Vava,

encore merci d'être si fidèle à cette histoire.

Un chapitre plus long et tendu. J'espère que ca te plaira toujours autant.

Et un petit bonus en prime :-)

Bonne lecture


CHAPITRE SIX

Unité d'exploration du Capitaine Levi

Le lendemain

Levi se demande encore s'il a bien fait de se proposer pour accomplir cette mission. Erwin a accepté la sortie à condition que quelqu'un les supervise à l'extérieur. Et il a eu la brillante idée de se porter volontaire. Erwin avait d'abord protesté avant de s'incliner. Et depuis ce matin, il essaie de comprendre comment utiliser leurs petites lunettes dans des entraînements intensifs. Et décidemment, ça ne lui plait pas. Recevoir arbitrairement des trajectoires sur un quadrillage imaginaire. Pouvoir communiquer avec les autres, c'est aussi accepter qu'ils vous parlent à tout moment, même au beau milieu d'une action. Pour le moins perturbant. Comment se battre en étant dérangé toutes les cinq minutes en suivant un plan déjà tout tracé…

Pas sûr qu'il soit fait pour ça.

Heureusement qu'il porte sa propre combinaison, leurs systèmes de déplacement étant relativement semblables. Il a cependant gardédans le dos la lame dont il leur a fait présent et les nouveaux alliages de ses propres lames s'ils ne sont pas aussi impressionnants sont bien plus résistants et légers.

Le soir même, il commence enfin à se faire à leurs manœuvres de groupe et doit admettre qu'à eux quatre, ils forment un groupe homogène et parfaitement coordonné. Et ce n'est pas uniquement grâce à leur logiciel de simulation. Ils se connaissent bien et font parfois quelques entorses à leurs trajectoires calculées avec un synchronisme stupéfiant.

C'est peu dire qu'il se sent comme une pièce rapportée dans l'équipe.

- Vous êtes vraiment doué, dit Hugo.

C'est pas l'impression que ça me donne, pense-t-il.

- Et sacrément endurant, rajoute Louis.

Je crois que c'est pas le moment de leur dire que je n'aurais pas tenu une minute de plus, en serrant les dents pour rester stoïque.

- Vous vous battez un peu comme Storms, dit Hugo tout sourire.

- Ouais, y a définitivement une similarité dans le style, siffle Joël.

- Un sarcasme de plus, petit insolent, et je vais te le faire payer cher, assène Ariane.

Louis et Joël s'éclipsent bien vite sous le regard meurtrier de Storms.

- Se plier à des trajectoires, des calculs et des analyses arbitraires lorsqu'on a appris à se battre sans, c'est pas particulièrement facile, dit Ariane.

- Et le Commandant sait de quoi elle parle, ironise Hugo.

Ariane lève les yeux au ciel en soupirant.

- Avant les systèmes d'Hugo, on perdait près de trente pourcents des troupes à chaque mission. En institutionnalisant leur usage, les pertes sont devenues presque occasionnelles et les soldats de plus en plus confiants.

- Avec les années, le travail de groupe est devenu intuitif mais les actions un peu originales ne sont pas vraiment encouragées par ces techniques, dit Hugo.

Storms leur fait un petit geste pour prendre congé sur ces derniers mots à peine audible qu'elle lui adresse :

- Vous devez quitter le monde des Loups pour celui des Moutons.


Une semaine plus tard

A la tombée de la nuit

Littéralement attaché sur une chaise, toutes les têtes tournées vers lui, Armin touche nerveusement la branche droite des lunettes qu'Hugo lui a vissées sur la tête. Le Commandant avait autorisé la sortie des quatre étrangers avec une petite condition cependant. Et ils avaient revêtis de nouveau lors propres combinaisons noires pour une ultime sortie en tant que Soldats de la Cité des Emeraudes.

- Armin, dit Hugo. On récapitule.

Encore… Il sort encore une fois la carte qu'il lui avait fournie.

- On sort en formation par cette porte, puis tu nous diriges pas à pas jusqu'au laboratoire de ton père. Tu pourras d'une simple pression passer d'un point de vue à l'autre. Et nous serons tous en communication simultanée tant que les batteries dureront.

Armin acquiesce gravement espérant ne pas commettre d'impair avec cette technologie qu'il ne comprend pas vraiment et qu'Hugo s'escrime à lui expliquer une nouvelle fois.

Lorsque le Capitaine Levi en tenue fait son apparition pour les mener à la porte du Mur, il est accompagné du Commandant Erwin qui affiche un air contrarié.

- Je pense vraiment que ça vaut la peine de prendre des risques, cette fois, dit Levi.

