Chapitre 3
Le début de la troisième année se passa assez calmement. Astoria n'avait plus aucun souci avec les autres Serpentard. Certains l'avaient toujours appréciée, malgré sa tolérance qui n'avait rien de très « Serpentard » et les autres étaient sympathiques. Même Walburga lui disait bonjour et échangeait quelques mots avec elle lorsqu'elles se croisaient. La jolie blonde avait trouvé cela étrange mais elle avait fini par s'y faire.
Sa relation avec Tom était toujours la même : étrange ! Ils passaient toujours beaucoup de temps ensemble, sauf lorsque la vraie nature de Tom ressurgissait. Dans ces cas-là, elle s'éloignait. Mais il finissait toujours par revenir vers elle, plus doux que jamais et elle lui pardonnait les mots ou les agissements qui souvent lui faisaient peur. Mais ce jour-là, elle se rendit compte qu'il était plus effrayant que ce qu'elle croyait.
Ils se promenaient tous les deux dans le parc, le mois de mai avait apporté le soleil et une douce chaleur il était très agréable de se promener en ce temps. Mais un élève de première année passa tout près d'eux et regarda Tom d'une drôle de manière qui ne plut pas à ce dernier.
- Qui es-tu ? demanda-t-il.
- Tom Stryder, répondit-il apeuré.
A l'écoute de ce prénom identique au sien, quelque chose changea dans le regard de Tom. Une colère qui le rendit aussi laid qu'il pouvait être beau en temps normal.
- Tom, dit Astoria en mettant sa main sur le bras de son ami.
Le première année mit les mains à sa gorge, il ne semblait plus réussir à respirer et Tom ne le lâchait pas du regard. Astoria comprit très vite que les difficultés respiratoires du garçon venaient de Tom. Elle alla donc auprès de l'enfant et s'accroupit devant lui, coupant ainsi le contact visuel. Astoria posa ses mains sur les bras de l'enfant et attendit qu'il reprenne sa respiration.
- Rentre au château et s'il te plait, ne parle de ça à personne, demanda-t-elle en l'aidant à se relever.
Le garçon la regarda et finit par acquiescer. Il partit à l'intérieur en courant après avoir remercié la jeune fille. Astoria resta un moment dos à Tom avant de réunir son courage et de l'affronter.
- Non mais ça ne va pas ?! Tu aurais pu le tuer ! s'écria-t-elle.
- De quel droit t'es-tu interposée ? demanda-t-il froidement sans faire grand cas de ce que venait de dire la jeune fille.
- De quel droit ?! Non mais tu te fous de moi ! Tu allais le tuer ! Tu es complétement cinglé en fait !
- Ne refais plus jamais ça, continua-t-il en se rapprochant.
Là, Astoria luttait pour ne pas partir en courant. Ce qu'il venait de faire, puis sa froideur et son regard qui ressemblait tellement peu au Tom habituel la terrifiait !
- Pour qui tu te prends ? demanda-t-il plus froidement.
- Tom tu me fais peur, finit-elle par avouer alors qu'il se rapprochait toujours plus.
Il posa ses mains sur les bras de la jeune fille et ne la lâcha pas du regard. Dans une autre situation, cela aurait pu passer pour un rapprochement, leurs visages très proches. Si quelqu'un les avait aperçus de loin, il aurait pu croire qu'ils étaient sur le point de s'embrasser.
- Tu n'es qu'une sale gamine pourrie gâtée qui vit dans un monde où tout est rose. Réveille-toi un peu, si tu ne te bats pas pour ce que tu veux, tu n'auras jamais rien.
Puis avec un regard haineux, il la repoussa violement. Elle tomba sur les fesses et le regarda, les larmes aux yeux.
- Je ne veux plus jamais te parler, dit-elle en se levant.
Elle n'attendit pas qu'il réagisse et partit en courant. Tom resta un moment seul avec sa fureur. Il aurait voulu terroriser ce petit être insignifiant qui portait le même nom que lui. Il était unique, il voulait être unique et ne supportait pas tout ce qui lui rappelait que, pour l'instant, il n'était pas grand-chose, qu'il n'était rien.
Et Astoria, comment avait-elle osé se mettre entre lui et sa victime ? Ce n'était pas la première fois qu'il faisait ce genre de chose et les autres Serpentard y assistaient, soit avec plaisir, soit avec frayeur, mais sans jamais intervenir. Cependant, c'était la première fois qu'il perdait son sang-froid devant la jolie blonde et il avait dépassé ses limites de tolérance. Il l'avait vu dans son regard. En plus de la peur, elle était vraiment déçue. Déçue de ses manières, déçue de comment il l'avait traitée, elle qui avait toujours été si gentille avec lui.
Il aurait aimé que cela lui soit égal. Si c'était quelqu'un d'autre, cela n'aurait pas eu d'importance mais il avait besoin d'elle. La dépendance, c'était la première fois qu'il mettait ce mot pour parler de quelqu'un mais il ne pouvait se mentir à lui-même. Il détestait ça mais il avait besoin d'avoir Astoria dans sa vie.
