Sirius Black et le rat cordé

Contexte : Dans la cabane hurlante, Sirius Black et Remus Lupin ont rendu à Peter Pettigrow son apparence normale, lui qui se faisait passer pour le rat de Ron. Ils ont convaincu Harry qu'il était le responsable de la mort de ses parents et qu'il s'était servi de Sirius comme d'un bouc émissaire. Mais au moment où les deux sorciers s'apprêtaient à tuer le traître, Harry s'est interposé et a demandé à ce qu'il soit plutôt livré aux autorités. Il ne voulait pas que les deux meilleurs amis de son père deviennent des meurtriers.

Sirius abaissa sa baguette en même temps que Lupin. Après tout, le gamin avait peut-être raison, James l'aurait sans doute voulu ainsi.

– Tu es la seule personne qui ait le droit de décider, dit-il à son filleul. Mais pense... pense à ce qu'il a fait.

Harry avait le regard déterminé de celui qui a pris une décision irrévocable.

– Il ira à Azkaban, répéta-t-il. Si quelqu'un mérite d'y être enfermé, c'est bien lui...

– Très bien, dit Lupin. Écartez-vous, Harry.

Harry hésita.

– Je vais simplement le ligoter, dit Lupin.

– Je ne crois pas que ce soit une bonne idée, intervint Sirius. Il va à nouveau se transformer en rat et filer rejoindre la vermine.

– S'il ose essayer, nous l'abattrons. Si cela convient à Harry, bien sûr.

Harry hocha la tête tout en s'écartant, mais alors que Lupin s'apprêtait à conjurer des cordes pour ficeler le sorcier, Sirius intervint de nouveau.

– Je serais plus tranquille si on l'assommait. De toute façon, remarqua-t-il en montrant du menton la silhouette inanimée de Rogue, on sera bien obligés de faire léviter l'autre, là, donc un de plus ou un de moins...

Pettigrow fit une grimace en voyant Harry hausser les épaules. Lupin brandit à nouveau sa baguette magique.

– Stupéfix !

Le petit sorcier eut à peine le temps de lever les mains comme pour se protéger dérisoirement du sortilège qui le frappa de plein fouet, et il s'effondra comme une masse sur le plancher.

– Il aura son compte pour un moment, dit Lupin en reportant ensuite son attention sur Ron. Fais-moi voir ta jambe, il va falloir te mettre une attelle en attendant que tu voies Madame Pomfresh. Elle est plus compétente que moi pour soigner ce genre de choses.

Il se pencha sur le rouquin et tapota la jambe fracturée de sa baguette en murmurant « Ferula ». Des bandages et une attelle se fixèrent soigneusement sur la blessure, et Ron put alors poser le pied par terre pour éprouver le raccommodage. La douleur s'était bien estompée. Ron sourit faiblement.

– C'est beaucoup mieux comme ça, dit-il. Merci.

Pendant ce temps, Sirius s'avança vers Rogue qui était toujours étendu par terre, inconscient. Il lui prit le pouls.

– Il n'a rien de grave. Mais avec vos trois sorts combinés, il va dormir un moment encore. Ça va nous faciliter la tâche. On va les emmener tous les deux.

Lupin prononça « Mobilicorpus » par deux fois, et Pettigrow et Rogue se retrouvèrent debout. On aurait dit qu'ils étaient soulevés par des fils invisibles, tels des marionnettes géantes. Leurs pieds pendaient à quelques centimètres du sol.

– Allons-y, grogna Sirius.

D'un bond léger, le fidèle Pattenrond sortit le premier de la pièce, devançant les deux sorciers inconscients et leur étrange escorte.

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Cela faisait longtemps que Sirius n'avait pas eu l'occasion de s'amuser un peu. Il menait Rogue dans le tunnel de la pointe de la propre baguette de son ancien condisciple, et prenait un plaisir pervers à ne pas se préoccuper de l'empêcher de racler le plafond par moments. Pendant ce temps, il gardait un œil sur les autres qui avançaient devant lui, Pattenrond tout devant, la queue touffue bien dressée comme un point de ralliement, la jeune Hermione qui aidait son ami Ron à marcher, Lupin qui menait Peter à la baguette, et bien sûr Harry, son filleul, le dernier membre valable de sa famille.

– Tu sais ce que ça signifie, de livrer Pettigrow ? dit-il soudain.

