Bonne lecture...
Tout était trop grand, trop bruyant et trop coloré pour elle. Elle avait l'impression d'avancer au ralenti. Les gens la bousculait, l'invectivaient, la dévisageaient. Mais plus rien ne semblait l'atteindre.
Ziva sortit du terminal bondé et se dirigea vers le tapis roulant qui délivrait les bagages. Elle laissa passer sa valise deux fois, avant de la récupérer d'un geste, presque agacée par sa lenteur. Elle traversa l'aéroport et émergea dans l'air frais du mois de Novembre de Washington.
Washington. Etait-ce ce que Ziva pouvait considérer comme une maison ? Mais elle ne savait plus où elle appartenait, elle se demandait s'il existait dans ce monde une place pour elle, un endroit où elle se sentirait en sécurité.
Elle n'avait pas vraiment eu le choix. Après avoir finalement été interrogée par les agents du Mossad, elle devrait faire son compte-rendu au NCIS.
Alors elle avait pris le premier avion pour Washington, et elle était là, maintenant, hésitante.
Etait-ce une bonne idée ? Ne serait-il pas plus judicieux de disparaître complètement de la surface de la Terre, de commencer une nouvelle vie avec un autre nom, un autre travail ? Ziva David était morte, là-bas, en Somalie, tuée par les tortures infligées. Peut-être serait-il temps de partir, une fois son travail réellement terminé.
Elle soupira, hissa son sac sur son épaule et commença à marcher, vers l'appartement que louait le Mossad pour ses agents.
Elle ignora la rangée de taxis et continua de se diriger vers le centre ville. Il était bon de marcher, de remettre ses muscles à fonctionner, de sentir le froid lui mordre la peau et de voir les frissons s'hérisser le long de ses bras. Il était bon de se sentir un tout petit peu vivante.
Tony éteignit a lampe de bureau, lança un « bonsoir » collectif et sortit du bâtiment. Il se dirigea vers sa Mustang, mit le contact et s'inserra dans la circulation fluide du vendredi soir. Il mit la radio et se força à chanter en rythme, pour éviter à son esprit de dériver. Il avait la désagréable impression que Gibbs lui cachait quelque chose, avec la complicité de McGee et Abby. Et le fait qu'aucun remplaçant n'avait été désigné pour Zi… pour son ancienne partenaire ne l'aidait pas à rationaliser les choses. L'espoir était toujours tapi, dans le coin de son esprit, et le moindre détail ne faisait que l'attiser.
D'ailleurs, il la voyait partout. Dans une crinière brune, une peau dorée, un mouvement.
Il ralentit et s'arrêta au feu rouge, le regard fixé sur la route.
Voilà que ça lui reprenait. La démarche familière, le profil… Il secoua la tête, mais ne put s'empêcher d'examiner la jeune femme. Elle était plus maigre, mais les mêmes boucles brunes flottaient dans l'air du soir. Son visage, éclairé par les lumières jaunâtres des lampadaires, était orné de coupures et de bleus. Il fronça les sourcils. Oui, celle-ci lui ressemblait vraiment.
Quelqu'un klaxonna derrière lui, pour indiquer que le feu était passé au vert, et la jeune femme tourna la tête vers lui.
Il écarquilla brusquement les yeux. Il ne connaissait que trop bien ce regard.
-Zva ! hurla-t'il, en sortant de la voiture, ignorant le concert de klaxons et d'insultes derrière lui.
La jeune femme eut un visible sursaut, puis se fondit immédiatement dans la foule.
-Ziva ! répéta-t'il, en écartant les gens sur son passage.
Il hurla encore son nom en survolant la foule des yeux pendant quelques minutes encore. Fébrilement, il sortit son portable, lança l'appel 1 de sa numérotation abrégée et le colla à son oreille.
-Gibbs.
-Patron ?! Je viens de voir Ziva !
-DiNozzo, commença la voix de Gibbs, après un instant de silence. Qu'est-ce que tu racontes ?
-Je viens de voir Ziva, dans la rue ! Elle avait un sac à la main et le visage couvert de bleus, mais c'était elle !
-DiNozzo, tu as besoin de dormir, rentre chez toi.
-Non, Gibbs, tu ne comprends pas ! C'était elle ! s'écria presque Tony, la main crispée autours de son téléphone.
-Tony ! Ce n'était pas elle. Aucune mission du Mossad aux Etats-Unis n'a été programmé.
-Peut-être qu'elle est simplement ven…
-Bonne nuit, DiNozzo, dit fermement Gibbs, en raccrochant.
Il jeta un dernier coup d'œil aux gens qui se pressaient sur le trottoir, puis abandonna.
Il tourna les talons, redémarra sa voiture et rentra chez lui.
Dans la petite ruelle, Ziva laissa sa tête cogner contre le mur et relâcha sa respiration – qu'elle ne s'était même pas aperçue avoir retenu. Elle ferma les yeux et attendit que son cœur retrouve son rythme normal.
Bon sang ! 591 833 habitants à Washington. Une chance sur 591 833.
« C'état inévitable » lui avait-il dt, il y a tellement longtemps.
« Rien n'est inévitable" avait-elle répondu.
A cette époque, elle y croyait vraiment.
Il était trop tôt. Elle n'était pas prête. Elle n'avait même pas prévu de le revoir. Il faisait partie d'un passé, d'un monde, qu'elle tentait d'oublier.
Elle remit son sac sur on épaule et se mêla de nouveau aux gens, en les observant.
Resserrant leur manteau autours d'eux, ils se hâtaient de rentrer chez eux, ou se précipitaient vers un bar ou un restaurant. Ils avaient quelque part où aller, un endroit sécurisé, des gens qui les attendaient.
Elle était seule. L'avait toujours été, et le serait toujours.
Arrivée finalement devant l'immeuble, elle entra dans le hall, s'attirant les regards curieux des voisins.
Ce n'était pas la première fois qu'elle séjournait ici et qu'elle rentrait blessée. Tous les habitants savaient qu'elle avait été une agente fédérale. Mais six mois étaient un long moment, et elle se savait irrémédiablement changée. Elle adressa un hochement de tête à Mme Hirsh, la vieille voisine qui lui adressa un tremblant « Bonsoir Ziva ».
Devant la porte, elle fouilla dans sa poche, introduisit les clés et entra dans l'appartement vide. Elle posa son sac sur le côté, sans prendre la peine de le déballer, puis fit quelques pas redécouvrant ce qui avait été « sa maison » dans les périodes les plus difficiles de sa vie. Ari. Le retour d'Israël après quatre mois d'absence. Et maintenant.
Ziva laissa sa main traîner sur le bois de la table, le plâtre des murs, le verre des fenêtres. Un bâillement la surprit et elle décida qu'il était temps qu'elle dorme.
Elle fit le tour des pièces, allumant chaque lampe, attrapa une couverture au passage et se blottit sur le canapé, les yeux grands ouverts.
Elle ne supportait plus les ténèbres, et encore moins le silence, mais à chaque bruit que faisait les voisins, elle tressaillait. Elle ferma les paupières, espérant un sommeil devenu trop rare et agité ces derniers temps. Mais elle ne s'endormait toujours pas. A la place, une question se répétait à l'infini dans sa tête, une question dont elle avait peur de connaître la réponse.
Etait-elle réellement trop brisée pour être réparée ?
Alors, verdict, ce chapitre?
Bisous et à demain ;)
