Blind & Bless.
Chapitre 12.
«Hm… Tes clefs ?
-Oh attends, elles sont dans ma poche.»
Seiko tâta à la hâte les poches de sa veste pour en sortir lesdites clefs et les tendre à Yasu qui attendait patiemment, avec un sourire en quoi, amusé de la voir ainsi si pressé parce qu'elle était persuadé de lui causé de la gêne.
«Prends-ton temps, murmura-t-il gentiment pour lui intimer de se calmer un peu, la sentant tendue.
-C'est que je ne veux pas t'embêter plus. Je sais que ton temps libre t'es rare et précieux alors je ne veux pas le gaspiller.
-En tout sincérité, Seiko-chan, si j'avais la sensation de gaspiller mon temps en le passant avec toi, je ne te fréquenterais, et je ne t'emmènerais pas te balader, et je te conduirais encore moins à la patinoire, tellement je me tape la honte à chaque fois, avec mon équilibre.»
La jeune femme lâcha un petit rire, amusée, laissant ses épaules légèrement retomber sous le coup de la détente. Elle continua à chercher, plus tranquillement, sous le regard d'un Yasu qui ne savait plus détacher ses yeux de la jeune femme. Et le pire c'était qu'il ne s'en rendait qu'à moitié compte. Pour l'instant tout du moins.
«Ton équilibre n'est pas aussi pitoyable que ce que tu ne le penses.
-Mon équilibre est carrément catastrophique, oui.
-Non, crois-moi pour un débutant c'est pas mal. T'arrive à faire cinquante mètres tout seul sans tomber !
-Arrête de te moquer Seiko-chan, et trouve-nous plutôt tes clefs.»
La jeune femme lâcha de nouveau ce petit rire. Ce rire qui était porté par une élégante légèreté, accompagné d'un grand sourire, et d'une expression des plus détendus. Depuis qu'il la connaissait, Yasu n'avait jamais vu cette expression que lorsqu'elle s'autorisait à rire ouvertement. Le reste du temps, la jeune aveugle semblait sans arrêt tendue, perdue, immensément triste. Comme si rien ne pouvait plus la rendre heureuse quelque part. Yasu, aimait beaucoup la voire rire, ça lui faisait du bien autant à lui qu'à elle. Le sourire des gens, quoi qu'on puisse en dire, à toujours une influence sur les autres.
Le chanteur d'Acid Black Cherry observa la jeune femme, cherchait ses clefs avec une réelle attention maintenant, dans les poches de sa veste. Et Yasu se rendit alors compte avec horreur… Il se rendit compte que depuis qu'ils avaient quitté sa voiture, il n'avait pas détaché les yeux un seul instant de la jeune femme. Pourquoi s'en rendait-il compte seulement maintenant ? En vérité, ça n'avait pas de réelle importance, ce qui comptait, c'était qu'il était sérieusement entrain de le faire, de l'observer, et cela depuis probablement bien trop longtemps. Il écarquilla les yeux, fronça les sourcils, et détourna aussitôt le regard en rougissant fortement. Heureusement pour lui que Seiko ne le voyait pas, sans cela, elle se serait probablement enfuit en courant depuis bien longtemps.
«Ah ça y est, je les ai ! S'écria presque Seiko en brandissant fièrement son trousseau de clef dans les airs.
-Chut, pas si fort, tu veux réveiller tes voisins ? Demanda Yasu en chuchotant, tout en profitant pour subtiliser les clefs à la jeune demoiselle dans le but d'ouvrir enfin la porte.»
Seiko, haussa les épaules avec une petite moue désolée, et se tut. C'était vrai qu'il était déjà tard. À l'heure où eux rentraient enfin, certains devaient probablement dormir profondément et depuis longtemps. La jeune femme pénétra à l'intérieur de son appartement, tandis que Yasu lui rendait ses clefs, alors qu'il restait obstinément planté sur le pas de la porte, à attendre d'être sûr que la jeune femme soit bien rentrée.
«Tu veux boire quelque chose avant de rentrer chez toi ?
-Heu… Ce serait avec plaisir mais vu que je conduis je ne préfère pas.
-Hm… Je vois… Bon… D'accord, murmura-t-elle ne pouvant que laisser transparaître sa déception, pour le coup.»
Yasu sourit à nouveau, et puisqu'il ne pouvait décidément pas se résoudre à se l'avouer, il s'obligea à détourner le regard, juste par acquis de conscience. Histoire de ne pas se dire "Bon, mon gars, t'as pas décroché tes yeux de sur elle. Qu'est-ce qu'on peut en conclure ?". D'abord, parce qu'il n'y avait rien à en conclure, et puis ensuite… Non, c'était beaucoup trop bizarre pour lui.
«Quoi que si t'as du café, du thé ou du jus d'orange… Je suis preneur, finalement.»
