Blind & Bless.
Chapitre 6.
Seiko était sur la petite terrasse de son appartement. Appuyé contre la rambarde en fer. Elle essayait de se rappeler de la jolie qu'elle avait ici, et que, par le passé elle pouvait admirer de temps en temps. Quand elle se sentait lassé de sa vie, quand elle voulait laisser allez son esprit à l'ailleurs, à un monde plus meilleurs. Mais actuellement, elle n'avait même plus cela. Même plus cette vue réconfortante. Elle ne pouvait plus que profiter du vent et à la rigueur des sifflements presque agaçants des oiseaux de temps en temps.
Elle soupira. Voilà, elle se remettait à déprimer et à se morfondre sur son sort. Et elle détestait ça. Elle en avait marre de s'apitoyer sur elle-même, comme ça, devenant peu à peu une véritable loque impossible à vivre. Sans rire, elle ne se supportait que de moins en moins. Mais en toute sincérité, qui pourrait se faire à un tel changement aussi soudain, du jour au lendemain ? Probablement personne, et elle se demandait encore comment elle pouvait avoir quelques amis qui la soutiennent toujours.
D'ailleurs, ils ne devraient plus tarder à arriver maintenant, ses amis. Kin et Yasu. Ils étaient les plus présent… Et c'était beaucoup plus que ce que la jeune femme considéré pouvoir espérer d'eux. Enfin de Kin, tout du moins, qu'elle connaissait depuis quelques années. De Yasu, elle n'avait strictement rien attendu, et pourtant il avait été beaucoup plus présent que bien des gens pour elle ces derniers temps. Et pour cela elle se sentait réellement très reconnaissante envers lui, qui l'avait soutenu alors même qu'il ne la connaissait que de nom. Et encore…
Ses deux amis l'avaient appelé en début de journée, tout enthousiaste qu'ils étaient en lui disant qu'aujourd'hui, c'était le grand jour, et qu'aujourd'hui coûte que coûte, ils la sortaient de son appartement pour lui faire prendre un peu l'air. Il fallait dire que depuis sa sortit d'hôpital, depuis qu'elle avait rejoint son appartement, elle n'était pas sortit. Même ses courses, elle ne les faisait plus, c'était sa mère qui s'y collait gentiment, tout en lui répétant à chaque fois, qu'elle ne pourrait pas rester cloîtrer dans cette maison éternellement. Le monde extérieur l'effrayant depuis qu'elle ne voyait plus. Ce qui était plus que normal, quand on y réfléchissait.
Pour l'heure, la jeune femme commençait à avoir froid avec ce vent. Elle décida donc de rentrer dans son appartement, et de refermer la porte vitrée de sa terrasse. Elle se dirigea ensuite vers son canapé pour pouvoir s'y asseoir, faisant attention de bien esquiver la table basse, dans lequel elle s'était trop de fois prit les pieds. Elle commençait à sérieusement repérer où se trouver les meubles et à comprendre l'espace et la disposition de son appartement. Il était rare maintenant de la voir se prendre les pieds dans quelque chose. La jeune femme commençait à doucement s'adapter, tant bien que mal.
Elle eût à peine le temps de s'asseoir qu'elle entendit la bruyante sonnette de son appartement retentir. Elle se releva aussitôt et se dirigea lentement vers la porte. Le fait de ne plus voir, provoqué aussi cela, le faite d'être constamment en alerte, même dans un environnement que l'on connait bien, et nous rends beaucoup, beaucoup plus lent. Mais de l'autre côté de la porte on était patient, les deux jeunes hommes devaient probablement bien la comprendre. Elle n'en doutait pas.
Une fois la porte ouverte, elle afficha un sourire de circonstance, montrant qu'elle était contente qu'on lui rende un peu visite et qu'on occupe ses journées bien vide et plate.
«Bonjour, je suis tout seul, Kin-kun a eût une urgence à son boulot, il ne pourra pas venir. Il a dit qu'il nous rejoindrait en soirée, et qu'il nous offrirait le restaurant.
