Chapitre 6

Les quelques jours séparant les élèves des vacances furent assez horribles pour tout le monde. Les BUSE étant terminées, les cinquièmes années attendaient simplement de pouvoir repartir. Les septièmes années passaient leurs ASPIC et les autres avaient encore des cours et des examens de validation.

Astoria aurait bien aimé avoir encore des cours afin de pouvoir s'occuper l'esprit. Elle pensait très souvent à Mimi et la voir en fantôme n'aidait guère à faire son deuil. La jolie blonde avait même l'impression d'être plus peinée que Mimi elle-même, c'était faux bien-sûr, elle se doutait que son amie n'avait tout simplement pas encore pris conscience que son état de fantôme serait éternel et qu'une fois l'amusement de ses nouveaux pouvoirs passé, elle serait désespérée. Mais en attendant, elle avait affaire à une Mimi plus joyeuse que jamais, la plupart du temps.

Le plus dur pour Mimi fut de voir ses parents Moldus venir à Poudlard, le lendemain de sa mort. Mais étant Moldus, ils n'avaient pas pu la voir, ni l'entendre. Ils avaient pleuré sur le corps de leur fille, celle-ci pleurant à côté d'eux et Astoria les avait croisés. Elle ne les avait jamais vus auparavant, pourtant, elle sut tout de suite qui ils étaient. Personne ne croisait des adultes désespérés et abattus au milieu des couloirs tous les jours, il n'y avait pas d'autres possibilités.

- Monsieur et Madame Warren, je vous présente toutes mes condoléances, dit Astoria en les croisant.

Madame Warren renifla et lui adressa un sourire, enfin, ce qui s'en rapprochait le plus en tout cas.

- Merci Miss, c'est très gentil, dit-elle en pleurant de plus belle.

Monsieur Warren serra sa femme contre lui et adressa également un petit sourire à la jeune fille. Il entrevit qu'elle aussi était touchée, elle n'avait pas seulement présenté ses condoléances par respect mais aussi parce qu'elle partageait leur peine. Il sut que cette jeune fille avait réellement apprécié sa fille et il savait aussi que Mimi n'avait qu'une seule amie. Une amie dont elle avait parlé à chaque vacance.

- Vous êtes Astoria ? devina-t-il.

- Oui Monsieur, répondit-elle surprise qu'il ait deviné.

La femme releva sa tête et sourit à travers ses larmes.

- Mimi nous parlait énormément de vous, toujours en bien, expliqua le mari.

- Oh !

- Oui, elle vous appréciait beaucoup, elle vous admirait aussi.

- Nous aurions vraiment aimé vous rencontrer dans d'autres circonstances, ajouta Madame Warren.

- Moi également.

- Nous allons y aller. Prenez soin de vous, dit Monsieur Warren en prenant la main de son épouse.

- Vous aussi.

Elle les regarda s'éloigner puis se retourna pour continuer sa route mais tomba nez à nez avec Mimi et ne put s'empêcher d'avoir un petit cri de surprise. Pourtant, après 5 années à Poudlard, on pourrait penser que ce genre de phénomène ne surprenait plus personne mais c'était une erreur !

- Astoria, rattrape- les, dis-leur que je suis là, que je les vois, que je les entends…

- Mimi, c'est une mauvaise idée.

- Quoi ? Mais pourquoi ?

- Tes parents sont Moldus, ils ne pourront jamais te voir et cela ne leur serait d'aucune aide de savoir que tu erres en tant que fantôme.

- Mais tu as vu leur tristesse ! Ils seraient heureux de discuter avec moi par ton intermédiaire, contra la jeune fille.

- Ils seraient heureux aujourd'hui c'est vrai. Mais d'après toi, qu'est-ce qui serait le plus dur ? Faire leur deuil normalement en pensant que tu as trouvé la paix dans l'au-delà ou te savoir à jamais sur terre, sans pouvoir te voir ? Mimi, tu sais que j'ai raison.

- Bien sûr ! Astoria « parfaite » Greengrass a toujours raison ! s'écria Mimi en éclatant en sanglot avant de disparaître.

Plus tard, Astoria apprit que Rubeus Hagrid, un Gryffondor de troisième année avait été expulsé de l'école pour possession de créature dangereuse et que la créature en question était celle qui avait causé la mort de Mimi. La jeune fille avait étudié les Acromentules en cours de soin aux créatures magiques et aucune Acromentule n'avait le pouvoir de tuer les gens comme Mimi avait été tuée. Les Acromentules piquaient pour paralyser, elles entoilaient leurs proies, elles les dévoraient… Enfin, plein de choses différentes et désagréables qui aurait laissé des marques ou du sang mais le corps de Mimi avait été retrouvé en parfait état, pour ce qu'Astoria en avait vu.

Elle n'était qu'en cinquième année et pour elle, cela paraissait évident que la créature d'Hagrid n'y était pour rien, alors pourquoi des sorciers hautement qualifiés ne s'en rendaient-ils pas compte ? Pourquoi Tom, qui en savait au moins autant qu'elle avait dénoncé Hagrid, lui aussi aurait dû avoir le même raisonnement. Il était loin d'être idiot, il était même plus intelligent qu'elle… alors pourquoi cet aveuglement ?

La réponse lui vint assez vite. Un meurtre inexpliqué dans une école est très mauvais pour la réputation. Est-ce que les parents laisseraient leurs enfants partir dans un endroit duquel ils ne reviendraient peut-être pas? Non, bien sûr que non ! Donc, les Professeurs avaient dû se dire que, s'ils ne trouvaient pas rapidement le coupable, l'école ne rouvrirait pas à la rentrée prochaine et, d'une manière ou d'une autre, cela avait dû arriver aux oreilles de Tom.

