Blind & Bless.
Chapitre 11.
Yasu lâcha lentement les mains de sa jeune protégée aveugle qui posa ses pieds chaussées de patin à glace sur le sol gelé de la patinoire, pour rejoindre ce que le chanteur appelait son "élément". Il fallait dire que Seiko ne semblait plus subir aucun handicap une fois qu'elle se trouvait dans un tel lieu et sur la glace. Elle se tenait debout, droite et fière, avançant tranquillement sans crainte aucune d'un quelconque obstacle possible. Elle connaissait la patinoire par coeur, elle n'avait besoin de rien ni personne pour se sentir bien à glisser dessus. Elle semblait devenir une tout autre femme, ce qui à chaque fois, impressionnait grandement Yasu qui se plaisait à observer ce changement opérer chez l'aveugle. Il n'avait jamais eût l'occasion de la connaître avant son accident, mais selon lui, si la jeune femme avait une certaine personnalité avant tout cela, cela devait bien être celle-ci, plus assurée, et plus sereine également.
La jeune femme avança un peu sur la glace avant de faire immédiatement demi-tour pour revenir sur le chanteur. Sa mine étrange indiqué qu'elle s'interroger et le chanteur s'empressa de lui demander pourquoi. Prêt à faire n'importe quoi pour ne pas gâcher l'un des rares moment de plaisir qu'il réussissait à offrir à la jeune femme en lui permettant de venir en ce lieux, se recueillir alors qu'il faisait en sorte que personne ne s'y trouve pour qu'il n'y ait pas d'obstacle et qu'elle se sente mal à l'aise et peu en sécurité dans ce lieux qu'elle chérissait tant.
«Tu ne viens pas ?
-Non, mais jambe et mon postérieur se souviennent de ma dernière expérience sur la glace. Je préfère évitait si ça ne te gêne pas. Te regarder faire et bien plus intéressant selon moi.
-Mais c'est moins drôle sans toi.
-Je ne pars pas. Je reste ici, je te regarde faire. D'accord ?
-Bon… D'accord, répondit la jeune brune, résignée.»
Elle lui devait beaucoup. Rien que pour l'avoir emmener ici, la première fois, et lui avoir montré qu'elle était encore capable de faire bien des choses malgré son handicap. Selon elle, il n'avait probablement aucune idée à quel point c'était important pour elle. Et elle ne savait plus comment lui rendre la pareille maintenant. Qui plus est, il lui accordé sa présence, ce qui n'était pas à négliger. Le fait que le chanteur soit toujours là, qu'il la soutienne qu'il passe beaucoup de son temps libre avec elle, alors qu'il devait avoir du travail, d'autres amis… C'était probablement ce qui devait lui faire le plus plaisir dans tout cela.
La jeune femme commença à s'éloigner, glissant gracieusement sur la glace, tout en respirant l'air frais des lieux. Avant de faire à nouveau demi-tour, se rapprochant de la barrière derrière laquelle, elle savait que se trouvait l'Acid Black Cherry. Elle s'y accouda, tandis qu'il la regarda intriguée, attendant tranquillement qu'elle parle et qu'elle dise ce qu'elle avait à dire.
«Est-ce que tu chanterais ?
-Pardon ?
-Est-ce que tu chanterais, si je te le demandais ?
-Mais… Je… Mais… Enfin, pourquoi ?
-Tout ça n'est pas très juste. Tu me demande de patiner pour toi, mais moi, est-ce que j'aurais le droit à un spectacle de ta part ?
-Heu… Je… Bredouilla le chanteur affreusement incertain de la situation.»
Avant même que Yasu n'ai eût le temps de donner une véritable réponse à la jeune femme, cette dernière baissa le regard et se résigna immédiatement.
«Je suis désolée, Yasu-kun. Je ne devrais pas te demander une chose pareille… Pas après tout ce que tu fais pour moi, murmura la jeune femme.»
