Harry Potter, concurrent malgré lui

Contexte : Un quatrième nom vient de sortir de la Coupe de Feu : celui de Harry Potter. Harry Potter qui n'a rien demandé à personne, et qui ne semble certainement pas avoir le niveau nécessaire pour affronter les épreuves qui attendent les concurrents. Il se retrouve pourtant dans la pièce adjacente avec les trois autres champions et leurs professeurs indignés.

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Le professeur Dumbledore s'était tourné vers Harry qui soutint son regard en essayant de déchiffrer ce que ses yeux exprimaient derrière ses lunettes en demi-lune.

– Harry, est-ce que tu as mis ton nom dans la Coupe de Feu ? demanda Dumbledore d'un ton très calme.

– Non, répondit Harry.

Il sentait les regards posés sur lui. Rogue, Karkaroff, Maxime, les autres champions le prenaient pour un menteur cherchant à faire son intéressant. Il continua à répondre aux questions. Non, il n'avait pas demandé à quelqu'un d'autre de déposer le nom pour lui – d'ailleurs, s'étonna-t-il, était-ce vraiment aussi simple de contourner la limite d'âge ? Et pouvaient-ils vraiment penser qu'il avait eu envie de participer à ce concours ? Tout ce qu'il voulait, c'était passer une année enfin tranquille à Poudlard à encourager Cedric Diggory en mangeant du pop-corn, pas risquer sa vie dans des épreuves de haut niveau. À ce sujet, le professeur Maugrey lui apporta un soutien inattendu, mais qui eut aussi pour effet d'accroître son désespoir.

– Quelqu'un espère peut-être que Potter va en mourir, gronda l'ancien Auror.

Harry écouta d'une oreille distraite la conversation qui s'ensuivit, où Maugrey expliquait en somme qu'il avait été piégé par un puissant sorcier pour l'obliger à participer. Un puissant sorcier... oui, certainement, il en connaissait un qui cherchait sa mort. Finalement, n'y tenant plus, il explosa.

– Tout ça n'a aucune importance, puisque je ne participerai pas ! cria -t-il.

L'assemblée se figea et un silence pesant se fit.

– Euh... hésita Verpey, tu dois participer. Ton nom est sorti de la coupe. Comme disait Barty tout à l'heure, c'est le règlement.

– Je n'ai pas mis mon nom dans la coupe. Je n'ai pas l'intention de participer. Je n'ai pas l'expérience suffisante en tant que sorcier. C'est beaucoup trop dangereux. Je suis Gryffondor, mais pas idiot.

Il avait débité les phrases d'une traite, sans reprendre son souffle, sa voix montant dans les aigus au fur et à mesure. Ludo Verpey se tourna vers Croupton, le regard empli de désarroi. Le vieux sorcier s'éclaircit la voix, avant de parler d'un ton monocorde.

– Le concours ne peut avoir lieu sans tous les concurrents. Un lien magique les unit. Au commencement de chaque épreuve, tous les participants doivent se présenter. Il y a une seule exception à cette règle.

Harry retint son souffle.

– Si un concurrent décède au cours d'une épreuve, il n'est pas tenu de participer aux suivantes.

– Il plaisante, assura Verpey avec un sourire gêné.

– Non, je suis très sérieux. C'est écrit noir sur blanc dans le règlement.

Fantastique... songea Harry. Il écouta ensuite Croupton expliquer que la première épreuve mettrait en jeu le courage des champions. Mais comme il l'avait dit, ce n'était pas une question de manque de courage. Raisonnablement, il n'avait sans doute pas les épaules pour affronter les tâches. Si Dumbledore avait mis une limite d'âge, il avait sûrement une excellente raison.

Harry retourna, la mort dans l'âme, vers sa salle commune, et ça n'en finit pas d'être une mauvaise journée : Cedric ne le crut pas quand il lui réaffirma n'avoir pas mis son nom dans la coupe et dans la tour de Gryffondor personne ne l'écouta parmi ses camarades. Une fête improvisée se passa avec lui mais sans lui, tant il n'avait pas le cœur à s'amuser. Et pour couronner le tout, Ron ne lui fit pas confiance et l'accusa d'encore vouloir tirer toute la couverture à lui. Cela, plus que tout le reste, lui fit détester le Tournoi des Trois Sorciers.