– Vous êtes libre, répondit Harry.

Certes, et c'était une sensation grisante d'y penser, mais ce à quoi Sirius réfléchissait, c'était à l'opportunité de rattraper le temps perdu avec son filleul, et de respecter la parole qu'il avait donnée à James bien longtemps avant. Il lui avait promis, alors, de s'occuper de son fils le cas échéant. C'était presque dans une autre vie, mais la voix de son ami résonnait encore dans ses oreilles.

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Sirius propose à Harry de quitter les Durlsey et de venir s'installer avec lui. Harry accepte plutôt deux fois qu'une, bien entendu. Ils finissent ensuite tous par sortir dans le parc.

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Soudain, il y eut une éclaircie dans le ciel, de faibles ombres se dessinèrent. À présent, la lueur du clair de lune baignait les alentours.

La silhouette flottante grassouillette de Peter Pettigrow s'arrêta soudain. Sirius vit que Lupin avait baissé sa baguette, et passa de la surprise à l'horreur quand il comprit ce qui se passait. Le retour de Lunard, la métamorphose du lycan, un événement auquel il n'avait pas assisté depuis presque quinze ans. Sirius arrêta Harry du bras. Hermione et Ron continuaient leur chemin derrière Pattenrond, inconscients du danger.

– Hermione ! Ron ! Fuyez ! cria-t-il.

Il repoussa la silhouette de Rogue sur le côté et s'interposa entre son filleul et Lupin qui poussa un sinistre grognement. La transformation se fit rapidement, toujours aussi terrifiante et saccadée, inhumaine, douloureuse même à regarder, aux antipodes de la transformation magique harmonieuse d'un Animagus. Sirius savait qu'il n'avait qu'une solution pour sauver les enfants, et se transforma en chien.

Il se précipita d'un bond sur son ami loup-garou, et lui planta les crocs dans le cou pour le tirer en arrière loin des enfants et de l'infâme silhouette de Pettigrow. Et ils se battirent férocement, Sirius gardant à l'esprit son objectif premier : éloigner toujours plus le danger vers la forêt interdite.

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Harry resta un long moment figé à regarder le sinistre spectacle, puis se retourna vers ses deux amis et vers les deux sorciers inconscients, immobiles, qui flottaient toujours au-dessus du sol.

– Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? demanda-t-il en réprimant un frisson.

– On peut essayer de pousser Pettigrow jusqu'au château, répondit Ron avec une moue dubitative. Dans un premier temps, on laisse Rogue par ici. Pettigrow est plus important.

Les trois enfants hochèrent la tête, mais au même instant, un hurlement retentit au loin. Le loup-garou s'enfuyait pour de bon dans la forêt. Sirius revint vers eux, toujours sous l'apparence du gros chien noir. Il saignait, des plaies suintantes zébrant le pelage sur son museau et son dos. Il reprit alors son apparence humaine.

– Tout va bien, les enfants ? grogna-t-il.

Les trois hochèrent la tête, soulagés qu'il ait réglé le problème, et tristes pour le professeur Lupin. Sirius ramassa la baguette magique qu'il avait laissée tomber dans l'échauffourée et regarda les deux sorciers flottants.

– On va ramener Peter, c'est le plus important. On verra pour Severus plus tard.

D'un geste de la main, il rompit le charme qui maintenait Rogue en l'air, et le maître des potions s'affaissa dans l'herbe. Il brandit alors sa baguette et fit à nouveau avancer Pettigrow. Flanqué des trois enfants et d'un Pattenrond remis de ses frayeurs, il avança avec précaution en direction du château.

Tandis qu'ils avaient parcouru environ la moitié de la distance, Harry commença à éprouver une sensation étrange de froid. Sirius poussa un hoquet de frayeur, comme le jappement d'un chien maltraité, et s'effondra à genoux. Peter Pettigrow resta immobile devant eux.

Alors, Harry les vit. Une multitude de Détraqueurs, attirés par leur proie comme par un aimant, convergeaient autour d'eux. Le froid glacial commença à s'infiltrer au plus profond de ses entrailles, et un brouillard blanc à lui obscurcir la vue. De tous les côtés, des Détraqueurs surgissaient de l'obscurité et les encerclaient.

