Harry Potter et la barrière close
Contexte : Harry et Ron sont bien embêtés. Avec toute la famille Weasley, ils sont arrivés très en retard à la gare de King's Cross, et au moment de passer la barrière séparant le reste de la gare du quai 9 ¾, alors que le reste de la famille se trouvait déjà là-bas, ils ont trouvé la barrière magique hermétiquement fermée. Ils ont eu beau tout essayer, pas moyen de l'ouvrir, et les minutes se sont égrenées jusqu'à ce que le Poudlard Express soit parti. Que faire alors ?
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Hedwige hululait comme jamais dans sa cage, attirant sur les deux enfants les regards curieux et froissés des passants. Rester sagement là en attendant le retour des parents de Ron ne semblait pas une bonne idée. Pourraient-ils d'ailleurs repasser la barrière dans l'autre sens ?
– Il vaut mieux qu'on aille les attendre près de la voiture, dit Harry. On se fait trop remarquer, ici...
– Harry ! s'exclama Ron, le regard soudain brillant. La voiture !
– Quoi, la voiture ?
– On peut la faire voler jusqu'à Poudlard !
Harry lança à son ami un regard consterné, en surveillant du coin de l'œil un badaud qui semblait avoir entendu une bribe de parole saugrenue. Il saisit alors Ron par la manche d'une main, ses bagages et Hedwige de l'autre, et l'entraîna sans mot dire vers l'extérieur de la gare. Il reparla seulement quand ils se retrouvèrent près de la voiture, à l'abri des oreilles indiscrètes.
– Tu te rends compte que tu viens de parler de voiture volante dans une gare pleine de Moldus. Chez eux, ça n'existe pas, sauf dans certains films.
Harry songea à Retour vers le futur. Il avait vu ce film sur magnétoscope, mais quand il avait ensuite mentionné la fin avec la DeLorean volante, Vernon était devenu cramoisi et avait brûlé la cassette vidéo. Résultat : interdiction de regarder des films seul dorénavant.
– C'est quoi, un film ? demanda Ron, intrigué.
– Laisse tomber... Qu'est-ce que c'est que ton histoire de faire voler la voiture ? Tu ne sais même pas conduire !
– Mais si ! J'ai vu Fred et George le faire, ça ira bien.
– Mais il faut plus de sept heures pour rejoindre Pré-au-Lard ! Et puis tes parents vont revenir. Qu'est-ce qu'ils vont dire quand ils ne trouveront pas la voiture ?
Ron resta un instant silencieux, touché par le dernier argument.
– La barrière est fermée, finit-il par dire lentement. On ne sait même pas s'ils vont pouvoir repasser dans l'autre sens. En fait, je suis même sûr qu'ils ne peuvent pas. Ils ont bien dû se rendre compte qu'on n'était pas là, donc s'ils avaient pu, ils seraient venus nous rechercher.
Harry fit une grimace. Il n'aimait pas ça, mais sur ce point précis, son ami avait raison. Pourtant, la solution proposée ne lui plaisait pas du tout.
– Écoute, on va attendre dix minutes voir si tes parents reviennent. De toute façon, on a déjà loupé le train, on n'est pas à ça près. Et si au bout du compte on ne les voit pas...
– Alors on part en voiture ! annonça Ron avec un grand sourire.
– Non ! On envoie un hibou ! répliqua Harry en montrant Hedwige.
Ron resta bouche bée.
– Ah oui, concéda-t-il. C'est une bonne idée.
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Harry laissa Ron près de la voiture avec les bagages et Hedwige tandis qu'il retournait faire le guet du côté du quai 9 ¾. Il commença par réessayer à tout hasard de passer la barrière, sans succès, puis se trouva un poste d'observation sur un banc non loin. Les minutes passèrent, sans que rien d'inhabituel ne vienne troubler le flux incessant de voyageurs moldus.
Finalement, un gardien apparut près de la barrière. Cela aurait pu ne pas retenir l'attention de Harry, car d'un œil extérieur il s'agissait juste d'un employé de la gare qu'on n'aurait pas vu un instant auparavant à cause de l'encombrement des lieux. Mais Harry reconnut l'homme qui gardait la barrière de l'autre côté, et poussa un soupir de soulagement. Quelques instants plus tard, l'œil averti de Harry repéra des gens qui passaient la barrière à leur tour. Mrs Weasley était parmi eux.
Il s'avança en tentant d'écouter les conversations. La mère de Ron semblait être en train de rassurer un certain monsieur Crivey, lui assurant que ça ne se reproduirait pas. Un homme avec une petite moustache blonde partit à grand pas, visiblement furieux. Quand Harry parvint enfin jusqu'à Mrs Weasley, elle était en pleine conversation avec les Granger. Elle tourna la tête en le voyant et fit un grand sourire soulagé.
– Ah, tu es là, Harry !
– Oui. Ron est à la voiture avec les affaires, dit Harry tout en saluant les parents d'Hermione. Qu'est-ce qui s'est passé ?