- J'espère que tu as raison, répond Erwin. J'ai un mauvais pressentiment sur ce coup-là.

Hange qui débarque sur leur droite lui adresse un regard à la fois inquiet et envieux que Levi interprète à mi-chemin entre en un « T'as intérêt à revenir, sinon, j'irai te chercher moi-même » et « Aller hors des murs, en pleine nuit, avec ces inconnus et des nouvelles façons de combattre… je prends ta place quand tu veux».

Mais c'est avec un sérieux inhabituel qu'elle prend la parole.

- Je ne serai pas là pour couvrir tes arrières et ça ne me plait pas.

Il pourrait sortir des mots aussi inutiles que « tout se passera bien » mais ils se connaissent trop pour savoir à quel point ces mots sont vides de sens avant une sortie hors des murs. Il se contente d'hocher la tête et de mettre ses lunettes qui lui offrent de nouveau cette vision en fausses couleurs déroutantes.

En rejoignant, ses compagnons de mission, il prend sa place au sein de leur formation. Ils avaient décidés qu'il agirait en solo car tenter de se mêler à leur groupe si soudé aurait gêné plus qu'autre chose. Alors que seul, il pourrait vraiment se montrer utile.

Par contre, ils allaient encore se déplacer à pied. La discrétion en pleine nuit est plus vitale que la vitesse.

Hugo se tourne vers Joël et Louis :

- On ne sait pas combien de temps dureront les batteries. Les lunettes peuvent s'arrêter à tout moment, il faudra être prudent.

- Prudence, c'est notre petit surnom, s'amuse Louis.

- Je sens que ça va être une vraie promenade de santé, renchérit Joël.

- Vous feriez mieux de vous concentrer sur la mission, termine Ariane d'une voix sans appel.

- Allons-y, dit Levi.

Levi constate encore une fois le pouvoir des mots de ceux qui parlent peu. Tous lui obéissent sans se faire prier et ils empruntent la porte sous le regard de la lune ronde qui nimbe de sa pale aura la nuit claire. Sur un coin de sa vision, apparait un compte à rebours pour lui rappeler que la nuit ne durera pas plus de sept heures et trente et une minutes.

Un décompte dont il se serait bien passé.

Ils se déplacent aussi silencieusement que rapidement à travers les décombres du district de Shiganshima que les Titans avaient envahis lors de la perte du Mur Rose. Plus ils progressent dans ce décors apocalyptique et plus Levi doute de trouver le fameux laboratoire plein de trésors du père d'Armin sur pied. Et que toute cette folle expédition va se solder à l'arrivée par une concertation désabusée face à un tas de gravats.

A gauche

La voix d'Hugo qui lui parvient aux oreilles, le sort de ses pensées et il bifurque sur le côté.

Levi se reconcentre sur sa route et constate que la relative sécurité que lui procure la nuit le rend presque insouciant. Se balancer d'un toit à l'autre sous les rayons de la lune dans le silence de la nuit est plus grisant qu'il n'aurait cru et il surprend sur sa droite Ariane qui a repoussé ses lunettes une seconde pour profiter de la nuit sans ces couleurs criardes émises par ces verres étranges.

A son tour, il constate que les rayons de la lune sont plus que suffisants pour se déplacer.

A droite

Cette fois, c'est la voix de Louis qui lui parvient, assourdie par le fait qu'il a repoussé ses lunettes sur sa tête.

Il se reprend vite lorsqu'il entend Louis jurer, ou du moins laisse-t-il échapper une flopée de mots amers dans sa langue, des mots qu'il ne comprend pas mais dont les intonations ne trompent personne.

Les quatre étrangers se posent devant les décombres du laboratoire du père d'Armin. Mais ce spectacle ne semble pas avoir découragé Hugo qui dirige ses trois compatriotes d'une main de maître qui remuent dans tous les sens les débris du laboratoire.

- Il nous suffit d'en trouver une, dit-il.

Il se joint aux autres sans trop savoir s'il ne se lance pas dans quelques entreprises folles et sans but d'hommes qui refusent d'admettre qu'ils avaient eu tort de risquer leur vie dans une quête insensée.

- Hugo est capable de démonter, comprendre et reconstruire n'importe quel appareil, dit Ariane qui lui demande d'un hochement de tête de l'aider à dégager une poutre.

- Mais nous cherchons quoi exactement ? demande Levi.

- Aucune idée, dit Hugo. Quand je le verrai, je serai…

A manipuler les décombres fiévreusement, ils sursautent lorsque simultanément, leurs lunettes émettent un bip lugubre dans la nuit.

- Il faut partir Hugo, dit Ariane. On a juste assez de temps pour rentrer avant l'aube.