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Avance rapide : Des jours tristes se passent, avec en point d'orgue un article désastreux de Rita Skeeter dans la Gazette du sorcier. Quelques jours avant la première tâche, Hagrid donne un rendez-vous mystérieux à Harry dans sa cabane à minuit.

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Harry était excédé. Il était arrivé chez Hagrid, bien dissimulé sous sa cape d'invisibilité, pour le voir sur son trente-et-un et l'accompagner dans ce qui semblait être un rendez-vous galant avec Madame Maxime, la directrice Beauxbâtons. Il les suivait maintenant à grandes enjambées en se demandant ce que diable il faisait là. Jusqu'à ce qu'un rugissement assourdissant retentisse.

Harry vint se cacher derrière un buisson près des deux imposants tourtereaux et vit des feux rougeoyants crépiter un peu plus loin. Il s'agissait en réalité de quatre dragons. Harry observa le ballet des gardiens, au nombre d'une trentaine, qui essayaient de contenir la fureur des monstres. À un moment, ils sortirent tous leur baguette, et en lançant tous ensemble leurs sortilèges de stupéfixion, ils réussirent à peu près à les assommer. Voilà qui promettait d'être une partie de plaisir.

Mais qu'est-ce que je viens faire dans cette galère... songea Harry.

Charlie Weasley s'avança vers Hagrid et discuta un moment avec lui, inconscient de la présence de Harry non loin. À un moment, il parla de lui.

– J'espère qu'il ira toujours aussi bien après avoir affronté ça, dit-il d'un air sombre en contemplant les créatures enfermées dans l'enclos. Je n'ai pas osé raconter à ma mère ce qu'il devait accomplir comme première tâche, elle se faisait déjà un sang d'encre pour lui.

Harry songea que les Dursley, quant à eux, trouveraient désopilant qu'il finisse carbonisé par un dragon. Charlie se mit alors à imiter la voix anxieuse de sa mère.

– Comment ont-ils pu le laisser participer à ce tournoi ! Il est beaucoup trop jeune !

Trop jeune et sans la moindre idée de comment passer devant un dragon, et surtout sans la moindre envie de prendre ce risque. Il aurait donné n'importe quoi pour acclamer Cedric depuis les tribunes à la place.

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Avance rapide : Harry discute avec Sirius Black. Il y apprend qu'Igor Karkaroff est un ancien Mangemort, que divers signes très inquiétants annoncent une reprise de pouvoir de Lord Voldemort, bref que les soupçons de Maugrey sur le fait que ce tournoi puisse servir à abréger sa vie sont peut-être bien fondés. Le lendemain, il retrouve Hermione.

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Pendant qu'ils faisaient le tour du lac, il lui raconta l'épisode des dragons et tout ce que Sirius lui avait dit. Hermione fut effarée par ses révélations sur Karkaroff mais elle pensait que c'étaient les dragons qui constituaient la menace prioritaire.

– Oh, en fait, je sais déjà quoi faire, pour le dragon.

Hermione lui lança un regard stupéfait.

– J'ai besoin que tu m'apprennes un sort. Je crois qu'il est assez simple.

Harry lui expliqua ce qu'il envisageait. Elle laissa échapper un sifflement appréciateur.

– C'est très courageux de ta part. Tu es sûr de toi ?

Harry hocha la tête, déterminé, et les deux amis se rendirent dans une salle inoccupée pour s'entraîner au sortilège voulu.

Réconforté par ce qu'il avait imaginé, Harry passa une bonne nuit. Les tracas qui s'étaient accumulés depuis la sortie de son nom de la Coupe de Feu s'étaient éloignés, et seul le cas Karkaroff, dans un coin de sa tête, l'empêchait d'être parfaitement serein.

