Blind & Bless.

Chapitre 7.

Yasu était du genre patient, il savait attendre quand il le fallait et qu'il savait cela nécessaire. De ce fait, il était donc difficile à agacer et à lasser. Chose que Seiko ne comprenait pas tellement, elle qui ne tenait jamais en place et ne connaissait pas le mot patience. Elle se demandait comment se faisait-il que Yasu avait encore le courage de lui rendre visite aussi régulièrement. Elle attendait le jour où elle n'aurait définitivement plus de visite du chanteur. Chaque fois qu'il débarquait chez elle, avec un plus que joyeux "bonjour", elle en restait profondément étonnée.

Ce jour-là, plus encore. Il pleuvait à torrent. Elle ne le voyait pas, mais elle l'entendait et le sentait. La pluie s'abattait plutôt violemment sur la terrasse de son appartement et sur les vitres. Le tonnerre grondait avec puissance, l'humidité rendait les peaux moites et l'air un peu désagréable à respirer, et l'odeur de la pluie se faisait lourde dans ses narines.

Pourtant, alors qu'elle ne s'y attendait pas, elle fut éprise d'une importante surprise quand on toqua à sa porte. À ce qu'elle savait, personne ne devait passer aujourd'hui. Seiko essayait de passer du temps seule, un maximum, un peu plus à chaque fois, pour s'habituer, apprendre à vivre dans sa situation et à se débrouiller. C'est donc avec méfiance qu'elle se leva de son canapé -elle écoutait un film à ce moment-là-, pour se diriger vers sa porte d'entrée et demanda avec curiosité :

«Oui ? Qui est-ce ?

-C'est Yasu.»

La jeune aveugle consentit alors à ouvrir la porte, fort ébahi par la venue du chanteur. Celui-ci n'osa pas trop pénétrer dans l'appartement au vu du fait qu'il était tout trempé à cause de cette pluie glaciale qui le faisait présentement greloter. À l'instant, Yasu tuerait pour un bon feu de cheminée, d'ailleurs. Mais Seiko n'en avait pas… Bah, tant pis le chauffage c'était tout aussi bien.

«Je n'ose pas trop entrée, je suis tout mouillé.

-Mais non. Au contraire, c'est une excellente excuse pour rentrer. Tu risque de chopper la mort ! Et dans ton métier, je crains que cela ne soit pas recommandé.

-Ah ça, c'est sûr ! J'ai la gorge fragile en plus. Mon manager me tuerait, à force.

-Oh ? Tu as eût des soucis par le passé ?

-Heu… Hésita le chanteur en passant une main dans ses cheveux ruisselant, alors qu'il entrait dans l'appartement et que Seiko refermait la porte avec attention. Ouais, une sale affaire. J'avais des kystes dans la gorge, il y a quelques temps, on put me le déceler assez vite et m'opérer au plus pour qu'il n'y ait eût aucune répercutions sur ma voix… Mais disons que j'ai eût peur pendant un moment avant et après l'opération, de perdre ma voix.

-C'est pour ça que j'ai l'impression que tu me comprends si bien alors qu'on ne se connait pas tant que ça…?»

L'Acid Black Cherry pencha la tête sur le côté, se demandant bien là où elle voulait en venir, et même ce qu'elle entendait par là. Pour le coup, il fallu avouer qu'il ne fut pas des plus aptes à comprendre, quand on savait que chacun des membres de son corps étaient engourdit par le froid, son cerveau y comprit, ça se comprenait. Mais sur le coup, plutôt que de demander une serviette afin d'avoir possibilité de se sécher un minimum, il préféra la relancer sentant qu'elle saurait lui confier des choses intéressantes.

«Je ne vois pas bien ce que tu entends par là.»

Seiko haussa les épaules et sembla soudain se rappeler d'une chose, puisqu'elle quitta la pièce sans mot dire, plantant par la même occasion, le chanteur frissonnant dans l'entrée froide de son appartement. Elle réapparu un finalement, quelques instants plus tard, avançant prudemment, une serviette à la main qu'elle tendit un peu au hasard, à peu près dans la direction du chanteur.

«Ah, merci beaucoup !

-Mais de rien. J'ai un très bon chauffage, dans le salon par la suite, si tu veux.

-Tu es gentille… Seiko-chan, pardonne-moi d'insister, mais je n'ai pas comprit le sens de ta réplique tout à l'heure.

-J'ai… Non, écoute, c'est idiot, j'ai parlé à vois haute alors que je n'aurais pas dût. Tu vas me trouver ridicule.

-Je t'assure que non, affirma-t-il avec conviction. Je ne crois pas être le genre de personne à juger facilement.»

Tout en disant cela, le jeune homme se sécher les cheveux qui semblait d'ailleurs contenir des litres et des litres de flottes à eux tout seul. Et puis il la toisait du regard, la détaillant calmement et avec un petit sourire qu'il essayait vainement de ne pas faire transparaitre dans l'intonation de sa voix depuis qu'il était arrivé.

«Chanter pour toi c'est important ? Demanda-t-elle alors après un temps d'hésitation.

-Quoi ? Mais bien évidemment que oui. Chanter c'est toute ma vie !

-Et tu as bien failli perdre ça, tu as entrevu la perspective de ne plus pouvoir chanter, de perdre l'une des choses les plus importantes de ta vie, c'est bien ça ?

