Soleil. Il y avait du soleil sur son visage. Jack grogna mais refusa d'ouvrir les yeux. Il avait bien le temps, SG1 ne partait nulle part ce jour-là. Il tourna résolument la tête de l'autre côté – et se cogna le menton.
- Outch !
Un grognement indistinct lui répondit. Il ouvrit brusquement les yeux. Carter ! Il avait oublié ! « Bon sang, Jack, comment peux-tu "oublier" que Carter est dans ton lit ? », s'admonesta-t-il mentalement. « OK, et je ne développerai pas davantage cette pensée. Bon. » Il se racla la gorge et risqua un œil vers la tête blonde qui reposait sur sa poitrine.
- Carter ? Vous dormez ? chuchota-t-il.
- Plus maintenant, lui répondit une voix encore ensommeillée, alors que la jeune femme se frottait la tempe.
- Désolé, grogna Jack. Pas fait exprès.
Sam se releva sur un coude et le considéra d'un air rieur.
- J'espère bien !
Il lui rendit son sourire et l'observa plus attentivement. Elle avait les cheveux dans tous les sens (ce qui lui donnait un air absolument adorable) et ses joues étaient roses, et non plus pâles comme la veille. C'était bon signe.
- Vous avez réussi à dormir ?
Elle hocha la tête.
- Vous devez faire peur aux cauchemars. Ils ne sont pas revenus m'embêter.
- Tant mieux.
- Merci, mon colonel.
- De rien.
Il la regarda un long moment, et rien ne dissimulait la tendresse dans son regard. Mais il ne pouvait pas laisser ce genre de moments s'éterniser, quels que soient ses désirs et ses souhaits.
- Euh, bon, je ne sais pas quelle heure il est, mais il faudrait peut-être que je fasse une petite apparition à la base.
- Oh, bien sûr, répondit-elle aussitôt en s'écartant pour le laisser se lever.
- Prenez tout le temps que vous voulez. Utilisez la salle de bains, il y a des serviettes propres dans le placard. Je vais aller faire du café.
- D'accord.
Cinq minutes plus tard, Sam entra dans la douche. Ça lui faisait un peu bizarre de se trouver nue dans la salle de bains de son supérieur, et ce alors que lui-même se trouvait juste à quelques pièces de là. Elle se résolut à ne pas trop analyser la chose et se concentra sur la sensation apaisante de l'eau chaude sur son corps.
Quelques mètres plus loin, Jack se versait une tasse de café en écoutant distraitement les informations locales à la radio. La voix de la présentatrice ne couvrait pas totalement le bruit de l'eau qui coulait dans la salle de bains. Carter prenait une douche. Bon. Tant mieux, elle en avait sûrement besoin. Pas qu'elle soit sale, non, évidemment. Après avoir passé la nuit le nez collé à ses cheveux, il n'avait aucun doute sur la question. Carter sentait le lilas et la lavande. Elle avait dû utiliser le petit flacon d'huile essentielle que Fraiser lui avait offert pour son anniversaire. Aucun de ses savons ou gels douches à lui ne sentait le lilas ou la lavande. Son savon ordinaire sentait… eh bien, ma foi, il sentait le savon. Est-ce qu'elle allait l'utiliser ou préférerait-elle se servir d'une quelconque bouteille de gel douche qui devait traîner dans la salle de bains ? La pensée que Sam Carter était peut-être en train de passer sur son corps le savon qu'il utilisait tous les jours provoqua une curieuse sensation au niveau de son abdomen. Il se reprit aussitôt. Carter était encore faible, elle récupérait tout juste de ses blessures et elle avait subi un important choc psychologique, ce n'était vraiment pas le moment d'avoir ce genre de pensées. Pourtant, il ne pouvait s'empêcher de s'imaginer sous le jet d'eau chaude avec elle, enduisant sa peau laiteuse de savon mousseux.
Sam se mordit la lèvre. Ce n'était pas le moment d'avoir ce genre de pensées. Elle ne pourrait jamais regarder Jack en face sans rougir jusqu'aux oreilles si elle continuait comme ça. Pourtant, elle aurait donné n'importe quoi pour qu'il soit avec elle en ce moment, ses longs doigts caressant sa peau et faisant naître de délicieuses sensations.
*********
Jack sortit de l'ascenseur et se dirigea d'un pas décidé vers le bureau du général Hammond. Il voulait savoir si les Tok'ra avaient donné de leurs nouvelles, et surtout si quelqu'un savait si Ba'al s'en était tiré ou non suite à leur petite visite. Mais il avait à peine fait quelques mètres qu'une voix nasillarde l'interpella.
- Colonel O'Neill ! S'il vous plaît, colonel, vous avez une minute ?
Il grimaça en réprimant un soupir. Oh non. Il l'avait oublié, celui-là.
- Dr Kemper, quelle joie de vous revoir ! s'exclama-t-il en placardant sur son visage son sourire le plus hypocrite.
Le petit homme le rejoignit en quelques foulées ("pourquoi il court ? Il a peur que je disparaisse ?") et lui sourit en retour.
- Colonel, je voulais vous voir.
- Eh bien c'est chose faite. Vous me voyez.
- Oui, bien sûr, mais je voulais dire… J'aimerais m'entretenir de nouveau avec vous, répondit Kemper, sans noter le ton ironique de Jack.
- C'est-à-dire que je suis assez occupé, en ce moment…
- Vraiment ? Pourtant SG1 est à la base et le général Hammond m'a dit que vous ne repartiriez pas en mission avant le rétablissement du major Carter.
Jack jura intérieurement. Pourquoi diable Hammond était-il allé dire ça à Kemper ? Il n'avait plus de prétexte pour lui échapper, à présent.
- C'est vrai, on est en stand-by pour l'instant, répondit-il, mais j'ai un tas de paperasse en retard, des rapports à faire, …
- Je ne vous retiendrai pas longtemps, je vous le promets, l'interrompit le psychologue.
Jack soupira. Apparemment, il n'avait pas le choix. Autant en finir le plus vite possible.
- Très bien, je suis tout à vous, alors. Allons-y.
Kemper parut un peu surpris qu'il accepte si rapidement, mais se ressaisit bien vite pour le guider jusqu'à son bureau.
- Asseyez-vous, colonel, je vous en prie. Et détendez-vous, ce sera bref. Je veux juste m'assurer de deux ou trois choses.
Jack leva les yeux au ciel. "Comment veut-il que je me détende alors qu'il est sur le point de me cuisiner à propos de Carter ?", bougonna-t-il intérieurement.
Le petit homme s'assit de l'autre côté du bureau et dénicha une feuille dans une pile de dossiers.
- Très bien. Bon. Vous n'êtes pas sans savoir que je me suis entretenu avec plusieurs membres du personnel de cette base, je suppose.
- J'en ai entendu parler, en effet.
- Bien. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le major Carter et vous êtes appréciés. Tous ceux que j'ai interrogé ont fait leur possible pour vous soutenir dans cette affaire.
Jack réprima un sourire.
- Ouais, notre cote de popularité n'est pas trop mauvaise, rétorqua-t-il.
- Mais ça ne suffit pas à m'ôter tout soupçon à votre égard, colonel.
"Bien sûr que non. Ça aurait été trop beau."
- Bon, alors qu'est-ce que vous voulez encore savoir ? demanda-t-il, une pointe d'impatience dans la voix.
- En fait, il y a une question que je ne vous ai pas encore posée.
- Tiens donc ! Et peut-on savoir laquelle ?
- Quels sont vos sentiments pour le major Carter ?
Jack se crispa instantanément à ces mots. Il ne s'attendait pas à ça. Pour une question directe, c'était…direct. Il sentit la colère monter en lui. Comment osait-il, cet avorton de psy de… ?
- Je ne vois pas en quoi ça vous regarde, répondit-il froidement.
- ça me paraît pourtant évident. Vos sentiments…
- …sont absolument personnels. Vous n'avez aucun droit de m'obliger à les partager avec vous.
- Colonel, dois-je vous rappeler que j'ai licence du Président pour mener ces entretiens ?
- Vous pouvez bien avoir l'autorisation de Dieu le Père, je m'en contrefous. Votre question est hors de propos. Les sentiments que je peux avoir pour le major Carter ne constituent en aucun cas une preuve de quoi que ce soit. Vous savez très bien qu'il n'est pas nécessaire d'avoir une folle passion pour quelqu'un pour coucher avec cette personne, et vice versa.
- Et c'est votre cas ?
- Ce n'est pas ce que j'ai dit. Et ça ne vous regarde pas.