- Non ! s'exclame Hugo. Pas maintenant, pas si près du but.

Ariane le voit dégager frénétiquement les débris et pèse le pour et le contre lorsque Louis et Joël se mettent à l'aider.

- Dix minutes ! Et pas une de plus, dit Ariane et on file !

Levi jette un œil au compte à rebours qui défile devant ses yeux. Une heure trente-cinq minutes. Comment le temps avait-il pu filer si vite ! Une décharge d'adrénaline le fait revenir au présent et il se joint aux recherches.

- Il faut y aller maintenant, dit Ariane. Ça ne sert à rien !

- Non, s'écrit Hugo. Pas encore…

Une heure vingt-cinq…

Et le temps tourne.

Ariane regarde Louis et Joël avec une inquiétude palpable. Ils acquiescent gravement à son ordre tacite.

Une heure vingt

Hugo et Joël s'avancent, près de leur ami, prêt à le porter s'il refuse de les suivre lorsque…

- J'ai trouvé ! Aidez-moi ! là !

Louis et Joël ne se font pas priés et déblaient le plus vite possible les bouts de bois pour accéder à des petits cylindres de métal si petits qu'ils tiennent dans leur main.

Une heure dix

- Bien, on file !

L'urgence qui filtre de ces mots les rend plus alertes que jamais. Ils se lancent dans une course effrénée tout en sachant qu'ils ne seraient jamais assez rapides pour rejoindre la porte avant les premiers rayons du soleil.

Une lumière rouge et lointaine apparait dans ses lunettes…

Un titan au sud, alors que le jour ne s'est pas encore levé.

Mauvais signe, pense Levi.

Sans un geste, une nouvelle trajectoire se calcule immédiatement pour l'éviter et ils s'y engagent sans un mot. Un détour qui va leur coûter un temps précieux.

La lumière rouge se met à clignoter ce qui ne veut dire qu'une chose. Il les suit et il ne lui faudra que peu de temps pour les rattraper.

Mode analyse

Nouveaux calculs et Levi comprend immédiatement, le piège qui se tend sur le parcours du Titan qui fonce vers eux. Simple et efficace, ils vont l'attendre sur son passage, chacun ayant un angle d'attaque coordonné qui doit assurer le risque minimum à l'entreprise.

N'étant pas inclus dans leur calcul, Levi se camouffle pour observer la scène lorsque le Titan apparait.

Comme un balai mainte fois répété, les deux frères se montrent en premier pour attirer le monstre tandis qu'Ariane s'apprête à frapper par derrière…

Mais lorsque Ariane et Hugo se lancent, le Titan ne se laisse pas distraire par le piège, se retourne avec une vélocité étonnante, protégeant de sa main gauche sa nuque et balayant l'air de sa main droite !

Frappés en plein vol, Hugo et Ariane tombent dans le vide à la merci du Titan qui plonge ses doigts vers eux. Sans réfléchir, Levi s'élance. Ariane s'est déjà écartée et il agrippe d'une main Hugo en plongeant sur le côté. Joël et Louis tentent à leur tour de le frapper dans le dos…

Le Titan esquive et relève la tête et pousse un long cri déchirant dans l'aube naissante.

A nouveau, il se tourne en protégeant de sa main son cou et se concentre à nouveau sur Hugo lorsque de nouveaux titans apparaissent. Ces lunettes s'affolent en faisant apparaître un, deux, trois puis quatre points qui s'agitent dans tous les sens.

Pas besoin de mettre plus de pensées bout à bout pour savoir ce qu'il se passe. Le Titan appelle à l'aide, se protège… Il a l'impression de remettre les pleins pieds dans ce cauchemar qui lui a tant coûté.

Il y a un homme au contrôle de ce monstre et il a une cible, le jeune homme qu'il traine dans son sillage, encore un peu sonné, qui échappe de justesse au bras tendu du Titan qui empoigne le vide avec une force démesurée. Il voit les points qui représentent les Titans se placer entre eux et leur point de retraite avant de se déployer dans un ordre implacable, tout autour d'eux.

Une véritable embuscade, réfléchie et organisée.

La voix de Joël lui parvient étrangement en décalé entre le mécanisme de ses lunettes et le fait qu'il se trouve soudainement à ses côtés. Suivi par Ariane et Louis dans leur dos.

- Plan B, Commandant ? demande-t-il avec un calme qui dément l'horreur de la situation à Ariane.

Elle acquiesce gravement et se pose devant Hugo :

- Blessé ?

- Non, juste un peu sonné.

- Louis, Joël, vous ouvrez la voie.

Alors qu'ils s'avancent, Ariane ouvre une fenêtre pour parler en privé à Levi :

- Ils vont nous ouvrir une brèche et on passe. La seule priorité, c'est Hugo.

