Cette nuit là fut froide, plus froide encore que les précédentes, laissant sur les panneaux de verre des baies vitrées une fine couche de givre blanc, rendant l'atmosphère plus pure et feutrée encore.

C'était Noël, deux heures du matin et il ouvrit brusquement les yeux. La sensation d'une présence l'avait fait se réveiller. Il avait pourtant fait attention comme chaque soir de bien verrouiller sa porte… Se levant en tâtonnant du pied à terre pour alors trouver l'interrupteur, une lumière se diffusa dans la pièce, caressant de sa lueur les différents meubles de bois blanc de l'appartement.

Le loquet était fermé. Un soupir, puis il se retourna pour aller retrouver la tiédeur de ses draps. Il sursauta et s'arrêta. Quelqu'un était assit dans son Chesterfield blanc. Il semblait dormir, ou peut être elle ? Il ne savait pas. On aurait dit un ange, vêtu d'un fin gilet blanc à peine fermé, dévoilant sa gorge et l'une de ses épaules et d'un pantalon clair, seuls ses cheveux d'un noir ébène contrastaient avec sa peau laiteuse.

Une tranquillité singulière émanait de l'être, il ne savait à vrai dire pas comment le qualifier. Son corps à la fois recroquevillé et lâché dans le lourd fauteuil de cuir clair amenait une force fragile qui le rassurait. Il s'approcha de lui, lentement, craignant de le réveiller de son sommeil angélique, et s'accroupit pour découvrir un visage d'une étonnante pureté. Ses traits étaient plus fins encore que ceux d'un homme, presque approchant la féminité en mêlant une certaine masculinité dans les courbes de sa mâchoire. Ses yeux fermés laissaient se déployer de longs cils noirs, rendant le visage plus fin encore qu'il ne l'était déjà.

Un ange…

On aurait dit un ange…

Sans savoir ce qui le poussait à faire ça, il osa lever la main pour lui écarter une mèche de ses cheveux tombant sur son visage, sans y avoir pensé avant, il frôla sa peau et sursauta de lui-même. Elle était à la fois douce et froide comme du marbre.

Brusquement, son vis-à-vis ouvrit les yeux, le fixant de ses prunelles bleues. Ils se retrouvèrent alors aussi surpris l'un que l'autre, le regard plongé dans l'autre, sans savoir lequel était le plus étonné.

Il tenta de faire un mouvement et baissa la tête, peut être gêné.

Lorsqu'il la releva, plus rien. Il avait disparu. Etrangement, il tendit les doigts pour toucher le sofa et ne sentit que la froideur du cuir blanc. Comme si jamais personne ne s'était tenu là. Seule une petite plume de duvet blanche était posée au creux d'un capiton. Semblablement à une trace d'un passage.

Il ne se posa pas plus de question, souvent étonné par ce que la vie lui réservait, ne se doutant pas que cette surprise là était plus différente encore de celles qu'il avait rencontré auparavant, et alla s'enfouir sous sa lourde couette de neige.