.

- Ça ne m'intéresse pas.

- Bien, comme tu voudras.

Sans insister, elle se redressa, déposa le carnet sur la table de chevet et quitta la pièce…

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En parallèle de ces crises fréquentes, des soins de Junie et de son ennui, Sereine avait trouvé un nouveau centre d'intérêt… Fred Weasley… Chaque soir, il venait dans sa chambre et discutait longuement avec elle… Au fil des jours, elle en était venue à appréhender comme à espérer ses visites. Elle le haïssait et l'aimait tout à la fois… L'antagonisme de ces deux sentiments créait un mélange d'émotions brûlantes et passionnées. Elle refusait toujours qu'il la touche mais acceptait de converser avec lui et trouver là un baume apaisant… Sur l'instant… Une fois son ombre envolée derrière la porte, la détresse revenait… Plus violente qu'auparavant… Elle ne disait rien de cela à son… ami ? Elle avait bien trop de mal à mettre des mots sur ses propres sensations… Et surtout, elle ne voulait pas qu'il interrompe ces nuits. Junie ignorait tout de ces entrevues et ce secret plaisait à la part encore enfantine de Sereine. Si elle aimait et détestait tout à la fois Fred, la réciproque était vraie pour la sublime femme qui se chargeait d'elle. Elle avait un besoin d'elle constant, mais lui en voulait pour des raisons qu'elle n'aurait su expliquer… Elle s'exécrait de toutes ces indécisions… Elle abhorrait tout son être avec une ferme résolution, il était la cause de sa souffrance, la source de tous ses maux…

De quoi parlait-elle avec le jeune homme ? De tant de choses… Elle avait avec lui les discussions qu'elle avait consciencieusement imaginées autrefois, le soir avant de s'endormir. Il lui parlait de sa vie, de ses projets, de son magasin, de sa famille. Il la faisait rire… Elle lui murmurait ses histoires… Avec Abigail, avec sa mère, son père, la vacuité de sa vie d'avant. Ils étaient alors dans une petite bulle insubmersible où rien ne les atteignait véritablement. Ils étaient seuls, ensemble, formant une parfaite osmose… La voix chantante et fluette se joignait à celle grave et pleine, le roux flamboyant s'unissait au blond chatoyant et la peau de porcelaine se superposait à celle piquetée de tâches de rousseur… Ils étaient beaux et jeunes… Et en ces instants d'éternité, le gouffre entre eux, naît de la destruction, disparaissait et leurs esprits s'embrassaient en une étreinte fusionnelle… Seul manquait alors le contact physique… Proscrit…

- Fred ? Jamais tu ne me laisseras… Tu me le promets ?

Le jeune homme n'eut pas le temps de répondre que déjà Sereine reprenait.

- Je t'adore et je t'abhorre, je t'appelle et te rejette, te supplie de paroles caressantes et t'abomines d'injures, je t'exècre passionnément, t'aime haineusement, tu me révulses et je te désire, tu es la figuration du mot dégoût tout autant que celle du mot idolâtrer… Alors ne m'abandonne pas !

Ton impératif et déraison… Fred sourit amèrement et souffla un baiser à destination de l'Enfant chérie. Elle cligna des yeux et déjà il n'y eut plus que le parfum léger du jeune homme pour attester de sa venue… Et ce mot, flottant dans l'air avec dérision :

- Jamais…

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- Putain.

Acreté des mots dégoulinant d'une bouche haineuse et promesse implicite de vengeance s'opposant à l'amusement indifférent.

- Pourquoi suis-je obligé de t'accompagner ? Souhaitent-ils donc tant ta mort ?

- Arrogance des Gryffondor…

Junie était plongée dans ses pensées et le rouquin titillait sa patience depuis quelques minutes, l'amenant aux limites de sa tolérance. Elle maudissait probablement autant que lui Shacklebolt qui avait insisté pour que George l'accompagne sur le chemin de Traverse.

- Crois-tu sincèrement que tu parviendrais à me battre lors d'un duel ?

- Rien ne prouve le contraire !

Elle ne releva pas la provocation, ses réflexions s'échappant déjà vers la lettre qu'elle avait reçu quelques jours plutôt.

- Je ne demande qu'à t'affronter pour démontrer que je te vaux bien.

