Blind & Bless.

Chapitre 4.

La cafetière tournée, crachotant et brulant le café avant de le déversé dans une carafe arrondis. L'odeur forte qu'elle en dégagé se faisait ressentir dans toute la pièce. Le frigo qui s'actionnait pour se réfrigéré automatiquement, créait un ronronnement sourd, calme et régulier. Les bruits de pas dans les salles adjacentes. Le briquet de Yasu qui s'allumait pour embrasait le bout de sa cigarette dans un grésillement quasi-inaudible. Et le briquet que le chanteur rangea dans la poche de son jean distraitement, reprenant ainsi son crayon en main. Tapant du bout, avec la gomme, la table différente rythmique, ou le tempo de la chanson avant de chantonner un peu pour s'imaginait un nouvel air de chanson. Et puis quand rien ne venait, frustré, il mordillait d'abord la gomme de son crayon, avant de ne se résoudre à tirer une bouffée sur sa cigarette, qu'il recrachait presque aussitôt. Il bloquait et ce, depuis un petit moment, maintenant sur la même phrase, et ça avait de quoi être, frustrant. Le syndrome de la page blanche, quel artiste ne l'a jamais craint ? C'était effrayant et Yasu guettait sans cesse son heure. Et il craignait bien que cela soit le cas. Il paraît que c'est le genre de chose qui nous tombe fatalement sur le coin de la gueule, un beau jour, sans prévenir. Et Yasu avait passé une bonne partie de sa vie à guetter mais à ne rien voir venir, et maintenant il craignait que ce soit le cas.

Il avait peut-être juste besoin d'une pause, là, tout de suite ? Oui, c'était sans doute cela. Yasu posa son crayon sur la table, passant une main fatiguée sur ses yeux, pour tenter de se sortir cette frustration de l'esprit.

«Saturation ?»

Yasu releva la tête lentement, et aperçu Jun-Ji, qui venait tout juste de rentrer dans la petite pièce. Le batteur aux cheveux oranges, s'approcha lentement et vint s'asseoir calmement face à lui.

«Non, plutôt syndrome de la page blanche… Il y a rien qui vient et je n'aime pas ça. C'est stressant.

-Tu devrais décompresser un peu, surtout. Tu m'as l'air à cran ces derniers temps, Yasu-kun. Peut-être que tu devrais prendre un ou deux jours de congés et décroché du boulot un peu. Après tous, on a le temps, on est en avance.

-Tu n'essaierais pas de me manipuler, pour avoir des vacances, par hasard ?

-Jamais de la vie ! S'offusqua faussement le batteur.»

Yasu esquissa un sourire amusé. Jun-Ji avait parfaitement, il devrait décompresser un peu, prendre un ou deux jours de congés ça n'a jamais tué personne au contraire. Et puis il avait besoin de faire un peu le point, un peu de vide. Ça fait quelques temps qu'il n'avait pas eût droit à un vrai week-end digne de ce nom, et sans boulot. Et puis, ils étaient en avance sur leur programme, l'enregistrement du prochain album était maintenant imminent et ils étaient tous au point. Décompresser avant que tout le processus d'enregistrement, de promotion à coup d'émission télé, de préparation d'affiche, de spot télé, de tournage de clip et puis de préparation de tournée, ce n'était pas non plus un mal. Ils n'en reviendraient que reposés et de meilleur humeur. Et qui sait, l'inspiration reviendrait peut-être d'elle du même coup.

«Je verrais ça avec le manager.

-QUOI !?... Yasu, si tu te drogue il faut le dire !

-Hein !? Mais non ! Enfin… Non ! Mais ça va pas ! Et puis d'abord, pourquoi tu dis ça, hein ?

-Ben, je ne sais pas, avoua le batteur, avec amusement. Tu as acquiescé sans trop bronché quand j'ai parlé de prendre des congés, alors je me suis dit que… peut-être, tu…

-Non. Jamais de la vie ! S'écria le blond, réellement outré que son camarade puisse penser une telle chose à son sujet.