– On ne sait pas encore. Arthur est allé chercher des collègues à lui au ministère pour examiner la barrière mais maintenant qu'elle est revenue à la normale, il n'y aura sans doute rien à en tirer...
– Vous étiez tous enfermés dedans ?
– Oh, la plupart s'en fichent puisqu'ils ne passent pas par là, mais on commençait à se demander si on ne serait pas obligés de faire transplaner les parents moldus avec nous.
Harry glissa un regard un coin à Mrs Granger qui ne semblait pas rassurée à cette idée. Mrs Weasley se retourna tandis que d'autres personnes passaient la barrière. Il y avait des moldus un peu désorientés, mais aussi des certains sorciers qui examinaient la barrière de ce côté en discutant à voix basse.
– Voilà Perkins, dit-elle en saluant de la main un vieux sorcier aux cheveux blancs. Et Mafalda Hopkirk, bien, on dirait qu'Arthur a réussi à rameuter du monde.
Harry reconnut ce dernier nom : c'était la sorcière du département de l'usage abusif de la magie qui lui avait envoyé une lettre d'avertissement. Oui, certainement, quelqu'un avait abusivement fait usage de la magie sur cette barrière.
– Comment va-t-on faire pour aller à l'école ? demanda ensuite Harry.
– Va chercher Ron et les affaires, nous retournons sur le quai.
Harry obéit tandis que les Granger prenaient congé, et il revint bientôt avec son ami, qui semblait presque déçu de manquer une opportunité de faire voler la voiture. Il passa enfin sur le quai 9 ¾, à présent presque désert. Quelques sorciers étaient là aussi en train d'examiner la barrière. Un employé du ministère pestait bruyamment.
– Intacte, comme s'il ne s'était rien passé ! Ce n'est pas une enquête, c'est une devinette !
– Ah ! Harry, Ron, vous voilà ! intervint la voix de Mr Weasley. J'avais très peur que vous soyez partis en voiture.
Harry observa Mrs Weasley qui avait les yeux plissés. Sans doute avait-elle eu très peur en effet, mais que son mari aurait trouvé ça presque amusant. Harry imaginait très bien le genre de conversation qu'ils avaient pu avoir quelques minutes plus tôt.
– Comment fait-on pour aller à Poudlard ? demanda Harry qui n'avait toujours pas la réponse.
– Je me suis arrangé avec le département de régulation des transports magiques. Nous allons vous faire transplaner au ministère et, de là, vous prendrez une cheminée pour le pub des Trois Balais, à Pré-au-Lard. Ils sont en train de la connecter en urgence.
Harry, qui avait un souvenir désagréable de la poudre de cheminette, fit une grimace.
– Voici Mr Tycross, ajouta Mr. Weasley en montrant un petit sorcier non loin de lui. Il est maître du transplanage et va vous emmener au ministère.
Harry salua l'homme à l'allure presque éthérée qui se présenta à eux, et lui expliqua en deux mots le transplanage, en d'autres termes la magie de la téléportation. Harry ne serait pas capable de le faire avant quelques années, mais en cas d'urgence, un adulte pouvait emmener quelqu'un avec lui.
– Puisqu'on peut faire ça, pourquoi ne pas aller directement à Pré-au-Lard ? demanda Harry avec une pointe d'espoir dans la voix.
– Le transplanage est une pratique dont la difficulté augmente avec la distance, répondit Tycross d'une voix lente. Et emmener quelqu'un avec soi l'accroît encore. Même pour moi, il serait hasardeux d'emmener deux enfants aussi loin que Pré-au-Lard.
Harry fit un petit sourire résigné. Tycross demanda alors à Harry de lui tenir le bras. Pour plus de sécurité, il emmènerait séparément Ron, puis les bagages. Suivant les instructions de l'employé du ministère, Harry agrippa fermement le poignet offert.
Tout à coup, il se sentit comme aspiré et comprimé en même temps, comme si une force invisible forçait son corps à passer à l'intérieur d'une étroite canalisation. La douleur lui vrilla un instant les tympans, mais tout à coup, il vit apparaître une grande salle magnifique, mais il n'eut pas le temps de s'émerveiller. Il se pencha, la main sur l'estomac, et régurgita son petit-déjeuner. Une sorcière blasée fit disparaître les miasmes d'un simple coup de baguette magique tandis que Tycross repartait chercher Ron.
Pendant ce temps, Harry observa mieux les lieux, parcourus de temps à autre par des sorciers à l'air pressé. Le hall principal du ministère était immense. Tout dans cette pièce respirait le luxe et la solennité, du parquet en bois sombre au plafond magique couvert de symboles dorés, des cheminées délicatement ouvragées qui couvraient certains murs à la fontaine d'or qui trônait au centre de la salle, ornée de majestueuses statues. Harry reconnut un sorcier, une sorcière, un gobelin, un centaure et un elfe de maison. Il repensa alors à l'étrange Dobby en détaillant la statue qui regardait celle du sorcier dans une expression proche de la vénération, mais fut interrompu dans sa contemplation par l'arrivée de Ron. Celui-ci ne vomit pas, mais il était quand même pâle et nauséeux.