- Colonel…
- Si vous espérez des aveux de ma part, vous perdez votre temps, Kemper. Il ne s'est jamais rien passé entre Carter et moi de contraire aux règlements. Nothing. Nada. Nichts. Nitchevo. Capice ? Et c'est tout ce que vous avez besoin de savoir. Maintenant si vous voulez bien m'excuser, j'ai du travail.
Sur ce, il se leva et sortit sans un regard pour le petit psychologue, qui resta furieux et médusé à fixer la porte qui venait de se refermer en face de lui.
*********
De légers coups frappés à la porte de son bureau sortirent George Hammond de la lecture du dernier rapport de mission de SG-4 qu'il venait de recevoir. Levant les yeux, il ne fut guère surpris de trouver Jack O'Neill sur le pas de sa porte. Il referma le dossier et fit signe à Jack.
- Entrez, colonel.
- Navré de vous déranger, mon général. Je venais juste aux nouvelles.
- Nous avons reçu un message de Delek il y a moins d'une heure. Les Tok'ra aimeraient discuter avec vous et le reste de SG-1 à propos de cette mission. Je sais que le major Carter est en repos, mais nos amis ont l'air impatients de tirer certaines choses au clair, et ils espèrent que le major pourra leur fournir des informations. Le Dr Fraiser n'est pas enchantée à l'idée qu'ils l'interrogent, mais j'ai appelé le major chez elle et elle est d'accord pour venir.
- Mon général, si je puis me permettre, je ne suis pas sûr que ce soit une très bonne idée. Carter a été salement secouée par toute cette histoire, elle a besoin de se changer les idées et d'être au calme.
- Je suis d'accord avec vous, Jack, mais les Tok'ra ont insisté, et vous connaissez le major : si on a besoin d'elle, congés ou pas, elle vient.
Jack grimaça.
- Je sais, j'ai assez de mal à la faire quitter la base quand elle est de repos. C'est une sacrée tête de mule, dans son genre.
Hammond laissa échapper un petit rire.
- Elle doit tenir ça de son père. Jacob aussi peut être fichtrement buté quand il veut.
Un léger toussotement fit se retourner les deux hommes. Sam les fixait avec une pointe de contrariété – feinte, Jack le vit tout de suite à la lueur d'amusement dans son regard qu'elle ne parvenait pas à dissimuler.
- Vous vouliez me voir, mon général, annonça-t-elle en entrant dans le bureau.
- En effet, répondit Hammond, un peu gêné qu'elle ait surpris leur conversation. Merci d'être venue, major.
- Têtue comme je suis, rien n'aurait pu m'en empêcher, répliqua-t-elle en glissant un regard en biais vers son supérieur direct, qui semblait quelque peu mal à l'aise lui aussi.
Le moment d'embarras fut cependant de courte durée car la sirène retentit aussitôt dans la base, annonçant l'arrivée de visiteurs par la Porte. A peine une minute plus tard, Jacob, Anise, Delek et un autre Tok'ra descendaient la rampe d'embarquement.
Jacob s'avança aussitôt vers sa fille.
- Comment ça va, ma chérie ? demanda-t-il après une brève étreinte.
- Un peu fatiguée, mais ça va. Et toi ?
- Oh, Selmak m'a complètement réparé, je suis en pleine forme, répondit-il dans un sourire.
La conversation fut interrompue par l'arrivée de Teal'c et Daniel. Ce dernier, avisant le groupe des Tok'ra, s'aperçut qu'il comptait un visage inconnu. Anise se chargea aussitôt de faire les présentations.
- Je vous présente le Conseiller Ran'dur de Balsch. Il fait partie du Haut Conseil et il a été désigné pour enquêter sur la trahison d'Eltan.
- Conseiller, navré de vous rencontrer dans de telles circonstances, le salua Hammond. Je suis le général Hammond, responsable de cette base, et voici le colonel O'Neill, le major Carter, le Dr Jackson et Teal'c.
- Je suis heureux de rencontrer enfin nos alliés de la Tau'ri, répondit Ran'dur avec un hochement de tête, même si les circonstances sont effectivement malheureuses. J'espère que vous pourrez nous aider à comprendre ce qui s'est passé.
- Nous l'espérons tous, ajouta Delek. La trahison de l'un des nôtres est une épreuve terrible. Je ne vous cache pas que cette nouvelle nous a tous bouleversé.
- C'est tout à fait compréhensible, répondit le général. Nous ferons notre possible pour vous aider, nous sommes tous là pour ça.
*********
- La trahison d'Eltan est incompréhensible. Selmak le connaît depuis des années et il l'a toujours considéré comme quelqu'un de fiable. Personne ne comprend comment et surtout pourquoi il a fait une chose pareille, soupira Jacob en hochant la tête.
- Moi, je sais, répondit Sam.
Toutes les têtes se tournèrent vers elle.
- Tu sais ? répéta Jacob, abasourdi.
- Vous savez ? reprit Jack, non moins surpris.
- Comment pouvez-vous le savoir ? demanda Anise.
- Je vous en prie, major, dites-nous tout, l'invita Ran'dur.
Sam balaya du regard les visages tournés vers elle. Ramener ses pensées à ces moments était une épreuve pour elle, mais en voyant leurs mines inquiètes et avides de comprendre, elle se dit qu'elle leur devait bien ça. Prenant une grande inspiration, elle se lança.
- Quand j'étais dans la cellule du vaisseau mère, peu après que les Jaffas t'aient emmené voir Ba'al, papa, Eltan est venu me trouver.
- Quoi ? Mais pourquoi ? Qu'est-ce qu'il voulait ? demanda Jacob.
- S'expliquer. Il tenait à ce que vous sachiez pourquoi il vous avait trahi. J'aurais sans doute dû vous en parler plus tôt. Je suis désolée.
- Vous n'avez pas à vous excuser, major Carter, répliqua Ran'dur d'un air bienveillant. Après ce que vous avez vécu, il est bien naturel que vous ayez préféré penser à autre chose.
- Je vous remercie, répondit Sam avec un petit sourire.
- Bon, et alors, c'était quoi, son explication ? reprit Jack. Parce qu'il a plutôt intérêt à avoir une bonne raison, même si je ne vois vraiment pas ce qui peut justifier ce qu'il a fait.
- Vous devriez, pourtant, mon colonel, répondit doucement Sam en se tournant vers lui.
- Pardon ?
- Sa raison s'appelait Shan'lin. Ça vous dit quelque chose ? interrogea-t-elle en s'adressant aux quatre Tok'ra.
Delek et Anise échangèrent un regard, tandis que Jacob blêmissait. Ce fut Ran'dur qui prit finalement la parole.
- Shan'lin est un de nos agents. Elle a disparu en mission il y a plusieurs semaines. C'était aussi la compagne d'Eltan.
- Et quelle était sa mission, si ne ce n'est pas top secret ? demanda Jack.
- Elle devait s'infiltrer dans les rangs de Ba'al pour nous tenir informés de ses projets. Elle nous a fourni de précieux renseignements sur son vaisseau mère, son armement et l'état de sa flotte. Et puis nous avons cessé d'avoir de ses nouvelles. Nous ignorons ce qui s'est passé.
- Elle a été découverte, répondit Sam. J'ignore dans quelles circonstances, Eltan n'est pas entré dans les détails. Toujours est-il que Ba'al a su qui elle était. Lorsque Shan'lin n'a plus répondu à vos messages et qu'elle ne vous a plus contacté, Eltan s'est douté de ce qui était arrivé, et il est parti seul à sa recherche.
- Contre l'avis du Haut Conseil, précisa Ran'dur avec une moue désapprobatrice.
Sam hocha la tête.
- En effet, mais il ne supportait pas de ne pas savoir ce qui lui était arrivé. Il s'est infiltré sur le vaisseau de Ba'al, et il s'est fait prendre lui aussi.
Jack leva les yeux au ciel mais laissa Sam poursuivre sans faire de commentaire.
- A force de l'interroger, Ba'al a fini par découvrir qu'il était en bons termes avec toi, papa, ou plutôt avec Selmak, et il y a vu l'opportunité de mettre enfin la main sur SG-1. Il a donc proposé un marché à Eltan : s'il trouvait un moyen de lui livrer SG-1 et Selmak, Ba'al le laisserait partir avec Shan'lin.
- Et il l'a cru ? s'exclama Jack, une expression de mépris sur le visage.
- Pas vraiment, mais Ba'al a dû lui faire un genre de lavage de cerveau, si bien qu'il a accepté, pour sauver sa peau et surtout pour sauver la femme qu'il aimait.