-Ah ? Bon et bien écoutez, entrez Yasu-san, ne rester pas sur le palier.
-Dites, sans vouloir paraître impoli, ça fait un bout de temps qu'on se connaît vous et moi, et je me demandais en venant… On en est toujours au stade du vouvoiement, alors on pourrait peut-être commencer à…
-Ce serait avec plaisir.
-Cool, je me sens mieux. Les tons polis comme ça, j'avoue que c'est pas ma tasse de thé et sentir que je me reprend une fois sur deux, ça me prenais un peu la tête.»
Seiko, l'écoutait attentivement. Tout autant ses paroles que les sons de ses pas, de ses déplacements. Pour repérer à peu près où il se trouvait maintenant dans la pièce. La légende disait vrai, lorsque l'on perd l'un de nos cinq sens, les autres se décuplent. L'ouïe en particulier, elle entendait bien mieux qu'avant et ses oreilles étaient bien plus attentives qu'avant. Moyens de substitution que l'instinct de survie et le corps humain avait développé pour pouvoir continuer à avancer.
«Fais comme chez toi, et assieds-toi, murmura-t-elle avec un petit sourire, tout en fermant la porte calmement.
-Oh, merci.
-C'est vrai que toi, tu es plutôt du genre spontané et franc, alors forcement, ça n'a pas dût être simple tous les jours, dit-elle en reprenant la conversation d'un peu plus tôt, en marche.
-Mouais… Bon. On y va ?»
La demoiselle entrouvrit la bouche, étonnée. Elle fronça ensuite les sourcils et alla s'adosser à la porte d'entrée.
«On va où ?
-On sort. Se balader. Je sais que Kin-kun n'est pas là et que du coup… Mais il faut sortir un, tu risque d'étouffer ici, à force !
-Je peux ouvrir la fenêtre pour prendre l'air.
-Pitié ! Rien ne vaudra jamais une bonne promenade.
-Oh oui, c'est vrai que l'air pollué par le CO2 de Tokyo est ce qu'il y a de mieux pour les poumons. C'est bien connu.»
Le ton ironique de la jeune femme arracha une grimace au chateur qui laissa paraître un air blasé sur son visage, et un silence dans l'air. Seul soucis, c'est que la jeune femme entendit bien le silence mais ne put voir son air blasé. Il la regarda alors plus attentivement. Ses yeux étaient claire, vraiment très claire, et visiblement ils n'étaient pas ainsi d'origine. C'est ce que lui avait dit Kin, et que le fait qu'elle ait eut perdu la vue avait conduit ses yeux à éclaircir leur couleur. Il esquissa un bref sourire, et répondit calmement.
«Allez, il faut sortir. T'en fait pas je serais là, il ne t'arrivera rien, si c'est ce que tu crains.
-Et on va où ?
-Où tu veux, on peut allez au coin de la rue, ou un peu plus loin. Comme tu le sens pour une première sortie.
-Franchement, à choisir, je resterais chez moi.
-Oui, mais ça c'est trop facile ! Allez je vais te payer une crêpe au café du coin, c'est décidé ! Lâcha Yasu, montrant à la jeune femme qu'elle avait eût raison un peu plus tôt, il était bel et bien du genre spontané.»
Elle entendit le jeune homme se déplacer un peu dans l'appartement, suivant d'une oreille attentivement les faits et gestes du jeune homme. Elle sentit quelques instants plus tard qu'il s'était planté finalement devant elle, et elle releva la tête lentement, pas bien sûr de l'endroit exact où il se trouvait.
«Ta veste ! Enfile-la, dit-il.»
L'aveugle tendit le bras et attrapa presque à tâtons la veste que le chanteur lui tendait effectivement. Et prit le plus de temps possible pour enfiler ladite veste, tentant visiblement de gagner du temps. Mais Yasu ne lui en tient pas rigueur, il attrapa la cane blanche et rouge d'aveugle qu'il savait que la mère de la jeune femme lui avait acheté. Il la lui donna et ouvrit la porte.