Seiko baissa les yeux, même si ça ne servait absolument à rien vu qu'elle ne voyait plus, mais c'était seulement histoire de montrer qu'elle était désolée d'avoir demandé une chose pareille alors qu'elle ne le méritait pas, alors qu'elle n'en n'avait pas le droit. Yasu, lui en resta toujours bouche bée, face à la demande de l'aveugle et à ses excuses qui avait presque suivit immédiatement finalement. Un instant de silence perdura alors entre eux, un silence durant lequel aucun des deux protagonistes n'osa bouger ou faire quoi que ce soit. Ce fut seulement quand ce vide agaça la jeune femme qu'elle releva soudainement la tête et les yeux, avec une étrange conviction dans son regard claire et qui ne voyait plus.
«Un jour, je trouverais le moyen de te renvoyer l'ascenseur de te rendre tout ce que je te dois. Je suis désolée de te faire subir cela.»
Et elle s'éloigna, patinant tranquillement sur la glace en repérant la patinoire tranquillement par la distance qu'elle parcourait doucement, sous le regard sombre du chanteur qui était toujours aussi étonné parce qu'il avait entendu et vu. Pour lui Seiko ne lui devait rien, absolument rien. Ce qu'il faisait, ce n'était absolument pas pour obtenir quelque chose en retour. Déjà parce que ça ne se faisait pas selon lui, et ensuite, parce qu'il trouvait cela normal de la soutenir dans cette épreuve qui était la sienne. Parce qu'elle vivait était difficile à accepter et qu'elle n'était pas capable de le faire seule, personne n'était capable de subir ça seul, d'ailleurs.
Seiko s'élança finalement plus rapidement sur la patinoire, prenant lentement de la vitesse sous le regard d'un Yasu qui ne savait même pas comment elle faisait pour tenir ne serait-ce que debout sur ces engins de malheur. Lentement, elle commença à exécuter des figures, simples, basiques. Juste pour se réhabituer à ce contact, avec la glace et à maitriser sans problème ses patins. Avant de commencer à en exécuter certaines plus difficile, voletant tranquillement dans les airs et se réceptionnant sur ses patins avec grâce et souplesse. C'était un beau spectacle, dont Yasu ne semblait pouvoir se lasser. Le chanteur observait tout cela avec attention, un demi-sourire au coin des lèvres, et un regard ampli d'admiration. Le plus vieux se fit alors la réflexion que le fait que la jeune femme soit alors aveugle l'arrangeait bien, il pouvait l'observer à sa guise sans pour autant paraître suspect.
Seulement, le jeune homme n'eût pas le temps d'aller plus loin dans ses pensées ni l'occasion d'observer plus la jeune femme puisque celle-ci tomba sur la glace, dans un bruit toujours impressionnant, alors que la vitesse qu'elle avait prise plus tôt la faisait maintenant avancer par phénomène entièrement physique.
Un peu inquiet le jeune homme se jeta sur la glace, manquant de tomber lui aussi par la même occasion, pour rejoindre la jeune femme. Mais son côté maladroit ne l'aidait vraiment pas a avancer correctement, il avait beau faire il ne tenait même pas debout, alors il se laissa tomber à genou, pour avancer à quatre pattes plus à son aise, alors.
«Seiko-chan, tout va bien ?
-Oui, oui, ne t'en fait pas, répondit-elle en posant ses mains sur la glace.
-Tu t'es blessé quelque part ?
-C'est… Encore et toujours mon genou, c'est rien.»
Elle posa alors ses mains fraiches sur ledit genou pour apaiser la douleur et le tiraillement qui s'opérait dans son articulation. Seiko grimaça un peu. C'était plus douloureux que ce qu'elle ne voulait bien le montrer pour le coup. Elle avait encore sans doute trop forcé, elle en avait trop demandé à son corps. Mais elle n'avait pas tellement put s'en empêcher.
«Attends, laisse-moi voir.
-Non, c'est bon.
-Mais si aller, insista le chanteur en retirant les mains de la jeune femme du genou de cette dernière.»
Yasu se permit de grimacer. En temps normal il aurait fait en sorte de retenir cela, pour ne pas inquiéter son vis-à-vis, mais pour le coup, la jeune femme ne le verrait sûrement pas, alors ce n'était pas bien grave. Rouge et enflé, ce n'était pas une catastrophe certes, mais ce n'était pas bien beau à voir, non plus.
«Alors ?
