Severus Rogue et le cambrioleur

Contexte : Durant la deuxième épreuve du tournoi des trois sorciers, Harry a fait usage de Branchiflore, plante qui permet de respirer sous l'eau et qui lui a été remise in extremis par l'elfe de maison Dobby. Après quelques péripéties, Harry finit l'épreuve et se voit accorder une note plus que correcte. Tout le monde applaudit les quatre concurrents.

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– La troisième et dernière tâche se déroulera le 24 juin au coucher du soleil, clama Verpey. Les champions seront informés de la nature de cette tâche un mois exactement avant sa date. Merci à tous du soutien que vous avez manifesté aux champions.

Tandis que Harry enfilait des vêtements secs fournis par madame Pomfresh, il songeait avec délectation que pendant quatre mois, il n'aurait pas d'épreuve, ni de préparation d'épreuve, il n'aurait en somme à se soucier de rien. À part peut-être du professeur Rogue qui fit irruption dans l'infirmerie.

Le maître des potions avait un mince sourire sur le visage, le genre de sourire qui ne présageait en général rien de bon. Derrière lui apparut le professeur Dumbledore qui balaya du regard la pièce où Viktor Krum s'essuyait les cheveux et l'infirmière administrait un remontant à Gabrielle Delacour. Puis il se tourna vers Rogue.

– Pas ici, Severus.

Le directeur s'avança vers Harry et lui parla à voix basse pour ne pas déranger les autres.

– Viens dans mon bureau, s'il te plaît, Harry.

Harry hocha la tête et suivit sans mot dire. Un peu plus loin, Ron leva un sourcil interrogatif et il lui répondit d'un haussement d'épaules. Il n'en savait pas plus que lui. Il suivit les deux professeurs hors de la pièce jusqu'à la gargouille qui gardait l'entrée du bureau du directeur.

– Nid de cafards, dit doucement Dumbledore.

La statue s'écarta doucement et fit glisser le mur derrière elle. Dumbledore invita d'un signe de la main Harry à monter devant. Tandis que le jeune sorcier s'étonnait de l'incongruité du mot de passe, il grimpa quelques marches de l'escalier en colimaçon pour laisser les deux autres se placer derrière lui, et l'ensemble du mécanisme se mit à tourner doucement. Il se retrouva bientôt devant la lourde porte de chêne qui barrait l'entrée du bureau proprement dit.

Harry s'avança à l'intérieur. Il connaissait déjà cette pièce, pour y être allé une première fois au cours de sa deuxième année à Poudlard. Cette fois encore, son regard fut tout de suite attiré par l'impressionnante collection d'artefacts magiques étranges, mais il en fut rapidement distrait par les bavardages venant des portraits des anciens directeurs de l'école. Apparemment, même s'il semblait peu probable que l'un d'entre eux ait pu assister à l'épreuve, ils avaient été au moins mis au courant et y allaient de leurs commentaires. Néanmoins, les discussions se turent quand ils virent entrer les professeurs Rogue et Dumbledore.

Le directeur s'assit tranquillement à son bureau et les deux autres lui firent face. Harry était toujours aussi perplexe quant à la raison de cette entrevue. Albus Dumbledore prit la parole.

– J'ai voulu cette petite réunion, Harry, car le professeur Rogue pense que tu lui as volé quelque chose. J'ai préféré que ça se passe en ma présence... pour dépassionner le débat, dirons-nous.

Harry fronça les sourcils. Volé quelque chose ? Il songea que la présence du directeur était effectivement une bonne idée. Il était innocent, mais sa parole avait rarement du poids face au maître des potions.

– Je n'ai rien volé, avança-t-il avec hésitation.

– Ne mentez pas, gronda Rogue. Peau de serpent d'arbre, Branchiflore. Ces deux ingrédients proviennent de mon armoire personnelle et je sais très bien qui me les a volés.

