Bonne lecture...


Ziva avait toujours été juive pratiquante. Aussi loin que remontaient ses souvenirs, elle avait toujours porté son pendentif de l'Etoile de David, avait toujours mangé casher, avait fait sa bat-mitzvah. Avec son travail et les missions, il était dur de suivre correctement les commandements, mais elle essayait du mieux qu'elle pouvait.

Elle ne croyait plus vraiment en un Dieu, pas après avoir vu tout ce dont l'homme était capable et pas après tout ce qu'elle-même avait fait dans sa vie. Mais c'était un repère. Un pilier qui soutenait le pont de sa vie, quelque chose auquel se raccrocher pour ne pas sombrer, une ancre dans la réalité.

Assise dans un coin sombre de la synagogue, elle laissa son esprit vagabonder.

Dix jours étaient passés depuis l'entretien, où elle avait cru pouvoir définitivement enterrer toute cette histoire derrière elle et essayer de reprendre une existence un tant soi peu normale. Une existence sans peurs, sans souffrances.

Mais les séquelles étaient toujours là. Physiques –les bleus, les problèmes pour se réalimenter correctement, les muscles endoloris. Mentales –les cauchemars, les crises d'angoisse.

Ziva ferma les yeux, effleura son nouveau pendentif glacé du bout des doigts –neuf, il avait du mal à se réchauffer au contact de sa peau-, puis se leva et se dirigea vers la sortie.

Elle accueillit les rayons du soleil qui tombèrent sur elle avec soulagement. Une fois n'était pas coutume, Washington avait droit à une journée douce et ensoleillée pour une fin de mois de Novembre.

Un mouvement attira son attention à sa gauche et elle se retourna.

Gibbs se détacha du mur contre lequel il était appuyé et lui tendit un gobelet de café, qu'elle prit en souriant intérieurement : Gibbs croyait toujours qu'un peu de café allait régler les choses.

-Tu as le temps pour une petite promenade ? demanda-t'il.

Elle avait tout son temps, maintenant. Elle n'était plus pressée. Elle hocha la tête et le suivit, sans même lui demander comment il l'avait trouvée. Gibbs faisait toujours ce genre de choses.

Ils marchèrent en silence côte à côte dans le petit parc, au milieu des cris des enfants et des pépiements des oiseaux.

-Ca va ?

-Pas vraiment, non, répondit-elle sincèrement.

Une des autres capacités de Gibbs. Il vous faisait toujours dire la vérité.

-Mais ça ira mieux, ajouta-t'elle, presque comme une question. Avec le temps.

-Pas de cette façon, Ziva.

Elle tourna la tête vers lui, mais il garda le regard fixé vers l'avant.

-On ne guérit pas en évitant d'affronter ses problèmes. C'est la seule façon de les surmonter et d'aller mieux.

-Affronter quoi, Gibbs ? l'interrompit-elle sèchement. Il n'y a rien à combattre !

-Il pourrait y avoir quelqu'un. Tu pourrais les combattre.

-Je ne reviendrais pas au Mossad, le coupa-t'elle à nouveau, sur un ton encore plus vif. Je ne veux pas rechercher les coupables, je veux oublier tout ça, passer à autre chose.

Elle accéléra le pas pour le distancer :

-Tu devrais faire pareil, Gibbs. Au revoir.

-Et tu vas faire quoi, Ziva ? retentit la voix de son ancien patron dans son dos. Prendre un boulot en tant que serveuse, ou derrière un bureau, à l'ambassade ? Tu crois sincèrement que parce que tu l'as décidé, tout ce qui t'est arrivé disparaîtra ? Que tu arrêteras d'avoir peur ?

-Je n'ai pas peur ! hurla la jeune femme, en se retournant brusquement. Tu n'as aucune idée de ce que c'est ! Pas le moindre centième d'idée !

-Au fond, tu veux savoir pourquoi. Pourquoi le NCIS est mêlé. Pourquoi la Somalie. Pourquoi toi, continua-t'il, imperturbable. Alors, reviens. Tu as besoin de le savoir pour aller mieux.

Sans un mot, il lui tendit le petit couteau, par le manche, puis d'un signe de la tête, montra le mur opposé de sa cave.

Les doigts tremblants, Ziva attrapa l'arme. Un à un, les reflexes ressurgissaient dans sa mémoire. Elle passa un doigt sur la lame pour découvrir une aspérité qui aurait altéré l'aérodynamisme, testa la pointe et son tranchant, le soupesa, pour évaluer le poids.

C'était comme retrouver un ancien ami. Mais un ami qui vous avait trahi et déçu, à qui vous ne faisiez plus réellement confiance, que vous testiez encore. Et c'était encore pire quand on ne se croyait plus soi-même.

Elle plia le bras, plaça sa main à hauteur de ses yeux, la lame pincée entre ses deux doigts, puis compta dans sa tête.

« Tu peux le faire. Ca ne veut pas dire que tu redeviens ce que tu étais. Ca ne veut pas dire que tu redeviens un assassin. »

D'un geste brusque, elle détendit ses muscles et ouvrit les doigts. Le couteau fila dans l'air comme une flèche, rebondit sur le mur et tomba au sol dans un bruit métallique.

Elle savait qu'elle ne toucherait pas sa cible. Elle avait ouvert les doigts trop tard et au dernier moment, dévié sa trajectoire d'un millimètre.

Alors Ziva ramassa le couteau et prépara son deuxième lancer. Elle réessaya une fois, deux fois, sept fois, cent fois. Mais peu importait.

Elle réapprenait.


Il reste trois chapitres.

Bisous et à ce soir peut-être ^^'