-Bon ça va, ça va, alors.»

Ahlala, Yasu en avait même presque perdu son sens de l'humour. Voilà ce que ça donnait que de trop travailler. Jun-ji s'inquiétait un peu. Yasu ne sortait plus beaucoup à ce qu'il savait. Sauf pour aller voir cette mystérieuse demoiselle qui s'était retrouvé à l'hôpital et qu'il ne connaissait pas avant cela, apparemment… C'était peut-être cela, en fin de compte qui perturbait le chanteur et qui faisait que son inspiration lui faisait faux bon, ces derniers temps. Ce n'était pas la première fois que Yasu semblait ailleurs, ou qu'il faisait n'importe quoi, après tout.

«Et dis-moi Yasu, ces derniers temps, ça va ? Demanda l'orange, en posant son manteau sur ses deux mains relever, montrer ainsi son intérêt, avec un petit sourire.

-Hm ? Oui, bien sûr, pourquoi ? J'ai l'air malade ?

-Non, non… Juste, je me demandais si ça allait dans… ta vie sentimentale, en ce moment ?

-J'ai pas trop le temps pour ça, tu sais, murmura le chanteur en haussant les épaules.

-Menteur, va. Je suis sûr que ça roule pour toi en ce moment.»

Yasu secoua la tête à la négative, levant les yeux au ciel et soupirant un "n'importe quoi", résigné. Sa vie sentimentale ces derniers temps, obtenait des résultats qui avoisinaient le zéro absolu. Il n'avait pas le temps pour ça, et n'avait encore trouvé personne pour le supporter quotidiennement. Il savait qu'il avait quelque psychose, et des défauts, comme tout le monde. Yasu était loin d'être parfait et au quotidien il savait que c'était plutôt lourd. Et puis comme il l'avait dit, il n'avait pas le temps pour ça. Pas assez de temps à accorder à une rencontre, pas assez de temps à accorder aux autres et encore moins assez de temps pour entretenir une relation qui soit sérieusement. Et franchement les coups d'une nuit, les partis de jambe en l'air sans scrupule qui ne demandait aucun rappel, ce n'était pas DU TOUT son truc. Trop chiant et pas assez d'attache, de sentiment et de romantisme dans ses actes là. Oui, parce qu'en plus, Yasu était un peu fleur bleu dans l'âme. Si ça, ce n'était pas de la poisse, alors c'était rudement bien imité.

Le chanteur repoussa ses feuilles et son crayon et calla sa cigarette entre ses lèvres pour pouvoir s'étirer, faisant par la même, craquer son dos difficilement.

«J'aimerais être aussi enthousiaste que toi. Malheureusement, j'ai toujours été nul dans ce domaine, et je bosse trop pour m'investir dans une relation durable. Il faut faire des choix dans la vie. Et moi j'ai choisi ma carrière. Je l'assume.

-Oui, mais ces derniers temps, tu as quelques rumeurs qui te collent à la peau, tu sais ?

-Des rumeurs ? Quels genres de rumeurs ?

-Des rumeurs qui disent que tu verrais une ravissante demoiselle régulièrement.

-Qui te dit qu'elle est ravissante ?

-Ce n'est pas le cas ?»

Touché. Yasu pouvait difficilement mentir sur ce coup-là. De toute façon, il ne savait pas vraiment faire ce genre de chose. Il ne put que sourire et murmurer en détournant le regard :

«Si, elle est très belle. Dire le contraire serait mentir.

-Tu l'as vois souvent ?

-Ecoute ce n'est pas ce que tu crois. L'histoire c'est que j'ai un ami qui voulait m'arranger un coup avec elle, le seul truc c'est que cette fille à eût un accident en voulant nous rejoindre chez lui, elle s'est fait renverser par une voiture. Résultat, elle est devenue aveugle. Il y a peu de chance qu'elle puisse voir à nouveau un jour.

-Donc parce qu'elle est aveugle, tu te refuse d'aller plus loin avec elle ?