Encore cette histoire de peau de serpent d'arbre... Hermione en avait dérobé dans la réserve de Rogue pendant leur deuxième année pour fabriquer du Polynectar. À l'époque, Rogue avait eu des soupçons mais n'avait rien pu prouver. Et il remettait ça sur le tapis en prenant prétexte de la Branchiflore. Et sur ce dernier point, force était d'admettre que Harry était d'une certaine manière responsable. Dobby l'avait sans doute volée pour lui.

Il leva les yeux vers Dumbledore qui lui adressait un petit sourire patient et prit une profonde inspiration. Il ne voulait pas incriminer Dobby, il lui fallait donc soigneusement choisir ses mots.

– Monsieur le directeur, professeur Rogue, la Branchiflore que j'ai utilisée venait sans doute en effet de la réserve d'ingrédients, bien que je l'ignorais. J'ai juste... demandé à en avoir, et on m'en a fourni, je ne savais pas les détails. Professeur, je vous la rembourserai, cela me paraît normal.

Rogue lui adressa un regard sarcastique.

– Et vous voulez me faire croire, répondit-il d'une voix cassante, que vous avez prêté à votre mystérieux fournisseur votre cape d'invisibilité, votre carte, et même votre œuf ? Laissez-moi rire !

Harry resta un instant interdit.

– Vous vous promeniez dans les couloirs la nuit où la porte de mon bureau a été forcée ! continua Rogue. Je le sais, Potter ! Il est possible que Maugrey ait adhéré à votre fan-club, mais je ne tolérerai pas votre conduite pour autant.

Harry se souvint alors de cette fameuse nuit où il s'était retrouvé coincé dans l'escalier. Rogue avait dit qu'on l'avait cambriolé. Mais ça n'avait rien à voir...

– Ce n'est pas... murmura Harry. La Branchiflore ne peut pas vous avoir été volée il y a si longtemps. C'est aujourd'hui que...

– Ah ! clama Rogue. Vous admettez donc que c'était vous, cette nuit-là !

Dumbledore leva une main.

– Severus, vous êtes sûr que la Branchiflore vous a été volée à cette occasion ?

Rogue se figea et réfléchit un instant.

– Je me suis tout de suite rendu compte que la peau de serpent d'arbre avait disparu. Mais c'est aujourd'hui, en voyant Potter utiliser la Branchiflore, que j'ai vérifié et constaté que ça avait également été volé.

– Vous vous trompez, intervint Harry d'une petite voix, j'ai eu besoin de la Branchiflore aujourd'hui seulement.

– La belle affaire. Donc vous m'avez volé de la peau de serpent d'arbre cette nuit-là et envoyé quelqu'un fouiller à nouveau dans mon bureau aujourd'hui ?

Quelqu'un avait volé de la peau de serpent d'arbre à Rogue quand il avait laissé échapper son œuf. Ce qui voulait dire...

– C'était Croupton, lâcha Harry.

– Pardon !? s'exclamèrent les deux enseignants en même temps.

– Je l'ai vu sur ma carte. Il était dans votre bureau, expliqua Harry au professeur de potions. Ça m'a beaucoup surpris.

– Quelle carte ? intervint Dumbledore.

Harry se rendit alors compte que le professeur Dumbledore ignorait l'existence de la carte du Maraudeur. Il lui expliqua donc en deux mots son fonctionnement, mais sans lui expliquer ni qui la lui avait donné, ni qui l'avait conçue au départ. Le directeur poussa un sifflement appréciateur. Il était franchement surpris qu'un artefact de cette qualité puisse exister et qu'il l'ignore.

– Et elle montrait Bartemius Croupton ? demanda finalement Dumbledore d'un ton incrédule.

– C'était le nom affiché, oui.

Harry songea alors à ce que lui avait dit Fol Œil ce soir-là. Bartemius Croupton, disait-il, est un chasseur de Mangemorts qui enquêtait sûrement sur le professeur Rogue. Il aurait peut-être mieux valu ne rien dire. Cependant, l'homme avait quand même volé de la peau de serpent d'arbre, ce qui semblait très suspect.

– Sais-tu à quoi sert la peau de serpent d'arbre, Harry ? demanda doucement Dumbledore.

– Il y a une potion qui s'appelle Polynectar, je crois, répondit-il avec hésitation.