Jack détourna les yeux sans insister, et Sam ne put s'empêcher de rougir légèrement. Ils savaient tous deux sans avoir besoin de le dire qu'ils auraient fait la même chose dans ce genre de situation.
- Et Ba'al a tenu parole, je suppose ? interrogea Daniel.
- Non. Quand Eltan est venu me parler, il venait de trouver le corps de son amie. Ba'al l'avait tuée.
Ran'dur hocha la tête tristement.
- Nous le craignions. C'est vraiment dommage, Shan'lin était un bon agent, elle nous manquera.
- Et il est à craindre qu'Eltan ait subi le même sort, ajouta Jacob.
- C'est probable, en effet, approuva Ran'dur. Nous allons poursuivre nos investigations pour savoir ce qu'il en est.
- Pendant que vous y êtes, vous vérifierez que notre pote Ba'al est toujours de ce monde, suggéra Jack. Le contraire me paraît trop beau pour être vrai, mais enfin, sait-on jamais.
- Nos agents sont déjà en train de se renseigner, colonel, répondit Delek.
- Nous vous tiendrons au courant de leurs découvertes, cela va de soi, ajouta Ran'dur. Major, merci infiniment pour votre coopération. Les informations que vous nous avez fournies nous sont extrêmement précieuses.
- Je vous en prie, sourit Sam. C'est le moins que je pouvais faire.
- Nous vous recontacterons dès que nous en saurons plus, reprit Ran'dur en se levant. Je suis sûr que Jacob se fera un plaisir de jouer les pigeons voyageurs.
Jacob sourit en jetant un regard à Sam.
- Bien sûr. En attendant, repose-toi. Tu es encore en congés, non ?
- Oui, j'ai encore une semaine.
- Alors rentre chez toi et change-toi les idées.
- A vos ordres, général, répliqua Sam en esquissant un salut militaire.
Jacob prit sa fille dans ses bras et soupira.
- Prends soin de toi, Sammie. Je viendrai te voir dès que je le pourrai.
- D'accord, répondit Sam en se dégageant doucement de son étreinte.
- Ne vous inquiétez pas, on prend soin d'elle, ajouta Jack.
Jacob lui adressa un regard indéchiffrable et sourit.
- Je n'en doute pas, Jack, je n'en doute pas. N'en faite pas trop quand même, ajouta-t-il à mi-voix en passant près de lui.
Jack écarquilla les yeux alors que Sam rougissait jusqu'aux oreilles.
Jacob se mit à rire et les salua.
- Allez, portez-vous bien, tout le monde. A bientôt.
Quelques minutes plus tard, les quatre Tok'ra disparaissaient dans la grande flaque de lumière bleue.
*********
Le docteur McKenzie sursauta en entendant les coups frappés à la porte de son bureau.
- Entrez ! cria-t-il, tout en jetant un œil à son agenda.
Non, il n'avait pas de rendez-vous aujourd'hui. Qui cela pouvait-il bien être ? « Pourvu que ce ne soit pas encore cet abruti de Kemper ! », pria-t-il intérieurement. Mais la personne qui entra dans son bureau ne ressemblait en rien à l'irritant petit psychologue. Grande, blonde, élancée, vêtue de son habituelle tenue vert kaki, elle semblait aussi mal à l'aise dans la pièce qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine. McKenzie la considéra d'un œil stupéfait. C'était bien la dernière personne qu'il s'attendait à voir ! Enfin, peut-être pas la dernière (un certain colonel de sa connaissance, plus cabochard que nature, méritait sans doute cette place d'honneur), mais elle ne figurait définitivement pas sur la liste de ses patients habituels.
- Major Carter, je vous en prie, asseyez-vous, l'invita-t-il en l'observant plus attentivement.
Pâle, les traits tirés, le moins que l'on pouvait dire était qu'elle n'avait pas l'air au mieux de sa forme. Du reste, sa seule présence dans ce bureau en était une preuve criante.
- Alors, que puis-je pour vous ? s'enquit le psychiatre avec un sourire encourageant.
Sam s'assit précautionneusement sur un siège face à lui (« du bout des fesses », nota-t-il pour lui-même, « comme si la chaise allait la brûler »).
- J'aurais besoin de quelque chose pour dormir, déclara Sam de but en blanc.
McKenzie haussa un sourcil.
- Excusez-moi, mais le Dr Fraiser pourrait vous fournir ça aussi bien que moi, remarqua-t-il.
Le major s'agita nerveusement sur sa chaise.
- Je sais. Mais je… J'espérais que vous pourriez m'aider.
- A trouver le sommeil sans vous abrutir de cachets ?
Sam hocha la tête.
- Racontez-moi.
Elle prit une grande inspiration et la relâcha lentement avant de se lancer.
- Je fais des cauchemars.
- Je vois. Et ça vous réveille ?
- Oui. C'est très pénible et j'ai beaucoup de mal à me rendormir ensuite.
- Vous avez déjà essayé de prendre quelque chose ?
- Oui, j'ai essayé les tisanes, les bains chauds aux huiles essentielles, le lait chaud, la musique douce avant de dormir, mais il n'y a rien qui marche.
- Pas de somnifère ? demanda-t-il, surpris.
Elle soupira.
- En règle générale, je les supporte assez mal, alors je préfèrerais éviter, si possible.
- Je vois. Depuis combien de temps est-ce que ça dure ?
- ça fait environ une semaine. Mais ça a empiré depuis que je suis rentrée chez moi.
- En toute franchise, major, je ne suis pas étonné. J'ai appris ce qui vous est arrivé. Vu le traumatisme que vous avez subi, je serais surpris que vous n'ayez pas de difficulté à dormir. Quand au fait que vous dormiez moins bien chez vous, ça ne m'étonne pas non plus. Tant que vous étiez à la base, vous aviez le Dr Fraiser et vos amis autour de vous, bref un environnement rassurant. Chez vous, vous vous retrouvez seule, sans rien ni personne pour calmer vos angoisses nocturnes.
- En effet.
- Vous devriez peut-être envisager d'aller dormir chez quelqu'un de qui vous vous sentez proche, au moins pour quelques jours. Vous y avez pensé ?
Sam baissa les yeux et s'agita de nouveau, visiblement gênée.
- J'ai essayé, avoua-t-elle à mi-voix.
- Et alors ?
- J'ai mieux dormi.
- Bon. Alors pourquoi ne pas demander l'hospitalité à cette personne pour quelques temps ?
- C'est…délicat, répondit Sam, sans pouvoir empêcher ses joues de virer au cramoisi.
En voyant sa réaction, McKenzie comprit aussitôt.
- Oh ! Vous, euh… Mais… Bon, cette personne, appelons-la Mr X, si vous voulez, il doit bien comprendre ce qui vous arrive, non ?
- Bien sûr, il est très compréhensif. Mais enfin, je ne peux pas passer mes nuits chez lui indéfiniment. Ce serait déplacé… Surtout en ce moment.
McKenzie soupira.
- Ecoutez, major, parlons franchement. Rien de ce que vous direz ne sortira de ce bureau. Nous parlons bien du colonel O'Neill, n'est-ce pas ?
Sam rougit derechef et opina de la tête.
- Bon, alors il me semble qu'il est mieux placé que personne pour comprendre ce qui vous arrive. Tel que je le connais, il ne vous fermera pas sa porte si vous le lui demandez. Et en ce qui concerne le Dr Kemper, puisque ça a l'air de vous préoccuper, eh bien il n'est pas autorisé à vous espionner. L'endroit où vous passez vos nuits ne le regarde pas, et si vous restez discrets tous les deux, il n'a aucune raison de le découvrir.
Sam leva vers lui un regard hésitant.
- Vous croyez ?
- Absolument.
- Alors c'est tout ? Il n'y a rien d'autre à faire ?
- Eh bien, lorsque vous en aurez envie, il serait sans doute souhaitable que vous puissiez parler à quelqu'un de ce que vous avez vécu. A moi, au colonel, au Dr Fraiser ou à qui vous voulez, peu importe.
Sam hocha la tête, visiblement peu désireuse de mettre ce conseil en pratique dans l'immédiat.
- Et je vais vous prescrire un calmant, quelque chose de doux qui vous aidera à vous détendre, poursuivit McKenzie en saisissant son bloc d'ordonnances. Ça devrait améliorer les choses. Pour le reste, j'ai bien peur qu'il n'y ait rien d'autre à faire que de laisser le temps faire son œuvre.
Sam saisit l'ordonnance qu'il lui tendait et se leva. McKenzie l'imita et l'accompagna jusqu'à la porte.