Seiko releva la tête et esquissa un petit demi-sourire, tout en acquiesçant, signe quasi-traductible par "entre, je t'en prit". La jeune femme, chercha à tâtons l'interrupteur pour ouvrir la lumière, non pas pour elle, mais bien pour Yasu. Laissant le jeune homme rentrer à l'intérieur, refermant la porte derrière lui, tranquillement. Quand il vit que la jeune femme se diriger droit vers la cuisine, il se précipita vers elle.
«Attends, laisse, je vais me servir ! Je ne veux pas que tu t'embêtes !
-T'en fait pas, je connais ma cuisine, fit remarquer la jeune femme. Même aveugle je suis bien obligée de me débrouiller pour me servir à boire ou encore me faire à manger, tu sais.
-Mais…
-Laisse, je te dis ! Je vais le faire !»
En toute sincérité, l'aveugle le remercier pour son dévouement et sa solitude, n'allons pas croire qu'elle était ingrate. Mais le fait que Yasu soit tant au petit soin avec elle, l'agaça sur le coup. Certes, elle ne voyait plus, mais ce n'était pas pour autant qu'elle ne savait plus faire les choses. Il lui fallait juste plus de temps. Et puis, elle n'avait jamais voulu dépendre des autres. Il fallait qu'elle apprenne à se débrouiller seule, dans sa situation. Ce serait dur et long bien sûr, mais elle n'avait pas le choix. Les choses étaient comme elles étaient, elle avait perdu en totalité la vue, et elle se devait de faire avec. On ne la traiterait pas comme une incapable encore bien longtemps, elle pouvait le jurer.
Après tout, si Seiko réclamait sans vraiment le demander la présence des autres, ce n'était en rien pour que l'on se charge des tâches ménagères qui lui étaient devenus compliquées d'accomplir pour elle. C'était parce qu'elle ne supportait pas l'idée d'être seule, parfois. Ne rien voir, lui provoquait un vide que seul un peu de compagnie pouvait combler.
Yasu se tut, mais cela ne l'empêcha en rien de la suivre jusqu'à la cuisine et venir s'asseoir à la table en l'observant faire les choses, à son rythme, dans le silence le plus parfait. Seul le bruit de tasse entrechoqué et de cuisine se faisait entendre. Ni l'un, ni l'autre n'osait parler. Yasu encore moins qu'elle. Elle qui s'en voulait de s'être si soudainement montrer un peu abrupte à son égard. Le dire plus gentiment n'aurait pas été de refus. Mais elle était assez fatiguée pour l'heure, et elle n'aurait pas put faire mieux, sincèrement.
Les prochains mots ne furent prononcer qu'une éternité plus tard, quand Seiko les eût tout deux servi en thé et qu'elle fut assise à la table face à lui, les mains sur son bol chaud.
«Ca te dérange si je fume ?
-Fumes, je t'en pris.
-Merci.»
Se disant, Yasu se sortie immédiatement une cigarette qu'il alluma dans la lancée. Il avisa le cendrier qui était posé là, sur la table, et s'en accapara presque aussitôt.
«Tu en veux une, au faite ?
-Oh heu… Oui. Pourquoi pas.»
Le chanteur lui en sortie une qu'il alluma, avant de la tendre à la jeune aveugle qui s'en saisit avec méfiance, faisant bien attention de ne pas se brûler avec.
Au cas où cela ne s'était pas encore remarqué, le chanteur tentait désespérément de renouer le dialogue, là où ils l'avaient perdu. Et bien vite, il comprit que Seiko ne lui féliciterait certainement pas la tâche. Pas tellement parce qu'elle ne le voulait pas, mais parce qu'elle ne savait pas comment, en réalité. Mais pourtant, il ne fallut pas longtemps à l'Acid Black Cherry pour comprendre par où il se devait de commencer :
«Je crois que je te dois des excuses, Seiko-chan…»
Bêtement, ladite Seiko releva la tête, en posant ses yeux clairs sur lui sans le faire exprès. Elle essaya d'analyser pourquoi, soudainement, il demandait son pardon. Bien vite, il entreprit de lui expliquer percevant l'incompréhension chez la demoiselle.
«Je me suis mal exprimé tout à l'heure. Je n'avais pas envie de te déranger alors j'ai voulu insister pour le faire. Et tu as sans doute du croire… Que je te penser incapable de faire dans ta situation. C'était une erreur de ma part, j'en conviens. Ce n'est pas comme si tu étais totalement infirme et que tu ne pouvais strictement plus bouger. Tu es capable de faire des choses de toi-même comme avant. Cela prend certes plus de temps, mais tu y arrives. C'est beaucoup de progrès par rapport à quand je t'ai connu, où tu ne pouvais même pas marcher seule dans ta chambre, parce que tu avais peur et parce que tu ne le pouvais tout simplement pas.
-Si tu t'excuses, alors moi aussi.
-Tu n'as aucune raison de t'excuser. C'était mérité, même si on s'est mal compris.
-Bien sûr que si, j'aurais put te le dire avec deux tons en-dessous. Tu ne me voulais aucun mal, juste bien faire. Et j'ai réagit impulsivement et comme une idiote. Désolée.
-Dans ce cas on a qu'à dire qu'on est sur un pied d'égalité.»