– Pensez à un souvenir heureux ! hurla Harry en levant sa baguette, clignant des yeux pour s'éclaircir la vue, secouant la tête pour ignorer le cri qui commençait à s'élever en lui.

Sirius ne pouvait déjà plus réagir. Prostré, la tête dans les mains, il était déjà sous l'emprise du désespoir, lui qui avait tant subi. Hermione et Ron sortirent leurs baguettes, la terreur dans les yeux.

– Je vais aller habiter chez mon parrain. Je quitte les Dursley à tout jamais.

Il se força à penser à Sirius, uniquement à Sirius, et se mit à scander.

– Spero Patronum ! Spero Patronum !

Black fut secoué d'un frisson. Il roula sur le côté et resta étendu là, pâle comme la mort.

– Tout va s'arranger. Je vais aller vivre chez lui.

– Spero Patronum ! Hermione, Ron, Aidez-moi ! Spero Patronum !

Mais Ron, affaibli par sa blessure, s'était déjà écroulé, et Hermione ne pouvait qu'articuler indistinctement en agitant mollement la main. Bientôt, les Détraqueurs ne furent qu'à quelques mètres d'eux, formant un mur solide autour.

– SPERO PATRONUM ! hurla Harry.

Un mince filet d'argent jaillit de sa baguette magique et flotta comme une brume devant lui. Au même moment, il sentit Hermione s'écrouler pour de bon. Devant lui, la silhouette de Peter s'affaissa.

À la faible lueur de son Patronus informe, il vit un Détraqueur s'arrêter tout près de lui. Il n'arrivait pas à traverser le nuage d'argent que Harry avait fait surgir de sa baguette magique, et reporta donc son attention sur le corps inconscient de Pettigrow.

– Il mourra, finalement, pensa Harry.

Ce n'était pas une pensée heureuse. Cela signifiait qu'il ne pourrait pas être interrogé et innocenter formellement Sirius. Bien sûr, sa présence même soulèverait des questions, mais sans doute ils n'admettraient pas s'être trompés. De toute façon, Sirius allait mourir avec lui dans quelques minutes, alors quelle importance ?

Le désespoir commença à submerger Harry tandis que le cri de sa mère affluait vers ses oreilles, et il vit avec horreur le Détraqueur sortir une main putréfiée de dessous sa cape et la porter vers sa cagoule. Le monstre écarta le tissu, laissant apparaître un visage cadavérique, dépourvu d'yeux, mais avec une bouche immense, un trou béant prêt à tout engloutir, qui aspirait l'air et les sentiments heureux autour.

Le monstre commença à se baisser vers Peter, tandis que Harry s'effondrait à son tour dans l'herbe moite. Le Patronus dérisoire disparut. Le cri de sa mère hurla dans ses oreilles. Ce serait le dernier son qu'il entendrait.

Alors, dans le brouillard qui l'engloutissait, il eut l'impression de d'apercevoir une lueur argentée qui devenait de plus en plus brillante. À bout de forces, tremblant, il fit un effort surhumain pour ouvrir les yeux et regarder dans la direction d'où venait cette lumière. Il ne vit d'abord qu'une blancheur absolue qui l'entourait, mais il sentit son désespoir refluer, les cris de sa mère s'estomper, et il sentit que les Détraqueurs reculaient. Quelque chose les repoussait.

Il rassembla ses dernières forces pour lever la tête. C'est alors qu'il le vit. Dans la lumière argentée, un animal galopait majestueusement vers lui. Il avait le pelage d'une clarté lunaire, et portait haut une belle tête aux longs cils argentés. Une fois qu'il eut fait fuir tous les Détraqueurs autour, il fit volte-face, offrant aux regards son flanc gracile, puis partit dans la direction opposée. Il rejoignit une silhouette humaine qui leva la main pour flatter son encolure. Pendant un instant, Harry n'arriva pas à distinguer son sauveur. Sa vue se brouilla, mais il crut reconnaître quelqu'un d'étrangement familier. Puis il s'évanouit pour de bon.

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– Une histoire stupéfiante... Vraiment stupéfiante... Un miracle qu'il n'y ait pas eu de mort... Jamais rien entendu de semblable... Une chance que vous ayez été là, Rogue.

– Merci, Monsieur le Ministre.

– Voilà qui vous vaudra l'Ordre de Merlin première classe, sans aucun doute.

– Merci beaucoup, Monsieur le Ministre.