- Tais-toi un peu – Junie siffla, agacée… Elle n'avait pas de temps à perdre- Je n'ai aucune envie de me battre contre toi, je n'ai pour ma part, rien à prouver, et même si j'acceptais ce stupide duel, tu n'y gagnerais qu'humiliation.

- Cela est mon problème. Je suis joueur et je m'ennuie ici.

- Dis plutôt que tu me hais et que tu cherches un moyen de te venger pour… Eh bien pour rien, au final. Tu as succombé à mes charmes. Dois-je en prendre la responsabilité ? Seulement tu ne parviendras à rien, car je ne ferais que m'amuser avec toi.

- Que de belles paroles !

Il ricana… Junie le trouva beau sous les rayons du soleil : ses dents blanches éclatantes, ses prunelles noisette, le flamboiement de sa chevelure, l'harmonie rieuse de ses traits… Et son corps grand et svelte, attirant aux yeux de sa féminité.

- Tu ne comprends pas, George Weasley !

- Vraiment ?

- Je me passerai de ton ironie… Je suis surentrainée depuis ma plus tendre enfance, magiquement et physiquement parlant. Tu ne serais qu'un jouet entre mes mains.

Junie s'était rapprochée du jeune homme en parlant et avait levé son visage vers le sien. Il lut dans ses yeux l'avertissement et en saisit l'ampleur bien plus clairement que par ses paroles. La menace était réelle. Junie Moore était un félin, majestueux, fascinant… et mortel... Il ne fit pas de commentaire et se tut pour une fois… Ils reprirent leur marche… Sans un mot…

Elle, replongea dans ses pensées et oublia rapidement l'altercation. La lettre d'Holly s'était fait attendre mais son contenu ne l'étonnait guère. Son amie n'avait pas toujours été ainsi, c'était elle, Junie, qui avait façonné son esprit, l'avait aiguisé et il fallait bien l'avouer, perverti. La douce, calme et naïve Holly Connor… Elle était morte depuis bien longtemps, remplacée par une femme cynique et calculatrice. Elle était surtout son amie la plus proche avec qui elle entretenait une correspondance depuis tant d'années. Elles se voyaient peu… Leur amitié était principalement spirituelle, passant par les mots qu'elles s'échangeaient. Mais recevoir des nouvelles d'elle, c'était aussi se souvenir du passé, une piqûre de rappel constante… A cela s'était ajouté le retour de Théophanè Murray et Iseut Sullivan. Elle les avait soigneusement évitées depuis qu'elles étaient arrivées au manoir mais cette situation ne pourrait durer… Elle devrait supporter la vue de cette femme qui avait aimé son frère et jetait son deuil à la face de ceux qui l'entouraient. Elle se complaisait dans sa douleur… Quant à l'autre, Théo… Sa haine était bien plus profonde… Elle avait été l'amante d'une abomination… Bellatrix Black… C'était un fait qui rendait l'image de cette femme exécrable, elle était associée aux meurtres perpétrés… Leur présence à toutes deux remuait vicieusement le couteau dans cette plaie béante qui n'avait jamais cicatrisé… Elle retint ses larmes alors qu'un visage si similaire au sien en plus masculin s'imposait à elle. A lui, se superposa, un autre être chéri, plus brun, plus ténébreux, plus pâle aussi et tout aussi sublime à ses yeux… Elle pleura enfin, silencieusement, au beau milieu de la rue, sous le regard incrédule d'un George qui ne dit rien… Trop éberlué pour parler…

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Fourmillement d'une foule bruyante qui parle fort ou chuchote, qui s'agite et se dispute, bourdonnement incessant des voix qui chantent, se répercutent sur les murs de la pièce, harmonie discordante et rassurante… Corps qui se frôlent, regards échangés, mains qui se serrent… Un mouvement souple, imperceptible, un glissement aérien et silencieux, un parfum capiteux… Elle s'approche de sa prochaine proie avec la vigilance nonchalante d'un prédateur expérimenté. Le son rauque et sensuel des mots claquant sur la langue, franchissant la barrière des lèvres, mélodieux…

- Rémus…

Le lycanthrope se tourna vers Junie. Sa fragrance frappa son odorat surdéveloppé… Il ferma les yeux, une fraction de seconde, pour contenir le flot de désir qui montait en lui… Cette femme était un poison… Il ne l'avait jamais aimé. Elle représentait tout ce qu'il détestait chez une femme… Il savait, en cet instant, que bientôt, elle déverserait son venin… Elle ne parlait jamais innocemment… Et ne lui adressait pour ainsi dire pratiquement jamais la parole… Il eut le réflexe inconscient et inutile de se placer devant sa femme, comme pour la protéger du serpent, face à eux…

- Que veux-tu Junie ?