- Je suis heureux que vous ayez surmonté vos préjugés pour venir me voir.
Sam lui adressa un petit sourire.
- Je ne regrette pas d'être venue. Merci, Dr…pour tout.
- De rien, major. Et je voulais vous dire… J'espère que les choses s'arrangeront pour vous et « Mr X » un de ces jours. Je crois que vous méritez d'être heureuse. Vous le méritez tous les deux.
Sur ces mots, il lui ouvrit la porte et la laissa sortir. Sam se retourna pour lui lancer un dernier regard de gratitude, puis tourna les talons et disparut au coin du couloir.
Le Dr McKenzie referma sa porte et soupira en hochant la tête.
- Je déteste ce règlement, maugréa-t-il entre ses dents.
*********
Sam était assise dans son labo depuis 5 bonnes minutes, à repasser en boucle dans sa tête sa conversation avec McKenzie. Elle était tellement absorbée dans ses pensées qu'elle sursauta lorsqu'on frappa à la porte.
- Toc, toc !
Elle se détendit aussitôt en voyant Jack O'Neill passer la tête par l'entrebâillement.
- Coucou ! la salua-t-il en entrant.
Elle lui répondit d'un sourire.
- Mon colonel.
Il fit le tour de la pièce du regard avant de revenir sur elle, et fronça les sourcils.
- Carter ? Qu'est-ce que vous fichez encore là ? Les Tok'ra sont partis depuis… (il jeta un rapide coup d'œil à sa montre)…plus d'une demi-heure. Vous devriez être rentrée chez vous. Je vous rappelle que vous êtes toujours en congés.
Sam soupira.
- Je sais. Je vais y aller.
Elle ne fit toutefois aucun mouvement, et son regard se perdit dans le vague.
- Carter ?
Sam releva les yeux vers lui, gênée. Il commençait visiblement à s'inquiéter, mais elle ne savait pas comment lui demander ce qu'elle voulait. C'était tellement embarrassant ! Prenant son courage à deux mains, elle se résolut néanmoins à se lancer.
- Mon colonel, vous voulez bien fermer la porte, s'il vous plaît ?
Jack lui lança un regard où la surprise le disputait à une inquiétude grandissante, mais ne posa pas de question et alla fermer la porte qu'il avait laissée ouverte en entrant. Puis il vint se poster face à elle et attendit qu'elle parle.
- En fait, je suis allée voir le Dr McKenzie, avoua-t-elle.
Jack leva un sourcil, surpris, mais ne fit aucun commentaire.
- Pour quoi faire ?
A vrai dire, il se doutait un peu de la réponse, mais mieux valait en avoir confirmation.
- J'espérais qu'il pourrait m'aider à me débarrasser de mes cauchemars, répondit la jeune femme avec une petite moue désabusée.
- Et alors ?
- Alors il m'a prescrit un calmant et m'a conseillé de parler à quelqu'un. Il a dit qu'il fallait laisser le temps au temps et que ça finirait par passer.
Jack retint la répartie sarcastique qui lui vint aux lèvres, et se contenta d'un « oh ! » qui résumait à lui tout seul la haute opinion qu'il avait des psychiatres, psychologues et autres « psy-quelque-chose » en général.
Sam esquissa un sourire, puis détourna le regard en s'agitant nerveusement.
- Il m'a aussi conseillé de ne pas rester seule chez moi la nuit, poursuivit-elle.
Alors c'était ça qui la tracassait ! Jack ne put s'empêcher de sourire. Elle voulait lui demander l'hospitalité pour quelques temps et elle ne savait pas comment faire. Une bouffée de tendresse l'envahit.
- Carter, ma porte vous est ouverte nuit et jour, 24h sur 24, 7 jours sur 7. Vous le savez, non ?
Elle leva vers lui un regard hésitant.
- Je ne veux pas vous déranger.
- Honnêtement, Carter, partager mon lit avec une jolie blonde n'est pas l'expérience la plus désagréable qu'il m'ait été donné de vivre, répliqua-t-il avec un sourire en coin. J'ai connu pire, comme dérangement.
Sam rougit légèrement et lui adressa un de ces sourires éclatants dont elle avait le secret.
- Mmmh, alors je peux revenir ce soir ? Vous êtes sûr ?
- Bien sûr que je suis sûr, arrêtez de vous tracasser.
- C'est juste que je me disais, enfin, compte tenu des circonstances, avec Kemper qui fourre son nez partout et tout ça, enfin… Je sais que le Général Hammond vous a demandé de garder vos distances avec moi.
Jack soupira bruyamment.
- Carter, pour le moment, ce cher Dr Kemper est le dernier de mes soucis. Vous êtes en convalescence, vous avez besoin de sommeil, et si vous avez besoin d'un vieux nounours vivant pour vous endormir, je suis là, quoi que Kemper puisse en penser. D'ailleurs, il n'a aucun moyen de savoir où vous passez vos nuits.
- Oui, c'est aussi ce que le Dr McKenzie a dit.
- Vous avez parlé de ça à McKenzie ? s'étrangla Jack, aussi stupéfait qu'inquiet à cette idée.
- Disons qu'il l'a deviné tout seul, répondit Sam. Mais comme je vous le disais, il partage votre opinion à propos de Kemper. Et il m'a dit, enfin, vous aurez peut-être du mal à le croire, mais il m'a dit qu'il espérait que les choses finiraient par s'arranger pour nous.
- Il a dit ça ??
- Oui, et c'était sincère.
- Waoh ! C'est…surprenant. Mais bienvenu.
Sam acquiesça et sourit. Il lui rendit son sourire. La cote de ce bon vieux McKenzie venait de faire une remontée fulgurante sur l'échelle de valeur de Jack O'Neill.
*********
Le reste de la semaine se passa tranquillement. A la base, tout était calme. SG-1 était toujours en stand-by en attendant le retour de Sam, aussi Teal'c en profita pour aller passer quelques jours avec son fils. Quant à Daniel, il se joignit à SG-8, qui venait de découvrir d'intéressants artefacts dans un temple en ruine sur P4F-842. Jack resta donc seul à la base et en profita pour mettre à jour de la paperasse qui traînait sur son bureau depuis un certain temps,à la grande joie du général Hammond. Le reste de son temps fut occupé par quelques sessions d'entraînement au pilotage de X-302 pour les nouvelles recrues et diverses réunions avec Hammond et les autres chefs d'équipes SG.
Sam, elle, profita de ses derniers jours de congés pour jardiner un peu – luxe qu'elle ne s'octroyait que trop rarement, et dont ses plates-bandes souffraient indéniablement, faire du tri dans sa penderie, du lèche-vitrine en ville, enfin, de manière générale, pour prendre le temps de vivre. Elle rejoignait Jack chez lui tous les soirs ; ils dînaient ensemble et passaient la soirée à discuter ou à regarder la télé, heureux de profiter de la compagnie de l'autre.
Les nuits restaient encore passablement agitées, et même les blagues de Jack sur son allure en T-shirt Simpsons ne parvenaient pas à empêcher Sam de voir venir le soir avec angoisse. Certes, elle dormait mieux que chez elle, mais les cauchemars venaient encore la visiter presque chaque nuit, la faisant se réveiller pâle, en nage et le cœur battant la chamade. Heureusement, Jack faisait preuve d'autant de patience que de compréhension, et ses bras étaient un refuge toujours disponible pour chasser les terreurs de ses songes. Blottie contre lui, le nez dans son T-shirt, elle finissait par se calmer et se rendormir, bercée par sa respiration et le tendre va-et-vient de sa main le long de son dos.
Au début, elle avait craint que ces cauchemars persistants n'entament l'estime que le colonel avait pour elle, mais cette crainte avait disparu au fil des jours, lorsqu'elle s'était rendue compte qu'il la regardait toujours de la même manière. Aucune trace de pitié condescendante dans ses yeux, seulement l'habituel respect teinté de complicité, et peut-être même, de plus en plus souvent, une tendresse qui ne transparaissait que rarement auparavant.
Le vendredi soir, Sam frappa à la porte de son supérieur aux environs de 18h45. Sa voiture était garée dans l'allée, elle savait donc qu'il était rentré, sans quoi elle se serait servie de son double de clés pour entrer. Elle n'eut que quelques secondes à attendre avant que Jack ne vienne lui ouvrir.
- Bonsoir, mon colonel, le salua-t-elle.