Le regard qu'elle lui lance lui fait comprendre que le cerveau du jeune homme vaut plus à ses yeux que son dernier souffle, celui des deux frères ou même le sien.

Dans un mouvement parfaitement symétrique, les deux frères se propulsent dans le vide, les bras écartés d'où sortent des myriades de fils d'acier qui s'animent d'une vie propre. Les fils qui étincellent dans l'aube se meuvent, maîtres d'œuvre d'une sombre pantomime s'agitant au bout des doigts des deux pendants et abattent d'un trait précis les trois premiers titans qui leur barraient la route…

Au même instant, alors que les batteries de ses lunettes rendent l'âme, il voit Ariane forcer Hugo à s'engouffrer dans la brèche et file dans son ombre alors que les deux frères s'interposent entre eux et les Titans qui s'élancent à leur suite.

- FUYEZ !

Ces précieuses secondes leur permettent de filer. Un sacrifice pour sauver leur pièce maîtresse auquel la jeune femme a consenti sans sourciller une seule seconde. Et lorsque le gamin tente de protester, elle lui assène quelques mots qu'il ne peut saisir mais qui le force à ne plus regarder en arrière.

Au bout de plusieurs minutes de cette course folle sur les toits, les murailles protectrices enfin en vue, il sait qu'il est trop tard pour qu'ils leur ouvrent les portes. Ariane et Hugo l'ont compris aussi et alors qu'Hugo se lance dans l'ascension, il voit Ariane lui envoyer un coup dans le dos, en traitre.

Elle le récupère telle une poupée de chiffon et le lui colle dans les pattes…

- Vous…

… et disparait aussi vite qu'elle le peut.

Levi secoue lentement la tête en s'acquittant de sa tâche. Elle allait risquer sa vie pour une mission aussi désespérée qu'inutile.

Un affront envers le sacrifice exemplaire de ses hommes.

- Capitaine ! s'écrit Armin qui avait assisté à presque toute la scène grâce à ses lunettes en se précipitant.

Levi se débarrasse du gamin encore inconscient comme d'un paquet encombrant sans vraiment prêter attention aux exclamations de ses hommes qui partent dans tous les sens. Il doit parler à Erwin le plus vite possible lorsqu'une agitation se crée sans les rangs.

Ariane dont la combinaison est en lambeau du cou à la ceinture, encore fumante des effluves titanesques apparait seule. Dans son dos, sont accrochés les deux lames de Louis et Joël et il voit les deux paires de lunettes accrochées à son bras gauche.

Elle n'est pas retournée en arrière pour ses hommes.

Elle est retournée sur ses pas pour le matériel.

- Des complications ? demande Erwin qui se tient dans son dos.

- On a été attaqué, répond-il, et comme la dernière fois, il y avait quelqu'un aux commandes.


BONUS

Le matin même

Levi, sa nouvelle lame dans le dos, regagne d'un pas rapide ses quartiers lorsqu'il croise Mikasa.

Elle aussi s'était vu offrir une arme semblable par les étrangers, une parure d'acier enserrée dans un fourreau rouge sombre qu'elle porte élégamment dans le dos. Et l'espace d'un instant aussi bref qu'intense, leurs regards étincelants d'une reconnaissance réciproque se croisent avec intensité.

Armin et Eren qui assistent à la scène sont à deux doigts de tomber à la renverse devant cet étalage émotif inhabituel des deux êtres les plus flegmatiques de leur connaissance.

Armin se penche avec le regard en coin du conspirateur :

- T'as bien vu la même chose que moi ?

- Tout à fait, répond Eren d'un air complice, détachant chaque syllabe de sa réponse.

- Disons que pour eux, ça revient presque à une débauche de ravissement, une approbation réciproque …

Eren imagine déjà Mikasa et son Capitaine, en train d'examiner leur nouvelle arme des étincelles dans les yeux, testant la dureté de leur nouveau joujou comme des enfants, ébahis devant l'élégance de leur épée…

- Du genre… Et t'as vu à quel point elle est résistante, dit Eren en mimant par des gestes bien peu discret la scène qui se déroule dans son esprit.

- Et légère, en rajoute Armin en se prenant au jeu…

- Et belle aussi !

Eren éclate de rire devant sa réplique et s'étonne presque qu'Armin ne s'esclaffe pas avec lui. Il relève la tête pour voir Armin, les lèvres figées dans un rictus d'effroi.

Eren n'ose se retourner, il a compris.

- Ils sont encore dans mon dos, c'est ça, murmure Eren…

Armin lève la tête mécaniquement vers lui.

- Cours !