Laissant le trousseau de clefs dans le panier d'osier du meuble de l'entrée, il se dirigea vers la pièce lui servant de chambre pour le redécouvrir, assis à la même place dans son fauteuil de cuir blanc. Sans ne rien laisser paraître, il plongea son regard dans le sien avant de se détourner pour attraper un cintre de son armoire.

« N'es-tu pas surpris ? »

Au son de cette voix à la fois masculine et douce, il marqua un temps d'arrêt, puis accrocha sa veste sombre pour ensuite se retourner.

« Le devrai-je ? interrogea-t-il en allant se débarrasser de ses chaussures.
- Normalement, oui, affirma l'étranger en penchant la tête, intrigué.
- Un thé ? »

Le nouveau venu acquiesça d'un hochement de tête. Il alla faire chauffer de l'eau avant de revenir, un plateau où étaient posées deux tasses de verre dans les mains, d'où s'échappait un nuage de vapeur, embaumant la pièce d'un parfum sucré de fruits rouges. Posant le plateau sur une table basse il s'assit sur un tabouret pour ensuite tendre l'une des tasses à l'inconnu, lequel tendit ses longs doigts fins pour prendre avec précaution la tasse brulante.

« Qui es-tu ? demanda-t-il
- Hum… je n'en sais trop rien… répondit évasivement le jeune homme aux cheveux d'ébène, le regard plongé dans les tourbillons du liquide doré
- C'est sensé être une réponse ? fit-il en levant les yeux au plafond, légèrement agacé
- C'est vrai, je l'admet. Il fait froid dehors n'est-ce pas ? s'amusa l'étranger
- Je comprends par cette réponse que je n'aurai…
- … pas de réponse ? C'est exact ! l'interrompit il les yeux rieurs »

Il ne dit rien, se contentant de souffler sur son breuvage brûlant. Après tout, on était aujourd'hui Noël, ne pouvait-il pas le laisser rester chez lui ? Son grand appartement avait bien de la place pour un, il en avait tout aussi bien pour deux.

Le reste de la soirée se déroula silencieusement. Comme si la présence d'un inconnu était normale, et presque transparente. Il se contentait de lui jeter des coups d'œil de temps à autre, comme pour vérifier qu'il ne tentait pas de s'immiscer dans sa vie. Et non, en effet, l'étranger se contentait de l'observer, assit dans le lourd fauteuil blanc, les jambes repliées contre son torse, des mimiques différentes s'affichant tour à tour à son visage, comme un commentaire de chaque acte du vrai locataire du lieu.

Tard dans la soirée, il finit par se tourner vers le Chesterfield et son occupant.

« Si tu as décidé de rester ici, on devrait peut être savoir à qui l'on a à faire ?
- Tu n'as pas tort c'est vrai… répondit l'inconnu, sans pour autant dévoiler son identité »

Il haussa un sourcil, interdit devant une attitude aussi singulière que celle-ci, puis tendit sa main.

« Yunho »

Son vis-à-vis haussa à son tour un sourcil, surpris d'une telle présentation. Il avança également sa main et la lui frôla pour l'empoigner légèrement, faisant légèrement sursauter le dénommé Yunho au contact de sa peau douce mais froide, égale à son apparence angélique.

« JaeJoong »

Ils savaient désormais qui était qui. Etait-ce mieux ? Leur identité allait en tout cas facilité leurs échanges.

Chacun hocha la tête, comme pour sceller une relation d'entente, l'accord de l'un pour qu'il reste vivre, le remerciement de l'autre pour le laisser vivre dans un lieu qui ne lui appartenait pas. Tout était dit silencieusement. Ils ne se connaissaient pas, mais l'atmosphère les liait. L'un par son apparence froide, l'autre par son intérieur glacé. Le dénommé JaeJoong resta cependant dans le fauteuil, malgré qu'il eut l'offre de dormir dans le lit.

« Je ne voudrais pas te déranger…
- J'irai dormir dans le canapé, évidemment, le coupa Yunho, un sourire un brin gêné apparaissant sur son visage, peu habituée à une situation pareille.
- J'aime bien ton Chesterfield, le rassura le jeune homme aux cheveux corbeau, en souriant, d'un sourire qui lui était franc »

Il resta donc dans le fauteuil, tandis que Yunho alla se coucher, non sans lui avoir demandé auparavant de détourner le regard tandis qu'il se déshabillait pour ensuite se glisser sous ses draps.

« Tu as peur que je te saute dessus ? s'en amusa JaeJoong en balançant ses jambes par-dessus l'accoudoir du siège
- Je suis pudique, ignora Yunho en fronçant les sourcils lorsqu'il le vit prendre ses aises, et fais gaffe à mon fauteuil, j'y tiens ! »

JaeJoong éclata de rire avant de se repositionner convenablement sur ledit fauteuil.
La petite lampe de chevet cessa de procurer de la lumière après que le réel locataire du lieu ait tendu les doigts vers l'interrupteur, plongeant la pièce dans une obscurité complète.

Seule la respiration de sous les draps tentait de briser le silence total de l'appartement, accompagné par le doux bruit du balancier de l'horloge suspendue près de la porte d'entrée.

Du Chesterfield, JaeJoong observait l'endroit où Yunho dormait, avant d'esquisser un sourire pour laisser la nuit s'emparer de lui et envelopper les deux êtres de son épaisse cape de velour.

*

La lumière hivernale caressa de ses rayons blancs le visage endormi de Yunho, seul moment où ses traits se décontractaient pour laisser s'échapper toute la douleur qu'il contenait à l'intérieur de lui-même. Une ombre était penchée sur lui, un léger sourire étiré aux lèvres.

Un mouvement, puis un second, et il s'éveilla en s'étirant, avant de jeter machinalement un regard vers le fauteuil clair. Plus personne. Sans se l'avouer, il était déçu. Même si cette personne disant s'appeler JaeJoong lui était inconnue, avoir une présence auprès de lui l'avait apaisé, même pour un jour. Inexplicablement il se sentait plus protégé. A cette pensée, il se crispa pour ensuite se lever, effleurant de la pointe de ses pieds le parquet froid de la vaste pièce.

Tout était froid chez lui… et l'idée d'avoir un peu plus de chaleur rien que par une présence réussissait à le rendait nerveux. L'habitude d'être seul, l'habitude de n'avoir personne sur qui compter, l'habitude d'être celui qui dirigeait sa vie, ses actions et ses pensées. Cette habitude s'étant ancrée au plus profond de lui-même, et même si parfois, une once de lucidité lui faisait réaliser qu'une habitude n'est pas forcément bonne, la peur de la nouveauté le faisait rester ce qu'il était.

Un homme profondément blessé et craintif de tout ce qui l'entourait.