Jack ne répondit pas. Il la fixait, les yeux écarquillés, la bouche entrouverte comme s'il voulait parler mais que ses cordes vocales ne répondaient pas. Sam, devinant la cause de son trouble, lui adressa un sourire éclatant. Elle pensait bien que cette robe ne le laisserait pas indifférent, elle l'avait même choisie précisément pour cette raison. Bleue, sans manches, nouée autour du cou et assez largement décolletée, elle mettait superbement ses formes en valeur, tout en faisant ressortir la couleur de ses yeux. [ndr : vous vous souvenez de la robe que porte Sam au début de l'épisode Chimères, dans la scène du café avec Pete ? ben c'est cette robe-là. J'ai trouvé qu'elle était vraiment très belle avec, il fallait que je la mette quelque part !] Enfin, Jack se ressaisit et parvint à articuler quelques mots. Ou plutôt un mot.
- Waoh !
Le sourire de Sam s'élargit.
- C'est déjà ce que vous avez dit la dernière fois, si je me souviens bien, remarqua-t-elle.
Jack secoua la tête, complètement perdu.
- La dernière fois ?
- Oui, la dernière fois que j'ai mis une robe bleue. Mais entre nous, je préfère celle-ci, je suis beaucoup plus à l'aise dedans.
Un éclair de compréhension illumina le regard de Jack, et un sourire se dessina au coin de ses lèvres.
- Eh bien, l'autre n'était pas mal non plus, mais je dois dire que celle-ci remporte le concours haut la main, répondit-il en laissant ses yeux glisser sur le corps de la jeune femme.
Sam sentit ses joues s'empourprer sous le regard plus qu'appréciateur de son supérieur. Elle s'éclaircit la gorge pour le rappeler à l'ordre.
- Est-ce que vous comptez m'inviter à entrer, ou bien suis-je condamnée à passer la nuit sur le perron ?
Jack ramena ses yeux sur le visage de son amie et vit qu'elle souriait malicieusement. Gêné, il s'écarta prestement et lui fit signe d'entrer.
- Désolé, allez-y, je, euh…j'étais…distrait.
Sam sourit de plus belle en passant devant lui.
- J'avais remarqué. Alors, qu'est-ce qu'on mange ? Je meurs de faim !
Une assiette de pommes de terre au four accompagnées d'une grillade « spéciale Jack » plus tard, Sam s'étira, heureuse, le ventre rempli. Jack sourit en la voyant aussi à l'aise. Il était certain qu'elle était plus détendue avec lui qu'auparavant, et il appréciait ce changement, même si une petite voix dans un coin de sa tête persistait à lui murmurer que ce genre de situation pouvait se révéler plus que périlleux. Il aimait passer du temps avec elle en-dehors du travail, discuter de la pluie et du beau temps, des étoiles ou du sens de la vie, s'enflammer avec elle devant un match de hockey ou éclater de rire avec elle en jouant au Pictionary. Il n'y avait rien de mal à ça, si ? En tout cas, ce soir, il était bien décidé à ignorer sa petite voix intérieure et à profiter de la soirée. Le temps était particulièrement clément en cette fin du mois de juin et le ciel dégagé promettait d'offrir un magnifique spectacle à la nuit tombée. Une fois la table débarrassée et la vaisselle terminée, Jack proposa donc de profiter des conditions météo pour aller observer la voûte céleste. Sam ne se fit pas prier et le suivit sur le toit avec enthousiasme. Le ciel commençait tout juste à s'obscurcir et aucune étoile n'était encore visible, aussi les deux collègues s'assirent côte à côte en attendant la tombée de la nuit. Sam se perdit dans la contemplation du jardin en contrebas un long moment, et sursauta lorsque Jack lui adressa la parole.
- Un dollar pour vos pensées.
Elle sourit et secoua la tête.
- Oh, je pensais juste à la semaine prochaine.
- La semaine prochaine ? Pourquoi ? Qu'est-ce qui se passe, la semaine prochaine ? demanda Jack en fronçant légèrement les sourcils.
- Eh bien, je dois voir Janet lundi matin et si elle me donne le feu vert, je pourrai reprendre le travail.
- Quoi ? Déjà ?
- Oui, mais je ne reprendrai pas les missions tout de suite. Je resterai à la base pendant encore quelques temps.
- Oh. Bon. Je suppose que vous êtes impatiente de retrouver vos réacteurs, votre microscope et tous vos gadgets ?
Sam sourit.
- Vous savez bien que ça m'amuse. Cela dit, j'avoue que j'ai apprécié ces quelques jours de congés. Les soirées, en particulier, ajouta-t-elle en plongeant son regard bleu azur dans celui de Jack.
Il lui adressa un léger sourire et posa sa main sur la sienne.
- Moi aussi, répondit-il à mi-voix. Ça va me manquer.
Elle hocha doucement la tête. Ces moments privilégiés lui manqueraient à elle aussi. Jack serra brièvement sa main, puis se força à détourner les yeux pour les lever vers le ciel.
- Regardez, l'étoile du berger est levée ! remarqua-t-il en indiquant un point lumineux dans le ciel de plus en plus sombre.
Sam leva la tête et sourit.
- Ma mère me disait que l'étoile du berger était habitée par un ange et que si je me perdais, l'ange de l'étoile m'indiquerait toujours le chemin, parce qu'il veille sur tous les égarés.
- Belle histoire.
- Oui. Scientifiquement fausse, bien sûr, mais belle. Vous savez, quand j'étais petite, j'y croyais vraiment. Je me représentais un bel ange blond avec de jolies ailes assis sur son étoile, et j'étais rassurée de me dire qu'il m'aiderait si je me perdais.
Elle marqua un temps d'arrêt, puis soupira.
- J'aimerais pouvoir y croire encore aujourd'hui.
Jack se tourna vers elle.
- Pourquoi ? Vous avez l'impression d'être perdue ?
Elle baissa les yeux sur lui et se mordit la lèvre.
- Je n'en sais rien. Mais ça m'arrangerait que quelqu'un m'indique le chemin que je dois prendre, avoua-t-elle.
Jack hocha la tête.
- Personne ne peut décider de la route que vous devez suivre, à part vous. C'est votre choix, Sam.
- Parfois les choix sont difficiles à faire. Et parfois on n'a pas le choix, répondit-elle, une pointe d'amertume dans la voix.
Elle sursauta presque lorsque Jack lui prit à nouveau la main.
- Peut-être qu'il faut parfois forcer un peu le destin, rétorqua-t-il, la voix ferme, en la fixant droit dans les yeux.
Son expression soudain si déterminée la rendit perplexe. Elle ne savait plus où il voulait en venir.
- Comment ça ? demanda-t-elle.
- Comme ça, répondit-il en attirant son visage vers le sien.
Avant qu'elle ait eu le temps de réaliser ce qui se passait, les lèvres de Jack s'étaient posées sur les siennes, les capturant en un fervent baiser. Elle reprenait à peine ses esprits lorsqu'il s'écarta légèrement, visiblement soucieux de ne pas la brusquer. Sans réfléchir, elle saisit son visage à deux mains et l'embrassa fougueusement. C'était comme si toutes les barrières avaient sauté dans sa tête, et bientôt les lèvres chaudes de Jack annihilèrent toute pensée cohérente de son cerveau.
Si elle avait jamais nourri quelques doutes au sujet des sentiments de son colonel à son égard, ils venaient d'être désintégrés par la passion qu'il mettait dans ce baiser. Elle avait déjà embrassé des hommes qui n'avaient pour elle que des sentiments feints, aussi elle savait apprécier la différence. Et puis ces derniers jours lui avaient prouvé qu'il ne s'agissait pas seulement de quelque chose de physique ; les moments de complicité et de tendresse qu'ils avaient partagés ne laissaient aucun doute sur ce sujet. Aussi elle s'abandonna sans réserve à cette étreinte dont elle rêvait depuis si longtemps. Les doigts de Jack couraient le long de ses bras, de sa nuque, se perdaient dans ses cheveux tandis que ses lèvres exploraient ses pommettes, la ligne de sa mâchoire et sa gorge. Lorsqu'il s'écarta d'elle pour reprendre son souffle un instant, le feu qui brûlait dans ses prunelles sombres la fit frissonner. Mais ce bref répit suffit à la faire revenir sur terre.
- Jack, on n'a pas le droit de faire ça, vous le savez, murmura-t-elle, tout en se maudissant intérieurement de détruire ce moment.
- Je sais, répondit-il. Mais, Sam, ce fichu règlement nous vole ce qu'on a de plus précieux.
Il soupira.
