Blind & Bless.
Chapitre 5.
«'tention !
-Rha merde ! Je devrais dégager cette table basse, j'arrête pas de me prendre les pieds dedans ! S'écria Seiko en se redressant avec agacement, passant une main dans ses cheveux.
-C'est normal, il vous faut le temps de t'habituer à ton chez toi en sachant que maintenant vous êtes…
-Ca fait plus de trois semaines que je suis rentré et je me prends encore tout les meubles dans les jambes ! Mes mollets et mes chevilles en sont bleu à force !»
L'énervement dont faisait preuve la jeune femme alarma un instant son vis-à-vis à savoir Yasu. Le chanteur, haussa un sourcil inquiet, mais bien sûr, Seiko ne vit pas son air dubitatif et inquisiteur. Cependant, malgré tout, la jeune femme le comprit bien et après quelques secondes de silence et de flottement, et poussa un soupir et laissa ses bras retomber le long de son corps.
«Je suis désolée, Yasu-san… Je suis énervée ces derniers temps. Ce n'est vraiment pas contre vous. C'est juste que… Tout ça m'agace profondément. Et je ne peux rien faire pour y remédier. C'est horriblement frustrant… et gênant.»
Le chanteur tapota la place sur le canapé à côté de lui et proposa à la jeune femme de s'asseoir à côté de lui, d'un ton calme et doux. Elle soupira d'abord, et chercha à tâtons l'exact endroit où se trouvait le canapé et la place et vint lentement s'asseoir à côté de lui.
Yasu devait avouer que ce regard fixe qu'elle avait et qui ne se tournait presque jamais vers lui, était une chose réellement perturbante, et il avait un mal fou à s'y faire. Pourtant, il faisait comme si il ne le voyait pas, passant à côté de ce détail. Seiko n'avait pas besoin qu'on lui fasse remarquer de telle chose, elle était déjà suffisamment perturbé et perdu comme cela.
«C'est normal d'être perdu, surtout quand le mode de vie et soudainement chambouler de façon conséquente, comme ça. N'importe qui le serait. Il faut forcement un temps d'adaptation.
-Sans vouloir être vexante, vous n'avez strictement aucune idée de ce que vous avancez !
-Changer de vie ? Si, si je sais ce que c'est. Je l'ai vécu il y a longtemps. Sauf que moi c'était en bien et c'était totalement différent. Mais je sais que le fond c'est la même chose. Changer de vie, quand on a ses habitudes et son train~train, c'est complètement effrayant !»
La jeune femme inspira et expira plusieurs fois, essayant de se forcer à ne pas lui balancer une vacherie ou une quelconque remarque, alors qu'il essayait juste d'être gentil avec elle. Elle avait suffisamment laissé de plume dans cette histoire, et des amis avec. Ça il y en avait tout un paquet qu'elle avait remballé pour divers raison. Notamment ceux qu'elle savait qu'ils étaient au courant pour son accident et qui n'avaient même pas prit la peine de prendre au moins des nouvelles ! Et pendant ce temps Yasu, un type qu'elle savait probablement très occupé, et qu'elle ne connaissait pas plus que cela -pour ne pas dire pas du tout, même- était venu régulièrement lui rendre visite, lui tenir compagnie, discuter, ou même lui remonter le moral comme il le pouvait. Il fallait dire que dans ce domaine le chanteur n'avait jamais été très, très doué. Mais il n'empêche. Alors elle ne pouvait pas l'envoyer si facilement chier que ça. Par politesse, mais aussi parce qu'elle lui devait pas mal, rien que pour ce qu'il avait ces dernières semaines.
L'altruisme est une vertu bien rare dans le monde de vautour qu'est le notre, quand on rencontre quelqu'un d'aussi généreux, il fallait savoir la considérer à sa juste valeur et le traiter de la bonne façon. Et ne pas en abuser encore et encore, pour jeter finalement la personne en question comme un vulgaire mouchoir.
Seiko prit alors énormément sur elle.
«Racontez-moi, dit-elle calmement, souhaitant sincèrement se changer un peu les idées et que le chanteur lui raconte un peu son histoire personnellement, comme il l'avait vécu, et non pas comme les magazines ou les sites internet le rapportaient.
-Heu, je ne suis pas sûr que…
-J'ai vraiment envie d'en savoir un peu plus sur vous. S'il vous plaît Yasu-san.»
Ah… Bon… Le chanteur passa une main dans ses cheveux et détourna un instant le regard. Se disant que de toute façon, c'était malheureux pour elle, mais elle ne verrait certainement pas son air embarrasser. C'est qu'il était un peu pudique le Yasu, mine de rien. Alors pensez qu'il était embarrassé, tiens.
«C'est… C'était à mes débuts. Quand Janne Da Arc à commençait à marcher. Ça nous était un peu tombé sur le coin de la gueule ce succès et cette réussite. On a longtemps était connu que par nos copain de classe et les gens de notre quartier. Jusqu'à ce qu'un jour cette foutu machine finisse par s'emballer toute seule. Et quand on s'est retrouvé dans le Top Oricon, on ne s'y attendait vraiment pas. Mais du coup, j'ai dût revoir tout mon mode de vie.
-Comment ?
-Disons, qu'avant j'enchainer les petits boulot pour pouvoir au moins avoir un toit sous lequel dormir, et ne pas me voir obliger de retourner supplier maman papa pour qu'ils me loge à nouveau. Ce qui était impensable vu qu'ils essayaient de me faire comprendre que j'avais des lubies débile à vouloir devenir chanteur, que c'était pas un métier pour moi, et tutti quanti… J'étais sacrément obstiné et arrogant à l'époque, et j'aurais préféré mourir plutôt que de reconnaitre que je pouvais avoir tord et que mes ambitions étaient probablement un peu démesuré.
