Sirius Black et le précieux présent

Contexte : La cinquième année d'école de Harry se déroule au rythme des cours d'occlumancie à l'efficacité douteuse. Jusqu'au jour où il voit les souvenirs d'école de Rogue et de son père. Rogue se met alors en rogne contre lui et cesse ses leçons. Se posant des questions, Harry s'introduit dans le bureau d'Ombrage pour communiquer avec Sirius via le réseau de cheminette. Sa tête apparaît au 12 Square Grimmaurd.

Sirius était en train d'explorer l'immense grenier de sa maison. Il parcourait le bric-à-brac à la lueur de son lumos. Quelque part par là se cachait Kreattur, qui lui avait faussé compagnie toute la journée. Il contourna une grande malle en osier, puis scruta les ténèbres derrière une armoire imposante, quand il entendit des éclats de voix en bas. Il y avait bien entendu Lupin, qui était en visite, mais il parvenait à peine à percevoir l'autre voix. Quelques instants plus tard, des bruits de pas précipités montèrent vers lui.

– Sirius ! appela Lupin. C'est Harry. Il est dans la cheminée.

Sirius dévala les marches quatre à quatre derrière son ami, pour finalement débouler dans la cuisine où le visage de son filleul flottait dans le feu dansant de l'âtre.

– Qu'est-ce qu'il y a ? demanda-t-il précipitamment.

Il s'agenouilla tout près de l'adolescent.

– Ça va, Harry ? Tu as besoin d'aide ?

– Non, répondit-il, ce n'est pas ça... Je voulais simplement parler... de mon père.

Sirius adressa à Lupin un regard surpris, puis se retourna vers Harry qui commençait à parler.

– Attends, le coupa-t-il. C'est dangereux, tu sais bien que ce moyen de communication n'est pas fiable. Tu te souviens de la dernière fois ? Ombrage a failli m'attraper.

– Je ne suis pas dans ma salle commune, je suis dans son bureau. Cette cheminée est la seule qui n'est pas surveillée. Fred et George ont fait diversion, mais je n'ai pas beaucoup de temps.

– Dans le bureau d'Ombrage ! s'exclama Lupin.

– Pourquoi prendre un tel risque ? renchérit Sirius. Pourquoi ne pas utiliser le miroir ?

Quelques secondes de silence s'écoulèrent.

– Quel miroir ? demanda enfin Harry.

– Mais... tu sais bien, le miroir à double sens que je t'ai offert à Noël.

Sirius ignora le regard surpris de Lupin et sortit de sa poche un petit miroir carré. Harry avait l'air mortifié.

– J'ai oublié, je...

– Harry, c'est beaucoup trop dangereux. Alors tu vas sortir de cette pièce et me contacter via le miroir depuis un endroit tranquille, d'accord ?

Harry hocha piteusement la tête.

– Je l'ai toujours sur moi, alors n'hésite pas, avant d'avoir des idées idiotes comme de forcer le bureau d'Ombrage !

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Harry sortit la tête des flammes et se releva en grognant à cause de ses genoux douloureux. Il se souvenait de ce mystérieux cadeau que son parrain lui avait fait pour qu'il puisse le prévenir si Rogue lui en faisait baver. Il s'était juré de ne pas faire prendre de risques à Sirius et n'avait même jamais ouvert le paquet. Il déglutit difficilement : quel imbécile il avait fait.

Il attrapa son sac, ajusta sa cape d'invisibilité, ouvrit la porte et s'engouffra dans le couloir. Quelques minutes plus tard, il passait le portrait de la grosse dame et montait dans son dortoir. Il ouvrit sa grosse valise et fouilla jusqu'à trouver un petit paquet mal emballé caché sous une paire de baskets. À l'intérieur, il trouva un petit miroir similaire à celui que Sirius lui avait montré. Il regarda la glace en s'attendant à moitié à voir son parrain, mais seul son propre visage lui apparut. Il retourna le miroir. Sirius avait écrit quelque chose au dos :

« Ceci est un Miroir à Double Sens. J'en possède un autre exactement semblable. Si tu as besoin de me parler, prononce mon nom en le regardant. Tu apparaîtras alors dans mon propre miroir et moi, je te parlerai dans le tien. James et moi utilisions ce moyen pour communiquer lorsque nous étions en retenue dans des endroits différents. »

Harry soupira. C'était si simple. Il songea qu'il avait fait prendre d'énormes risques pour rien aux frères Weasley. Il avait eu une solution juste sous son nez depuis le début du trimestre. Une vague de culpabilité l'envahit quand il réalisa également que son parrain avait sans doute attendu son appel pendant de longs mois, lui que se sentait si seul dans sa grande maison.