- Ecoutez, j'ai toujours mis un point d'honneur à faire passer le bien commun et mon devoir avant mes intérêts personnels, mon confort ou mon bonheur. Mais je n'en peux plus. Merde, on risque nos vies toutes les semaines pour notre pays, et même pour la planète ! Il me semble qu'on mérite bien un peu de tranquillité en échange, non ?
- Le Dr Kemper n'est pas de votre avis, soupira Sam.
- Qu'il aille au diable !
Elle ne put s'empêcher de sourire. Après tout, Jack avait peut-être raison. Ça faisait si longtemps qu'ils se sacrifiaient, et tout ça pour quoi ? Quelques médailles, une promotion de temps en temps, et la gratitude du Président. Maigre réconfort, et qui ne tenait pas chaud la nuit. Bien sûr, il y avait aussi et surtout la satisfaction d'aider des gens, de sauver des vies, même, et c'était ce qui les faisait continuer de se battre. Mais au point où ils en étaient, elle ne voyait pas ce que sa relation avec Jack pourrait changer à l'échelle de la galaxie. « C'est interdit par le règlement » devenait un prétexte un peu trop mince à ses yeux pour ne pas donner libre cours à ses sentiments.
Plantant son regard dans celui de son compagnon, elle sourit.
- Disons qu'on n'est pas obligés de le crier sur les toits pour l'instant. Et Kemper ne restera pas à Cheyenne Mountain indéfiniment.
Un sourire dansa dans les yeux de Jack.
- Je crois qu'on est sur la même longueur d'ondes, répondit-il.
- Oui mon colonel, approuva-t-elle, en appuyant son front contre le sien.
*********
- Tout m'a l'air OK, déclara Janet Fraiser en jetant un dernier coup d'œil à l'épaule de sa patiente.
Sam réajusta son T-shirt et sourit.
- Vos cicatrices sont belles, aucun signe d'infection, vous avez repris des couleurs, et de manière générale, vous avez l'air plutôt en forme.
- Je me sens bien, confirma la jeune femme.
- Vous mangez bien ?
Sam sourit, une vague image de Jack O'Neill maniant ses instruments devant son barbecue venant danser dans son esprit.
- Oui, très bien.
- Et vous dormez ?
- De mieux en mieux.
- Encore des cauchemars ?
- De temps en temps, mais ils sont de plus en plus espacés et j'ai moins de mal à me rendormir ensuite.
Janet opina, visiblement satisfaite.
- Bon, eh bien tout semble rentrer dans l'ordre. Je ne vois pas d'objection à ce que vous repreniez le travail. Enfin, si vous vous en sentez capable.
- Tout à fait.
- Très bien, dans ce cas, vous pouvez aller retrouver votre cher labo. Mais pas de surmenage, c'est compris ? Je ne veux pas vous voir ici après 18h.
- A vos ordres, docteur, acquiesça Sam en se levant, un grand sourire aux lèvres.
Janet hocha la tête et sourit.
- ça fait plaisir de vous voir en forme. Allez, filez d'ici. Je viendrai prendre un café avec vous dans la matinée, si j'ai le temps.
- D'accord, à tout à l'heure. Merci, Janet.
Cinq minutes plus tard, c'est une Sam Carter joyeuse qui entra dans son labo – et fit un bond en y apercevant quelqu'un.
- Bon sang, mon colonel, vous m'avez fichu la trouille ! s'exclama-t-elle, une main sur la poitrine, en tentant de ramener son rythme cardiaque à la normale.
- Désolé, Carter, ce n'était pas mon intention.
- J'espère bien ! répliqua-t-elle avec un haussement de sourcils.
Jack sourit et reposa l'objet qu'il était en train de triturer (au grand soulagement de Sam, qui ne tenait pas à voir un autre précieux artefact prêté par Daniel terminer sa vie prématurément entre les mains de Jack O'Neill).
- Alors, qu'a dit le doc ? demanda-t-il enfin.
- Que tout va bien. Je reprends du service.
Le sourire de Jack s'élargit notablement.
- Ouais !!! J'avoue que ne plus vous entendre tenter de m'expliquer le fonctionnement de tous ces « trucs-muches technologiquement tellement plus avancés que les nôtres » commençait à me manquer.
Sam leva les yeux au ciel mais ne put s'empêcher de sourire.
- ça m'a manqué aussi, avoua-t-elle.
- Quoi, de faire mumuse avec tous vos jouets ou de me farcir le crâne avec vos explications ?
Sam laissa échapper un petit rire avant de répondre :
- Les deux !
Ce fut au tour du colonel de lever les yeux au ciel, mais le sourire refusait de quitter son visage. Sentant qu'il commençait à se comporter comme un ado transi d'amour retrouvant sa dulcinée, il jugea préférable de s'éclipser avant de compromettre sérieusement sa réputation – et sa carrière par la même occasion.
- Bon, ben, puisque tout va bien, je vais vous laisser travailler. On se voit plus tard ?
- Bien sûr.
Il était sur le point de sortir lorsqu'il se rappela brusquement quelque chose.
- Ah, au fait, j'allais oublier. Désolé de vous imposer ça le jour de votre retour, mais j'ai croisé notre cher ami le Dr Kemper tout à l'heure. Il voudrait vous voir.
Sam fit la moue.
- Je suppose que je ne peux pas y couper ?
- J'en ai bien peur.
- Bon, très bien, soupira-t-elle. Dans ce cas, autant y aller tout de suite, je serai débarrassée.
Jack lui adressa un regard compatissant accompagné d'un petit sourire navré.
- Bonne chance !
Sam hocha la tête.
- Merci, mon colonel. J'en aurai bien besoin !
*********
Daniel ferma la porte de son bureau et se dirigea en hâte vers l'ascenseur. SG-8 devait déjà l'attendre en salle d'embarquement ; il allait encore être en retard. Il pressa le bouton d'appel en priant intérieurement l'appareil de se dépêcher d'arriver. Sa prière resta cependant sans effet, et il commençait à désespérer de voir ce fichu ascenseur arriver, lorsque les portes s'ouvrirent avec un petit "ding" caractéristique. La nervosité du jeune archéologue baissa aussitôt d'un cran lorsqu'il reconnut la jolie blonde qui se trouvait dans la cabine.
- Sam ! De retour parmi nous ?
- Eh oui ! Vous allez quelque part ?
- En salle d'embarquement. Je pars pour P9J-378 dans cinq minutes.
- Alors montez, je vous dépose.
Daniel sourit et prit place à côté de son amie, qui avait déjà pressé le bouton du dernier niveau.
- Alors, comment ça va ? s'enquit-il en détaillant le visage de la jeune femme.
Elle avait repris des couleurs en semblait plutôt en forme.
- Mieux, répondit-elle. Je suis contente d'être là.
Daniel lui adressa un petit sourire entendu.
- Alors là, vous me surprenez ! Vous qui êtes toujours si pressée de quitter votre labo !
Sam lui envoya un petit coup à l'épaule.
- Arrêtez de vous moquer, Space Monkey. Il me semble que vous ne faites pas mieux que moi, dans ce domaine.
- C'est vrai, c'est vrai, reconnut-il. On est tous drogués au boulot, ici. Enfin bon, où est-ce que vous allez comme ça ?
- Kemper, répondit Sam, laconique, avec un gros soupir.
- Quoi, déjà ?
- Apparemment, il est très impatient de me revoir.
- Je vois. Bon, eh bien, bon courage, alors, conclut Daniel, comme l'ascenseur arrivait au niveau 23.
- Merci. Bonne mission, répondit Sam en descendant. Ne faites pas de bêtises !
Les portes se refermèrent sur un Daniel faussement offusqué, et Sam hocha la tête en souriant. Oui, cet endroit lui avait manqué, et ses amis plus encore.
*********
Le Dr Kemper sursauta en entendant les coups frappés à sa porte. Il referma le dossier qu'il était en train de consulter, jeta un œil à sa montre et lança un "entrez !" sonore. Il fut relativement surpris de voir le major Samantha Carter entrer dans son bureau.
- Major Carter, ça alors ! Je ne pensais pas que vous viendriez me voir si vite !
Sam referma la porte et s'assit face à lui en réprimant un soupir exaspéré.
- Le colonel O'Neill m'a dit que vous vouliez me parler. Je préfère régler ça avant de me remettre au travail, sinon il y a de fortes chances pour que j'oublie.
- Je vois. Bon, eh bien, puisque vous êtes là…
Il fouilla une minute dans une pile de dossiers avant de mettre la main sur celui qu'il cherchait. Sam constata avec un soupir intérieur que c'était, et de loin, le plus volumineux de la pile. Kemper ne l'ouvrit même pas, mais saisit son bloc-notes et son stylo et griffonna rapidement le mot « Carter » en haut de la première feuille avant de relever les yeux vers son interlocutrice.