Peu après le petit déjeuner, le lendemain matin, Harry prit Cedric à part pour lui révéler la nature de la première tâche. Il lui expliqua ce qu'il savait, sans s'étendre sur la raison pour laquelle il était au courant.

– Pourquoi tu me dis ça ? demanda ensuite Cedric.

– Tout le monde est au courant sauf toi. Je trouve plus juste que nous soyons à égalité. Ça doit être mon côté Poufsouffle.

Cedric gardait les sourcils froncés, et semblait peu rassuré à la perspective de son prochain affrontement.

– Je suis sûr que tu t'en sortiras très bien, ajouta Harry. Tu trouveras un moyen du tonnerre.

– Tu m'as l'air très calme, pour un gamin qui va affronter un dragon.

– Je sais exactement ce que j'ai à faire, murmura énigmatiquement Harry. Il n'y a pas de souci.

Cedric continuait à le regarder d'un air un peu méfiant lorsque Harry entendit un claquement familier retentir derrière lui. Il se retourna et vit Maugrey sortir d'une salle de classe. Harry se demanda s'il avait entendu leur conversation, mais en tout cas il n'en montra rien, se contenta de lui sourire et s'éloigna.

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Le jour de la tâche arriva enfin. Harry rejoignit les autres champions dans une tente où les attendait également Ludo Verpey. Le délégué ministériel leur expliqua qu'ils devraient récupérer un œuf d'or. Cette indication était censée être mystérieuse, mais tous dans cette pièce savaient en fait à quoi s'attendre. Chaque concurrent tira ensuite au sort le dragon qu'il aurait à affronter. Il hérita du Magyar à Pointes, le plus terrible, ce qui lui arracha un petit sourire : c'était mieux ainsi.

Harry observa ses adversaires. Ils avaient l'air très tendus, et même un peu verdâtres. Mais eux, au moins, avaient décidé d'être là, tandis que lui était censé se trouver bien au chaud dans les tribunes. Verpey le prit ensuite à part.

– Tu as un plan ? lui demanda-t-il en baissant la voix d'un ton de conspirateur. Si tu as besoin de quelques tuyaux, n'hésite pas... Tu es l'outsider... Si je peux t'aider.

L'outsider, mais bien sûr... La victime sacrificielle, plutôt, songea Harry. Il sourit quand même à son interlocuteur.

– Je suis tout à fait prêt à faire ce qu'il faut, ne vous en faites pas.

Verpey eut une moue qui trahissait qu'il était agréablement surpris par son assurance, et retourna à ses obligations. Harry souhaita ensuite bonne chance aux autres et retourna attendre dans la tente. Il devait passer en dernière position. Il assista donc en aveugle aux prestations de Cedric, Fleur et Viktor. Il ne pouvait qu'entendre les commentaires clamés par Verpey.

Finalement, son tour arriva. Il sortit de la tente dans un crescendo de détermination, passa devant un bosquet d'arbres et franchit une ouverture dans la palissade qui entourait l'enclos.

Tout ce qu'il voyait devant lui avait l'air de sortir d'un rêve aux couleurs aveuglantes. Des centaines et des centaines de visages le regardaient dans les tribunes, et à l'autre bout le dragon lui faisait face, ses yeux jaunes, féroces, pointés sur lui. Tel un monstrueux lézard aux écailles noires, il agitait sa queue hérissée de pointes qui imprimaient dans le sol dur des marques longues et profondes. La foule s'époumonait dans un grand tumulte. Harry ignorait si ces cris lui étaient favorables ou non, mais ça n'avait pas beaucoup d'importance. Le moment était venu.

Harry resta aussi loin que possible du dragon, brandit sa baguette magique et la pointa vers sa propre gorge.

– Sonorus ! clama-t-il.

Magiquement amplifiée, sa voix porta dans toutes les tribunes, masquant le brouhaha jusqu'à l'éteindre tout à fait. Au bout de quelques phrases, les clameurs s'étaient tues, et tout le monde écoutait ce concurrent qui parlait au lieu d'agir.