Il jeta un coup d'œil autour de lui pour s'assurer qu'il n'y avait personne. Le dortoir était désert. Il reporta alors son regard sur le miroir, le leva à hauteur de son visage et prononça distinctement à haute voix le nom de Sirius.

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Harry peut parler tranquillement de son père et Rogue avec Sirius et Lupin. Le même jour, les jumeaux Weasley quittent l'école avec pertes et fracas. Quelque temps plus tard ont lieu les B.U.S.E. Au cours du dernier examen, celui d'histoire de la magie, Harry a la vision de Voldemort qui torture Sirius dans un endroit précis du département des mystères. Il en parle à un Ron convaincu et à une Hermione dubitative. Ginny et Luna se mêlent également à la conversation.

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– Laisse-nous simplement vérifier que Sirius n'est plus chez lui avant de foncer à Londres, supplia Hermione d'un ton désespéré. Si nous nous apercevons qu'il n'est plus là, alors je te jure que je n'essaierai pas de te retenir. Je viendrai avec toi, je ferai... tout ce qui est possible pour essayer de le sauver.

– Sirius est torturé EN CE MOMENT MÊME ! s'écria Harry. Nous n'avons pas de temps à perdre.

– Mais si c'est une ruse de Voldemort, Harry, nous devons vérifier, il le faut.

Harry resta silencieux, méditant la requête de son amie. Ce fut alors Ron qui rompit le silence.

– Comment ? interrogea-t-il. Comment on va s'y prendre pour vérifier ?

– On se servira de la cheminée d'Ombrage pour voir si on peut le contacter...

– Non, coupa Harry. Il y a un moyen plus simple.

Il tourna alors brusquement les talons et sortit de la salle de classe devant ses camarades stupéfaits.

– Retrouvez-moi dans la salle commune, lança-t-il en filant.

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Il ne se préoccupa pas de savoir s'ils suivaient et courut à toute vitesse dans le dédale de couloirs et d'escaliers de Poudlard. À bout de souffle, il arriva devant le portrait de la grosse dame en train de tricoter un chapeau aux couleurs de Gryffondor.

– Weasley est notre roi, dit il précipitamment.

Des élèves facétieux l'avaient convaincue d'utiliser cette phrase comme nouveau mot de passe.

Il s'engouffra dans la salle commune et grimpa à toute vitesse les marches de son dortoir, en ignorant superbement Colin Crivey qui s'avançait vers lui. Il attrapa le miroir, qu'il ne gardait pas sur lui par peur de Rusard. Il ne savait pas à quoi il s'attendait. Bien sûr, il espérait qu'un Sirius bien au chaud dans son salon lui répondrait, mais plus probablement, le miroir ne réagirait pas car son parrain n'était pas en état de répondre. Ou bien, troisième possibilité, le miroir s'ouvrirait sur la mystérieuse salle des sphères du département des mystères et il assisterait en direct à la séance de torture.

– Sirius, prononça-t-il.

Quelques secondes plus tard, le visage de Sirius apparut dans le reflet. Il avait l'air en bonne santé, mais un cri retentissait derrière lui.

– Harry ? Est-ce que ça va ?

– Sirius ! s'exclama Harry. Où es-tu ?

– En haut, en train de soigner Buck. Il a une vilaine estafilade. Encore un coup de Kreattur, j'en jurerais.

– Mais... mais...

– Qu'est-ce qu'il y a, Harry ?

Harry s'assit pesamment sur son lit et lui raconta les détails de sa vision. Sirius l'écouta jusqu'au bout sans l'interrompre, même si son regard apeuré en disait long sur ses impressions.

– Harry, c'est précisément pour ça qu'il fallait que tu t'entraînes à l'occlumancie.

Harry hocha sombrement la tête. Rétrospectivement, ça paraissait évident.

– Il cherche à se servir de notre connexion pour me torturer en me montrant des choses horribles.

– Oui et non, Harry, répondit Sirius. Il cherche surtout à t'attirer là-bas.

– M'attirer là-bas ? Mais pourquoi ?

– Ce n'est pas le moment de t'expliquer ça. Il y a plus important : c'était sans doute un piège que l'on te tendait, donc il y a probablement des Mangemorts qui t'y attendent. Peut-être même leur maître en personne. C'est une occasion inespérée !

– De retourner le piège contre eux ? s'exclama Harry, de l'excitation dans la voix.

– Exactement, sourit Sirius. Je vais tâcher de prévenir du monde.

– Je veux aider !

– Tu ne vas pas aller au départements des mystères, Harry, car c'est exactement ce qu'il veut.

Sirius prit une profonde inspiration.