- Bon, major, nous avons déjà discuté de tout ça, alors j'irai droit au but. Je pense que vous êtes une femme intelligente, et aussi certainement un bon officier. Mais nous savons tous les deux comment marchent les choses, dans l'armée. C'est encore un milieu d'hommes et je sais qu'il n'est pas facile pour une femme d'y faire son trou, et encore moins de gravir les échelons. Et parfois, il arrive malheureusement que certains officiers masculins profitent de leur position pour s'attirer les faveurs de leurs subalternes féminines.
- Attendez, je vous arrête tout de suite, le coupa Sam. Vous pensez que c'est mon cas ? Que le colonel O'Neill "profite de sa position pour s'attirer mes faveurs" ?
- Je l'ignore, major. Mais j'ai déjà vu des cas de ce genre, où les officiers de sexe féminin avaient assez peu le loisir de dire non si elles tenaient à leur carrière.
Sam leva les yeux au ciel.
- Je sais que ça existe, Dr, et je trouve ça vraiment navrant, mais pas ici. Et surtout pas de la part du colonel O'Neill. Il ne ferait jamais une chose pareille.
- Vraiment ? Il est célibataire, pourtant, et vous êtes une jolie femme, major. Il aurait pu être tenté.
- Non, il n'aurait pas pu. Il n'est pas comme ça. Il respecte ses collègues, hommes et femmes de la même manière. Si vous me posez ce genre de questions, c'est que vous ne le connaissez vraiment pas.
- Peut-être. Je voulais juste mettre les choses au clair. Mais si vous me dites qu'il ne vous a jamais forcée à faire quoi que ce soit, ou eu un comportement ou des paroles déplacés…
- Jamais, l'interrompit Sam froidement. Pas une seule fois. Il aurait pu, d'autres l'auraient sûrement fait à sa place, mais Jack O'Neill n'est pas ce genre d'homme, et il n'est pas ce genre d'officier. Et je n'ai jamais couché pour monter les échelons. Est-ce suffisamment clair ?
Kemper esquissa un sourire qui ressemblait davantage à une grimace.
- Oui, tout à fait. Je vous remercie, major. Je ne vous retiens pas plus longtemps. Vous devez avoir beaucoup de travail.
- En effet, répondit Sam en se levant. Au revoir, Dr.
- Au revoir, major.
*********
- Il vous a demandé quoi ??? s'étrangla Daniel en reposant bruyamment sa tasse de café.
- Si le colonel avait jamais tenté d'abuser de sa position hiérarchique pour me mettre dans son lit, répéta Sam avec un soupir. Enfin, ce ne sont pas vraiment les mots qu'il a employés, mais c'était ce que ça voulait dire.
Daniel secoua la tête d'un air dégoûté.
- J'arrive pas à le croire ! C'est répugnant ! Quel… Il n'y a même pas de mot pour décrire ce genre d'individu ! s'offusqua-t-il.
- Grosse limace visqueuse ? proposa Sam.
- Pire que ça.
- Gros symbiote visqueux ?
Daniel regarda sa coéquipière, assise face à lui devant une tasse de thé fumante, qui essayait de prendre les choses à la légère et de faire de l'humour malgré l'outrecuidance et la grossièreté sans nom dont venait de faire preuve le Dr Kemper, et il sourit.
- Mouais, gros symbiote visqueux, c'est pas mal, approuva-t-il.
Sam lui rendit son sourire et prit une petite gorgée de thé.
- Enfin, apparemment, il a fait le tour de la question. Je pense qu'il ne devrait plus rester parmi nous bien longtemps.
- ça ne sera pas une perte.
- Non, c'est sûr. Il ne me manquera pas.
- Qui est-ce qui ne vous manquera pas ?
Sam leva les yeux et vit Jack O'Neill s'arrêter devant leur table, suivi de Teal'c.
- Kemper, répondit-elle en grimaçant, comme si le simple fait de prononcer son nom la dégoûtait. Il semblerait qu'il ait fini de poser ses questions tordues à tout le monde, donc j'imagine qu'il va bientôt plier bagage.
- Ouaip, répondit Jack en s'asseyant à côté de Daniel. C'est officiel, je viens de voir le général Hammond. Notre cher ami s'en va demain matin, il doit aller remettre son rapport au Président la semaine prochaine.
- Eh ben voilà une bonne nouvelle, apprécia Daniel en levant sa tasse.
- En effet, acquiesça Teal'c en prenant la place libre près de Sam.
- On va pouvoir recommencer à respirer un peu plus librement, commenta Jack en jetant un regard à sa jeune subordonnée.
Elle hocha la tête et soupira.
- Espérons que le Président ne trouvera rien d'alarmant dans son rapport.
- Carter, tout ce que ce type a récolté, ce sont des ragots et des bruits de couloirs. Le Président ne peut pas se contenter de ça pour intenter quelque chose contre nous. On n'accuse pas les gens sans preuve.
- Je sais, mon colonel. Vous avez raison. Mais je me sentirai quand même plus tranquille quand tout ça sera officiellement terminé.
*********
Une semaine plus tard, les quatre membres de SG-1 se trouvaient en salle de briefing pour une réunion avec le général Hammond.
- Nous avons reçu un message de la Tok'ra il y a environ 15 minutes, commença le général. A propos de Ba'al.
Tous se tendirent à ce nom. Daniel jeta un coup d'œil à Sam : la jeune femme avait gardé un air détaché et professionnel, mais la rigidité de sa position et la soudaine pâleur de son visage laissaient deviner ses émotions. Hammond aussi sembla s'en rendre compte et il poursuivit presque à voix basse, comme s'il avait peur de la blesser en parlant trop fort.
- Un de leurs agents l'a localisé dans un autre système. Il semblerait donc qu'il ait réussi à s'enfuir avant la destruction de son vaisseau.
- ça, il fallait s'y attendre, commenta Jack amèrement. Ce type est plus glissant qu'une anguille. Il arrive toujours à s'en sortir. Le contraire m'aurait étonné.
- Mais sans vaisseau mère, il doit être affaibli, nota Daniel.
- En effet, répondit le général. D'après les Tok'ra, il se terre sur une des planètes qu'il contrôle et il se fait servir par la population, tout en essayant de recruter de nouveaux Jaffas. Votre petite visite lui a coûté cher. Il se pourrait même qu'il tente de se mettre au service d'un Goa'uld plus puissant.
- C'est très probable, estima Teal'c. Il jouera les vassaux dévoués le temps de reconstituer ses forces.
- Et après ? demanda Jack.
- Après, il attaquera probablement ce Goa'uld pour lui prendre ses Jaffas et ses vaisseaux. Les Goa'uld n'ont aucune loyauté.
- ça, c'est pas un scoop, grommela Jack. Cela dit, tant qu'ils s'entre-tuent, ils nous fichent la paix. On va pas s'en plaindre.
- C'est aussi l'avis de nos amis Tok'ra, reprit le général, et ils vous remercient encore pour ce que vous avez fait.
- Ouais, ben faudrait quand même pas que ça devienne une habitude, non plus, rétorqua Jack. On veut bien être gentils et leur filer un coup de main de temps en temps, mais là, ça a bien failli nos coûter cher. Alors la prochaine fois qu'ils ont une mission suicide à nous confier, ils se débrouillent.
Hammond sourit.
- Je ferai passer le message, colonel.
- Merci, mon général.
- Bien, ce sera tout. Vous pouvez disposer.
Les quatre coéquipiers se levèrent en même temps que le général et s'apprêtaient à quitter la pièce lorsque celui-ci les rappela.
- Ah, au fait, j'ai failli oublier : j'ai reçu ce matin des nouvelles de Washington.
- De Washington ? répéta Daniel en fronçant les sourcils.
- Le Dr Kemper a remis son rapport au Président, expliqua Hammond.
Sam et Jack échangèrent un regard nerveux.
- Et alors ? interrogea Daniel, se faisant le porte-parole de ses compagnons.
- Alors le Président m'a appelé ce matin pour me complimenter sur mon personnel. Il a dit qu'il aimerait que toutes les bases de ce pays soient entre les mains de gens aussi "compétents, intègres et dévoués leur travail et à la nation", ce sont ses mots.
Daniel tourna un regard surpris vers le général.
- Mais alors, Kemper… Qu'est-ce qu'il a mis dans son rapport ?
- Il faut croire qu'il s'est contenté de rapporter ce qu'il a pu observer, finalement.