– Bonjour à tous, disait-il, d'abord un peu hésitant, avant de s'affermir. Quand mon nom est sorti de la Coupe de Feu, tout le monde a été étonné. Parce que je n'ai pas l'âge de participer, et surtout parce qu'il n'y a aucune raison que Poudlard ait deux champions. Cedric Diggory faisait déjà un champion du tonnerre, alors pourquoi moi ? Eh bien j'ai été aussi surpris que vous.

Il embrassa toute la foule du regard.

– Je n'ai pas mis mon nom dans la Coupe, poursuivit-il. Je ne sais pas qui l'a fait. Je ne voulais pas participer. Je souhaiterais vraiment être avec vous dans les tribunes à acclamer les autres. Seulement voilà, on m'a dit que j'étais obligé de participer, une fois choisi par la Coupe. J'ai demandé si c'était vraiment nécessaire et on m'a répondu « Toujours gagnante est la contrainte magique ». Je dois tenir ma place. Alors je suis là.

Il fit une courte pause et prit une profonde inspiration, son regard se tournant vers la tribune des juges qui l'observaient, dans l'expectative.

– Mais personne n'a précisé que je devais participer efficacement. Je suis trop jeune, je n'ai pas l'expérience en tant que sorcier pour affronter ces épreuves. Je n'ai aucune intention de risquer ma vie devant un dragon. Il y a déjà trois beaux champions, je leur souhaite bonne chance, quant à moi je vais m'asseoir là et attendre tranquillement que les juges décident que j'ai échoué dans cette tâche.

Il joignit le geste à la parole, accompagné par un silence de mort. Personne n'en croyait ses oreilles. À l'autre extrémité de l'enclos, le Magyar à Pointes bâilla.

– Mais... Harry... intervint Verpey, rompant l'hébétude ambiante, ce n'est pas possible, tu dois concourir.

Il se tourna vers Bartemius Croupton, qui prit la parole à son tour de sa voix précise amplifiée elle aussi.

– Le règlement indique que l'épreuve ne se termine que si la tâche est accomplie, ou si l'œuf d'or est détruit, ou si le concurrent est dans l'incapacité de poursuivre.

– Je me doutais de quelque chose du genre, répondit Harry d'un ton maussade. Stupéfix !

Sa baguette était toujours pointée vers sa propre gorge quand il prononça cette incantation. Un éclair de lumière rouge le frappa et il s'effondra, inconscient, devant les spectateurs médusés. Des cris retentirent, les bavardages reprirent de plus belle, et la voix de Croupton s'éleva à nouveau au-dessus du tumulte.

– L'épreuve est terminée, annonça-t-il simplement.

Et tandis que les gardiens des dragons se précipitaient pour gérer le Magyar et que Harry était évacué de l'enclos, l'arbitre se tourna vers ses collègues et demanda une réunion, sa voix redevenue normale.

– Rien ne s'oppose à la démarche de Mr Potter, et ça résout bien des problèmes quant à la légitimité de sa participation. En outre, nous devons lui mettre une note de zéro, ce qui est d'ailleurs plus ou moins ce qu'il demande. Tout le monde est d'accord ?

– Oh, je ne sais pas, répondit Verpey avant tout le monde. Son sortilège de stupéfixion était tout à fait remarquable...

Croupton lui lança un tel regard de condescendance que Verpey tourna les yeux et fit un geste de la main comme pour signifier qu'on pouvait ignorer ce qu'il avait dit.

– Nous sommes tous d'accord ? répéta Croupton.

Tout le monde hocha la tête, Verpey avec hésitation, Karkaroff avec vigueur, Dumbledore et Maxime avec solennité.

– Par chance, remarqua le directeur de Poudlard, la prochaine épreuve comporte une limite de temps. Harry n'aura pas à s'assommer pour faire valoir son droit à ne rien faire.

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Harry fut gardé à l'infirmerie pendant le reste de la journée et toute la nuit. De nombreuses personnes se portèrent volontaire pour le veiller, à tour de rôle. Du coma magique dû à son sortilège, il passa à un simple sommeil rassurant. Mais un sommeil agité.