– Disons que l'arme qui se trouve là-bas, seul toi peut lui permettre de l'obtenir. Mais tu peux aider ! continua-t-il avant que Harry ait pu poser une question. Va prévenir le professeur McGonagall.

– Elle est à Sainte-Mangouste, répliqua sombrement Harry.

– Alors, dans ce cas, il faut que tu ailles voir Severus.

– Rogue ?

– Oui, explique-lui bien tout ce que tu m'as raconté. Il saura quoi faire.

– Mais...

– Il faut que je te laisse, Harry, coupa Sirius. Nous avons beaucoup à faire.

Il coupa la communication. Harry se retrouva seul face à son propre reflet et prit quelques instants pour rassembler ses esprits. Sa tête lui faisait toujours mal et il avait encore des lambeaux de la vision de torture qui rôdaient dans un recoin de son cerveau. Mais le fait de savoir qu'il s'agissait de mensonges reléguait ce cauchemar loin en arrière. Une forme d'occlumancie, en somme.

Finalement, il dévala l'escalier jusqu'à la salle commune de Gryffondor.

– Harry ! s'exclama Hermione qui l'attendait là avec Ron et Ginny. Tu en as mis du temps.

– Si... Sniffle va bien. C'est toi qui avais raison.

– Ce n'était qu'un rêve ? demanda Ron en écarquillant les yeux.

– Non, répondit Harry en baissant la voix car d'autres élèves s'approchaient. C'était un piège.

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– Comment cela ? demanda Rufus Scrimgeour en tournant vivement sa tête de vieux lion. Comment pourriez-vous le savoir ?

– Après l'épisode de Sturgis Podmore, l'assassinat de Broderick et l'agression sur Weasley, expliqua Kingsley, je me suis dit qu'il ne serait peut-être pas inutile d'installer des sortilèges de détection supplémentaires.

– Plusieurs intrus dans la salle des prophéties... médita le directeur des Aurors. Et Sirius Black serait peut-être parmi eux. Ce qui signifierait, sans doute, les Lestrange et toute la clique...

Kingsley savait qu'il prenait un risque. La présence de Mangemorts dans le département des mystères n'était qu'une supposition, mais la probabilité était telle, et la chance tellement unique, que ça en valait la peine. Il attendit tandis que son patron cogitait silencieusement. Sa meilleure chance résidait dans le fait que le vieux sorcier n'était absolument pas aussi borné que le vieux Fudge, se contentant de garder une certaine neutralité dans le débat sur le retour de Voldemort.

– Vu ce qui est arrivé précédemment, il faut se montrer très prudent. Nous sommes, quoi, quatorze Aurors ici sur place ? Eh bien ce ne sera pas de trop !

Il passa la tête hors de son bureau et avisa un de ses hommes dans le couloir en train de discuter avec une jeune sorcière.

– Williamson ! Battez le rappel ! Tout de suite !

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Conséquences à long terme : Très ouvertes. On peut imaginer un coup de filet sur les Mangemorts, ce qui suit l'original – à part que Bellatrix Lestrange sera capturée elle aussi. En revanche, Lord Voldemort ne se montrera pas au ministère – dans l'original, il vient pour en finir avec Harry – ce qui retardera la prise de conscience de Fudge et du monde des sorciers en général. Cependant, ses efforts pour se procurer la prophétie devraient se poursuivre, et vu qu'il ne peut plus se servir de Harry, il faudra bien qu'il finisse par y aller lui-même, donc je ne pense pas que la supercherie dure beaucoup plus longtemps.

La principale conséquence, au-delà de ça, est bien entendu la survie de Sirius. Et ça, ça peut changer plein de choses par la suite. Déjà, ça facilite de beaucoup l'histoire de R.A.B et du médaillon de Serpentard. Et surtout, je suis convaincu qu'il partirait en quête des Horcruxes avec Harry, Ron et Hermione, dans le dernier tome, avec toutes les divergences qu'on peut alors imaginer. Avoir un mentor plus âgé les aiderait beaucoup dans leur quête, et leur permettrait sans doute de mieux soutenir la difficulté de leur tâche.

Note : Ceci est a priori mon dernier chapitre de cette série des Harry Potter et les Réactions Intelligentes. Je pense avoir couvert l'essentiel de ce que j'avais envie de raconter, je vais donc marquer l'histoire comme terminée. Si d'aventure un autre chapitre me vient, ça n'empêchera pas de le soumettre, bien sûr. Cependant, j'ai dans les bacs une autre fiction que je devrais commencer à publier prochainement. Merci en tout cas à tous d'avoir suivi mes saynètes et à une toute prochaine fois.