- Juste… - Elle décocha un petit sourire moqueur à Nymphadora, avant de poser sa main sur l'épaule de Rémus. Il eut la sensation de griffes emprisonnant son corps…- Holly te passe le bonjour...

Elle virevolta et s'éloigna comme elle était venue… Laissant derrière elle, un goût d'amertume… Holly Connor… Les souvenirs de son adolescence affluèrent vers lui et engloutirent sa raison. Il n'entendit pas Tonks chuchoter des questions à son oreille, il occulta tout le bruit autour de lui, gardant uniquement l'image nette d'une jeune fille au visage avenant, aux cheveux d'un marron chaud et clair tombant sur ses épaules rondes, aux grands yeux curieux et au rire discret et enfantin… La Holly qu'il avait aimée… Avant qu'elle ne soit endurcie par son monstre de mentor… La voir ainsi refaire surface le désarçonnait et le laissait hésitant et incrédule… Il se sentit seul tout à coup… James et Sirius étaient morts, Nymphadora risquait de ne pas apprécier et ne pourrait comprendre… Il ne restait plus que Théo et Iseut… Il soupira… Cela lui vaudrait encore bien des nuits d'insomnie…

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Sa tête se posa sur les draps, épuisée… Ses visites nocturnes à Sereine ne lui permettait pas d'assouvir sa soif de sommeil… Ce soir-là, elle s'était endormie plus tôt qu'à son habitude et Fred allait bientôt partir. Bientôt, Junie autoriserait Sereine à voir d'autres personnes qu'elle et à sortir de sa chambre et tout serait alors plus simple… Il n'était pas dupe pour autant… La situation ne serait pas merveilleuse. Une part de la jeune fille continuait de le haïr… Il le sentait dans cette façon qu'elle avait de s'arrêter de parler parfois, dans les regards qu'il arrivait qu'elle lui jette. Peut-être plus que la haine, c'était la peur qui régissait ses pensées.

Fred réfléchissait ainsi lorsque son regard se posa sur un petit carnet noir, perché sur la table de nuit. Instinctivement, emporté par sa curiosité coutumière, il tendit la main vers ce qui semblait être un journal. Il l'ouvrit avec précaution, veillant à ne pas réveiller Sereine… Et les mots lui sautèrent au visage, agressifs et douloureux… Les lettres étaient tracées d'une écriture fine et déliée, pleine d'élégance. A aucun moment, Fred ne se soucia de violer l'intimité de son amie, il était bien trop avide de connaître ses moindres pensées…

J'écris, j'écris, j'écris… J'écris pour déposer toute ma peur, ma haine, mon dégoût sur ce papier innocent, avec cet espoir naïf que ces sentiments de tourments s'accrocheront au blanc de la feuille et me laisseront en paix. Naïve, parait-il que je l'ai toujours été. Abigail me répétait toujours ces mots avant… Avant… Avant le gouffre, oui… Trop souvent, je me tourne vers cette Nuit… Crises… Suis-je folle ? Je crois qu'il fait étonnamment beau pour novembre aujourd'hui… Quoique… Quel jour sommes-nous ? Je n'en peux plus de cette chambre étouffante… Junie dit que je pourrai bientôt sortir. Je crois que je ne l'aime pas. Et pourtant, j'ai besoin d'elle. Oui je le sens. Besoin. Besoin vital. Et puis Fred, il est beau Fred, je l'aimais avant. Avant, avant, avant. Toujours avant. Et maintenant ? Je ne sais plus. Je le déteste, c'est un homme, je le déteste, il est intrinsèquement lié à mon passé, une part de moi l'idolâtre. Abigail, je ne veux plus la voir, elle, elle est mon passé, et il est révolu, fini, terminé. Il faut que j'aille de l'avant à présent. Je relis ce que je viens d'écrire, aucun sens, ridicule, je quitte une pensée pour en trouver une autre. Avant, avant, avant, je me rappelle, avant j'écrivais bien, on me disait que j'avais du talent. Je lisais beaucoup aussi.