«Attends, les clefs, il faut fermer.
-Ah oui, c'est vrai ! S'écria le chanteur, se sentant vraiment étourdit pour le coup.»
Le jeune homme s'empara desdites clefs pour pouvoir fermer une fois qu'ils serraient dehors. Il entraina la jeune femme à sa suite, enfin. Après qu'ils aient quitté la maison, lui tenant délicatement le bras pour la garder non loin de lui et ainsi, mieux la guider. Yasu jugea judicieux de prendre l'ascenseur, se disant que les escaliers n'étaient vraiment pas un truc à tenter pour une première sortie depuis longtemps. Et comme convenu il l'emmena au café du coin pour lui offrir la fameuse crêpe en question. Le trajet fut un peu laborieux et long aussi. Mais il ne fallait probablement pas trop en demander. La jeune femme semblait avoir peur de tout et s'accrocher désespérément au bras du chanteur comme par peur de rentrer dans quelque chose ou de tomber à tout moment. Mais une fois qu'ils furent installés tranquillement derrière une crêpe, tout devient instantanément plus calme.
La brune jeune femme semblait septique, ou bien perdu dans ses pensées, Yasu ne savait pas trop ce qu'il pourrait en être réellement. Il se dépêcha de répondre au multiple message qu'il avait reçu sur son portable pour pouvoir à nouveau porter son attention sur la jeune femme, au plus vite. Une jeune femme qui, si elle avait put voir, aurait regardé passivement le vide au vu de ses aires totalement ailleurs.
«Tu ne mange pas Seiko-chan ?»
La brune sursauta un peu, et sembla rougir un peu. Enfin, c'est ce que Yasu aurait dit de là où il était. Il esquissa un petit sourire amusé.
«On était ailleurs ? Demanda-t-il en mordant avec appétit dans sa crêpe.
-Non, c'est juste… Laisse tomber, ce n'est pas bien important.
-Quoi !? Tu es sûre !?
-Oui, oui, ça te déprimerait de toute façon, murmura-t-elle en commençant à couper sa crêpe avec un couteau et une fourchette, à l'aveuglette.
-Justement, si tu as besoin de parler, parle. Je ne me moquerais pas, c'est pas mon genre.»
Elle semblait calme, et si réfléchit pour le coup. Elle demanda une cigarette au chanteur, que celui-ci lui offrit gracieusement et lui alluma par la même occasion avant qu'elle ne se décide à parler enfin.
«C'est juste… Il fait soleil, il y a une petite brise agréable empêchant qu'il fasse trop chaud. Il fait un temps magnifique… C'est une journée magnifique, et je ne peux même pas la voir…»
Elle avait parlé bas, si bas, que Yasu avait dût tendre l'oreille pour tout entendre. Mais c'est mot là… Ils lui coupèrent la respiration pour le coup, et il eût une inexplicable envie de laisser couler une larme. C'était peut-être encore pire de dire une chose pareille que de dire simplement "je suis aveugle". Cette phrase là, ce n'est que les faits, rien de plus. De simple fait bien stupide. Mais dire "c'est une journée magnifique, et je ne peux même pas la voir", c'était la conséquence dudit fait. Une conséquence horrible. Bien des gens ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont de pouvoir au moins voir ce qui se passe autour de soi. Certaine personne ne demande rien de plus que cela, pouvoir voir autour de soi.
Il se sentit alors un peu plus mal pour la jeune femme qui tira une taffe distraite sur la cigarette qu'il venait de lui passer. Alors que tout ce que le chanteur trouva à faire, fut de poser sa main sur celle de la jeune femme, pour lui exprimer tout son soutient. Il ne pouvait rien faire d'autre, il ne pouvait rien dire, rien n'aurait été assez réconfortante comme réponse.
