Carbone-les-Mines, Impasse du Tisseur, 1967

Eileen Rogue entre dans la pièce et referme soigneusement la porte derrière elle. Elle allume la lanterne et dépose précautionneusement sur la table le paquet qu'elle porte. Voilà bien du travail en perspective ! Elle va devoir trier et ranger avec soin les quelques ingrédients qu'elle a pu aller acheter.

La jeune femme commence par sortir les rares pots et autres récipients destinés à les accueillir. Elle ne peut se permettre de tout y placer en vrac. Rien ne doit être abîmé, elle doit pouvoir tout utiliser jusqu'au bout ! Elle sait qu'il lui faut être rigoureuse.

Heureusement, Eileen aime vraiment faire cela. Aucun des ingrédients des potions ne l'a jamais rebutée. À vrai dire, tout ce qui concerne les potions l'apaise. Elle n'a jamais été très douée en Sortilèges. En Métamorphose, c'était encore pire. Finalement, la seule matière où elle ait jamais brillé était justement celle-là.

Maintenant qu'elle est mariée à Tobias, elle n'aura jamais son propre magasin de potions. Il voudrait tellement qu'elle coupe tout lien avec le monde magique ! Mais non, c'est impossible, Eileen ne peut s'y résoudre. Ce serait... ce serait comme si on lui arrachait le cœur. Alors, sans en parler à son mari, elle réalise des potions. Potions qu'elle revend discrètement aux personnes qui viennent la solliciter, présentées comme des liqueurs curatives. C'est le genre de choses qui se sait vite !

L'argent ainsi gagné l'aide à faire tourner le ménage, mais ils tirent toujours le dragon par la queue. Et il lui en reste si peu, à chaque fois, pour aller acheter de nouveaux ingrédients ! Heureusement, la jeune femme peut aussi en cueillir ou en ramasser un certain nombre. Il lui arrive aussi d'en échanger certains, plus rares, contre des potions.

Là, voilà, tout est rangé, ou presque. Restent les plumes de Jobarbille. C'est difficile pour Eileen de s'en procurer, il lui faut donc en prendre grand soin ! Bien sûr, elle doit d'abord vérifier leur état et leur qualité soigneusement. Pas question qu'une potion soit ratée parce qu'elle avait mal fait son travail ! Elle risque de perdre des clients ou, pire encore, d'avoir des ennuis avec le Ministère de la Magie... Elle sait très bien qu'il est interdit de vendre des potions magiques à des Moldus.

Tout à coup, la porte de la pièce s'ouvre. Severus entre, légèrement essoufflé. Eileen comprend que son fils a couru. Elle grimace. Elle n'aime pas cela. Elle a toujours peur qu'il lui arrive quelque chose. Le jeune garçon regarde sa mère et baisse les yeux. Il a désormais sept ans, et aspire plus que tout à faire plaisir à sa mère.

— Maman... souffle-t-il timidement. Tu as reçu les nouveaux ingrédients ? Je peux t'aider à les trier et les ranger ?
Sa mère souffle.
— J'ai déjà presque tout rangé, répond-elle vivement. Tu arrives un peu tard ! Où étais-tu ? Pas à traîner avec n'importe qui, j'espère ?
Le garçon rougit, mais ne répond pas.
— Allez, viens, tu vas m'aider, il reste encore les plumes de Jobarbille. Attention, il ne faut pas en abîmer une seule !
— C'est promis ! Dis Maman... après, je pourrai t'aider en lisant les recettes des potions que tu vas faire.
— D'accord, d'accord... Mais tu feras bien attention de ne pas te tromper, hein !
Severus promet gravement et se penche sur les jolies plumes.

Eileen soupire et se renfonce contre le dossier de son siège. Heureusement qu'elle aime les potions...