Je veux changer de corps. Je ne le supporte plus. Il est un témoin gênant. Peut-être que dans ces horribles livres de magie noire, je trouverais mon bonheur… Non, il ne faut pas. Fred ne serait pas content. Je crois qu'il m'aime bien… Il m'a dit que j'étais jolie. Je vois bien que toujours il a envie de me toucher, qu'un contact même infime lui ferait plaisir. Mais je ne peux pas, je ne veux pas qu'il aime un corps souillé. Il est bien au-dessus de cela. Et puis, je ne sais pas si je pourrais supporter les mains d'un homme sur moi. Bien trop de souvenirs enfuis ressurgiraient. Pourtant, j'ai cette envie qu'il m'embrasse, résurgence des désirs d'avant… Toujours avant… Quand je le regarde et que ses lèvres bougent, harmonieuses et prodigues, je rêve qu'elles frôlent les miennes. Des images qui hantent. Et je maudis, je maudis ceux qui m'ont fait ça. Je me hais de ne plus m'occuper de ma mère, de ma pauvre et faible mère, mais je n'en suis plus capable. Je sais que je fais souffrir Abigail aussi… Je crois que je lui ai toujours fait du mal d'ailleurs. Je me rends compte de tellement de choses à présent que j'ai tout ce temps pour réfléchir. L'inaction me tue. La passivité qui est si inhérente à ma personnalité me révulse. Je veux vivre et mourir. Je n'en peux plus de cette situation, de cette vie rythmée par mes crises d'angoisses, mes pensées indécises, les visites de Fred et Junie. Moi qui ai toujours préféré la solitude à la compagnie des gens, j'aimerais la fuir maintenant… Mais en serais-je véritablement capable ?...

J'ai eu une nausée affreuse ce matin.

Junie l'a dit. Demain, elle m'autorisera à sortir de ma prison…

Fred conserva le petit carnet dans ses mains quelques minutes, immobile, interdit. Les mots inscrits tournaient dans sa tête… Leitmotiv… Par ces lignes, il devinait ce qu'il n'était pas parvenu avoir… Les contradictions qui habitaient Sereine, les tourments qui la hantaient et la rendaient si lunatique. Il aurait voulu qu'elle en écrive plus, toujours plus, pour mieux la comprendre, engranger toutes les informations possibles et imaginables sur elle. Il avait soif de connaissance. Une soif insatiable… Il émit un petit rire discret. Reposa le journal là où il l'avait pris. Et sortit…

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- Que penses-tu de celui-là ?

- Je l'ai déjà lu.

- Bien, celui-là, alors ?

Sereine se pencha en avant pour mieux regarder le titre du livre que lui présentait son ami. Ce jour-là, la jeune fille rayonnait. Depuis quelques jours déjà, elle était autorisée à quitter sa chambre et à se promener dans le manoir. Il n'était survenu aucun incident majeur et peu à peu, elle découvrait des habitants qu'elle n'avait même pas soupçonnés. Fred estimait qu'elle se rétablissait bien plus vite depuis qu'elle se dégourdissait les jambes tous les jours et sortait dans le jardin, parlait à d'autres personnes… Les altercations avec Junie n'étaient pas rares, il lui reprochait d'avoir voulu surprotégé Sereine, à son détriment. Il tentait petit à petit d'éloigner cette dernière de ce qu'il appelait une influence néfaste. La chose n'était cependant pas aisée, la Serpentard s'accrochant à sa protégée comme une lionne à sa progéniture…