- Eh ben, qui l'eut cru ? s'exclama le jeune archéologue.
- Oui, tout arrive, opina Hammond. En tout cas, je suis content qu'il ait présenté les faits, et seulement les faits, au Président. Ce n'est que justice, et je partage tout à fait l'opinion de notre Commandant en Chef. Vous faites de l'excellent travail, conclut le général en les embrassant du regard, la fierté le disputant à la satisfaction sur son visage.
- Merci, mon général, répondit Jack au nom de l'équipe.
Hammond hocha la tête et tourna les talons. Il allait entrer dans son bureau lorsqu'il lança par-dessus son épaule :
- Au fait, le Président a aussi évoqué une possible médaille pour vous quatre.
Il considéra un moment les mines ébahies de ses subordonnés, puis il referma sa porte avec un petit sourire.
*********
Le lendemain étant un vendredi, Jack avait décidé d'organiser une petite soirée SG-1 chez lui pour fêter l'heureux dénouement de cette pénible affaire. Aussi à 19h, c'est avec une bonne humeur non feinte qu'il accueillit Teal'c, Daniel, Sam et Janet, qui faisait quasiment partie de l'équipe à force de soigner les bobos des uns et des autres.
- Entrez, entrez, tout le monde ! Allez-y, faites comme chez vous !
Daniel leva le nez en entrant et sourit.
- Barbecue, Jack ?
- Evidemment ! répondit l'interpellé avec un grand sourire. Vous savez bien que c'est ma spécialité !
- Votre seule et unique spécialité, d'ailleurs, si on omet l'omelette à la bière, que vous êtes le seul à pouvoir avaler, commenta Sam.
Jack tourna vers elle un regard faussement outré.
- Major ! Seriez-vous par hasard en train de critiquer les talents culinaires de votre supérieur ?
- Pas du tout, mon colonel. Je ne critique pas, je constate.
Jack leva les yeux au ciel et soupira.
- Bon, d'accord. Je vois que vous êtes toujours aussi insubordonnée. Pour votre peine, venez donc m'aider à préparer la salade !
Daniel étouffa un rire assez peu discret à ces mots, et Sam se retourna, les poings sur les hanches.
- Vous, au lieu de rigoler, venez donc me donner un coup de main !
- Excellent ! approuva Jack. Deux aides en cuisine, ça devrait aller. Messieurs dames, vous pouvez aller vous asseoir sur la terrasse, on s'occupe de tout, ajouta-t-il à l'attention de Teal'c et Janet.
Le Jaffa et la jeune femme ne se firent pas prier et filèrent dehors où Jack avait mis la table, pendant que Sam et Daniel suivaient le maître de maison à la cuisine.
- Bon, euh, Carter, vous pouvez faire la sauce, et vous, Daniel, je vous charge de couper les pommes de terre. Vous allez y arriver ?
Daniel leva les yeux au ciel et ne se donna même pas la peine de répondre. Sam, elle, se mit à l'ouvrage en fredonnant doucement. Daniel sourit.
- Encore en train de fredonner, Sam ? Décidément, je vous trouve bien joyeuse, en ce moment !
Sam leva les yeux du saladier, confuse.
- Comment ça ?
- Depuis quelques temps, vous êtes toujours en train de siffloter, de chantonner, expliqua Daniel.
- Quoi ? C'est vrai ?
- Oh oui ! Le matin en arrivant, en prenant votre café, et même l'autre jour en réparant cette inestimable pièce de technologie alien que le colonel McPherson a cassée en revenant de P4X-931.
- Ce n'était pas sa faute, enfin pas vraiment, tout le monde sait que ce pauvre Steve a deux mains gauches. Il casse tout ce qu'il touche, le pauvre !
- Oui, eh bien d'habitude, il se serait quand même pris un savon pour ça, répliqua Daniel. Mais là, non, vous avez pris la chose avec le sourire et vous l'avez à peine disputé.
Sam haussa les épaules.
- L'appareil n'était pas vraiment cassé, juste un peu abîmé. Ça m'a amusée de le réparer.
- C'est bien ce que je disais. Vous prenez tout du bon côté.
Sam haussa à nouveau les épaules et se remit à touiller énergiquement sa sauce de salade.
- Jack, j'ai fini avec les pommes de terre ! appela Daniel une minute plus tard.
- OK ; très bien, vous avez gagné le droit d'aller vous asseoir avec vos petits camarades, répondit Jack. Tenez, emportez le jus de fruits pour Teal'c, pendant que vous y êtes. J'emmènerai les bières.
Daniel attrapa le pack de jus d'orange que Jack lui lança et sortit, laissant ses deux amis seuls dans la cuisine.
- Alors, Carter, vous fredonnez beaucoup, en ce moment ? C'est vrai ? interrogea Jack en s'approchant d'elle.
- Je ne sais pas, avoua-t-elle, un rien gênée. Je ne m'en rends pas compte.
Jack leva un sourcil.
- Oh, fredonnement inconscient ! Intéressant !
Sam le fixa un instant et sourit.
- J'ai peut-être quelques raisons d'être joyeuse, reconnut-elle en se mordant la lèvre.
- Peut-être bien, approuva Jack en se rapprochant davantage.
Il leva la main et rabattit une mèche blonde derrière l'oreille de la jeune femme, tout en la fixant de ses grands yeux sombres. Sam frissonna et ne put empêcher son regard de se poser sur les lèvres de son supérieur. Jack sourit et répondit à la demande muette de la jeune femme en capturant ses lèvres en un tendre baiser. Elle y répondit avec joie et ferveur, tandis que les doigts de Jack se perdaient délicieusement dans ses cheveux.
Un léger toussotement les fit bondir et se séparer précipitamment. Sur le pas de la porte se tenaient Daniel, Janet et Teal'c, tous trois en train de les dévisager d'un air plus ou moins surpris.
- Ah, tiens, vous êtes là ! lança Jack en grimaçant un sourire, alors que les joues de Sam menaçaient de détrôner l'écrevisse ébouillantée sur l'échelle des "choses les plus rouges qui existent au monde".
- Euh, oui, répondit Daniel. Et visiblement, on dérange.
- Quoi ? Oh, non, pas du tout ! protesta Jack. Qu'est-ce qui peut bien vous faire penser ça ?
- Oh, j'en sais rien, mais en principe les gens n'aiment pas trop qu'on les interrompe quand ils ont la langue dans la bouche de quelqu'un d'autre et qu'elle n'est pas du tout sensée s'y trouver.
- Daniel ! protesta Janet à voix basse, tout en étouffant tant bien que mal un gloussement.
C'était à présent au tour de Jack de virer lentement mais sûrement au cramoisi.
- Euh, bon, écoutez, ce n'est pas du tout ce que vous croyez ! Carter et moi, on était juste en train de, euh…
- Vous rouler un patin ? proposa Daniel, qui dissimulait de plus en plus difficilement son amusement.
- Oui, bon, d'accord, c'est ce que vous croyez, capitula Jack.
- N'est-ce pas formellement interdit par les règlements militaires, O'Neill ? questionna Teal'c en levant son fameux sourcil.
- Si, et on a décidé qu'on s'en fichait, répondit Sam, la résolution prenant finalement le pas en elle sur la mortification.
- Mais on apprécierait assez de ne pas finir en cour martiale, ajouta Jack, alors si vous pouviez garder ça pour vous…
- Bien sûr, O'Neill.
- Pas de problème, on sera muets comme des carpes, approuva Janet.
- Des vraies tombes, renchérit Daniel. D'ailleurs, on n'a rien vu, on n'est au courant de rien. Tenez, j'emporte la bière, et on vous laisse.
Le jeune archéologue se saisit du pack de bière posé sur la table et quitta aussitôt la pièce, suivi de près par Teal'c et Janet. Sam et Jack les regardèrent partir, bouche bée.
- Vous me devez 20$, Daniel Jackson, leur parvint la voix sonore du Jaffa.
- Je sais, Teal'c, je sais, répondit Daniel de mauvaise grâce.
- Mais comment pouviez-vous savoir qu'ils finiraient par craquer ? interrogea Janet.
- Il y a un proverbe sur Chulak qui dit : « L'amour est comme un animal sauvage ; même si on tente de l'enfermer, il finit toujours par s'échapper. »
- C'est bien dit, approuva la jeune médecin.
- Les vieux proverbes ont toujours raison, je suppose, soupira Daniel.
- En effet, répondit Teal'c, et même s'ils ne le voyaient pas, les deux amoureux savaient qu'à cet instant, le Jaffa souriait.
FIN
