Hey!
Bonne lecture ...
-Les visites sont terminées, Monsieur, l'informa une infirmière qui passait dans le couloir.
-Je suis de la famille, l'interrompit-il. C'est ma fille…
Eli David s'avança dans la chambre et ferma doucement la porte derrière lui. Sans faire de bruit, il s'approcha du lit qui trônait au milieu du carrelage froid, comme une épave, échouée en pleine mer. Puis il posa les yeux sur le visage à peine reconnaissable du seul survivant. Sa fille.
Aucun père ne devrait voir sa progéniture, la chair de sa chair, brisée comme ça. Même si la vie en Israël et au Mossad l'exposait à tous les dangers, il avait toujours fait en sorte qu'elle y échappe. Elle était la meilleure. Elle n'aurait pas du se faire capturer.
Il tendit la main et écarta une mèche de cheveux de son visage coupé, violacé et enflé. Il remonta ensuite la couverture, sans défaire les perfusions reliées à ses bras. Et comme d'habitude, il tira la dure chaise en plastique orange et se mit à parler.
Elle était sortie du coma depuis plusieurs jours déjà, mais il avait pris cette habitude, depuis deux mois. De plus, les docteurs pensaient que cela l'aiderait à surmonter le choc post-traumatique. Les résultats n'avaient pas été concluants. Tout ce qu'elle faisait, c'était regarder par la fenêtre d'un air absent, sans lui décrocher ni un mot, ni un regard.
Mais il continuait de lui parler. De choses sans importance, de la vie de tous les jours. Il était important qu'elle garde un contact avec l'extérieur, avec la « normalité », avaient indiqué les médecins.
Alors il parlait. Pendant des heures.
-Il fait beau, aujourd'hui, dit-il. C'est bien. Il a plu des torrents pendant deux jours, là, le soleil est enfin de retour.
Il commençait toujours par la météo. Puis il sortait son journal et embrayait sur les nouvelles du reste du monde. Il se lançait même dans les mots croisés, des fois. Il lui faisait le compte-rendu des visites qu'elle avait reçues, trop fatiguée pour s'en apercevoir. Il lui donnait des nouvelles de son appartement –la lessive, la poussière, la vaisselle… Il évitait toujours de mentionner le Mossad, le NCIS, ou tout ce qui avait rapport avec les quatre derniers mois. Et enfin, il finissait par lui livre son livre préféré, Roméo et Juliette. Il l'avait deviné, lorsqu'en déballant ses derniers cartons, il était tombé sur le petit livre tout corné et froissé. Mais c'était la photo de Tali, glissée au milieu, qui le lui avait confirmé.
Chaque jour, il ouvrait le livre là où il s'était arrêté la veille. Il en était très exactement à sa quinzième relecture, et était capable de le réciter de tête.
Aujourd'hui, il arrivait à son passage préféré. Il commença la lecture et releva rapidement la tête pour voir ses yeux s'ouvrir doucement et se fixer directement sur le ciel rose-orangé du crépuscule.
Eli David réprima un soupir et continua de lire. Une vingtaine de pages plus loin, il posa le livre et fixa son visage éclairé par le soleil couchant.
-Il est temps que tu guérisses, chuchota-t'il. Nous avons besoin de toi pour arrêter les coupables. C'est fini, tu es en sécurité, maintenant. Il faut que tu fasses quelque chose, tu ne peux pas rester dans cet état.
Ziva tourna lentement la tête et planta son regard dans les yeux de son père, pour la première fois depuis des mois, et il eut l'impression que son cœur s'émiettait encore un peu plus.
Il fouilla dans ses pupilles, chercha des réponses, mais il ne comprit pas l'éclat étrange qui les allumait.
Alors, Ziva ouvrit la bouche et sa voix, enrouée et fatiguée, à peine plus haute qu'un murmure, résonna dans la pièce :
-Je veux partir.
Sur ce je vous laisse avec ce court chapitre et je vous dis à demain =)
Bisous et merci encore et toujours pour votre fidélité!