Quand Tycross revint avec les bagages et Hedwige qui hululait à tue-tête, il les laissa aux bons soins de Mrs Edgecombe, la sorcière qui avait nettoyé derrière Harry quelques minutes plus tôt. Celle-ci était la responsable du réseau de cheminette.
– Venez par là, leur dit-elle d'un ton peu amène.
Elle les emmena vers la rangée de cheminée non loin, leur en montra une, et les invita à prendre de la poudre de cheminette. Visiblement, elle avait eu une matinée agitée, et appréciait peu d'avoir à s'occuper d'élèves retardataires, quelle que soit la raison de ce retard. Sans chercher à argumenter, Harry regarda Ron entrer dans la cheminée tandis qu'un autre sorcier apparaissait un peu plus loin.
– Les Trois Balais ! articula distinctement le rouquin en lançant la poudre, avant de disparaître dans un grondement de flammes.
Harry s'approcha de l'âtre avec appréhension. Il se saisit de la poudre, prit une profonde inspiration, et cria à son tour le nom de sa destination.
À nouveau, comme quand il s'était rendu sur le Chemin de Traverse, il se sentit aspiré comme dans un tourbillon géant. Mais cette fois-ci, cela lui sembla moins terrible, d'une part parce qu'il était préparé, mais aussi, espérait-il, parce que ça se passait sans erreur d'aiguillage.
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Et en effet, Harry se retrouva cette fois dans une salle encombrée de tables et de chaises d'une petite auberge cossue, juste derrière Ron qui époussetait sa robe. Deux sorcières étaient en train de siroter un verre à une table non loin, tandis qu'un vieux sorcier à la cape pourpre était accoudé au comptoir, mais à part eux et la tenancière qui servait une bière à ce dernier, la salle était vide. Ce n'était pas encore l'heure d'affluence. La tenancière, une jolie blonde aux courbes généreuses, s'avança vers eux un balai à la main.
– Bonjour les enfants, dit-elle aimablement en essuyant la cendre qu'ils avaient déversée en arrivant. On m'a prévenue de votre venue.
Elle tira ensuite deux chaises et les invita à s'asseoir.
– Restez tranquilles par ici, je vais venir vous apporter à manger un peu plus tard. En début d'après-midi, l'école doit vous envoyer un professeur. Il vous fera visiter le village pour vous faire patienter, puis il vous emmènera vers dix-huit heures trente à la gare où vous rejoindrez vos camarades descendus de l'Express.
La sorcière, nommée Madame Rosmerta, retourna s'occuper un moment de ses clients, et d'autres qui commençaient à arriver à mesure que midi approchait. Harry remarqua que Ron suivait des yeux les mouvements gracieux de ses hanches, ponctués des coups secs de ses talons hauts sur le parquet. Il n'avait pas la tête à ça, songeant à nouveau aux événements étranges de la matinée.
Il les ressassa un moment, ne comprenant pas pourquoi la barrière s'était retrouvée scellée. Il repensa alors à l'avertissement de Dobby : quelque chose de très mauvais se tramait à Poudlard. Cette barrière défectueuse en était-elle le premier et fort bénin symptôme ?
Finalement, ces sombres pensées furent dissipées par le délicat fumet d'un appétissant ragoût qui vint lui titiller les narines. Madame Rosmerta leur apporta de généreuses portions accompagnées de légumes et les laissa manger tranquillement. Elle leur précisa que le professeur serait là dans une heure.
– Tu penses que ce sera qui ? demanda Ron en engloutissant sa viande.
– McGonagall ? C'est la responsable de notre maison, après tout.
Ron secoua la tête, la mine dubitative.
– Ça m'étonnerait. Elle s'occupe d'accueillir les première année, et elle doit préparer la cérémonie de la répartition. Tu imagines que ce soit Rogue ?
– Non, je n'imagine vraiment pas, répondit Harry en riant. C'est le dernier que je verrais s'attarder à flâner avec nous à Pré-au-Lard...
Une heure plus tard, ils eurent la réponse à leur question. Ils étaient en train de finir de manger de délicieuses glaces quand une voix charmeuse retentit.
– Ma chère Rosmerta, quel immense plaisir que de vous revoir !
La sorcière rougit un peu en s'avançant vers le sorcier à la cape vert émeraude qui venait de rentrer dans l'auberge.
– Mr Lockhart, minauda-t-elle, tout le plaisir est pour moi.
Soudain, Harry eut très envie de remonter le temps et de finalement venir en voiture volante.
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Conséquences à long terme : Une petite histoire sans importance, n'est-ce-pas ? Ah si, il y a quand même une toute petite conséquence. Harry et Ron meurent dans d'atroces souffrances, dévorés par les enfants d'Aragog vers la fin du tome. Pas de Ford Anglia sauvage pour leur sauver la mise, je ne donne pas cher de leur peau.
Détail, détail...