Après tout, il n'était pas vraiment censé connaître cette magie très avancée. Le professeur Rogue leva un sourcil surpris avant de plisser les lèvres d'un air méfiant. Harry pouvait aisément deviner le cheminement dans son esprit : d'abord étonné qu'un élève à son goût médiocre connaisse cette potion, puis soupçonneux, car s'il la connaissait, cela signifiait probablement qu'il avait cherché à la préparer.

– Harry, continua Dumbledore en le tirant de ses réflexions, j'ai un service à te demander. Puis-je emprunter ta carte, s'il te plaît ?

C'était la deuxième personne à lui demander ce service, et il arrivait trop tard.

– Je l'ai déjà prêtée. Au professeur Maugrey. Il a été emballé par son fonctionnement et a voulu le garder pour l'aider dans sa surveillance.

– Ce n'est pas grave, je vais aller la demander au professeur Maugrey, alors. Et pourrais-tu me dire si tu as revu Bartemius Croupton sur la carte depuis cette nuit-là ?

– Mais... c'est à ce moment-là que je l'ai donnée au professeur Maugrey. Je ne l'ai pas consultée depuis.

– Il est arrivé et a protégé le gamin, bougonna Rogue. Je l'ai vu ramasser la carte. Je savais que c'était la carte de Potter et qu'il était là sous la cape d'invisibilité. Monsieur le directeur, vous n'allez quand même pas croire cette fable à propos de Croupton ?

– Oh, je ne sais pas Severus. Je vois assez bien Bartemius chercher à rôder incognito par ici. Alors que je vois mal l'intérêt qu'aurait Harry. Enfin, nous pourrons peut-être le vérifier. Peux-tu nous laisser, Harry ?

Le jeune homme regarda alternativement le directeur, qui avait la mine étonnamment grave, et le professeur Rogue qui ronchonnait toujours en le fusillant des yeux. Puis il hocha la tête et quitta la pièce sans mot dire.

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Le bureau du directeur resta un moment silencieux après le départ de Harry Potter. Dumbledore réfléchissait les yeux mi-clos tandis que Rogue continuait de fulminer.

– Il faut consulter cette carte, finit par dire le directeur. Nous pourrons peut-être trouver Croupton. Il semble qu'il se fait porter pâle comme juge du tournoi parce qu'il assume une autre identité parmi nous. J'aimerais comprendre pourquoi.

– Donc, vous croyez le gamin ?

– Oui... Oh, je ne prétends pas qu'il a dit toute la vérité, mais pour l'essentiel, je le crois sincère. S'il dit que Croupton rôdait dans votre bureau, c'est sans doute vrai.

Rogue haussa les épaules.

– Bon, il faut donc que j'aille voir Alastor. Vous venez avec moi ?

– Sans façon, répondit Rogue avec un regard noir.

Le professeur Dumbledore quitta son bureau et arriva bientôt devant la porte du bureau d'Alastor Maugrey. Il frappa doucement à la porte. De l'autre côté, le professeur de défense contre les forces du mal le vit grâce à son œil magique et l'invita à entrer. Le directeur referma la porte derrière lui et pénétra dans l'antre de l'Auror encombrée d'artefacts magiques de protection.

– Qu'est-ce que je peux faire pour vous, Albus ?

– Alastor, Harry Potter m'a signalé qu'il vous avait confié sa carte magique, qui figure un plan de Poudlard. J'aurais aimé la consulter.

Maugrey se caressa un instant le menton.

– Très pratique, cette carte, hein ? Mais le souci, c'est que je n'arrive plus à mettre la main dessus. Et ça m'embête vraiment.

– C'est fâcheux.

– Très, gronda Maugrey. J'ai comme l'impression qu'on me l'a volée. Je pense qu'il y a quelqu'un dans ce château qui ne souhaite vraiment pas qu'on sache qu'il est là. Vous vous doutez du genre de dessein que pourrait avoir cet homme... Ça ne me plaît pas du tout.

Dumbledore hocha sombrement la tête.

