Londres, 1958

Eileen Prince entra dans la pièce et referma soigneusement la porte derrière elle. Pourvu que Maître Muldoon soit satisfait de la potion qu'elle venait de lui apporter ! Elle n'était jamais certaine d'avoir réussi à le satisfaire. Ce serait tellement plus simple lorsqu'elle serait sa propre patronne et pourrait décider de tout elle-même !

La jeune fille appréhendait d'autant plus que, pour la première fois, elle avait osé suivre les conseils de son patron, en modifiant une recette. Il lui fallait reconnaître que, en lisant ses notes sur le sujet, elle avait trouvé que plusieurs de ces modifications étaient logiques, et que d'autres pouvaient effectivement être intéressantes.

Elle s'était remise à travailler sur ses potions lorsque Maître Cassius Muldoon entra abruptement dans le laboratoire. Elle ne put s'empêcher de sursauter, et remarqua son froncement de sourcils lorsqu'il s'en aperçut.

— Prince, vous pouvez faire mieux que ça ! Je ne vous ai pas prise en apprentissage pour faire joli dans ma boutique ! Il y a des clients qui viennent dans ma boutique, vous le savez, et nous ne pouvons nous permettre de leur vendre que les meilleures potions. Mais si vous n'êtes pas capable de faire mieux que cela, il va vous falloir trouver autre chose !

La jeune fille se ratatina sous la diatribe. Elle faisait pourtant de son mieux ! Oh, comme Maître Muldoon lui semblait injuste !

Ce jour-là, elle prit une décision qui allait changer sa vie radicalement. Lorsque son travail fut fini, le soir-même, au lieu de rentrer directement chez elle, Eileen passa la porte du Chaudron Baveur vers le monde moldu. Elle observa avec curiosité leur monde, si différent du sien, si lisse, les vitrines aux produits étranges.

Et c'est au cours de ce périple qu'elle rencontra un jeune homme. Jeune homme qui se montra tellement galant ! Ah, il s'y connaissait, en jolies paroles ! Il savait y faire pour paraître charmant, pour plaire. Et il était si différent de tout ce qu'elle avait connu... Non, sans ce sentiment d'injustice, Eileen ne se serait jamais laissée séduire par lui, parce qu'elle ne l'aurait jamais laissé approcher d'elle. Un Moldu, pensez donc ! Oui mais voilà, ce jour-là...