Le dragon était là dans la pièce, furieux que le jeune homme ait refusé la confrontation. Il le toisait de ses yeux rougeoyants, la fumée sortait de ses naseaux. Harry resta immobile, comme pétrifié, tandis que l'horrible tête du dragon avançait vers lui, et ne put rien faire quand la patte du monstre vint se plaquer sur son bras. Sur l'autre patte, il vit luire l'éclat d'une longue griffe menaçante, qui fusa et lui entailla le gros du biceps. Étrange, le dragon avait maintenant le visage tordu du professeur Maugrey. La scène disparut alors, longtemps remplacée par les ténèbres insondables, jusqu'à ce qu'une voix glaciale, menaçante, retentisse.

– Tu n'as pas tout à fait échoué. L'essentiel est là. Pour le reste, tant pis, Harry Potter aura tout le temps de mourir plus tard. Allons-y, c'est l'heure !

Les ténèbres engloutirent à nouveau l'esprit de Harry, jusqu'à ce que soudain une douleur inimaginable lui vrille la tête, comme si sa cicatrice lui fendait le crâne en deux. Il poussa un terrible hurlement.

– Harry ! Harry ! Qu'est-ce qui se passe ?

Harry ouvrit les yeux et cligna plusieurs fois avant d'y voir à peu près clairement. La douleur lui vrillait toujours les tempes, mais il trouva quand même la force de regarder autour de lui.

– Cedric ?

Diggory se trouvait en effet à son chevet et le regardait d'un air inquiet.

– On s'est relayés pour te veiller. Qu'est-ce qui t'arrive ?

Harry se souvint confusément du courrier envoyé récemment par Sirius : « Si elle te fait à nouveau mal, va tout de suite voir Dumbledore ».

– J'ai mal à ma cicatrice... articula faiblement Harry. Va chercher le professeur Dumbledore.

À ce moment-là, Mme Pomfresh fit irruption dans la pièce. Elle avait sans doute entendu les hurlements depuis sa chambre voisine. Cedric la mit au courant en deux mots.

– Dumbledore a veillé Harry juste avant votre arrivée, il est allé se coucher il y a peu, raisonna alors l'infirmière. Vous devriez plutôt aller chercher Maugrey, il a eu le temps de se reposer depuis son passage ici. Pour un problème avec la cicatrice, il sera sans doute compétent.

– Non ! Pas Maugrey !

Harry avait répondu sans réfléchir, irrationnellement. C'était un simple cauchemar. Il se saisit instinctivement le bras droit. Il n'y avait pas de blessure, mais il sentait étrangement des restes de douleur.

– Maugrey fera très bien l'affaire, dit l'infirmière. Tu as mal au bras ? Laisse-moi regarder.

Elle examina le biceps.

– Ah oui, tu as une légère trace de blessure guérie. Demande-moi à moi la prochaine fois que tu te blesses, c'est mon rôle. Je ne sais pas qui a traité ça, mais ce n'est pas du bon travail. Avec moi, il n'y aurait ni trace ni reste de douleur.

Elle fit un signe de la tête à Cedric qui fila enfin. Il arriva rapidement devant la porte de la chambre de Maugrey, attenante à son bureau, et tapa vigoureusement à la porte.

– Professeur Maugrey ?

Il n'obtint aucune réponse, mais remarqua que la porte du bureau était entrouverte. C'était étrange parce que l'ancien Auror était un maniaque de la sécurité. Il s'avança vers elle et tapa à nouveau sans plus de succès. Alors, il poussa doucement la porte. La pièce était vide. Non seulement le professeur n'était pas là, mais certains de ses artefacts, ainsi que sa grande malle, avaient disparu. C'était comme s'il était parti précipitamment.

Comme il faisait chou blanc, Cedric se résolut à aller voir le professeur Dumbledore. Et quand il atteignit la gargouille qui gardait l'entrée de son bureau, il vit Rogue qui se trouvait déjà là et disait le mot de passe.

– Professeur, attendez ! Je monte avec vous.

– Et pourquoi donc, Diggory ?

