Chapitre 14
Revenir à Londres après ces cinq années passées loin de cette ville ne plaisait pas à Tom. Mais de toute façon, il y pensait bien assez à l'étranger, revenir n'empirerait pas la souffrance qu'il ressentait chaque jour, la souffrance qu'il ressentait chaque matin en se levant et en découvrant que la présence d'Astoria n'était due qu'à un rêve, un rêve si vrai qu'il pouvait encore sentir son parfum… Sa voix, son rire, il les entendait parfaitement son sourire, il le voyait rien qu'en fermant les yeux et ses rêves étaient à la fois magnifiques, lorsqu'il les vivait et dévastateurs, lorsqu'il s'apercevait que ce n'était qu'un songe. Il ne pouvait se raccrocher qu'à ça. Il n'y avait pas mieux, même si cela le torturait.
Voilà cinq ans qu'il essayait de redevenir l'homme froid et dénué de sentiments qu'il avait un jour été. Mais il fallait croire qu'aimer aussi fort changeait profondément quelqu'un. S'il était plus Voldemort que Tom, il restait cette part de lui qui pleurait Astoria à chaque seconde de sa vie, qui pleurait sa fille aussi.
Ses projets avançaient malgré tout, il était prêt à réaliser ses horcruxes, il avait trouvé le diadème de Serdaigle et il savait quelle part de son âme il voulait y loger. La part liée au meurtre de sa femme. Pourquoi le diadème de Serdaigle ? Car c'est ce qu'elle était, une Serdaigle, bien plus qu'une Serpentard. Il ne cessait de penser que, si le Choixpeau l'avait placée dans la maison qui lui correspondait le mieux, elle serait vivante, elle serait heureuse, loin de lui. Il n'aurait jamais connu le bonheur mais elle serait vivante.
Mais il ne savait pas ce qu'il ressentirait une fois ce morceau d'âme extrait de lui, est-ce que cela enlèverait ses sentiments ? Cela était fort possible, d'où son retour en Angleterre. Il voulait lui dire adieu, comme il se devait, comme il ne l'avait pas fait le jour de sa mort. C'est comme ça qu'il se rendit sur la tombe des Greengrass. Il vit l'endroit où reposait la mère d'Astoria, puis à côté…
- Fréderic Greengrass ! s'exclama-t-il.
Le père d'Astoria était donc mort ! La date indiquait qu'il était décédé 2 mois seulement après la mort de sa fille, cela lui fit mal.
- Il n'a pas réussi à se remettre de la mort d'Astoria, il s'est pendu, dit une voix derrière Tom.
Il se retourna et fit face à Julius.
- Je ne pensais te revoir un jour Tom.
- Il fallait que je vienne.
- En effet, il était temps !
Puis, sans qu'il ne s'y attende, Julius l'étreignit, alors qu'il pensait que le frère de son épouse aurait envie de l'étriper.
- Je sais que l'homme est venu vous attaquer, Je sais aussi que c'était à cause de cette histoire liée aux Smith et je sais que la mort d'Astoria n'est qu'un horrible accident, tu as l'air surpris que je t'accueille ainsi mais je ne t'ai jamais tenu pour responsable. Malgré tout ce que j'ai pu penser de toi, je sais que tu aimais ma sœur infiniment et je sais que c'est encore le cas.
Tom ne dit rien, se contentant de regarder la tombe de son épouse. Astoria Greengrass Jedusor, maintenant qu'il était là, il n'avait rien à lui dire, à part qu'il l'aimait et qu'il regrettait, ce qu'il fit de intérieurement, espérant que, d'où qu'elle soit, elle l'entendait.
- Oncle Julius, s'écria une petite voix.
Tom se retourna pour voir la femme de Julius qui venait de lâcher la main d'une petite fille blonde aux yeux marron qui courrait vers eux.
- Oncle Julius, c'est qui le monsieur ?