-Non ! Je n'ai pas le temps pour ça. Tu suis quand je te parle ou pas ?

-Bien sûr que je te suis, mais ce que j'ai comprit moi, c'est que tu as fais référence au fait qu'elle ne voit plus, cette demoiselle.

-C'était pour te dire que si j'ai passé du temps à la voir, c'était pour voir si elle allait bien… Et parce que ça compagnie est plus qu'agréable, aussi, j'entends.»

Yasu aurait peut-être dût s'arrêter de parler à ce moment-là. Ca lui aurait évité de s'emporter tout seul, alors que Jun-Ji ne lui avait strictement pas posé des questions sur le détail. Parfois, le chanteur était un rien trop enthousiaste, il fallait le dire, et il mettait un certain temps avant de se rendre compte qu'il parlait trop, et qu'il allait trop loin. Et le pire de tout c'est qu'il ne se rendait pas forcement compte. Parfois il parlait en réfléchissant en même temps de la situation, pour mettre les choses aux claires, et ce n'était qu'une fois le résultat obtenu qu'il se rendait compte que le monde extérieur pouvait l'entendre… Et là, comme toujours, il s'élança.

«Discuter avec elle me permet de me sentir… Totalement normal. J'ai l'impression d'être un sombre inconnu. Et j'aime ça. J'aime la sensation que me procure le fait d'être n'importe qui. C'est étrange puisque depuis que je suis adolescent mon seul but était de me différencier des autres, de vouloir être quelqu'un que l'on pourrait reconnaître dans la rue. Être célèbre… Mais ça à du bon, d'être monsieur-tout-le-monde aussi, c'est réellement reposant psychologiquement. Pour une fois, je n'avais pas à réfléchir au reflet de mon image à ce que ça donnerait si je faisais telle ou telle action. L'impact que ça aurait sur les autres…»

Le batteur aux cheveux orange haussa un sourcil, amusé, et esquissa un petit sourire équivoque, qui rappela aussitôt au chanteur qu'il n'était pas tout seul, et que probablement, il était entrain de parler à voix haute… Comme d'habitude. Yasu écarquilla les yeux, et rougis bêtement en détournant le regard.

«Mais 'te fais pas de film, hein ! S'empressa d'ajouter le brun en attirant sa feuille et son crayon de nouveau à lui, pour faire semblant d'être occupé.

-Oh mais je ne me fais aucun film.

-Et c'était moi le menteur ?

-Ah je te jure, je note juste ce que tu viens de me dire. Je vais attendre un peu que ça se développe un peu entre elle et toi, et là, seulement à ce moment précis, je me ferais des films.

-N'importe quoi ! Allez dégage ! S'écria le chanteur faussement agacé. L'inspiration me revient !

-Oh, parler de cette jeune demoiselle te fais retrouver l'inspiration ? Intéressant… Bon tu me tiendras au jus de comment ça avance entre elle et toi, hein ? Lâcha l'orange en se levant pour faire un salut militaire, montrant qu'il allait, comme l'avait proposé Yasu, s'éclipser.

-Crève ! S'écria le chanteur en riant tout en poussant un peu le batteur, qui fini par s'en aller.»

Jun-ji, ne put en revanche retenir un "bon, c'est foutu pour les vacances", en s'en alla, qui fit un peu plus rire Yasu, qui reprenait son écriture avec joie et soulagement… Jusqu'à ce que, une bonne minute plus tard -Yasu était parfois un peu lent d'esprit-, il ne relève la tête brusquement et ne cesse d'écrire les yeux écarquillés.

C'était vrai ça… Il avait raison Jun-ji… Parler de Seiko lui avait fait revenir l'inspiration… C'était quoi ça !? Il regarda à droite à gauche, comme si il cherchait soudainement quelque chose et puis… Il décida de mettre tout cela sur le compte simpliste du hasard. L'inspiration était juste partie faire un tour, et était finalement revenue toute seule quand il avait été plus détendu, voilà tout… C'était du hasard, et rien du plus. Du hasard.