Bonne lecture :)
Ziva vérifia une dernière fois qu'elle n'oubliait rien.
Son regard tomba alors sur le pistolet qui trônait sur la table du salon, puis aux différents tiroirs des meubles, qui contenaient chacun des armes. Elle laissa sa main survoler la crosse de l'arme, sentant la fraîcheur du métal sous ses doigts. Elle referma la main autours du pistolet et le soupesa, hésitante. Elle décida finalement de le reposer. Elle n'en aurait pas besoin.
Ziva jeta un dernier coup d'œil à l'horloge puis, satisfaite, claqua la porte derrière elle.
7h05, un samedi, elle ne risquait pas de croiser grand monde du NCIS, et c'était expressément pour ça qu'elle avait accepté le rendez-vous qu'on lui avait fixé pour son interrogatoire. Son entretien, plutôt. Parce qu'elle n'était pas la coupable. Loin de là.
Ziva ferma son manteau, héla le premier taxi qu'elle trouva et s'y engouffra promptement, les joues déjà rougies par le froid.
-Ca caille, hein ? lança jovialement le chauffeur.
La jeune Israélienne hocha vaguement la tête, puis se tourna vers la fenêtre d'un air absent. Le conducteur reçut le message et se glissa dans la circulation en silence.
Quelques minutes plus tard seulement, il pila devant le portail qui entourait les quartiers de la Navy.
Ziva sortit, paya et se dirigea vers la cabine du gardien.
Elle avait hésité à utiliser son ancien badge, puis s'était ravisée. Elle n'était qu'une visiteuse temporaire.
Elle toqua sur la vitre de la cabine pour réveiller l'homme à moitié endormi. Il sursauta, se frotta le visage, regarda autours de lui, puis l'aperçut.
-Oui ? grogna-t'il.
-Je suis sur la liste des visiteurs, annonça-t'elle. Ziva David.
-Comment vous écrivez ça ? demanda-t'il, en commençant à taper sur son ordinateur.
-D-A-V-I-D. Ziva.
-Désolé, vous n'êtes pas inscrite, répondit le gardien.
-Vous pouvez vérifier ? Je dois me faire interroger.
-Puisque je vous dis que vous n'êtes pas inscrite ! s'énerva l'homme.
Ziva serra les poings et prit une grande respiration, avant de se remettre à parler :
-Ecoutez…
Un bruit de pneus l'interrompit, suivi d'une voix d'homme :
-Elle est avec moi.
Le gardien leva les yeux et Ziva se retourna.
-Pardon, M. le Directeur, je ne savais pas.
Il actionna la barrière pour laisser passer la voiture.
-Montez, David, je vous escorte jusqu'à la salle de conférence, proposa Vance, en ouvrant sa portière passager.
Ziva fit le tour du véhicule et se glissa doucement sur le siège. Vance redémarra pour parcourir les deux cents mètres qui le séparaient de l'entrée du parking. Ils sortirent en silence, empruntèrent les escaliers à la demande de Ziva –l'ascenseur lui rappellerait trop de choses, et elle aurait été obligée de passer dans l'open space, ce qu'elle se refusait- et arrivèrent devant la porte de la salle. Ils se firent face, puis Vance tendit sa main. Ziva la serra doucement. Puis sur un dernier regard, le directeur du NCIS tourna les talons et s'éloigna vers son bureau.
-Merci, dit alors Ziva.
Vance se retourna.
-Pour ce que vous avez fait, ajouta-t'elle simplement.
Il inclina imperceptiblement la tête, puis s'en alla.
La jeune femme fit alors face à la porte. Elle prit plusieurs respirations et compta mentalement.
« Bon, à trois, tu y vas. Plus vite ce sera fait, plus vite tu pourras passer à autre chose. »
Elle se demanda si elle ne s'arrêterait pas à la pharmacie en rentrant. Avec les souvenirs qu'elle s'apprêterait à déterrer, les blessures à vif qu'elle rouvrirait, la souffrance qu'elle laisserait jaillir, elle aurait bien besoin de somnifères ce soir, pour fermer l'œil.
Ziva referma la porte derrière elle. Elle referma la porte sur tout ce qu'il s'était passé, sur ces deux hommes froids qui lui avaient demandé de décrire chaque détail, de revivre cette expérience deux fois plus intensément. Elle s'adossa au mur, le temps de calmer ses jambes tremblantes. Au moins, maintenant, elle en avait fini avec tout ça. Elle pouvait tout oublier.