Cedric remarqua que comme Harry un peu plus tôt, le maître des potions se tenait lui aussi le bras, mais ça n'avait sans doute rien à voir.

– La cicatrice de Harry Potter lui fait mal, il m'a demandé d'aller chercher le professeur Dumbledore.

– Harry Potter a mal à la tête et tout le monde devrait se précipiter à son chevet, grogna Rogue. Ce que j'ai à dire au directeur est plus...

Il se figea un instant.

– Non, en fait les deux informations sont tout aussi importantes. Ne vous inquiétez pas, je vais transmettre au directeur, qui va venir le voir. Retournez à son chevet, mais emmenez avec vous le professeur Maugrey.

– C'est que... je suis déjà allé le chercher, et on dirait qu'il est parti.

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Quelques heures plus tard, Cornelius Fudge entrait dans le bureau du directeur où se trouvaient déjà, outre le maître des lieux, les professeurs McGonagall et Rogue qui l'attendaient avec lui.

– Bonjour Messieurs-dames. De toute façon je voulais venir au château. Figurez-vous que j'ai entendu dans les grandes lignes ce qui s'est passé pendant la première tâche du tournoi, et je voulais en discuter avec Barty Croupton ce matin. Mais il est introuvable ! Il n'est pas au ministère, ni chez lui. Du coup je pensais venir ici pour en discuter avec Verpey.

– Ludo Verpey a également disparu, Cornelius, répondit Dumbledore d'une voix amère. J'ai procédé à une sorte de recensement d'urgence du château ce matin, et il manque également Alastor Maugrey et Igor Karkaroff.

Fudge cligna plusieurs fois des yeux.

– C'est embêtant... Et puis si Croupton, Verpey et Karkaroff manquent à l'appel, comment ferez-vous pour poursuivre le tournoi ?

– Franchement Cornelius, c'est le cadet de mes soucis. Montrez-lui, Severus.

Rogue remonta la manche de sa robe et dévoila la marque des Ténèbres.

– Cornelius, j'ai le regret de vous annoncer que Lord Voldemort est revenu.

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Conséquences à long terme : étonnamment, pas si importantes que ça. Il y a fort à parier que Fudge se montrera aussi buté que dans l'original, d'autant qu'il y a beaucoup moins de preuves du retour de Voldemort, la seule vraie preuve étant la marque des Ténèbres sur le bras de Rogue. Autant la disparition de Karkaroff sera comprise, et celle de Verpey aussi dans une moindre mesure (Harry n'avait plus aucune chance de gagner le tournoi), autant celles de Croupton et Maugrey risquent de rester assez énigmatique, et la vérité sur le complot du Tournoi des Trois Sorciers risque de ne jamais être totalement comprise.

En pratique, la deuxième guerre éclatera tout pareil, sans doute juste décalée dans le temps puisque Voldemort ressuscite six mois trop tôt. Il y aura un Mangemort de plus – Barty Croupton Junior – dans le camp de l'ennemi, et un Auror de moins – Alastor Maugrey – dans le camp du bien. Et Cedric Diggory aura survécu.

Une dernière question qui reste en suspens : j'ai considéré que Barty Junior, ayant compris que son plan avait échoué, s'était contenté de prendre le sang de Harry (« Que le sang de l'ennemi, pris par la force, ressuscite celui qui le combat »), sans livrer Harry à son maître. La question étant, est-ce que ça marche ? Le sang doit-il, par exemple, être utilisé tout de suite ? C'est pour cela que j'ai considéré qu'il emmenait sa malle avec lui, avec le vrai Maugrey dedans. Parce qu'après tout, Maugrey est un sacré ennemi de Voldemort lui aussi. Donc la question est : Voldemort est-il ressuscité avec le sang de Harry ou celui de Maugrey ?

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Note : Des esprits chagrins diront peut-être que Junior pouvait carrément se barrer avec Harry inconscient cette nuit-là. Si c'était si simple, ça aurait été fait dans l'original aussi. Après tout, un coup de Stupéfix sur le gamin et ciao la compagnie. Il y a fort à parier que Dumbledore a mis une protection quelconque contre ça.