-Je vois bien le genre, j'étais comme ça aussi.
-Ah oui ? Demanda le chanteur, étonné, lui qui la trouvait pourtant calme et assez consciencieuse.
-Ah ça… Je n'en démordais pas. On m'aurait prouvé que j'avais tord que j'affirmais tout de même que ce que je disais été juste.»
Yasu émit un petit rire. Cette fois il sentait bien qu'il y était presque, que la jeune femme commençait déjà à se détendre et à oublier tout ça qu'il lui avait changé les idées. C'était comme ça qu'il remontait le moral au gens, Yasu, en essayant bien de les détendre comme il le pouvait. Chose pas facile du tout dans certaine situation, et là il essayait d'établir un dialogue et de se montrer rassurant. Mais là, il s'était que faire un long discours ne ferait qu'agacer la jeune femme. Et il n'avait pas tellement envie de se la mettre à dos. Il ne la connaissait pas encore très bien, et Dieu seul sait comment elle pouvait réagir.
«Qu'est-ce qui s'est passé après ? Demanda la jeune femme, en souriant enfin, pour la première fois depuis que le chanteur était arrivé.
-Et bien le jour où ça a marché d'un seul coup, je me suis retrouvé devoir changer d'appartement, de quartier. Les gens me connaissaient trop là où j'étais, et il y avait des gens qui m'attendaient en bas de mon immeuble des fois, et parfois même devant la porte de chez moi. Et donc j'ai changé d'appartement, ça j'avais plus de problème pour payer mon loyer. J'ai eût plus d'ami d'un coup j'ai… Mon mode de vie à radicalement changer. Et c'était vraiment HORRIBLE ! Pourtant c'était tout ce que j'avais toujours voulu, j'avais vraiment bossé dur pour cela. Mais c'était complètement effrayant. J'ai eût… un espèce de traumatisme lié au changement d'environnement… Où, je ne sais trop quoi.
-C'est vraiment possible ?
-Ouais. Et je peux te dire que j'étais vraiment pas bien. À deux doigts de la déprime. C'est idiot. Complètement idiot, mais j'avais peur. De l'avenir, ou de je ne sais quoi. J'ai même regretté cette foutue période où je galérais comme pas possible. Mais c'était probablement juste un caprice de ma part.»
La jeune femme sourit à nouveau et vint s'affaler dans le fond du canapé. Son regard clair toujours fixé dans le vide. Yasu ramena ses jambes à lui, pour s'asseoir en tailleur tout en regardant la jeune femme en souriant toujours.
«Je crois que je vois exactement ce dont tu veux parler, murmura-t-elle enfin, après un long silence, pas tellement pesant.
-Ah ?
-J'ai vu ma vie changer une fois, tous mes projets s'écrouler du jour au lendemain, sans que je ne puisse rien y faire.
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
-J'avais pour ambition, de devenir patineuse artistique, professionnelle. J'étais plutôt doué je crois, et j'étais bien partie pour les Jeux Olympiques d'Hiver. Jusqu'à ce que je me casse la jambe. Ça a compromis tout ce à quoi j'aspirais et tout mon futur, je me suis retrouvé sans rien de concret dans les mains, sans idées de travails ni rien. J'aurais jamais pensées me blesser au point de perdre mon niveau. J'avais pas prévus, il faut dire.
-Ca doit être… Affreux. Je ne suis même pas sûr d'imaginer la moitié de ce que tu as dût ressentir.»
La jeune femme préféra ne pas répondre et hausser simplement les épaules. Pas la peine de revenir sur ces mauvais souvenirs, surtout en ce moment où son moral aurait largement pu être meilleur.
Yasu comprit alors le message et changea de sujet, voyant bien que la jeune femme n'était maintenant plus du tout à l'aise, et plutôt tellement dans une optique pour parler, de ce genre de chose. Il dériva donc la conversation sur des choses plus joyeuses et agréables. Et il se rendit alors compte que Seiko était du genre plutôt bavarde quand il s'agissait d'un sujet qui l'intéressait. Elle pouvait se montrer intarissable, et cela amusa beaucoup le chanteur. Lui qui ne la soupçonnait pas comme cela. Elle ne lui avait jamais énormément parlé, elle répondait à ses questions, elle lui en poser, mais ça s'arrêter là. Il en avait déduit qu'elle était plutôt du genre timide. Et vu que lui-même n'était pas tellement du genre extraverti et ouvert au monde extérieur et inconnu, il y avait eût bien souvent des blancs entre eux. Mais ce n'était jamais des blancs gênant, au contraire. C'était ceux du genre reposant. Ceux où on peut prendre le temps de réfléchir deux minutes, sans prise de tête. Une chose qui manquait parfois souvent dans la vie de tous les jours. Ça évitait de dire des conneries, et des choses qui dépasse largement notre pensé. Chose que Yasu détestait voir et faire.
Alors forcement, toute l'après-midi lui parut des plus agréable, discuter avec elle était constructif à ses yeux. Et même dans le silence il passait un bon moment on ne pouvait pas appeler cela autrement. Quand il partie en fin d'après-midi, ce fut avec le sourire aux lèvres et la promesse que repasser serait un véritable plaisir, rien de plus.
