Note de l'auteur : Merci du fond du cœur pour tous vos commentaires... Bonne lecture.

TLIOM


Writing's On The Wall

« Il était loin de vouloir s'attirer les foudres du caractériel Sasuke. »

...

Ils avaient dîné dans un froid polaire. Naruto, encore marqué par les mots de Sasuke, n'avait pipé mot. Et Sasuke n'avait pas non plus essayé d'aborder un quelconque sujet de conversation. Seule la télévision allumée et les voix des journalistes mettaient un peu d'ambiance dans ce silence pesant.

Sasuke aida à débarrasser la table et remonta illico dans sa chambre. Naruto lança le lave-vaisselle avant de s'affaler dans le canapé, un livre qu'il avait pris dans la bibliothèque entre les mains. Il écoutait à peine le présentateur annoncer la météo pour le lendemain, préférant se perdre dans sa lecture.

Il n'entendit même pas Sasuke redescendre, sûrement une bonne heure après le repas, alors qu'il lisait à voix haute.

« Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ; j'unis un cœur de neige à la blancheur des cygnes ; je hais le mouvement qui déplace les lignes, et jamais je ne pleure et jamais je ne ris. Les poètes, devant mes grandes attitudes, que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments, consumeront leurs jours en d'austères études ; car j'ai, pour fasciner ces dociles amants, de purs miroirs qui font toutes choses plus belles... »

« Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles. »

Naruto sursauta puis releva la tête en direction du brun derrière lui.

« La beauté. Les fleurs du mal. Tu lis du Baudelaire, toi ? »

Naruto le regarda longuement avant de refermer le livre. Il ne l'avait pas senti arriver.

« Oui, j'aime beaucoup. Et toi ? Tu as l'air de bien connaître. »

Sasuke haussa les épaules avant de se laisser tomber à côté du blond. Il regarda sans grand intérêt la publicité qui passait sur l'écran.

« Comme ça... »

En vérité, Sasuke adorait la poésie. C'était sans doute son unique passion, la seule chose qu'il adorait. Alors, bien sûr qu'il avait lu « Les fleurs du mal », un recueil passionnant de poèmes divers et variés.

Naruto esquissa un sourire. C'était sûrement la première fois qu'il entendait la voix calme et posée du brun. D'habitude, il y avait toujours au fond un sarcasme, une rancoeur. Alors, là, c'était plutôt agréable. Appréciable, même.

Même s'il était souvent plus que détestable, ce Sasuke là l'intriguait. Il aimait donc cette littérature. Naruto, alors plus motivé que jamais, entra dans cette faille qui semblait plaire au brun.

« Et... Y'en a-t-il un que tu préfères parmi les autres ? »

Sasuke sembla réfléchir un instant. Puis, sa voix grave s'éleva dans la pièce.

« On dirait ton regard d'une vapeur couvert ; ton œil mystérieux (est-il bleu, gris ou vert ?), alternativement tendre, rêveur, cruel, réfléchit l'indolence et la pâleur du ciel. Tu rappelles ces jours blancs, tièdes et voilés, qui font se fondre en pleurs les cœurs ensorcelés ? Quand, agités d'un mal inconnu qui les tord, les nerfs trop éveillés raillent l'esprit qui dort. Tu ressembles parfois à ces beaux horizons qu'allument les soleils des brumeuses saisons… comme tu resplendis, paysage mouillé qu'enflamment les rayons tombant d'un ciel brouillé... Ô femme dangereuse, ô séduisants climats... Adorerai-je aussi ta neige et vos frimas ? Et saurai-je tirer de l'implacable hiver, des plaisirs plus aigus que la glace et le fer ? » Il marqua un temps d'arrêt, avant d'ajouter, « Ciel brouillé, chapitre un. »

Naruto fut subjugué. Il trouva la page en question et la parcourut des yeux. Il ne s'était pas trompé.

« Tu le connais par coeur ? »

« Faut croire... » répondit mollement le brun en s'enfonçant dans le canapé, un coussin entre les bras.

Naruto sourit de nouveau. Ainsi, il y avait une certaine sensibilité derrière toute cette arrogance ? Cela le toucha profondément. Il en était sûr, Sasuke n'était pas celui qu'il prétendait être.