Toutefois, il n'aurait pas autant de facilités que les fois d'avant pour la faire revenir vers lui. Il allait devoir l'attendrir plus qu'auparavant. Il lui parlerait de ses recherches infructueuses sur ses parents, de son statut d'orphelin. Il détestait aborder ce genre de sujet mais il savait que la bonté d'Astoria la forcerait à l'écouter puis à lui pardonner son comportement.
Avec un petit sourire calculateur, il regagna l'intérieur du château puis se rendit à la tour d'astronomie sachant que la jeune fille se cachait là. Elle y venait toujours lorsqu'elle était triste, souvent à cause de lui d'ailleurs.
Il la retrouva assise par terre, le dos contre les remparts, en train de pleurer. Lorsqu'elle le vit, elle se leva et le regarda avec toute la méchanceté dont elle était capable… pas beaucoup en soit !
- Je ne veux pas te voir, laisse-moi !
- Je suis désolé, dit-il.
- Tu es toujours désolé Tom ! J'aimerais juste que tu sois…
- Normal ? demanda-t-il avec amertume.
- Un peu moins flippant, finit-elle par lâcher.
Il eut un petit sourire en coin qu'elle partagea quelques secondes avant de se reprendre.
- Tu es allé trop loin aujourd'hui avec ce garçon et avec moi !
- Je sais Ria…
- Arrêtes avec tes Ria ! Tu m'appelles comme ça à chaque fois que tu as quelques choses à te faire pardonner ! Ne me fais pas plus naïve que je ne le suis déjà ! s'énerva-t-elle.
- Je ne crois pas que tu sois naïve, mentit-il.
- Bien sûr ! La gentille Astoria qu'on peut traiter de n'importe quelle façon puisqu'elle pardonne toujours tout ! Je pardonne Tom, mais je n'oublie jamais ! Je me souviens de tout. Comment peux-tu prétendre que je suis ton amie avec tout ce que tu m'as déjà fait ?
- Je sais que je ne suis pas un bon ami mais ça n'enlève rien au fait que toi, tu es ma meilleure amie. Parce que toi, tu sais ce que c'est que d'être une bonne personne ! J'aimerais être tel que tu le voudrais, tel que tu le mérites, mais je n'y arrive pas. Je passe mon temps à la bibliothèque, non pas pour étudier mais pour tenter de trouver mon père…
- Tom, je sais ce que tu essaies de faire…
- Mais je ne trouve rien ! Je vous vois tous avec vos familles, vos frères, vos sœurs, vos parents et moi… Moi je n'ai rien et oui, souvent, ma rancœur se manifeste et prend beaucoup d'ampleur, mais sans toi…
- Arrête!
- Sans toi je n'aurais vraiment plus rien. Tu es la seule personne qui compte dans ma vie alors je t'en supplie, pardonne-moi Ria. Pardonne-moi encore et encore car sans toi, je n'ai plus rien.
Les larmes coulaient toujours et tout en se disant qu'elle était idiote elle fonça dans les bras de Tom qui se refermèrent autour d'elle.
- Je suis tellement désolé Astoria, répétait-il tout en la serrant contre lui.
Elle ne dit rien, se contentant de le sentir contre elle. Ils restèrent un moment à profiter de la vue, main dans la main. Il avait réussi, une fois de plus, pourtant, quelque chose le gênait dans cette histoire. Il avait toujours été doué pour mentir, car son visage ne trahissait rien de ses sentiments réels.
Cependant, aujourd'hui, mentir avait été encore plus facile. Les mots étaient venus tout seul… Il comprit que même s'il en avait fait beaucoup plus, une partie de lui n'avait pas menti. Une partie de lui avait besoin d'Astoria et une partie de lui mourrait s'il venait à la perdre d'une quelconque façon. Une petite partie de lui aimait cette fille, sincèrement. Une partie de lui n'avait besoin que d'elle et de son sourire.
Il détestait cette partie de lui. Il savait ce qu'il voulait, il voulait dominer le monde, régner en Maître sur les sorciers et les moldus. Il voulait faire payer à tous son enfance merdique, sa vie loin de la magie et cela était impossible aux côtés d'Astoria. Même si elle l'aimait aussi et il savait que c'était le cas, elle ne le suivrait jamais sur ce chemin. Un jour, ils arriveraient à un croisement et elle refuserait de le suivre, il le savait mais pourtant, il n'allait pas s'éloigner d'elle. Il agirait le moment venu mais il profiterait de ce chemin pour être avec elle.
Il pouvait être deux personnes. Il pouvait être le Tom d'Astoria, une partie de lui le pouvait, il n'aurait qu'à laisser cette partie réagir en sa présence puis le reste du temps, il serait le garçon froid, méprisant et supérieur. Celui que tout le monde redoutait, celui qu'un jour, les gens n'oseraient plus nommer.
- Rentrons, dit Astoria, le tirant de sa rêverie.
Elle ne lâcha pas sa main et il ne fit rien pour la reprendre. En cet instant, il se sentait apaisé, presque comme s'il était normal.