-… Oui…»

Yasu devait l'avouer, il était complètement perdu pour le coup, toujours il ne comprenait toujours pas là où elle essayait de l'emmener. Il était pourtant vif d'esprit en temps normal… Ou alors le froid avait vraiment fait du mal à sa capacité de penser, il n'y avait pas d'autre possibilité. Oui, voilà, ça devait être ça, il devait être fatigué et le froid était mauvais pour lui.

«Mais je ne vois toujours pas où…

-Tant qu'on y pense pas, la vue pour bien des gens ne fait pas parti des choses que l'on pourrait perdre, pourtant tu remarqueras que ce genre de chose quand elles sont menacées, prennent une importance des plus capital dans la vie d'un être humain. Tu as failli perdre ta voix, qui est l'organe quasi-vital chez toi. Tu as dût te faire vaguement une idée, de la perte et du manque que ça pourrait provoquer en toi, si tu la perdais. Au fond, tu es celui qui a le plus idée de ce que je pourrais ressentir. C'est pour ça que j'ai l'impression que tu me comprends.

-…»

Le silence répondit à la jeune femme dans un premier temps. Yasu avait cessé d'essayer de se sécher les cheveux qui pourtant dégoulinaient toujours autant, créant une petite flaque à ses pieds. Ses yeux observaient avec une attention totale, la jeune femme, et sa bouche entrouverte était la preuve de sa stupéfaction et de son étonnement. Il soupira finalement calmement, en esquissant à nouveau un petit sourire adorable, que la jeune aveugle ne vit malheureusement jamais.

«Je ne vois pas bien en quoi c'est ridicule au final, chuchota-t-il, avec un léger amusement dans le fond de sa voix.

-Moi, je trouve ça ridicule.

-Ca ne l'est pas. Au contraire.»

Elle hausa finalement les épaules, et retourna dans son salon, calmement, sous le regard de Yasu, qui finissait de sécher un peu ses cheveux. Avant de la rejoindre dans le salon, après avoir retirer sa veste et ses chaussures, pour ne pas tout dégueulasser. Comme le lui avait proposé Seiko, il alla s'asseoir près du chauffage, en tailleur.

«Au faite, je ne t'ai pas demandé ce que tu fais ici. Je croyais que tu travaillais, lâcha soudainement la jeune femme, revenant à son idée première, à savoir être étonné de la présence du chanteur.

-Mais je travaillais. Seulement, l'orage à fait sauter les plombs au studio. Impossible donc de répéter, et vu que le technicien n'était pas là, et bien on a décidé de remettre cela à un autre jour.

-Je vois… Mais ça n'explique toujours pas pourquoi tu es venu ici, plutôt que de rentrer chez toi, comme tout être humain normal. En plus si je me souviens bien, tu m'avais dit que le studio est plus près de chez toi que de chez moi.

-J'avais envie de te voir, répliqua calmement le chanteur tout naturellement en haussant les épaules.

-Vraiment ? Alors rien que pour ça, tu as fait tout ce trajet sous une pluie torrentiel ? Demanda-t-elle en haussant les sourcils, n'y croyant visiblement qu'à moitié.

-Bien sûr !»

Yasu sentit que la jeune femme voulait répliquer, que ce qu'il disait était pour elle totalement inconcevable, il l'avait compris à force. Il avait comprit comment elle marchait depuis le temps. Elle n'avait pas confiance en elle, alors comment pourrait-elle avoir confiance en lui, qu'elle ne connaissait pas plus que ça, finalement. Et puis, elle était méfiante de nature, ça se sentait. Il avait comprit, depuis un bout de temps, que le fait qu'il vienne encore lui rende visite alors que quand elle voyait, ils n'étaient même pas ami, et que maintenant elle était aveugle -ce qui pour elle représentait un poids-, l'étonnait. Qu'elle n'attendait que le jour où il ne viendrait plus. Mais malheureusement pour elle, ce n'était pas comme cela qu'il allait se débarrasser d'elle. Bizarrement il s'était rapidement attaché à es visites qu'il lui faisait. Sa conversation était toujours des plus intéressante et agréable. Ce n'était en rien parce qu'il avait la sensation de faire sa BA quotidienne et qu'il se sentait mieux et plus léger, et qu'ainsi il avait espoir d'allez au paradis. C'est ce qu'on aurait pu croire, c'est ce que Seiko et même leur ami commun Kin, avaient tous les deux crus. Malis Yasu était fondamentalement beaucoup trop gentil pour faire un truc pareil, et se servir des autres pour se sentir en bon samaritain.

«Tu sais, si je viens te voir, c'est parce que j'en ai envie. Simplement parce que j'en ai envie. Et rien d'autre. Ne va pas croire que c'est une sal besogne que je m'efforce à faire pour purifier mon âme ou une connerie du genre.

-… Merci… Murmura-t-elle, en baissant la tête, triturant par la même occasion ses doigts à cause de la gêne.

-De ?

-De venir. Tu n'as pas idée comme ça me remonte le moral. Parfois j'aimerais être plus proche de toi, et trouver un moyen de te remercier… Mais je ne peux pas… Je n'ose pas…

-Et bien ? C'est nouveau ça.

-Tu me parais trop inaccessible…

-Encore ? Seiko-chan, on en avait pas déjà parlé de ça, dis-moi ? Le fait que je sois célèbre ne signifie pas pour autant que je ne suis pas un être-humain normal, je…

-Mais non, ça n'a rien à voir. En temps que personne je veux dire. Tu me semble être… à des années lumières de moi. Tu fais preuve d'une patience à toute épreuve et tu viens encore me rendre visite. Bien des amis ne se sont même pas encore donné cette peine, alors que je les connais depuis des années. Tu es… surréaliste comme garçon.»