Sasuke, quant à lui, était mal à l'aise. Quelque part, il avait livré au blond une partie de lui-même. Quelque chose qu'il affectionnait. Dans sa chambre, enfermé dans son monde dans lequel personne n'était admis, il se laissait aller à griffonner le papier, à le noircir d'un coup de crayon de quelques petits morceaux de textes. C'était son petit truc à lui, et même Itachi n'était pas au courant.

« Tu m'épates, Sasuke. Y'a-t-il autre chose que tu caches ? » demanda Naruto.

Sans le vouloir, la question désempara Sasuke. Le visage de Deidara, sa main dans son pantalon et les caresses qu'il avait exécuté sur son sexe lui revinrent en mémoire.

« Non. » trancha Sasuke. Puis, il changea de sujet, voulant éviter que Naruto approfondisse la question. « Tu as revu Karin ? »

« Euh... La semaine dernière. Pourquoi ? »

« Elle va bien ? »

« Je suppose, oui... Pourquoi ça t'intéresse ? Tu comptes te remettre avec elle ? »

« Non... Je l'ai assez fait souffrir. Je demandai ça comme ça. »

Naruto l'observa longtemps. C'était lui qui avait réconforté sa cousine après sa rupture avec le brun. Elle lui avait fait beaucoup de peine, d'ailleurs. Karin semblait être profondément amoureuse de Sasuke. Comme elle, comme Itachi, il ne comprit pas cette décision brutale prise par le brun, du jour au lendemain. La sentence était tombée comme une bombe. Alors qu'ils s'étaient encore aimés la veille, le lendemain, changement de décor, le brun l'avait quitté. Karin s'était confiée entre deux sanglots. Et il s'en souvenait comme si c'était hier.

« On a juste essayé de faire l'amour, mais ça n'a pas marché... Une panne, juste ça, ça arrive non ? Puis aujourd'hui, il m'annonce qu'il me quitte... Oh, Naruto, qu'est-ce que je vais faire sans lui...? » Puis elle avait pleuré sur son épaule. Encore. Longtemps.

« Pourquoi est-ce que tu l'as quitté ? »

Et Naruto regretta instantanément d'avoir posé la question. Mais contre toute attente, Sasuke lui répondit.

« Je ne l'aimais pas. »

La réponse laissa Naruto perplexe.

« Et tu ne t'en ai pas aperçu avant ? Vous êtes tout de même restés six mois ensemble. »

« J'en sais rien. C'est du passé tout ça. Elle m'en veut encore ? Eh bah, je m'excuserai encore... Je n'allais quand même pas lui faire croire que je partageais ses sentiments, si ? »

« Non mais... Peut-être que tu aurais dû persévérer ? Tu sais, c'est pas grave si ça n'a pas marché du premier coup. Le sexe, c'est une question d'expérience. Plus tu pratiques, plus tu- »

Naruto hoqueta avant d'avoir pu terminer sa phrase devant le regard meurtrier de Sasuke.

« Qu'est-ce que tu me racontes, là ? Qu'est-ce qu'elle est allée te raconter ?! » persiffla-t-il.

« B-.. Bah... » balbutia Naruto. « Que tu avais voulu coucher avec elle mais que... Tu.. Que rien ne s'est passé comme prévu. »

Sasuke se leva précipitamment et Naruto tendit une main pour le retenir.

« C'est pas grave, Sasuke ! Ça arrive à tout le monde d'avoir une panne ! » lança-t-il désespérément.

« Écoute-moi bien, Uzumaki, tu diras bien à ton idiote de cousine qu'elle cesse immédiatement de balancer des trucs comme ça à mon sujet ! J'ai pas de problème, c'est elle qui en a un ! Je sais même pas pourquoi je parle de ça avec toi ! »

Il se défit de la prise de Naruto et remonta s'enfermer dans son antre.

Naruto soupira. Non, ce n'était pas Karin qui avait un problème et la fuite de Sasuke venait de le confirmer. Il fuyait la discussion à ce sujet, donc, il y avait bien quelque chose. Il se promit d'en discuter avec sa cousine. Après tout, elle était restée six mois avec lui, peut-être qu'il en saurait plus.

...

Il ne revit pas Sasuke de la soirée. Vers 22h, il décida de monter se coucher. Sa chambre était pile en face de celle du brun, et il pouvait entendre la musique qui émanait de celle-ci, derrière la porte close. Il toqua contre elle, attendant que Sasuke veuille bien lui ouvrir. Mais il entendit juste sa voix lui répondre avec fureur.