Aujourd'hui, pourtant, elle avait dû, laisser les deux jeunes gens seuls quelques heures, étant chargée d'une mission par l'Ordre du Phénix. Fred en était tout heureux et son sourire rieur qui ne le quittait que très rarement était alors plus présent que jamais. Ils s'étaient installés dans la grande bibliothèque pour discuter paisiblement et choisir pour Sereine de nouvelles lectures… George se moquait régulièrement, masquant mal l'amertume dans ses paroles, de son frère qui s'adonnait à des activités qu'il n'aurait pour rien au monde pratiquait auparavant. Se préoccuper de lectures faisait partie d'une liste honnie notamment… Mais quand il observait Sereine, Fred se souciait bien peu de ce qui lui plaisait ou non. S'il s'éloignait un peu trop longtemps de la jeune fille, un sentiment de culpabilité et d'inquiétude s'emparait de lui et il n'était vraiment rassuré que quand il était près d'elle. En cet instant, il caressait du regard la gorge gracile, les boucles blondes, les yeux bleus pensifs, les lèvres rondes d'un joli rose pâle. Il ne voyait pas le visage émacié, les doigts décharnés, les jambes maigres et les os qui saillaient au niveau de ses côtes. Il désirait et rien d'autre ne comptait… Alors quand elle se leva de son fauteuil et passa devant lui, le frôlant par inadvertance, il sentit ses muscles se tendre… Ses narines frémirent sous le léger impact du parfum floral à la note sucrée. Il se redressa pour masquer son trouble et tenta de contrôler ses pensées. Comme s'il était maudit les mots qu'il avait lu quelques jours plus tôt lui revinrent en mémoire… « J'ai cette envie qu'il m'embrasse »… Les arguments qui auraient pu le raisonner furent occultés par cette phrase. Le désir qui montait en lui finit de le rendre fou.

- Sereine !

Elle se retourna, souriante… Il se rapprocha d'elle, d'un air innocent… Il aurait dû lui laisser le temps de s'échapper mais il n'en eut pas la force. Ses mains enserrèrent doucement son visage et il l'embrassa. Simplement. Un baiser léger et inoffensif… Une caresse presqu'amicale… Une tendresse douce et paisible allant à l'encontre des pulsions qui l'habitait…

Hurlement strident et apeuré…

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- Quoi ? Est-ce que tu essayes de me faire comprendre ce que je pense ?

- A quoi penses-tu ?

- Je préfère ne même pas le dire. C'est toi qui aurais dû faire attention à ce genre de choses, pas moi.

- Comment voulais-tu que je puisse penser que les médicomages de Saint-Mangouste étaient des incapables.

- Des signes auraient dû t'alerter plutôt.

- J'ai d'abord pensé que le retard était dû au traumatisme, ensuite ça m'ait sorti de la tête.

- Pardon ?

- Que veux-tu que je te dise, Weasley ? On va lui retirer cette horreur et l'histoire sera clause.

- J'espère que tu as raison. Mais imagines-tu le choc qu'elle risque d'avoir quand on va lui annoncer ?

- Parce que tu t'es soucié des conséquences, peut-être, quand tu as tenté de l'embrasser ?

Fred se renfrogna à ce souvenir. Il avait fait une erreur et s'en voulait, inutile de le lui rabâcher.

- L'erreur est humaine.

- Si cela est valable pour toi, alors ça l'est pour moi également.

- Es-tu sûr d'être véritablement humaine, Junie Moore ? Je me suis toujours demandé si tu n'avais pas des ancêtres harpies.

Junie soupira, agacée. Même dans les pires moments, le gamin parvenait à rire.

- C'est bien possible, alors méfie-toi… - Elle se colla suggestivement à lui- J'ai également des aïeux vampires, sais-tu…

- Il est vrai que tu as complètement vampirisé mon frère. Il n'a plus que ton prénom aux lèvres… Auquel il attribue d'agréables adjectifs qui auraient fait sauter au plafond, notre vénérée McGonagall.

Il rit… Puis se rappela pourquoi il était là.

- Putain, qu'est-ce qu'on fait !?

- Il faut le lui annoncer… J'ai déjà vérifié mes soupçons par un sort de ma connaissance.

- Et on dit quoi ? Coucou, Sereine, tu ne devineras jamais. Tu attends un heureux événement !

- Tais-toi un peu ! Dois-je te rappeler que toi tu ne lui annonceras rien du tout, dans la mesure où elle refuse de te parler depuis que tu t'es… Un peu trop laissé aller à tes pulsions de mâle en rut.

- Bien, alors, c'est toi qui es chargée du sale boulot…

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Junie s'assit en face de Sereine, une tasse de thé à la main. Elles étaient seules dans la grande cuisine. Elle décida de parler vite, de se faire comprendre clairement et d'attendre la réaction… Qui risquait d'être à la hauteur de l'annonce…

- Sereine, tu es enceinte.