– Bel animal, cette biche que vous aviez là. Vous avez bien fait de la garder en escorte jusqu'à ce que j'arrive. Un Patronus capable de repousser des dizaines de Détraqueurs... Vous devriez être professeur de Défense contre les forces du mal, pas de Potions.

– En fait, cela ne me déplairait pas, répondit Rogue avec un sourire en coin et l'air de ne pas y toucher. Mais c'est le directeur qui décide, bien entendu.

– Eh bien je lui en parlerai. Ça ne fait aucun doute que votre talent est sous-exploité. D'ailleurs, vous avez déjà assuré des cours de remplacement, me semble-t-il.

Rogue hocha la tête en silence. Il était aux anges. Il lui fallait maintenant pousser Lupin vers la sortie, ce qui serait tout à fait facile. Il suffirait de glisser une certaine information importante aux élèves.

Fudge se retourna vers un des sorciers convalescents. Le fameux Peter Pettigrow, revenu d'entre les morts. Sa présence, bien sûr, posait tout un tas de questions. Dumbledore n'avait pas manqué de suggérer que Black n'était peut-être pas aussi coupable qu'il avait semblé et même Rogue, qui détestait cordialement Black, n'avait pu qu'acquiescer.

Dumbledore entra dans la pièce en compagnie de Madame Pomfresh, qui intima à tout le monde de sortir.

– Si vous le permettez, ces enfants ont besoin de soin et de repos. Ils ont été durement éprouvés.

L'infirmière fusillait en particulier le ministre du regard, outrée de l'attaque des Détraqueurs sur des élèves.

– Nous sortons, mais nous emmenons Pettigrow, répondit Dumbledore en se tournant ensuite vers Rogue. Amenez-nous une potion de vérité, Severus.

Rogue se retira sans un mot.

– Vous avez rattrapé le loup-garou ? demanda Fudge.

Dumbledore secoua la tête.

– Le professeur Lupin se terre au fond de la forêt, sans doute. Nous nous en occuperons plus tard. Pour l'instant je veux vraiment vérifier cette histoire que Sirius Black m'a racontée.

Sachant très bien que la vérité, quoique nécessaire, lui apporterait des tas d'ennuis, Fudge grimaça en suivant le directeur.

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Conséquences à long terme : Même si c'est Barty Croupton qui en est la pièce maîtresse, la capture de Pettigrow risque de faire complètement capoter le plan de Voldemort pour revenir. En effet, c'est Pettigrow qui capture Bertha Jorkins en Albanie, et en suivant c'est Bertha qui révèle la tenue du tournoi des trois sorciers et l'existence de Barty. En fait, il est possible que sans Peter, Barty ne rejoigne même pas Voldemort.

Tout ça parce que quelqu'un se sera rendu compte que ficeler et menotter un Animagus rat, c'est débile quand on est des sorciers avec des pouvoirs magiques... à mon goût, la plus stupide stupidité de toute la série (mais tellement nécessaire au récit de Rowling, bien sûr).

En conséquence négative, Buck l'hippogriffe mourra. Il n'y a aucune raison que Harry soit renvoyé dans le temps puisque Pettigrow est capturé.

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Note : dans l'original, Harry du futur sauve Harry du passé, qui survit et peut donc remonter le temps pour se sauver, et la boucle est bouclée. Sauf que dans la première « occurrence temporelle », Harry est tué par le Détraqueur, donc ne peut pas remonter le temps pour se sauver, et la boucle est bouclée aussi. On est en fait face à un paradoxe temporel digne de Terminator (où le fils envoie son propre père dans le passé pour se donner naissance). La solution à ce paradoxe, c'est qu'à la première occurrence, quelqu'un d'autre puisse sauver Harry, et ce quelqu'un c'est forcément Rogue. On sait dans le livre qu'il arrive sur les rives du lac juste quand les Détraqueurs refluent. Donc si aucun Patronus ne les avait repoussés, il serait peut-être arrivé juste à temps pour intervenir lui-même. Puis, Harry remontant le temps pour sauver Sirius, il aurait lancé son propre Patronus, enlevant le besoin pour Rogue d'intervenir, et créant la boucle telle qu'on la connaît. En fait, dans mon récit, je n'ai fait que transposer cette idée que c'est Rogue qui repousse les Détraqueurs à la situation où Harry n'a pas à remonter le temps.