« Barre-toi, j'ai rien à te dire ! »

« Sasuke, écoute-moi ! » supplia Naruto.

Mais la musique se fit plus forte, couvrant ses paroles. Il souffla fortement devant le manque de maturité de Sasuke. Celui qui avait été à ses côtés dans le canapé et qui lui avait lu un poème n'était plus que de l'histoire ancienne.

Lassé par tant d'enfantillage, il ouvrit la porte de la chambre du brun. Ce dernier se leva d'un bond, marchant rapidement jusqu'à lui.

« Eh ! Tu fous quoi là ?! Je t'interdis de venir foutre ton nez ici ! » déclara furieusement Sasuke.

« Tu m'obliges à employer les grands moyens, Sasuke... Je veux juste te parler. »

Sasuke tapa du pied sur le sol, les bras croisés contre sa poitrine, le regard mauvais.

« Dépêche et casse-toi. »

Naruto déglutit non sans mal. Son regard était si sombre... Il avait l'impression de voir un orage dans ses deux yeux. Plus rien à voir avec le Sasuke de tout à l'heure.

« Je... J'ai fait preuve de maladresse. Excuse-moi. »

« Hn. Rien de tout ça ne te regarde. Et ce qu'elle t'a raconté est faux. Totalement faux. »

Naruto se décida à ne pas approfondir le sujet. Lui, pensait tout le contraire de Sasuke. Mais il ne voulait pas rejeter un peu plus d'huile sur le feu. Sasuke était assez hors de lui comme ça.

« Oui... Alors... Tu me pardonnes ? Je t'avais juré de te laisser tranquille en plus, Sasuke, je suis vraiment navré. »

Le blond semblait sincère. Sasuke l'observa de haut en bas avant de détourner les yeux.

« C'est bon. »

Puis Sasuke referma la porte. Sa colère semblait apaisée mais Naruto s'en voulut encore d'avoir abordé un sujet sensible. Il entra dans la chambre d'amis, dans un soupir à fendre l'âme. Il était parvenu à avoir un semblant de discussion sans animosité avec le brun, et lui, comme l'imbécile qu'il était, avait tout fait voler en éclat. Mais il n'y pouvait rien, Sasuke et sa situation particulière l'intriguait inexorablement.

Il appela alors Karin. Au bout du fil, la voix ennuyée de sa cousine lui répondit.

« Naruto ? Je ne sais pas si tu es au courant, mais il est déjà tard. »

« Bonsoir à toi aussi. » fit-il ironiquement. « Karin, est-ce qu'on pourrait se voir demain vers... Disons vers 17h ? »

« Qu'est-ce qu'il se passe ? » dit-elle, surprise.

« Rien, je... Je t'en parlerai demain... »

La voix de Naruto, d'ordinaire guillerette et soudainement si embarrassée, sembla inquiéter Karin.

« Très bien. Rien de grave, hein ? Tu me fais peur là Naruto. T'as une drôle de voix. »

« C'est bon. Je ne t'embête pas plus longtemps. Je te rejoins chez toi ?

« J'y serai. Bonne nuit, Naruto. »

« Ouais... Merci Karin. »

Il raccrocha. Il ne savait pas bien dans quoi il mettait les pieds mais il aurait sans doute des réponses à ses questions. C'était excitant mais il se sentit presque honteux de vouloir remuer un passé qui n'était pas le sien. De s'immiscer dans la vie de Sasuke, de comprendre ce qui clochait chez lui. Mais il ne pouvait pas s'en empêcher, la tentation était trop grande. Il commençait à apprécier le petit frère d'Itachi. Surtout celui de tout à l'heure. Sa délicatesse, le son posé et mélodieux de son timbre quand il avait récité le poème. Il avait aimé entendre cette voix grave et douce à la fois, tremblotante mais affirmée. Il avait vu tellement d'émotions passer dans ses yeux noirs. Oui, ce Sasuke là lui plaisait énormément. Et il ne pouvait pas reculer maintenant, puis, de toute façon, ce n'était pas dans son genre d'abandonner.

La curiosité l'emporta sur tout le reste. Demain, il serait avec Karin.


Á suivre.

Jā ne !

TLIOM