- C'est…
- Un ami de ta maman, répondit Tom avant que Julius ne finisse sa phrase.
Julius n'avait eu qu'une sœur, donc, si cette magnifique petite fille l'appelait tonton, il n'y avait qu'une seule possibilité. Sa fille n'était pas morte comme il l'avait cru. Elle était bien vivante et en pleine forme. Magnifique comme l'avait été sa mère, c'en était même troublant.
- Comment tu t'appelles ? demanda-t-elle.
- Tom, répondit-il doucement.
Il était perdu entre choc, joie, surprise, indécision, que devait-il faire ?
- Tu n'es pas un ami de maman, tu es son mari, tu es mon papa !
- Oui, c'est vrai, répondit Tom en s'accroupissant devant l'enfant.
- Pourquoi tu as menti ? demanda-t-elle.
- Parce que je ne m'attendais pas à te voir, avoua-t-il.
- Est-ce que tu es triste de me voir ?
- Pas du tout, je suis surpris, mais très heureux. Comment tu t'appelles ? demanda-t-il.
- Astoria, comme ma maman. Astoria Helena Greengrass Jedusor, dit-elle fièrement.
Puis elle s'approcha et le serra du mieux qu'elle put dans ses petits bras. Il sentait une odeur de lavande, odeur qu'avait toujours sentie Astoria depuis qu'il l'avait rencontrée à leur première rentrée. Il ferma les yeux et la serra lui aussi.
- Je me languissais de te voir. Oncle Julius m'avait montré des photos de toi et maman et il me racontait comment vous étiez amoureux. Il m'a dit que si j'étais belle, c'était surtout grâce à ma maman mais moi, je lui disais toujours que toi aussi tu étais beau. Pourquoi tu es parti ? Tu ne voulais pas de moi ? demanda-t-elle en le regardant avec ses grands yeux si semblables aux siens.
- Non, je voulais de toi très fort mais j'étais très triste, car je pensais que toi non plus tu n'avais pas survécu.
Difficile d'expliquer ça à une enfant, toutefois, elle comprenait facilement du haut de ses 5 ans.
- Maintenant, tu vas rester avec moi ? demanda-t-elle.
Il regarda Julius qui haussa les épaules, un sourire aux lèvres, heureux de voir sa nièce si joyeuse.
- Astoria, et si tu allais avec tante Sharon pour préparer un gâteau pour ton papa ?
- Mais, Gigi l'elfe peut s'en occuper, dit la petite.
- Je pense que ton papa préférerait un gâteau que tu aurais fait toi-même, insista l'oncle.
- Tu ne partiras pas ? demanda Astoria en regardant son père.
- Je te le promets.
Elle lui fit un sourire qui serra un peu plus son cœur, un sourire digne des sourires qu'avait Astoria lorsqu'elle était en vie. Il la regarda s'éloigner avec sa tante.
- Je n'avais pas prévu qu'elles viennent aussi vite, je comptais te l'annoncer avant, s'excusa Julius.
- Elle est… Magnifique.
- Oui, elle ressemble comme deux gouttes d'eau à ma sœur lorsqu'elle était enfant, sauf pour les yeux. Je pense qu'on devrait aller au Manoir, je m'y suis installé depuis… Tout ça.
- Je ne suis plus l'homme que ta sœur m'avait fait devenir. Je suis redevenu celui que tu n'aimais pas…
- Pas totalement puisque j'ai vu l'émotion lorsque tu as découvert ta fille.
- Je ne lui apporterai rien de bon ! Je veux que… Efface la de ma mémoire, efface-moi de la sienne, fais-lui croire que tu es son père. Il ne faut pas que je connaisse son existence, je serai un danger pour elle comme je l'ai été pour sa mère…
- Tu n'es pas responsable…
- Peu importe, je ne saurai pas être un bon père sans ta sœur près de moi. Elle était mon humanité, elle était celle qui me rendait meilleur, ta sœur était l'amour de ma vie, elle était la meilleure partie de moi. J'aime ma fille, au-delà des mots mais je ne serai pas bon pour elle, toi, oui.