-Ben c'est gonflé quoi.
-C'est normal. Ca me le fait parfois ?
-Parce que toi tu trouve ça normal le fait que ton genou double de volume ? Tu devrais te soigner !
-Et pour quoi faire !? Hm ? Ca ne me mènera à rien, si ce n'est une perte d'argent et de temps. Il n'y a aucun intérêt pour moi à faire ça.
-Mais…
-Aucun ! Que je fasse de la kinésithérapie ou non, je ne retrouverais jamais ce que je VEUX retrouver. Je préfère rester comme ça, ça me rappel pourquoi j'ai dût abandonner mon rêve.
-C'est triste.
-Je préfère ça, plutôt que d'oublier que j'en ai eût. C'est douloureux, mais quand on sait que bien des gens n'en n'ont même pas, ou ne peuvent, encore même pas l'effleuré du doigt… C'est cruel envers les autres mais je m'en fous.
-Je peux te demander quelque chose ?»
La jeune femme releva la tête cherchant la direction dans laquelle se trouvait l'Acid Black Cherry, pas pour le regarder, mais pour lui montrer qu'elle l'écoutait, qu'elle était toute ouïe. Elle ferait n'importe quoi, parce qu'elle lui devait beaucoup, malgré ce que l'on pouvait dire ou en penser. Le chanteur comprit qu'elle était alors à son écoute, il chercha le moyen d'amener le sujet de façon propre, se doutant que cela devait encore être épineux pour la jeune femme, malgré les années qui s'étaient écoulés.
«Comment tu fais pour le supporter ?
-Supporter quoi ?
-La perte de ton rêve, si je t'écoute c'était tout ce que tu avais. Comment as-tu fait pour le supporter ?
-Je ne le supporte pas…
-Mais…
-Je vie avec, c'est différent. Je n'ai pas le choix. Ce n'est pas comme si j'avais abandonné et que je ne pouvais m'en prendre qu'à moi-même, parce que des années plus tard j'ai fini par le regretter. J'ai tout perdu, par accident ! Je suis toujours là, à demander comment aurait-été ma vie si mon genou n'était pas aussi débile. Je sais qu'elle aurait été cent fois meilleure, parce que j'aurais fait ce que j'aime par-dessus tout, plutôt que de travailler dans un magasin de fringue minable pour pouvoir survivre tous les mois. Mais je n'ai pas le choix. Je vie avec, c'est tout.
-Je vois… C'est encore plus triste alors.
-Pardon, mais ta pitié Yasu-kun…
-Excuses-moi, c'est juste que… Moi aussi ça a failli m'arriver… Et je me disais que… Si ça avait été le cas…»
À nouveau un long silence s'installa entre eux. Alors que Yasu ramassa un peu de glace décollée de la patinoire pour la poser sur le genou enflé de son vis-à-vis qui frissonna au contact gelé. Et puis il s'assit à côté d'elle, tranquillement observant les lieux avec attention s'imaginant les gradins rempli à raz-bord. C'était ce à quoi la jeune femme avait aspiré fut un temps… Maintenant, ça lui était presque interdit…
«Pourquoi tu dis que… Ca a failli t'arriver ?
-Il y a quelques temps, on a découvert que j'avais des kystes au cordes-vocales.
-Oh.
-On a dût m'opérer pour éviter que cela dégénère. Même si on m'avait dit que normalement tout ce passerait bien, une partie de moi avait peur que non. J'aurais put tout perdre, ma voix, ma vie… Tout ! Même après l'opération, les premiers temps, je ne pouvais même pas prononcer un mot. J'en ai été malade. Par miracle j'ai tout retrouvé. Ça a prit du temps et de l'application, je travaillais tous les jours en ayant l'incertitude de ne pas pouvoir rechanter à nouveau…
-Ca n'a pas été le cas…
-Heureusement. Je me rends compte de la chance que j'ai. Plus que jamais, maintenant, lorsque je suis sur scène, je profite, en me disant que ça pourrait être la dernière fois à nouveau.
-La chance que tu as eu… Elle n'a pas de prix.
-Je le savais déjà avant, mais après ce que tu viens de me dire, je le réalise pleinement…»