Elle se remit à marcher et décida de s'octroyer un petit réconfort en passant par l'espace détente. Glissant quelques pièces dans la machine, elle attrapa son café brûlant, et s'assit à l'une des tables, la tête entre les mains. Il n'y avait pas âme qui vive dans les bâtiments. Seul le claquement de la porte de la salle d'entretien, plus loin, troubla le silence. Elle jeta un coup d'œil à sa montre. 10h30. Parfait. Il était temps de rentrer à l'appartement.
Elle se leva, jeta son gobelet dans la poubelle la plus proche et emprunta machinalement le couloir qui menait à l'open space.
Lorsqu'elle se rendit compte de son erreur, elle était déjà arrivée devant la grande salle où se trouvaient les bureaux des agents. Elle prit une autre inspiration et se dirigea à grands pas vers l'ascenseur.
« Ne regarde pas autours de toi. Fixe l'ascenseur. »
-Ziva ? appela une voix basse.
Comme si elle avait heurté un mur, elle s'arrêta brusquement, en vacillant. Puis elle se retourna lentement.
-Bonjour, Gibbs.
-Ca va ? demanda son ancien chef, toujours affalé dans son fauteuil, son café à la main.
-J'ai vu mieux, répondit-elle honnêtement, en faisant quelques pas vers le bureau.
Gibbs hocha la tête, ôta ses pieds de la table et ramassa un carton de derrière lui.
-Tiens, c'est à toi.
La jeune femme jeta un coup d'œil dans le carton.
-On a vidé ton bureau et c'est ce qu'il y restait.
Elle souleva un ou deux pistolets, examina plusieurs objets en métal à l'aspect dangereusement mortel, joua avec quelques couteaux puis repoussa la boîte vers Gibbs.
-Garde-les. Je n'en ai plus vraiment besoin.
Il fronça les sourcils, et elle comprit qu'il voulait des explications.
-Je ne reviens pas, Gibbs, répondit-elle. Je… J'ai besoin de m'éloigner un peu de tout ça –elle fit un geste de la tête pour désigner les bureaux. De prendre du repos. Je ne sais même plus à quand remontent mes dernières vacances, ajouat-t'elle, avec un rire amer.
-Et que vas-tu faire, maintenant ?
-Je ne sais pas vraiment. Peut-être prendre un travail dans une ambassade. Quelque chose de calme. Où je n'aurais pas besoin de toutes ses armes.
-Ziva, commença Gibbs, mais il fut interrompu par le ding de l'ascenseur.
Ils se retournèrent tous les deux vers l'origine de bruit, et les portes s'ouvrirent sur la dernière personne que Ziva aurait voulu voir en venant ici.
« Bon sang ! Oublier ton portable au boulot, sérieusement ? » pesta intérieurement Tony, en émergeant de l'ascenseur. Il se passa une main sur le visage pour se réveiller et effacer toute trace de sommeil de son visage. Malgré sa vision encore quelque peu embrouillée, il se dirigea à la hâte vers son bureau. Comme ça, il pourrait rapidement retourner chez lui et s'enfouir sous sa couette.
Il marqua un temps d'arrêt, en constant que l'open space n'était pas vide. Puis se respiration se coupa en découvrant l'identité d'une des personnes.
Une partie de son esprit poussa un soupir de soulagement. C'était bien elle qu'il avait vu l'autre soir. Il ne devenait pas fou. L'autre moitié carburait. Que faire, que dire ? « Bonjour, Ziva, comment ça va, depuis six mois ? ». Faire comme si de rien n'était ? Pouvait-il réellement agir comme si rien ne s'était passé ?
D'un commun accord, leurs yeux se trouvèrent. Elle plongea son regard chocolat dans l'eau verte du sien.
Il aurait voulu lui dire qu'il était désolé, même s'il ne savait pas très bien pourquoi. Elle aurait voulu lui avouer que tant pis, elle lui pardonnait, elle était trop fatiguée pour s'embarquer dans des batailles contre elle ne savait quoi. Il aurait voulu lui proposer de tout effacer, de repartir à zéro. Elle aurait voulu lui dire de l'oublier.
Mais aucun des deux n'ouvrit la bouche.
Parfois, les regards suffisent.
Ziva tourna les yeux, incapable de maintenir le lien. Elle marmonna un « Au revoir » à Gibbs, dans un silence presque irréel, remit ses pieds en mouvement et se dirigea vers l'ascenseur.
Merci encore pour vos reviews, votre fidélité (déjà neuf fictions :D)...!
Bisous et à demain ;)