- Tu es réellement en train de me demander de modifier ta mémoire et celle de ma nièce ?
- Oui, fais-lui croire que tu es son père et que Sharon est sa mère. Ne lui révèle jamais rien de moi, d'ici quelques années, elle n'en tirerait que de la honte… Puis surtout, une fois que tu auras terminé ton travail, reste loin de moi. Je suis un danger pour toi et pour les autres et un jour, tu sauras à quel point j'avais raison, dit Tom.
- Lord Voldemort ? demanda Julius.
- Comment…
- Les gens parlent, tu as commencé à te faire nommer ainsi lors de ta sixième année, des rumeurs me sont parvenues…
- Oui, donc tu sais que je ne suis pas quelqu'un de bon. J'aurais pu le devenir mais pas sans ta sœur. Je veux ce qu'il y a de meilleur pour ma fille et c'est toi.
- Laisse-moi réfléchir. Viens passer une nuit à la maison, histoire que toi aussi tu réfléchisses à tout ça puis, si vraiment tu es décidé, ça te permettra de passer un peu de temps avec ta fille avant de l'oublier.
Tom accepta et le suivit. Il passa sa soirée à regarder sa fille lui montrer sa chambre ou ses dessins ou lui parler et il sentait qu'il aurait pu faire ça toute sa vie, ou du moins, qu'une part de lui l'aurait fait mais le manque d'Astoria était trop grand et Voldemort avait repris trop d'ascendant sur lui.
S'il avait su dès le départ que sa fille avait survécu, cela aurait été différent mais maintenant, il ne pouvait plus l'élever. Après qu'il ait lui-même endormit sa fille, Julius l'interpella du salon.
- Tu es sûr de toi ? demanda-t-il.
- Oui, répondit Tom.
- Bien, retournons au cimetière, tu te poseras forcément des questions si tu reviens à toi ici.
Ils y allèrent et Julius pointa sa baguette sur lui.
- Une dernière fois, tu es sûr ?
- Oui, vas-y maintenant. N'oublie pas que tu dois prendre soin de ma fille comme si elle était la tienne…
- N'aie aucune crainte, c'est ce que je fais depuis sa naissance.
Tom acquiesça puis ferma les yeux. Il le rouvrit et se retrouva devant le frère de sa femme.
- Tom, ça a été un plaisir. Prends soin de toi, je vais te laisser, dit-il.
- Au revoir Julius.
Il lui jeta un drôle de regard puis transplana. Tom se retourna vers la tombe de son épouse, Astoria Greengrass Jedusor, maintenant qu'il était là, il n'avait rien à lui dire, à part qu'il l'aimait et qu'il regrettait, ce qu'il fit intérieurement, espérant que, d'où qu'elle soit, elle l'entendait. Peut-être même que leur enfant était près d'elle. Il posa le diadème dessus et fit son horcruxe, son premier et enfin, il se sentit libéré. C'était cela, il avait fallu qu'il s'ôte cette part de lui, la part de lui qui s'était déchirée en tuant Astoria était aussi la part de lui qui l'aimait comme un fou et qui ne pouvait pas guérir.
- Ce diadème, représente mon amour pour toi désormais. Il n'y aura plus que cet objet qui se souviendra à quel point t'aimer était beau et ce sera pour toujours et à jamais, dit-il froidement avant de reprendre l'objet et de partir.
Il fit une dernière chose par amour pour elle. Il s'introduit dans Poudlard et plaça le diadème dans la salle sur demande, se souvenant que la sorcière avait, un jour, formulé le désir de rester éternellement dans cette salle, avec lui, c'était en quelque sorte ce qu'il lui offrait. Une éternité avec la part de lui qui l'aimait tant.
Puis il ressortit libéré de sa souffrance, de ses peurs, tout cela était loin derrière lui.