Astoria savait que son petit-ami adorait cette école, plus que tout, plus qu'elle. Si vraiment une telle rumeur lui était arrivée aux oreilles, elle savait qu'il n'aurait pas hésité à inventer des preuves pour faire accuser quelqu'un. Elle n'aimait pas penser ça de Tom et elle aimait encore moins être certaine de ce qu'elle pensait.

Elle savait aussi que Tom n'avait rien inventé concernant l'Acromentule d'Hagrid, elle avait déjà eu des soupçons, sans savoir de quelle créature il s'agissait, elle savait qu'il y en avait une. Hagrid n'était pas discret ou pas autant qu'il ne le pensait mais la blonde ne s'était jamais décidée à le suivre et à l'obliger à lui montrer ce qu'il cachait, car en tant que préfète, elle aurait été obligée de le dénoncer et elle n'avait pas voulu faire ça.

Tom, lui, n'avait pas eu ses scrupules et cela ne l'étonnait pas. Il avait fait d'Hagrid un bouc-émissaire afin d'être sûr de revenir à l'école en Septembre, cependant, Astoria ne pouvait nier que cela avait sauvé les études d'une centaine de personne. Qu'est-ce qu'était un avenir brisé comparé à des centaines ?

Une partie d'elle savait qu'à défaut d'être une bonne solution, ce qu'avait fait Tom était plus positif que négatif pour le plus grand nombre. Cependant, elle savait aussi qu'elle n'aurait jamais pu se résoudre à dénoncer Hagrid pour quelque chose qu'il n'avait pas fait. Cela restait injuste. De plus, malgré la bonne raison qu'elle avait trouvée à Tom, elle savait pertinemment qu'il ne l'avait fait que pour lui.

De plus, un autre problème se posait ! Si la créature d'Hagrid n'était pas responsable de la mort de Mimi, la créature ou la personne responsable pouvait tuer de nouveau, à n'importe quel moment.

Astoria décida que pour réhabiliter Hagrid ainsi que pour s'assurer que personne d'autre ne connaisse le même sort que Mimi, elle allait essayer de trouver qui était responsable de ça.

- Astoria ?

La jeune fille sursauta lorsqu'elle aperçut Tom.

- Qu'est-ce que tu fais, planté au milieu du couloir ? demanda-t-il en venant vers elle.

- Je réfléchissais, répondit-elle.

- A quoi ?

- Au fait que tu sais très bien qu'Hagrid n'y est pour rien et que ça ne t'a pas empêché de le dénoncer, dit-elle sans préambule.

- Ils allaient fermer l'école… Je ne pouvais pas les laisser faire, Poudlard est ma maison…

Astoria ferma les yeux et secoua la tête, c'était quelque chose d'être persuadée de savoir et une autre de l'entendre de vive voix.

- J'aurais vraiment aimé que tu me dises que grâce à ça, un seul étudiant était puni au lieu de tous. Bien sûr, j'aurais su ce que tu cachais derrière ça, mais j'aurais au moins pu me rassurer en me disant que tu y avais pensé malgré tout… Mais non, ça ne t'avait même pas effleuré l'esprit ! s'énerva Astoria.

Sa première réaction aurait été d'intimider Astoria afin que plus jamais elle ne s'avise de lui parler sur ce ton mais il savait qu'il n'arriverait à rien, comme si son talent qui semblait tellement efficace sur les autres ne fonctionnait pas sur elle. Peut-être était-ce aussi à cause des sentiments qu'elle avait pour lui ? Les autres ne l'aimaient pas vraiment, ils l'admiraient, ils le craignaient contrairement à Astoria, peut-être que cela influençait sa façon de réagir. S'il se comportait comme lors de leur troisième année, elle le fuirait et il n'en avait pas envie. Alors, il prit sur lui et tâcha de garder cet air imperturbable et de maintenir son sang-froid.

- Cela revient au même, répondit-il plus froidement qu'il ne l'aurait voulu.

- Non Tom ça ne revient pas au même ! La différence entre la bonne raison et ta raison s'appelle l'égoïsme !

- Et tu es déçue parce que tu viens de te rendre compte que j'étais égoïste ? Railla-t-il.

Astoria ouvrit la bouche pour répliquer mais elle ne trouva rien à redire. Il n'avait pas vraiment tort, dès la première année elle avait vu l'égoïsme de Tom. Elle avait aussi aperçu à plusieurs reprises qu'il pouvait aller très loin pour ce qu'il voulait mais malgré ça, elle l'avait toujours aimé, pourquoi ? Après tout, que savait-elle de lui ? Il ne racontait jamais rien, sauf quand il le fallait et encore, il devait contrôler le moindre mot et il n'en disait jamais plus que ce qu'il voulait.

En fait, elle avait l'impression que tout était toujours parfaitement calculé avec lui. Il était toujours parfaitement préparé, il pouvait se montrer tellement charmant, la preuve, aucun professeur ne se doutait qu'une part sombre se cachait à l'intérieur du jeune homme, il savait se jouer des gens, il savait se jouer d'elle. Réaliser cela faisait mal mais en même temps, regarder les choses en face était libérateur, comme mettre enfin au jour des choses trop longtemps enfouies en elle.

- Tu as raison, dit-elle en lui souriant et en lui prenant la main.

Il sembla se détendre, tandis qu'elle, elle réfléchissait à pleins de choses en même temps. Elle voulait en apprendre plus sur Tom, mais elle voulait aussi découvrir ce qui était responsable de la mort de Mimi. Elle savait par quoi commencer en ce qui concernait Tom, mais n'avait aucune idée de piste pour le meurtre de Mimi, elle attendit donc un moment dans l'après-midi où Tom lui faussa compagnie pour aller fureter dans sa chambre.