– Si je la retrouve, ajouta Maugrey, je vous préviens tout de suite.

– Merci, Alastor.

Le directeur se retira à pas lents et retourna vers son propre bureau. Décidément, il tombait de malchance. L'artefact tellement utile avait été égaré. Il ne pourrait pas livrer ses secrets. Dumbledore arriva devant sa gargouille, et se figea alors. Il se souvenait d'une conversation quelques mois plus tôt, juste après que les noms des quatre champions sortent de la coupe de feu.

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– Vous pensiez vraiment ce que vous disiez, tout à l'heure, n'est-ce pas, Alastor ? demandait-il à Maugrey. On inscrit Harry Potter au tournoi afin qu'il en meure.

– Ça paraît évident, grogna Maugrey. Vous l'avez interrogé sur la limite d'âge, mais on s'en fiche, de votre limite. Imaginons que le gosse ait réussi à la contourner : il aurait mis son nom dans la coupe, et pour finir, il se serait passé quoi ?

Dumbledore fronça un instant les sourcils.

– La coupe aurait choisi Cédric Diggory, je suppose.

– Exactement !

– C'est pour ça que vous parliez d'une quatrième école de sorcellerie.

– C'est le plus simple, non ? On fait croire à la coupe qu'il y a une quatrième école et que Potter en est le seul candidat. Enfin, simple, façon de parler. La coupe est un artefact très ancien. Un élève n'aurait pas pu faire ça.

– Je suis d'accord, admit pensivement le directeur.

– La personne à l'origine de tout ça a fait un sacré cadeau empoisonné à Potter. C'est un gamin précoce, mais il n'a pas les épaules pour affronter les épreuves du concours.

– Il faut trouver celui qui a glissé ce bout de papier dans la coupe, Alastor. Je veux que vous surveilliez l'école, et que vous me rendiez compte en permanence. Tout ce qui vous paraît suspect, tout ce qui vous paraît intéressant.

– Bien entendu, Albus.

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Tout ce qui vous paraît intéressant... à l'évidence, une carte rendant compte des déplacements de tous les occupants de Poudlard était par définition quelque chose de très intéressant. C'était assez étrange que l'Auror ne lui en ait pas parlé. Sans compter cette mystérieuse disparition... Enfin, si Croupton prenait l'apparence de quelqu'un d'autre, ça ne pouvait pas être Maugrey. Ils s'étaient retrouvés ensemble dans la même pièce à plusieurs reprises ces derniers mois. À moins que... Mais non, était-ce possible ?

Dans le bureau de Maugrey, progressivement, une forme se dessina dans la Glace à l'Ennemi. En observant attentivement, on aurait pu reconnaître la silhouette d'Albus Dumbledore. Mais Maugrey n'y prit pas garde. Satisfait de sa conversation avec le directeur, il but une gorgée de sa flasque et sortit se promener, un précieux bout de papier soigneusement dissimulé dans une poche de sa veste. Il referma la porte derrière lui...

– Stupéfix !

Maugrey s'écroula.

– Accio Carte du Maraudeur !

La carte atterrit dans la main du directeur.

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Conséquences à long terme : Et voilà, on fait capoter le retour de Voldemort simplement parce que Rogue aura été raisonnable dans ses accusations plutôt que de tomber sur Harry comme une chauve-souris et le menacer à demi-mot. On l'empêche peut-être même définitivement, car grâce à Junior, Dumbledore peut apprendre où se cache le Seigneur des Ténèbres, débarquer en force avec ses amis, éliminer Queudver et capturer le hideux bébé. Fin de l'histoire.

Les observations de Harry la fameuse nuit de l'œuf sont la clé du mystère de ce tome. L'information « C'est Bartemius Croupton qui a volé la peau de serpent d'arbre » et l'indice capital qui échappe à tout le monde. Dans le livre original, Harry aurait cependant dû le comprendre lui-même après les menaces de Rogue. Quant à comprendre qu'il y a deux Croupton, Harry le voit dans le Pensine, et de plus Croupton Senior lui dit juste avant de mourir qu'il a commis une erreur concernant son fils, alors...